CHAPITRE XIV
Examen résumé des conditions de la ventilation des lieux habités.
3213. Pt'oportio?i d'air à fournir daiis le cas d'une ventilation cont'inuc. — Cette proportion est éminemment variable suivant la nature des lieux à ventiler et suivant la façon môme dont la ventilation
CIIAI'ITIU; XIV. — i:\.VMKN ItKSlMK liKS MKIX ll.Mll TKS. 001
es! onVcliii'C. Kilo ik^ sera pas la mrmi' non plus si les liniv xnilili's soiil lialiilt's par des lioiiimi's xjilidcs (»ii maladies. Si l'on cniisidrre riiidi\idii à IClal de saiilf, il exhale par la respirali(»n piilmunairc el eiilanee de Tacide carbonique el de la vapeur d'ean, |»liis nue certauie (pianlilé Irès-faihle de substances organiques dont la présence se révèle par l'odeur qui se manifeste dans les lieux ronllues après un eeitain tenqis qu'on y a respiré.
1^211. L'air (piiui doit fournir à la respiration doit êtie le plus pur possible, de là la nécessité d'évacuer l'air vicié. Mais, (piebjue active que soit la ventilation, les produits de la respiration se mêlent à l'air aud)ianl et le premier problème à résoudre consisterait à déterminer la proportion limite de l'acide carbonique, de la vapeur deau el des autres produits de la respiration dans l'air resjiirable. En ce qui concerne l'acide carboni(|ue et la vapeur d'eau, s'ils étaient seuls, on pourrait arriver p^iu- li' premier à une proportion de (pielques centièmes, pour la seconde à la saturation, sans qu'il en résultât diuconvt'uients sérieux ; mais ces gaz sont, comme nous l'avons dit, accompagnés de matières organiques qui fermentent et s'altèrent d'autant plus rapidement que la température de la salle est plus éle\ée, et c'est là surtout l'élément dont il y a lieu de tenir compte, et c'est aussi celui sur lequel on n'a aucune donnée précise. La proportitin d'acide carbonique qui accompagne toujours celle des matières organiques et qui doit lui être sensiblement proportionnelle, si l'on considère des individus à l'état sain, pourra être prise pour mesure de celles-ci, et on pourra déterminer une limite de la quantité d'acide carboniiiue que l'on ne devra pas dépasser dans l'air respirable ; mais, ici encore, il y aura lieu do distinguer suivant que la salle sera ou non ventilée ; la fermentation et l'altération des matières organiques est non-seulement une question de température, mais encore une question de temps, et si l'on suppose une salle sans ventilation dans laquelle, par un séjour plus ou moins prolongé, l'air arrive à obtenir cette limite, l'aii- qu'on y respirera après une longue diu'ée de séjour servi certainement plus malsain (|ue celui d'une salle plus petite, mais ventilée, dans laquelle le renouvellement de l'air convenablement elïeclué n'aura laissé séjourner les miasmes que pendant un temps relativement court ; disons qu'il y a là un élément dont il est à peu près impossible de tenir compte, mais (pii sul'lit pour montrer que la limite à laquelle on peut s'élever dans le cas d'une ventilation active est plus élevée que celle (pi'on doit prendre dans le cas d'une salle non ventilée. A cet égard, il est ce-
602 LIVRE XV. — ciiauffagl: et ventilation des lieux habités.
pendant nn moyen qni peut servir de guide ; c'est l'odeur que prend l'air dans une salle où ont sf'journé une ou ]»]usieurs personnes après un certain temps ; il est important de ne pas laisser produire cette odeur. Or la quantité d'acide carbonique pour laquelle cette odeur se produit est variable avec les conditions de l'observation ; ainsi, d'après M. de Cliaumont, cette odeur se produirait lorsque la proportion d'acide carbonique dans l'air est de 0,0008 en volume, M. Pettenkoler, et avec lui M. Lenz, de Saint-Pétersbourg, admet qu'on peut aller sans inconvénients jusqu'à 0,001 ; bon nombre d'ingénieurs et d'bygiénistes admettent même qu'on pourrait porter cette proportion au delà ; mais il n'est pas douteux que dans des lieux ventilés on puisse prendre la limite de 0,001 en volume. Or, l'air contient à l'état normal de 0,0004 à 0,OOOG en poids d'acide carbonique, soit de 0,0003 à 0,0004 en volume ; MM. Boussingault et Lewy ont trouvé pour l'air de Paris 3,190 sur 10 000 volumes, et à Andilly près Montmorency 2,989 on peut donc admettre comme proportion permanente dans les villes 3 pour 10 000 en volumes; ces nombres permettent de calculer avec la plus grande facilité la quantité d'air à fournir dans le cas d'une ventilation permanente, si l'on connaît d'ailleurs la quantité d'acide carbonique qui peut être produite par un homme adulte dans un temps donné. Or, d'après M. Dumas [Essai de statique chimique des êtres organisés), le nombre des expirations étant de 16 à 17 par minute, chacune de un tiers de litre environ, et la proportion d'acide carbonique dans cet air étant de 0,04 environ (1), la production d'acide carbonique serait de 306 litres par vingt-quatre heures, soit 13 litres environ par heure ou 0™%0t 3. A l'état permanent, par conséquent, la ventilation devra être telle que, l'air entrant avec 0,0003 d'acide carbonique et sortant avec 0,001 de ce même gaz enlève 0'"%013 de ce produit par heure et par homme; chaque mètre cube enlevant 0,0007 ; le volume d'air à introduire par
homme et par heure sera de ^^^^=: IS'^'.S soit 19 mètres cubes ; si
on admet avec MM. Andral et Gavarret que la production d'acide carbonique d'un homme adulte est de 0"',020 par heure, le volume
d'air à introduire sera ,, ;,,,' , = 28'"%6.
