‹ Traité de la chaleur considérée dans ses applications. 4. éd. publiée (volume 2)Chapitre 127 sur 137 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Chauffage et assainissement des ateliers.

3132. Les grands ateliers dans lesquels les hommes ne sont pas constamment en mouvement et dont les travaux n'exigent pas de grands clforts, tels que les fdatnres, les fabriques de toiles peintes et de tissus, ont besoin d'être chauffés en hiver, parce qu'une certaine température supérieure à 10° est indispensable au travail. Partout les ateliers sont chauffés, mais avec une trop grande parcimonie, car la température y est seulement assez élevée pour que les ouvriers puissent travailler, mais rarement au point convenable à leui' bien-être. En outre, les ateliers ordinaires ne sont jamais ventilés ; à la vérité, il y a des ateliers dans lesquels les ouvriers sont tellement espacés, que le volume d'air qu'ils renferment, joint à une faible ventilation naturelle par les portes et les fenêtres, suffit pour la durée du travail ; mais, dans le plus grand nombre, une ventilation permanente, ou du moins un renouvellement périodique de l'air, serait indispensable.

3133. Le mode de chauffage le plus en usage dans les grands ateliers est le chauffage à vapeur, et c'est celui qui convient le mieux pour chauffer avec un seul foyer des ateliers renfermés dans des bâtiments différents môme assez éloignés, et seulement pendant les heures de travail. J'ai donné dans cet ouvrage tous les détails de construction des appareils, ainsi que la manière de déterminer l'étendue des surfaces de chauffe., mais seulement quand le régime est établi, et comme, dans tous les ateliers, le chauffage est interrompu pendant la nuit, il faut des surfaces de chauHe plus considérables, pour rétablir promptement le régime perdu : on doit compter en général sur une surface de chauffe dans le rapport de 3 à 2.

Le chauffage à la vapeur est d'autant plus avantageux que, dans nombre de cas, on peut l'effectuer avec la vapeur sortant des machines sans condensation et qu'alors il est presque gratuit.

313i. Lorsque les ateliers sont voisins de la cheminée d'une machine à vapeur, on peut utiliser une partie de la chaleur perdue pour chauffer l'atelier, parce qu'un refroidissement même considérable

rilAPITHi: 1\. — CIIM rFAOF T.T ASSAINISSEMENT lU.s MKl.lKKS. 5G7

(II' l.i l'iiinco niiil peu nii lirn<;o: d'ailItMirs, la perle du lir'ai,'o peiil t'Iie (Niiiipenst'e par une plus iîraiide onveiliire du re^Mstiv». les clieuiinées ayant pres(pie loujonrs un excès de section, lin supposant • pie la l'uniée soit abandonnée a 'M)0\ et qu'elle soit refroidie à l'JO", ou ponirait utiliser ainsi un luiiliènie de la elialeiu" produite dans le loyer.

313^]. La disposition la plus simple est celle, qui a été décrit)? n' 1022. On peut aussi einjjloyer celle qui est indiquée au n" 1023.

3I3G. Pour utiliser la chaleur de la rumée des cheminées, on a l)roposé de faire circuler la luméc dans des tuyaux en fonte ; l'air extérieur s'échaiilTe autour d'eux, et s'élève ensuite dans un canal vertical au centre duquel se trouve la cheminée. Celte disposition a le ^laud inconvénient de diminuer \n tirage par les circuits de la linnée ; d'ailleurs, les orifices d'accès et de sortie de l'air étant beaucoup trop petits, l'air serait trop fortement échanllV".

3137. On a employé aussi la disposition suivarJe. La cheminée est en tùle ; elle est placée en dedans des ateliers et environnée d'une double enve|op|)e et de cloisons annulaires à la hauteur de chaque plafond ; l'enveloppé est percée d'un grand nombre d'orilices à la hauteur des planchers et des plafonds ; l'air de la pièce entre par les orifices inférieurs dans la double enveloppe, s'échauffe, et rentre dgins la pièce par les orifices supérieurs. Celte disposition est peu avantageuse, parce que les surfaces de chauffe n'ont pas assez d'étendue pour refroidir notablement la fumée ; d'ailleurs, elle présente des chances d'incendie, qui n'existent pas quand la fumée est employée à chaulfer de l'air dans des caiorilères placés en dehors des bâtiments.

Il serait certainement préférable de mieux utiliser la chaleur de la liimée à la formation delà vapeur, par un chauffage méthodique, et d'avoir des calorifères spéciaux pour le chaulfage des bâtiments.

3138. Un grand iioudjre d'ateliers sont insalubres, non-seulement par ia respii-ation des ouvriers, mais par la nature des opérations qui s'y exécutent. M. Darcet s'est occupé, le premier, de l'assainissement de ces ateliers, par l'emploi d'inn; ventilation forcée, produite par nne cheminée d'appel, ou par un ventilateur aspirant, en disposant les orifices d'aspiration de manière à ce que l'air entraîne avec lui les gaz nuisibles. Nous ne décrirons pas les dispositions indiquées par M. Darcet, pour l'assainissement des soufroirs, des ateliers des doreurs, des laboratoires d'essais, des affineries d'or et d'argent, des salles de bains sulfureux, etc. ; nous renvoyons, pour ces objets,

."iliS l.IVHE XV. — CIlAUFFAGl!; ET VENTILATION DES LIEUX llMilTÉS.

à la collection (l(*s mcnioii'cs de ce clninisto ; nous nous contenterons d'indiquer quelques principes généraux.

