‹ Traité de la chaleur considérée dans ses applications. 4. éd. publiée (volume 2)Chapitre 133 sur 137 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Rafraîchissement des ateliers.

3208. Nous avons indiqué (2279 et 2280) différents procédés permettant de rafraîchir l'air avant son introduction dans un espace quelconque. Cette introduction étant déterminée soit par appel, au moyen d'une cheminée numie d'un foyer, soit par pulsion, au moyen d'un ventilateur ou de tout autre appareil ventilant. Nous avons exposé à propos de la ventilation des filatures des procédés analogues (3152 et suivants). Ces procédés qui sont basés sur l'emploi de l'eau froide ne peuyent guère être employés efficacement qu'autant que le rafraîchissement à produire est peu considérable, et qu'on a de l'eau froide en abondance.

3209. Lorsqu'il s'agit, au contraire, de refroidissements considérables, et lorsqu'on n'a qu'une quantité insuffisante d'eau, ou que l'eau que l'on a à sa disposition n'est pas assez froide, on peut avoir recours aux procédés que nous avons indiqués livre XIY, chapitre iv, pour la production artificielle du froid ; nous avons décrit (2333) les moyens employés pour obtenir ce résultat à bord du Frigorifique. Nous citerons encore une application fort intéressante des mêmes principes faite par MM. Mignon et Rouart pour le refroidissement de

CllMMTllI': Mil. — llAFRAICHISSEMliNT UILS ATtLlEUS 51)1)

la nianiifaduro royale i\o boiigios à Amslerdam. Ce bàliniciit a no m«' Ires de Ioiij.Mieiir, li^.-'iO de larf^eiir et 4'". 20 de Iiaiilciir, sim volume est de .{ O'iO inèires euhes environ ; dans ce hàlirnciit on introduit di's huiles à la teni|)('ratiire de 60°, au sein desquelles doit se produire une cristallisation d'acide stôarique ; la quantilt' dliuilt' traitée est de loOOO kil<><;rainines par jour. Il s'agissait de maintenir dans râtelier une température de 12°, même pendant les grandes chaleurs de l'été. Pour y arriver, MM. Mignon et Kouart ont employé un de leurs appareils (2."{2oi, produisant GO 000 calories négatives à Iheure ; l'air était intioduit par pulsion^ au moyen d'un ^entilateur fournissant 20 000 mètres cubes à l'heure, dans un appareil refroidisseur. ou l'échange de chaleur se faisait entre lair et une dissolution de chlorure de calcium refroidie par son passage à travers l'appareil frigorifique. Pour obtenir un échange rapide de la chaleur, il fallait multiplier les surfaces de contact entre Tair et le liquide : pour cela, on a disposé un cylindre vertical isolé autant que possible pour parer au réchaullement et divisé en compartiments par des diaphragmes fixés au cylindre et percés en leur centre ; le cylindre est traversé par un axe qui porte des disques horizontaux; il y a un de ces disques dans chacun des compartiments du cylindre ; on fait arriver le liquide à la partie supérieure du cylindre et l'air en bas, de'façon à avoir un refroidissement méthodique; le liquide est divisé et par son écoulement sur les diaphragmes montés sur le cylindre et sur les disques montés sur l'axe, et par le mouvement de rotation de l'axe dont l'action centrifuge rejette le liquide des disques vers les parois. La température de l'air se trouve abaissée de 10° dans cet appareil.

3210. Nous ne parlerons que pour mémoire de moyens divers qui peuvent être employés éventuellement poiu- obtenir un faible abaissement ou un abaissement passager de la température. M. Freycinet cite, dans son rapport, l'arrosage du toit et des murs d'ateliers de la filature de Brunswick Mill à Manchester au moyen de jets d'eau placés dans la cour et qu'on peut mettre en activité en ouvrant un robinet ; il parait qu'on obtient aussi un rafraîchissement sensible, mais qui n'a pas été mesuré.

3211. M. le général Morin, dans une not(; placée à la fin de son Manuel de chauflage et de la ventilation, insiste fortement sur l'emploi d'un moyen qui consisterait à faire passer l'air, avant son introduction dans les salles à rafraîchir, à travers des puits, des caves ou des galeries, pratiqués sous le sol. S'appuyant sur ce que la tempe-

600 LIVRE XV. — CIlAUFFAGli; ET VE.NTIL.\TI(iN DES LIEUX IlAIilTÉS.

rature du sol à quelques mètres de profondeur est généralement égale à peu près à la température moyenne du lieu, à Paris, par exemple, \\° environ, et supposant que Tair qui les aura traversés prendra cette température de l i" d'une façon permanente, il donne un exemple des calculs à faire pour déterminer la quaiitilé d'air nécessaire à produire un refroidissement donné. Il cite de plus quelques exemples d'un rafraîchissement obtenu par ces procédés, entre autres, le cabinet de la direction du Conservatoire des Arts et Métiers refroidi par l'introduction de l'air des caves du Conservatoire à raison de SOO ou 600 mètres cubes à l'heure, et le laboratoire de M. H. Deville qui emprunte l'air aux caves de l'École normale.

3212. Sans dénier absolument une efficacité quelconque à ce procédé, il nous sera permis de mettre en garde ceux qui seraient tentés de l'employer contre les insuccès auxquels il pourrait mener ; si, en effet, on peut obtenir le rafraîchissement continu de faibles espaces lorsqu'on dispose de caves considéiables comme celles du Conservatoire ou celles de l'École normale, ou si avec des caves d'étendue relativement restreinte on pourra encore espérer quelque rafraîchissement de l'air lorsqu'on n'aura à le produire que pendant une partie très-limitée de la journée, il n'est pas .moins vrai que dans le cas d'espaces un peu considérables à rafraîchir, et quand le rafraîchissement devra être continu, l'action des caves aura bientôt cessé de se faire sentir parce que les parois se mettront en équilibre de tenipérature avec l'air ambiant au bout de très-peu de jours. La solution présentée par le général Morin, si elle pouvait être généralisée, permettrait de se passer du chauffage en hiver et de se rafraîchir en été en se maintenant aune température constante, sans autre dépense que celle de quelques becs de gaz, cette solution serait certainement séduisante si elle était réalisable ; mais il n'en est pas ainsi et elle doit être limitée aux cas très-spéciaux que nous avons indiqués.

Page 1