3215. Dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences le
(1) Doyère, dans son mémoire sur la respiration et la chaleur humaine dans le choléra donne, pour la composition de l'air expiré h l'état normal, la proportion de 0,0044 d'acide carbonique; si l'on en retranche les 0,0003 que contenait l'air impur, il reste 0,0041.
CllM'lTIU': XIV. — KXAMt.N UliSUMÉ DES LIEUX IIAHITÉS. (KCt
4 avril 1873, le général Morin arrive à des nouihivs IxNiiii-oiip |»liis élevt's, mais cola lient à ('crlaines (liiïi'rences eiilic les iimmiIucs admis par ce savant et ceux que nous avons admis nous-mêmes; le général Morin admet bien une production d'acide carbonique de 0'"',()20, comme l'indiquent MM. Andral et Gavarret, mais il y ajoute, et on ne sait trop ])our(pioi, une proportion d'eau de O^jOliG qu'il ((Uisidére comme acide carbonitpie à ihacuer. La seconde différence est dans la proportion d'acide carbonique existant dans l'air, cette proportion, d'après M. Morin, devrait être prise égale à O.OOOo en volume, nous avons vu que d'a|)rès M. Boussingault, vériliant les expériences de Thenard et de Théodore de Saussure, cette proportion serait de 0,00.1 seulement. Nous ferons encore une autre observation relative au résultat que nous avons obtenu, c'est qu'il est indépendant de l'espace cubique attribuable à chaque personne, ce qui est évident à priori; M. Morin arrive au contraire à des nombres qui dépendent de l'espace cubique occupé ; c'est qu'en effet, il ne considère pas la ventilation à l'état de régime permanent, mais bien pendant la première heure seulement, de telle sorte que les résultats seraient modifiés, si la ventilation se prolongeait et fournissait à la limite les résultats du régime permanent; si l'on voulait tenir compte du temps que dure la ventilation, il faudrait faire le calcul, non' pas comme l'a fait le général Morin, mais bien comme le présente M. Lenz dans sa considération sur la ventilation en Russie [Mémoire de r Académie Impériale de Saint-Pétersbourg , série Yll, tome YI); on arrive alors à la formule suivante fournie par M. Lenz :
Formule dans laquelle :
{A représente la proportion d'acide carbonique en volume que contient l'air introduit, p la proportion du même gaz que contient l'air expulsé,
Y le volume de la salle ventilée,
V le volume d'air frais introduit par heure,
n le nombre d'hommes qui sont dans la salle,
q le volume d'acide carbonique exhalé par chaque houmie en une heure,
P-o la proportion d'acide carbonique en volume que contient l'air de la salle avant le commencement de la ventilation,
6 le nombre d'heures qu'a duré la ventilation. C'est de cette formule qu'on devra lirer v (\umu\ la limite/; sera donnée et la quantité d'air à fournir par homme et par heure
sera -
Il est facile de voir (pic la valeur de p tend vers une limite fort simple quand 0 tend vers l'infini, et cette limite est fournie par l'expression,
U.V -\-nQ 'P=—-—
ce qui donne
[p — i>.)v = nq.
d'où
pour l'état de régime, comme nous l'avons indiqué plus haut.
M. Lenz, en adoptant le nombre O^^OSi pour quantité d'acide carbonique produite par heure (nombre trop fort d'après ce que nous avons dit plus haut), et 0,001 pour limite supérieure de la quantité d'acide carbonique que doit renfermer l'air de la salle, arrive à 30 mètres cubes comme volume d'air pouvant fournir à l'état permanent un état voisin de cette limite.