31 39. Lorsque des gaz ou des vapeurs nuisibles à la respiration ne se produisent que sur des points peu nombreux, et qu'on ne peul pas opérer dans d(!s vases clos, il faut placer au-dessus une hotte de cheminée, dans laquelle Tair appelé, ou par la chaleur, ou par une action mécanique, entraîne avec lui les gaz et les vapeurs délétères. Quand la chose est possible, on augmente beaucoup l'eiïet produit, en diminuant rétendue des oritices d'accès de l'air par des volets ou des rideaux ; mais il faut que l'atelier soit pourvu d'orifices d'une étendue suffisante pour l'introduction de l'air extérieur. C'est sur ce principe que M. Darcet a disposé les fourneaux de laboratoire et les fourneaux de doreurs au mercure. Quand les opérations ne peuvent pas se faire sous une hotte de cheminée, on peut produire l'appel par un canal descendant qui va rejoindre la cheminée en passant sous le parquet ; c'est la disposition indiqui'e ]tar M. Darcet pour les salles de dissection; les tables sont en métal, percées d'un grand nombre de trous, garnies d'un double fond et mont(''es sui' un tuyau en communication avec la cheminée.

3140. A ces dispositions se rapporte celle qui est indiquée par M. de Freycinet, dans son rapport sur V Assainissement des fabriques, 1864, et qui est relative aux fours d'oxydation servant soit à la transformation du plomb en massicot et de celui-ci en minium, soit à la conversion de la céruse en mine orange. Au-dessus delà porte de chacun de ces fours est une hotte en communication avec la cheminée de l'usine; les vapeurs qui peuvent sortir de la porte du four sont nnmédiatement entraînées et ne peuvent rentrer dans l'atelier.

3141. Lorsque les gaz appelés par le courant dair sont en trop grande quantité pour que le mélange ne puisse pas être abandonné à l'extérieur, il faut placer dans le canal qui précède la cheminée d'appel des matières propres à absorber ces gaz. C'est ce qui arrive, par exemple, dans les affineries d'or et d'argent; les alliages sont traités par l'acide sulfurique, et il se dégage beaucoup d'acide sulfureux qu'on peut absorber par la chaux. Dans les fabriques de soude, la décomposition du sel marin par l'acide sulfurique dans les fouineaux à réverbère, produit de grandes masses d'acide chlorhydrique qu'on peut absorber ou par l'eau ou par du carbonate de chaux. Avant qu'on ait imaginé de chauffer le four de décomposition du sel marin par la chaleur perdue du four dans lequel le sulfate de soude est décomposé parla craie et le charbon, j'avais employé mie

CHAIMTUK 1\. — ••.IIAlFrAfiK KT ASSAIMSSKMRNT liKS AI Kl.IhUS. :i«)'.l

ilisposilioii (|iii (•niisi>l.iil (I.iiis dt- loiiirs (';ii);iii\ i-ii liri(|iit'>«. i-cnrciniant à la |iarlit' iiilciii'iiri' une cniicln- d'caii i|iii se n>iiniiM>|ait niMsiaiiiiiit'iit, ol ('()iiiiiiiiiii(|iiaiil a\('(- iiiir \as|(> (-Ii('iiiiii/>t> ((ui rcci'- \ail la rilllli't' (lu l'niiril Sdlldc Celte (li^|mvj|in|| ;i l|es-|)!rli léiissi ; elle |i(iiirrail encore être eni|il<iy(''e (jan> le sNstèine actuel de laliii- (-alinii, il sullirait d't'IaMir un InNer siMM-ial dans la elieniinée ; mais, aliii de ne pas êliv (djli-;»' de porter l'aii' à une lrn|i Imule tenipéralnrv. il serait préférable d'avoir une clieniince tiès-liaiile el Irès-large. Il serait faeile aussi de se servir d un \enlilateur. (»n emploie des dispositions analoj^ues pcuir l'absorption de Taeide sull'ureux, etc. M. Rougier a iniagim'; inie disposition beaucoup jibis sim|»le. Les gaz ipii snilenl des l'ours à sonde, après a\nir jiasse dans le luui* de (b*cûinposition du sel marin, circulent dans un canal torjné de pierre calcaire tendre, qui s'élève progressivement snr le penchant d'une colline, el se termine par une tour remplie de blocs de calcaire. Par. cette disposition, le tirage des fourneaux est encore suffisant, presque tout l'acide clilorbydritpie est absorlx' parle calcaire, et forme du chlorure de calcium qui se réunit dans des bassins placés à de certaines distances, et qu'on enlève de temps en tenqjs. Tons ces appareils, pour être ellicaces, doivent avoir des <limensions suffisantes qui peuvent être déterminées, avec une approximation convenable, au moyen des différents éléments renfermés dans cet ouvrage.

3142. L'emploi de tours renfermant du coke sur lequel coule constamment une pluie d'eau froide est un moyen simple de produire labsorplion des gaz soinbles dans l'eau comme l'acide cblorhydrique. A Ne>vcastle, M. Albusen emploie six tours dune bauleiir de 40 mètres qui reçoivent le gaz rt'siillaiit de la décompositinii juiirnalière de 50 à 60 tonnes de sel ; les colonnes ont 4""' de section, le coke occupe les trois quarts de la hauteur, la partie supérieure est occupée par les réservoirs d'eau et les apitareils de distribution. Non-seulement on absorbe ainsi compb'tement les vapeurs d'acide cblorhydriqiie. mais le li(piide recueilli au bas de la toui' est assez concentré pour servir n la l'abricalion du cliloriire de chaux, etc.

3143. On peut encore di'lniire les gaz ou les matières nuisibles au moyen de la chaleur avant de les rejeter dans l'atmosplière ; nous avons parlé de ce procède quand il sest agi des miasmes des hôpitaux ; ce procédé difficile à enq)loyer dans ce cas devient souvent facile et économique dans une usine où il suffit de mélanger ces gaz avec l'air brrib' qui s'échappe des fourneaux. Ce proci'dé a él(' eni-

r;70 I.IVRH XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION OES LIEIX HABITÉS.

ployc' par M. Vickors do >[nnchcsler pour (UMniire les odeurs nauséabondes produites dans la l'ahi-jealion delà gélatine ; les chaudières dans lesquelles les os ou autres matières sont soumises à l'ébullition, sont fermées sauf une ouveiture par laquelle les vapeurs se rendent dans un conduit qui les dirige dans celui des llamnies du foyer. On peut faire aussi traverser aux gaz un foyer de coke ; c'est ce qui a été fait à Menecambe, près de Lancaster, dans une fabrique de gélatine et à Islington, chez M. Atcheler, où Ton abat les chevaux pour en faire bouillir la viande et extraire la graisse ; les gaz de chaque cliaudière se brûlent sous son propre foyer.