3216. Quand on considère l'influence de la vapeur d'eau, il est facile de concevoir que dans tous les cas où l'air sera chauffé avant son introduction dans la pièce, non-seulement il sera facile d'enlever toute la vapeur d'eau résultant de la respiration sans dépasser la fraction de saturation convenable, mais encore il faudra le plus souvent ajouter de l'eau à cet air avant son entrée dans la salle pour arriver à cette fraction de saturation. Ce poids sera facile à calculer pour une ventilation permanente ; en efîet, soit p le poids en grammes de vapeur d'eau qui se trouve dans un mètre cube de l'air extérieur, et soit p' le poids de vapeur d'eau que doit contenir l'air à la température de la pièce ventilée pour que la fraction de saturation soit environ 0,50, et soit v le volume d'air introduit par personne et par heure, la quantité d'eau qu'il faudra fournir par personne et par heure sera [p' — p) v — 50 ; ce dernier chiffre 5f) représentant le poids de vapeur d'eau que fournit par la respiration chaque personne en une heure. En été, si l'on suppose une introduction de 30 mètres cubes par personne et par heure ; la quantité de
CH.UMTRK XIV. — tWMKN IIKSIMÉ DICS I.IKlX IIAUITÉS. G05
\;i|)t'iir d'c;!!! |ii(ultiili' par peisdiine aussi bien par la Iranspiialimi piiliiiitiiaiiv qiit' parla Iranspiralioii ciilaiiée élaiit, d'après .M. n.nral, (If 50 grammes en\ir«»ii par lioure, ce qui correspond à peu près à O^'.Of), le poids de vapeur dont se chargera cluupie nièlre cube d'air, sera de 50 : 30 = 1^",07, et comme le poids d'eau cpii sature un mètre cube d'air à 20° est de 17*', 21, si on suppose qu'avant son entrée, la fraction de saturation soit 0,50; celle-ci se trouvera dans la salle égale à 0,50 -f 1,67 : 17,21 =0,G0 environ, condition pai raileuieut lolérabhï ; il en serait encore de nièuie si l'air était à 15% car alors le poids d'air (pii sature un mètre cube étant 12,70 la fraetion de saturation serait 0,50 + 1,07: 12,76 = 0.63, ce qui n'aurait encore rien d'exagéré.
3217. On voit donc que, aussi bien au point de vue de l'eau que de celui de l'acide carbonique à évacuer, 30 mètres cubes d'air par liomme et par heure, seront complètement suffisants pour assiu'er des conditions hygiéniques convenables à l'homme adidte et sain.
3218. A propos de la vapeur d'eau produite, M. le général Morin, dans le mémoire cité plus liaut, examinant des résultats d'expériences de M. Leblanc dans dillérenles casernes non ventilées, constate que la quantité de vapeur d'eau renfermée après un séjour de dix heures des hommes dans les chambrées était de ()™,0123 à 15^ Ce nombre., dit-il, est notablement inférieur à celui de 0'",0433, trouvé par M. Dumas, la dilïerence doit être attribuée à ce qu'une partie de la vapeur dégagée se condensait sur les murs et le volume deO^^Ol^S peut être regardé comme celui qu'il faudrait évacuer par heure au moyen d'une ventilation continue. Nous avons vu que, dans tous les cas, la ventilation qui ramène à la limite convenable la quantité d'acide carbonique que contient l'air, enlève aussi toute la vapeur d'eau et maintient l'air à une distance assez éloignée du point de saturation pour qu'on n'ait pas à se préoccuper de la vapeur d'eau ; mais s'il n'en était pas ainsi, il faudrait considérer l'opinion émise par le général Morin comme tout à fait erronée ; en elïet, il est de la plus haute importance d'empêcher toute condensation tleau sur les murailles; cette eau, en effet, se dépose en entraînant une certaine portion des matières organiques que contient l'air ; ces matières peuvent alors imprégner les murs et y créer de véritables foyers d'infection.
Quant à la question de res[)ace cubique réservé à chaque personne dans la salle ventilée, nous avons vu qu'il n'y a aucune raison pour lui donner des dimensions exagérées ; dans une certaine mesure, il
y a plutôt intérêt à la rosli'oindro pour iio pas permettre aux matières organi([iies provenant do la respiration de se décomposer.
3219. Dans Ions les lieux où séjourneront des hommes en état de santé, comme les ampliithcàtrcs. les salles (T assejiiblée , \es[/iéàù'es, les ateliers où il n'y aura pas de conditions spéciales de vicialion de l'air, les prisons même, une ventilation elïective de 30 mètres cubes par homme et par heure sera suffisante dans tous les cas.
3220. Dans les écoles d'enfants et les asiles, ainsi que dans les lycées et en général dans tous les lieux occupés par des enfants, la respiration fournit des gaz étrangers en quantité notablement moindre, et on peut alors se contenter d'un renouvellement d'air de 12 à lo mètres cubes par enfant et par heure.