31 4i. On peut enfin employer à la fois les deux moyens que nous venons d'indiquer, c'est ce que l'on fait en Angleterre pour les gaz qui résultent de la fabrication des engrais artificiels obtenus en traitant un mélange d'os et de posphate naturel par l'acide sulfurique ; il se produit des gaz de nature complexe qu'on envoie dans un des condensateurs analogues à ceux précédemment décrits : conduits de circulation ou tour à coke, puis sous la grille d'un foyer [Rapport da M. de Freycinrt).

3l4o. Mais quand les gaz nuisibles se produisent dans toute l'étendue des ateliers, il n'y a qu'un système général de ventilation qui puisse produire l'assainissement.

3146. Cette ventilation peut être naturelle ou se faire mécaniquement. M. de Freycinel indique dilTérents procédés spéciaux de ventilation naturelle dont il indique l'efficacité. Le premier est le siphon automoteur de M. Watson d'Halifax qu'on peut employer toutes les fois que l'atelier à ventiler est en communication avec une cage d'escalier fermée présentant une certaine hauteur ; on surmonte cette cage d'une cheminée qui traverse la toiture et qui est divisée en deux compartiments par une cloison verticale ; l'un de ces compartiments s'élève un peu plus que l'autre, la cheminée est surmontée d'une calotte pour parer à la pluie et à l'action des vents ; dans le mur de l'atelier qui est contigu à la cage d'escalier, on perce deux orifices à des hauteurs inégales ; il paraît qu'il s'établit un courant continu de sortie de l'air par l'orifice le plus élevé, ce courant se dirige vers la partie élevée de la cheminée ; l'air pur rentre par la partie la plus basse de la cheminée pour rentrer dans l'atelier par l'ouverture intérieure pratiquée dans le mur. Un second moyen est celui qui est employé dans la fabrique de bougies de M. Price à Battersea (Londres), et qui sert à ventiler les salles de dépôt de bougies fabriquées ; ces salles sont au nombre de deux, elles ont 45 mè-

•:U\I'ITHR I\. — cnvlFFAGK 11 V-SAINISSEMR.NT MRS VTKI.IRRS. 'm I

\vo< t\o longiit'ur et IG inrlrcs de Inr^^e ; on li's a rmuivorlos d une Inilmc ryliddriqiip on lôle niinco ixmcco siiivanU'an'te supérieure de (|nalre on c\\u\ duverlures circulaires avec cheminées de 0",40 de liauleur. nu-'.nd la tôle s'éehauiïe sous l'action du soleil, l'air est mis en mouveujent dans le haut de la salle et il se j)roduil un appel \\nlenl des portes vers les cheminées [Rapport de M. de Frej/cmet).

.3147. La ventilation peut se faire en niellant râtelier en communication avec la cheminée de l'usine soil constamment, soil d'une laeon intermittente ; on trouve un exemple de ce deinier cas dans la fahrication du chloiure de chaux àThann, chez M. Ch. Kestner ; les chamhres sont, avant rentrée des ouvriers pour le chargement et le déchargement, mises en communication avec la cheminéede l'usine. C'est aussi par ce procédé que se trouve ventilée d'iuie façon permanente la salle de fdage de MM. Villeminot, Iliiarl, V. Hogelet et 0' à Heims; cette salle a 4 000""' de surface.

Enfin, dans beaucoup de circonstances, il sera préférable d'avoir recours pour la ventilation à des procédés mécaniques ; nous allons donner un certain noiid)re d'exemples de l'emploi des ventilateurs.

3148. La fdature du lin comprend un certain nombre d'opérations dans lesquelles la ventilation serait absolument indispensable ; pour le cardage on emploie, comme à la filature de M^ Eys à Gand, les cardes à ventilateurs dont nous avons déjà parlé, mais il est une opération qui réclamerait surtout l'assainissement des ateliers, c'est celle du filage à Y hianidn ; û?(X\9, cette opération le fil déjà formé et étiré au banc à broches, doit recevoir son dernier étirage et sa dernière torsion au métier à filer.

Il passe avant l'étirage dans une rigole qui surmonte le métier et dans laquelle se trouve de l'eau constamment chaufiee par un courant de vapeur. Il en résulte que l'atmosphère de l'atelier est à une température élevée, constamment saturée de vapeur et chargée de matières organiques résultant de la fermentation des matières altérables que contient le lin ; de |)lus, de l'eau est mécaniquement projetée sur les ouvrières par le mouvement des broches. 11 v a là une des situations les plus déplorables de lindustrie. Une ventilation effective de l'atelier le rendrait évidemment salubre, mais il semble que la vapeur chaude soit une condition de bon travail ; en présence de ces deux termes contradictoires, on a essayé de la ^"entilation à r.iir chaud ; chez M. Tiers, à Orchies, et chez madame veuve Pauris et fils à Fives-lez-Lille, on a utilisé les flammes perdues du foyer, au moyen d'un appareil à tuyaux, installé par M. (iiraudon, pour

o72 LIVRE XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION DES LIEUX HABITÉS.

chauffer de rair qui est introduit à la partie supérieure des ateliers par des orifices placés de 2 en 2 mètres ; l'air est chauffé à la tèmpératuie de 25° ; des orifices placés à 0'",80 du sol sont on communication avec des cheminées d'évacuation.

31 40. FiUifui'cs (le coton. — Nous avcuis déjà dit qu'on emploie pour l'ouverlure et le hatlage du colon des machines munies de ventilaleui's (jui aspirent les poussières en dehors de l'atelier; mais il est utile de ne point les rejeter dans ratmosphcre ; on y arrive en faisant passer l'air dans une cave de dépôt : chez M. Saladin, à Nancy, la cave à poussière a 50 mètres de long et 13'"'' de section, l'air y circule avec une extrême lenteur et toutes les poussières se déposent avant la sortie.

Il n'est pas moins utile de ventiler les ateliers eux-mêmes; on [larvient ainsi à y enti'etenir une température uniforme et une certaine fraîcheur en même temps qu'on enlève les impuretés ; ces différentes circonstances sont favorables au travail.

3150. A Oissel, chez M. Octave Fauquet, la salle principale qui contient le cardage et le fdage a 9000""' de superficie ; afin de rendre moins faciles les changements de température, on a recouvert la voiite qui forme le toit d'une couche de plâtre alvéolée ; les croisées sont sur le toit et à double vitrage. Le chauffage est à eau chaude, la lenteur des variations de température que subit un atelier ainsi garanti permet ce mode de chauffage, alors même qu'on veut maintenir la température constante. La ventilation est mixte, elle est effectuée au moyen de deux ventilateurs de r",SO de diamètre placés dans une galerie souterraine de 2 mètres d'ouverture. L'un de ces ventilateurs produit la pulsion de l'air et l'autre l'appel ; ils fonctionnent à la vitesse de 250 à 300 tours, l'air pénètre et sort par des orifices pratiqués dans le sol. C'est par les orifices pratiqués au voisinage des cardes que se fait la sortie. On donne à l'air une humidité suffisante en lui faisant traverser une pluie d'eau froide qu'on fait tomber dans la galerie d'introduction au moyen d'une pomme d'arl'osoir.

31.ol. Chez MM. Steinbach, Kœchlin et C'% la salle de filage a 7000""' ; la ventilation est obtenue en partie par l'aspiration qui se produit dans la salle des batteurs, mise en communication avec celle de fil.^ge et en partie par des ventilateurs qui agissent par aspiration.

3152. Dans la filature de MM. Schlumberger, à Mulhouse, on ventile un grand atelier de tissage au moyen d'un ventilateur à force

<;il,\IMTHK 1\. — CIIMKKAliK KT ASSAINISSEMENT ItKS ATKI.IKUS. .■>":{

(-('iili'il'iigt' (l<> la iiinison Diicoiiiiiiiin. Kii liiM'i. laii iiili-oiliiii jmi pnl •-nm passe dans un caldrilÏTO à aii' cliand : en etc. lair ipir itIuiiIc! le \t'iilil;i|('nr est lalVaiclii pai" sa firi'iilalioii >iir de l'eau littide ; (laii> Ions les cas l'air penelre dan- lalelier |»ar des orilices f,M'illés ié|>arlis dans l'axe di' et' \asle local. Il n'y a pas d'aitpareils d'appel puni' l'cNacnalion de l'air vicié. L'aie ni'nl' alllnc, avec une \iless(Mn(ideree et sans bruit, par une houciie de \enlilalion. Le résultat a été satisfaisant : abaissement convenable de la température en été et bienêtre des ouvriers en toute saison. Cette installation a été faite par M. Th. Schiumberger, ancien élève de l'Kcole centrale.

3153. Dans les établissements de MM. iiolll'iis-.Mieg et C'% chaussée de Dornach à Mulhouse, la \enlilation par pulsion est appliquée à un Naste grenier sous comble de loO mètres de longueur, :24 nu'itres de largeur, divisé en trois salles d'une capacité totale de 11000 mètres cubes. Ce local n'était pas destiné à devenir un atelier; les circonstances ayant mené à lui donner cette destination, on dut songera combattre la chaleur insupportable qui s'y dévelopjiait en été ; après diverses tentatives de ventilation naturelle ou par appel (pii ne donnèrent que des résultats insuftisants, on pensa à recourir à la pulsion. Cette installation a été décrite dans le Bulletin de la Sociétc fie Mulhouse pour janvier 1877 par M. Engel-Gros, ingénieur des consiructions dans l'établissement, qui l'avait organisée.

3154. L'air est insufllé dans cet atelier au moyeu de jets d'aii' comprimé, système que M. l'iarrou de Montdesir avait essayé à l'Exposition de 1867 ; ici le nombre des buses a été heureusement multiplié et chacune n'a eu à produire qu'une assez faible fraction de l'effet total. Sur chacun des côtés longitudinaux de l'atelier sont jiosés horizontalement cinq tuyaux amenant l'air neuf, dont trois ont une section de 0""',1963 et quatre une section de0""',25 ; ces tuyaux prennent l'air au dehors par l'une de leurs extrémités située à une assez faible distance du sol, tandis que la seconde extrémité débouche librement dans les salles ; les buses établies dans ces tuyaux, à leur origine, lancent de l'air comjirimé par un cylindre soufflant-'à une pression qui a été dans les expériences citées de 0"',10, 0"',12, 0'",145 de mercure. On a remarqué que retïet utile avait été plus grand avec les j)lus petites pressions qu'avec les plus fortes. Les buses ont 78 millimètres carrés de section chacune. Une machine à vapeur qui développe une force de M à 12 chevaux actionne le cylindre soufflant, à double elï'et. Cette machinerie est installée à l'étage de l'atelier. Fn petit jet d'eau froide, provenant d'un puits.

o7'/ I.IVIŒ XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION DES LIEUX HABITÉS.

est lancé dans cliaqiie buse et dans le sens du jet d'air, pour le ral'raicliir et riiunudifiei'. Le thennomètre placé dans un de ces tuyaux porte-vent, à son débouclié dans la salle, marquait 18 à 19°, alors que la température extérieure était de 23 à 24°. mais la diiïérence de temjiérature entre l'air de la salle et l'extérieur n'est habituellement que de 1 1 / 2 à 2°. Comme on devait le jjrévoir, le bien-être obtenu dans cet atelier intenable en été quand il n'était pas ventilé), était bien supérieur à ce qu'on pouvait espérer de cette faible difîérence de température de 2° ; cela tenait au renouvellement même de l'air. 31 00. La plus grande humidité qui règne dans les salles a été constatée au moyen du psycliromètre ; les conditions de l'emploi du psychromèlre ne sont pas suffisamment indiquées pour qu'on en puisse déduire avec certitude la différence d'état hygrométrique ; cependant , en supposant que les observations eussent été comparables et pour une moyenne de la température égale à 25% les différences observées de 2%6 et 4", 6 pour les salles ventilées et pour une salle non ventilée répondent à un état hygrométrique qui est 0,80 pour lev premières et 0,68 pour la dernière.

3156. Dans le porte-vent, il y a un réceptacle pour l'eau injectée qui a été condensée ou dispersée en trop grosses gouttes par le jet d'air. L'injection d'eau est utile pour ramener ou maintenir l'air au degré de saturation convenable; elle procure en même temps un rafraîchissement qui est le résultat : T d'un échange de température; 2° d'une évaporation. On pourrait aussi obtenir l'air plus frais que l'air ambiant en le puisant à une certaine hauteur dans l'atmosphère loin des surfaces échauffées par le soleil. Dans le mode de ventilation adopté, un certain rafraîchissement provenait aussi de la détente de l'air à sa sortie de la buse ; il est vrai qu'il y a en même temps compression de l'air entraîné, mais on pourrait calculer ce rafraichissement en déterminant le travail que représente la vitesse de l'air entraîné ; en divisant par l'équivalent mécanique de la chaleur, on aurait le nombre de calories négatives obtenues.

3157. Dans la longueur du faîte du bâtiment ventdé sont placés dix tuyaux en zinc pour l'évacuation de lair vicié, la section de chacun d'eux est de 0'"%1963, soit ensemble I^^ITTS, tandis que les orifices d'entrée de l'air neuf offrent une section totale de 2'°'', 1778 : aussi dans chacune des cheminées, a-t-on placé une buse d'air comprimé qui opère un certain tirage. Néanmoins la totalité de l'air évacué ainsi, sans même tenir compte de l'accroissement de volume que l'air a subi dans les salles par suite de l'élévation de sa tempe-

t;il.\l'ITHK l\ — CHAUFFAGE ET ASSAlMSMi.MtM KliS ATKI.IliKS. o'.'i

raliire, esl-t'lle seiisihlemeiil iiirériL'iirt' iui \oliiiiit' d iui iit'iil rniinn |iar les (tnlicos (riiilrotliiclioii. Il cii seul «Imik; par il au Ires issiio, • >ii peiil dont" en coiu'liiic (|iril soiail |titssil)le do Noiililcr sans laide de ra|>pt'l. iMi disp(t>aiit siiii|»JLMnL'iil des orifices convenables de sorlie pour lair.

ri! 08. Le mémoire menUonne l'essai d'une ventilalion. par l'emploi d'un ventilateur à force cenlriluge, fpi'on a comparée à celle que nous venons de décrire. Les dimensions de ce ventilateur ne sont pas indiquées non plus que les dispositions appUipiées pour produire la ^enlilalion. 11 est assez dillicile des loi's de discuter les résultats obtenus qui seraient, d'après le mciudiie. favorables au s\stème de l'injeclion. Peut-être faudrail-il cnuelure. au contraire, (pie le ventilateur n'était pas installé dans les meilleures conditions possibles ; le système de Tinjection d'air pour ventiler par pulsion nous paraît toujours n'olFrir aucun avantage sur les autres moyens mécaniques bien constitués.

3lo9. Les buses fonctionnant avec de l'air conq)rimé à II ou lo centimètres de pression donnent un certain bruit bien connu dans les usines métallurgi({ues. Ce bruit ne serait pas tolérablc daniMi liopital, un anq)hitliéàtre, etc.

3160. Quand la pression de l'air variait de 1 1 millimètres à 17 uullunètresde mercure, la force de la machine variant de IJ chevaux à 10 chevau.v, le déplacement de l'air a varié de 3,600 mètres cubes à l,îl.'>0 mètres cubes par heure et par cheval. Les quantités d'air fournies aux ateliers renouvellent l'air trois fois et demie à peu près par heure.

3161. Menai fartitrea de tabac. — L'air est vicié dans les ateliers qui servent à la confection des cigares par les émanations du tabac humecté et par la présence d'un grand nombre d'ouvrieis ; MM. Rolland, ingénieur en chef des manufactures de l'Etat et M. Demondésir. ingénieur en chef de la même administration, ont exécuté dans un certain nombre de manufactures de tabac, des travaux pour la ventilation de ces salles. La ventilation se fait par pulsion au moyen de ventilateurs, l'air pris au dehors est envoyé dans des gaines pratiquées dans l'épaisseur des planchers, pénètre dans la salle pai- des bouches de poêles chaulb's en hiver ; les orifices de sortie stuit siu' le plancher et communiipient avec des gaines d'évacuation qui s(î tendent au-dessus des toits. A Nantes, le ventilateur a l'",30 de diamètre, il fait 350 tours à la minute; il sert à la ventilation de cinq salles de iO mètres de long sur 13 de large contenant chacune

oTf) LIVRE XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION DES LIEL'X IIAHITÉS.

2o0 uiivi'irics cnvirVtn; cliîMjiif salle coiilicnt 1 [loèles île eliaiifîage, alinienlés chacun pardeiiv cuiuliiils de 0"',35 sur 0"',18 de section; la section totale des conduits est de O^^oO envii^n. La section des canaux de sortie est la même; il y a deux cheminées d'appel de (S™,'i() de hauteur au-dessus du niveau du plafond de la salle; on l'fiui'nil dans les salles 8 mètres cubes d'air par personne et par heure : ce chillVe est suftisant, parait-il, pour faire disparaître toute (mIciu- et toute humidité.

L'air neuf, avant d'arriver aux ventilateurs, traverse une cave, ce qui permet d'obtenir en été do lair frais au moins pendant quelques jours.

31G2. Dans toutes les usines dans lesquelles on travaille l'acier avec des meules en grès mobiles tournant rapidement sur leur axe, comme dans les fabriques d'armes blancbes, de coutellerie, de scies, les ouvri(;rs sont peu incommodés quand les meules restent constamment mouillées : mais (piand le travail se fait à sec, et, dans tous les cas, quand il l'aiit tourner les meules déformées par un long travail cl linégale dureté des parties, il se produit une grande quantité de poussière très-fine qui agit de la manière la plus grave sur la santé des ouvriers. On a remédié à cet inconvénient en enveloppant une partie de la circonférence de la meule d'un canal concentrique en bois d'une longueur peu différente de celle de la meule, fermé latéralement, ouvert en dessus, et communiquant avec l'orifice d'appel dun ventilateur à force centrifuge. Le mouvement de la meule ayant lieu en dessus dans la direction de la partie libre de la circonférence à la partie enveloppée, l'air appelé par le ventilateur entraine toutes les poussières siliceuses qui se détacbent, et le travail n'a plus aucune action nuisible sur la santé des ouvriers.

3163. M. de Freycinet dans son rapport cite différents exemples de l'emploi de ces dispositions en Angleterre, pour le travail de l'acier ; il indique le même emploi poui' les machines qui servent à ouvrir les paquets de coton brut et à carder, et pour les machines de préparation de la laine, ainsi que pour la grande salle de cardage de sa grande filature de lin de la Lys à Gand.

3164. Quand les poussières doivent être recueillies pour être employées ultérieurement, on peut encore employer un ventilateur, mais en plaçant sur le trajet de l'air avant sa sortie dans l'atmosphère une caisse de dépôt convenablement disposée. Chez M. Leroux, à Rennes, le broyage du tan se fait dans des moulins à noix parfaitement clos; au-dessus de la cloche du moulin se trou\e un \entila-

CIIAPITIŒ 1\. — CIIAIFFAGE ET ASSAINISSEMENT DES ATEMEHs. .77

Iriir (|iii liiiu'c la poussiôro linc dans une caisse de di'iiôl du s\sli'mo rt'iri^.iiill :ct'tl(>('aissoa 4'°,.";0d(' Ion<.^ii('iir, l'",20d(' lai'-^ciircl 1"' 10 (!•' li.iiiltMir, ollo es! divisôe par des lablclles horizontales en di.v coni- IMrliiii.iii> ,|ii.' lair iravcise siiecessivemcnl en laissant déposer sur ces lahlelles la plus grande parlie des poussières dont il est chargé, A liisine céranii(pie de M. JJavenport, à Longporl, rélabli sur le(juel se fait le grattage des pièces est percé d'un grand nombre de trous qui débouchent dans une caisse d'aspiration placée au-dessous de la table et dans laquelle les poussières se déposent.

3l6."i. Il y a aussi des ateliers <pii sont insalubres parle mode de chauflage. Les fabricants de cierges chauffent encore leurs bassines avec des fourneaux à charbon placés au milieu de l'atelier, qui souvent n'a pas de cheminée. En 1 806, les hongroyeurs de Paris, et certainement tous ceux du reste de la France, échaulfaient l'étuve dans laquelle on passe les cuirs au suif, au moyen d'un foyer à charbon de bois sans issue pour l'air brûlé; et la quantité de charbon consommé était considérable, car la température de l'étuve s'élevait à 50 ou 60°. Les ouvriers étaient cependant obligés de séjourner dans cette étuve remplie d'acide carbonique, mais il arrivait souvent de graves accidents. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine et par des expériences qui démontrèrent combien le chauffage par les poêles était plus économique et plus salubre, qu'on parvint à leur faire adopter ce nouveau nwde de chauffage [Bulletin de la Société (Voncouragemcnt, tome Y, p. 67). D'autres ateliers sont encore dans le même cas et pourraient de même très-facilement être rendus salubres.

Pour faire voir combien cet usage peut être dangereux, rappelonsnous (pi'nn kilogramme de charbon en brûlant convertit en acide carbonique la totalité de l'air renfermé dans 9 mètres cubes d'air ; mais l'air de\ient impropre à la respiration quand il renferme un cinquième de son volume d'acide carbonique ; doû il suit qu'un kilogramme de charbon rend irrespirables 45 mètres cubes d'air. Mais la combustion du charbon est presque toujours accompagnée de la production d'ime certaine quantité doxyde de carbone, et nous avons vu (2303) combien ce gaz était délétère.

3166. Les ateliers des ferblantiers, fabricants de lampes, sont souvent dans le même cas ; il s'y trouve des foyers permanents à charbon de bois à chauffer les fers à souder; on dimiime les inconvénients du chauffage et on le rend plus économique par l'emploi du gaz d'éclairage : le gaz est amené devant les ouvriers par des tuyaux fixes

PÉCI.ET. lU. 37

garnis de tubulures à robinets auxquelles sont fixés de petits tuyaux en caoutchouc, chacun s'enroule à une certaine distance autour du manche du fer à souder, et se termine par un ajutage percé d'un très-petit trou qui projette une flamme sur la tête du fer; celui-ci reste alors à une température constante toute la journée, et peut être déplacé à une distance qui dépend de la longueur du tube en caoutchouc. Il est encore bon nombre d'industries où cette substitution du gaz au charbon a été faite avec avantage. Il ne paraît pas cependant que l'emploi du gaz brûlant dans l'atmosphère soit parfaitement salubre; nous avons déjà dit quels senties inconvénients qui peuvent résulter de sa combustion au sein de l'air de la respiration ; quand le gaz brûle dans des appareils fixes, il est toujours nécessaire de munir ces appareils de cheminées d'évacuation ; si ces appareils sont mobiles, comme c'est le cas dans les exemples que nous venons de citer, il est important qu'une ventilation suffisante et convenablement appliquée fasse disparaître les produits de la combustion avant qu'ils arrivent aux organes respiratoires des ouvriers.

Ventilation du dépotoir de la Villetfe.

3167. Pendant des siècles, il a existé sur le versant oriental de la butte Chaumont, un emplacement connu sous le nom de voirie de Montfaucon, sur lequel étaient transportées toutes les matières infectes dont le séjour, dans l'intérieur de la ville de Paris, pouvait nuire à la salubrité. Dansées derniers temps, par suite de la substitution des citernes étanches aux fosses perméables qui recevaient autrefois les matières fécales, la voirie de Montfaucon avait pris un immense développement, et plusieurs hectares de terrain étaient transformés en vastes bassins, remplis du liquide fourni par la vidange des fosses d'aisances.

Ces bassins et les terrains avoisinants alTectés à la dessiccation des matières pâteuses qui étaient extraites des bassins pour être transformées en poudrette, répandaient dans l'atmosphère des gaz infects, qui, portés par les vents à des distances considérables, rendaient très-insalubres certains quartiers de Paris et les communes voisines.

Cet état, devenu intolérable par suite de l'extension de la voirie^ avait soulevé de vives réclamations, et depuis bien des années on demandait, avec de vives instances, la suppression d'un établissement si incommode et si insalubre. En 1823, Louis XYIII, voulant

CHAPITHIi 1\. — CIIAL KFACili K i .\Sï>.\IMSSKMl£NT HKS ATKLIERS. i)V.)

favoriser l'ollc inoiiio de saliiltrilc aNail tcilf ;i la mIIc de Paris, sur les ItonNdti canal de ruiircq, un vaste terrain dolin»- à rciuidacer la voirie de Monlfaucon ; on y lit des travaux d'aijproprialinn, et dans la pensée que le transport pourrait se faire par le canal, on créa, à la petite Villette, un port destiné à rembarquement des récipients. Cette pensée était naturelle en 1826; mai> connue, par suite de la sévérité appoitée par la police à la construction jIcs fosses étanclies, le volume des matières s'accroissait si rapidement qu'en vingt années il a\ail plus que quadruplé (en J8i8, il était de 2 lUOUO, mètres cubes), on avair successivement reculé devant le transport par bateaux et par les chemins de fer. On ne savait quel parti prendre, quand M. Mary, ingénieur en chef des ponts et chaussées, professcMU" à l'École centrale, et chargé alors du service municipal, pioposa de créer à la Villette un établissement clos, dans lequel entreraient les voitures de vidange, où les matières, renfermées dans des tonnes de 2 mètres cubes de capacité, seraient \(msées dans de vastes fosses, et d'où elles seraient envoyées à Bondy, au moyen de pompes qui les refouleraient dans un tuyau de conduite souterrain.

3168. Cet établissement créé de 1845 à 1848, et connu sous le nom de Dépotoir, a été mis en activité au printemps de cette dernière année" et n'a pas cessé de fonctionner depuis cette époque. Deux conduites de 0'",27 de diamètre, en tôle revêtue de bitume intérieurement et extérieurement, établissent une comnumicalion souterraine entre le dépotoir et les bassins de la voirie de Bondy. Deux systèmes de pompes, destinées à se suppléer, mues par une machine à vapeur de 2a chevaux, dont on n'utihse que 12 chevaux, permettent de refouler en quelques heures, jusqu'à Dondy, à 10 kilomètres de distance, les matières liquides versées dans les fosses du dépotoir. Le volume de liquide lancé par les pompes est de 100 mètres cubes par heure. Arrivées à Bondy, ces matières sont employées à la fabrication des engrais et des sels ammoniacaux.

Les bâtiments du dépotoir se composent de neuf hangars couverts, adossés, dans chacun desquels peuvent entrer trois voitures ; au-dessous de chacun se trouvent trois fosses égales, garnies d'un large orifice à la partie supérieure ; les trois fosses d'une même rangée communiquent entre elles par de larges orilîces percés à la partie inférieure, mais placés alternativement à droite et à gauche. Les voitures de vidange que l'on rencontre le soir dans Paris, arrivent à la Villette de minuit à huit heures du matin, s'arrêtent sous les

580 LIVRE XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION DES LIEUX nABITÉS.

liangars, et les tonneaux sont vidés p;ii- un sac de débardage qui laisse couler les matières dans les fosses sans ({u'il en jaillisse rien au dehors. Ces matières se répandent dans les fosses, qui, comme nous l'avons dit, communiquent toutes entre elles, et dans leur tract laissent déposer les matières solides qu'elles contiennent. Les tuyaux d'aspiration des pompes communiquent avec les trois fosses qui correspondent au dernier hangar.

3169. Lorsque les fosses ont été épuisées par l'action de la machine, elles doivent être nettoyées des résidus qui s'y sont amassés, et qui présentent une épaisseur de 0'%10 environ. On facilite le départ en lâchant en haut du radier un courant d'eau vive qui agite et délaye les matières et permet d'en tirer encore une partie à la pompe. La dernière couche, composée principalement de gravois, doit être extraite au rabot, mise en baril, et remontée au treuil. C'est le travad des zingueurs, travail sale, pénible et dangereux. Malgré l'influence salutaire de l'eau vive, qui, rafraîchissant les produits fermentes, arrêtait le développement des gaz, l'opération restait un écueil pour les ouvriers, qui ne s'y aventuraient qu'avec précaution et en laissant les trappes ouvertes. Plusieurs fois cependant un dégagement subit de gaz, ou un air infect et chaud amassé dans la fosse, surprit l'ouvrier et l'asphyxia. Ces accidents graves heureusement n'étaient pas fréquents, mais l'odeur était souvent détestable, surtout par l'abaissement de la pression atmosphérique. L'eau ne suffisant pas à l'assainissement des fosses, il fallait y introduire un courant d'air énergique,

La nécessité de la ventilation avait été prévue par M. Mary, et un ventilateur, mù par la machine à vapeur, avait été disposé pour enlever l'air des dernières fosses ; le renouvellement de l'air y était très-vif mais ce mouvement n'existait pas dans toutes les autres. Cet appareil ayant été construit peu de temps avant que M. Mary eût quitté le service de la ville de Paris, cet habile ingénieur n'avait pas eu le temps de perfectionner l'effet delà machine en l'étendant à toutes les fosses.

3170. M. Mille, ingénieur des ponts et chaussées, chargé du service du dépotoir, a achevé l'œuvre de M. Mary. Yoici sur cet achèvement les détails donnés dans un rapport par M. Mille.

« On se décida à ouvrir dans les reins des voûtes trois conduits de 0'",39, sur lesquels se branchent des conduits secondaires de 0"',31, lesquels se terminent par des bouches de 0"',062, abordant chaque cellule. L'air descend par les trappes ouvertes, balaye complète-

CIIAIMTUE IX. — r.llAlFKAr.i: ET ASSAINISSEMENT m;s ATKUEKS. 3H1

nuMil la ct'lliilc et sCc'liappt' par les doux boin-hcs i\u'\\ va K'unmticr à la i)aroi de iliaipic Noùt»'. Les «irands ct»ndnits alinnlissciil à la cliainlirt' du W'iililaltMir, (rni'i li's gaz sont refoulés dans une cliciiiiiicc spéciale, adossée à la eliemiiiée de la macliiiie. Des vannes rejiulalrices à l'orilice de cliaqut^ li{ine, des tiroirs au-devant de chaipie bouche, permettent de répartir le travail du ventilateur, et de l'appliquer aux lijjnes et aux ca|)acités dont le service vent nn assainissement immédiat.

3171. « Ces dispositions ont complètement réussi; et quoique les citernes reçoivent tout ce qu'il y a de plus infect à Paris, tout ce «pii sort des hôpitaux, des casernes et des maisons pauvres, le service se fait avec une sécurité parfaite. Au moment où les ouvriers descendent, l'aération est vive et fraîche, comme sur un boulevard. Il n'y a plus de traces d'hydrogène sulfuré ou d'ammoniaque. Les objets d'or ou d'argent qu'on porte avec soi ne subissent pas la moindre altération, les yeux n'éprouvent pas le moindre picotement, enlln la température des citernes ne diffère pas de celle de l'air extérieur.

« La ventilation est si complète que nous n'avons pas hésité à éclairer les citernes par le gaz. Au centre de chaque prolîl est un bec d'Argant. Un fumivore emporte, vers la bouche d'aérage, les produits de la combustion. La flamme est vive et blanche. Le gaz a remplacé les chandelles, qui ajoutaient une infection de plus aux miasmes qui s'échappaient autrefois. Chaque cellule va posséder une bouche d'eau, un bec de gaz et deux bouches d'air. Ce système si simple a rendu le dépotoir l'une des usines de la Yillette peutêtre la moins insalubre. Toutes les plaintes élevées d'abord par les habitations voisines ont disparu. La santé des ouvriers est excellente ; leur moral est relevé par la puissance même des moyens de propreté et de salubrité mis à leur disposition.

« Quelques expériences peuvent expliquer l'énergie de la ventilation.

« En plaçant un anémomètre dans le courant, avant et après le ventilateur, on a trouvé :

« En avant, dans une section de 0°',30, une vitesse de 8", 12;

« A la sortie, dans une section de 0"M7,unc \itesse de 12'", 39.

« A ces deux nombres correspondent des débits, par seconde 2™, 44 et 2°", 45, chiffres qui prouvent des opérations concordantes. D'après le dernier nombre, le \oliime d'air extrait par heure du ventilateur est de 8100 mètres.

3172. « Pour faire la répartition et régler les orilices des tiroirs,

on a d'abord tout ouvert, et mesuré ce qu'il passait d'air par chaque bouche de 0"',0G2. Les vitesses, dans les citernes n° 1, n° 5, n° 9, étaient l^.OT, I^jôO, 5°", 21. On voit que l'action du ventilateur croissait rapidement à mesure que la distance des orifices d'appel devenait plus petite. Mais avec la faible vitesse de \"',(n,\a citerne la plus éloignée débitait encore par ses deux bouches, d'une surface totale de 0",125, un volume de 0",133 par seconde, ou 480 mètres par heure ; et comme le volume de la citerne est d'environ 80 mètres, le renouvellement de ce volume aurait eu lieu six fois dans une heure ; mais la citerne d'aval dépensait par seconde l"',06o, ou par heure près de 2330 mètres, environ trente fois son volume.

« Pour corriger l'excès d'appel dans la citerne la plus voisine du ventilateur, on y réduisit les bouches à 0'°,05 de surface, et on gradua les ouvertures des tiroirs successifs, en augmentant très-peu les derniers numéros et beaucoup les premiers; la citerne n° 1, la plus éloignée, garda seule son orifice total de 0",12. Avec cette disposition, on obtint sur ce dernier point une vitesse double aux bouches d'appel, le volume s'éleva par heure à près de 960 mètres. On était ainsi bien près d'avoir égalisé le tirage dans toutes les citernes. Nous n'avons pas poussé plus loin nos épreuves, parce qu'il nous suffisait d'avoir la certitude que l'on pouvait différencier à volonté le tirage sur tous les points; c'était le but du travail, et il nous semblait atteint.

3173. « Ces résultats d'assainissement, dans les conditions les plus défavorables, prouvent, si je ne me trompe, que la question de désinfection est une étude de mécanique bien plus qu'un problème de chimie. Les agents naturels, l'air et l'eau, sont certainement l'aide la plus efficace quand on ne cherche que la salubrité de la ville et de Ihabilation. Ce n'est pas à dire que la chimie n'ait rien à faire en pareille matière ; elle intervient aussitôt qu'il s'agit de livrer des engrais à l'agriculture, ou des produits ammoniacaux à l'industrie. Mais tant qu'on reste au point de vue de la police administrative, on n'a besoin que des deux plus simples agents de la natui'e ; en mettant l'eau partout, en renouvelant l'air constamment, on doit dominer l'infection, parce que l'on parviendra toujours, soit à l'empêcher de se produire, soit à la noyer dans un courant qui l'emportera. »

La construction du dépotoir de la Villette a été un service réel rendu à la ville de Paris par M. Mary, service qui n'a peut-être pas été assez apprécié. C'est incontestablement un travail remarquable,

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