3221. Quand des causes spéciales d'insalubrité viennent s'ajouter à celles qui résultent de la respiration pulmonaire et cutanée, il est nécessaire d'augmenter la quantité d'air de ventilation, dans ce cas aucune donnée ne permet d'établir exactement ce que doit être cette augmentation et c'est ainsi que l'expérience a amené à employer des volumes d'air de plus en plus considérables pour la ventilation des hôpitaux, c'est ainsi, comme nous l'avons vu précédemment, qu'à l'hôpital Ménilmontant, la ventilation a été établie pour fournir :
Aux malades ordinaires 1 00""^-
Aux varioleux '. ^OO""'-
Aux femmes en couches 300'"'=-
3222. Parmi les causes spéciales d'insalubrité auxquelles il faut parer par la ventilation, peuvent se trouver des dégagements ou productions de gaz divers ; tels sont, l'acide sulfhydrique et l'ammoniaque dans les étables. M. le général Morin, en considérant les valeurs différentes des densités de ce gaz, arrive à conclure que dans une étable l'ammoniaque se tiendra à la partie supérieure, l'acide carbonique et l'acide sulfhydrique à la partie inférieure [Études sur la ventilation, tome I, page 205). Il y a lieu de s'étonner de rencontrer une pareille opinion chez un savant aussi distingué que le général Morin, lorsqu'on sait la facilité avec laquelle les gaz se mélangent; que quelques bulles d'ammoniaque, d'acide sulfhydrique, d'acide sulfureux soient dégagées dans un amphithéâtre ou dans un laboratoire, et presque instantanément leur odeur se fait sentir dans tous les points de la salle ; dans le cas cité, celui des étables, le dégagement se fait avec une extrême lenteur et sous l'influence d'une
ClIAlMTilE XIV. — EXAMEN HESL'.ME DES LIEUX IIADITÉS. 007
formenlation qui. on élevant la tompératmc, nmipl rt'quiljhre «le la masse gazons»; et facilite le mélange.
3223. Hiianil le dégagement de gaz se fait sur un |ii»iiil donné et en grande masse, c'est surtout an voisinage de ce dégagement ((u'on trouve la plus forte propoiiion de ce gaz, alors que la dill'usion dans lair n'a pas encore pu s'établir. C'est là la raison d'un certain nombre de phénomènes naturels curieux qui fournissent en même tein[is la démonstration du |>rincip(; énoncé. Tout le monde connaît le fait de la grotte du (lliien, à Pouzzobis, dans laquelle se di'gage, à travers le sol et en petites bulles, de l'acide carbonique qui s'étend en une nappe asphyxiante ayant, à l'entrée de la grotte 0°,20 au-dessus du sol, et au fond 0'",G<); au-dessus de cette nappe se trouve de l'air respirable.
Non loin de la grotte du Chien se trouve la grotte d'Ammoniaque (Gicide pratique aux eaux miiié''ales du D' James) qui est une fosse à peu près carrée d'un mètre de profondeur, recouverte d'une voûte de 3"°, 00 de haut ; du sol se dégage de l'ammoniaque qui forme une couche d'un mètre de hauteur environ, surmontée d'une couche d'air respirable.
3224. S'il s'agit de l'air rejeté par la respiration, le mélange dont il est constitué a presque exactement la même densité <pie l'air à ,la même température, et comme il a une température plus élevée que celle de l'air ambiant, il tend à s'élever, quoique d'ailleurs il contienne une assez forte proportion d'acide carbonique. Aussi dans les salles qui n'ont pas une très-grande hauteur, qui ne sont que peu ou point ventilées, et où par conséquent le mélange n'est pas facilité, il peut se faire qu'on trouve à la partie supérieure, en même temps (pi'une teiii[)ératurc plus élevée, une plus forte proportion d'acide carboiii([ue ; nous citerons à ce sujet les expériences du docteur Pettenkofer, de Munich, sur les proportions d'acide carboniriue contenues dans l'atmosphère d'une salle d'hôpital. A l'hospice de la Maternité de Munich, dans une salle de 12"',50 de long, de 8", 45 de large et de 4", 40 de haut, qui n'était pas ventilée et qui était occupée par des femmes en couche, on a trouvé pour la proportion d'acide carbonique contenu dans l'air sur lOOO parties en volume en trois points dilférents près du plancher 2,20; 2,24; 2,27, et sur deux points près du plafond 2,60 et 2,63; dans une autre salle ventilée occu|>ée par cinq accouchées et quatre nouveau-nés, on a trouvé à 0"',ia du sol 0,38 et 0,39 pour 1000 d'acide carbonique et à 0'°,(iO au-dessous du plafond 0,68 et 0,74;
la température était de 20", 50 près du plancher et de 21°, 30 près du i)lalund. On voit donc que dans ce cas les nionvements de l'air dans une salle habitée, provoqués par l'élévation de la température, peuvent produire une influence toute contraire à celle qu'on serait tenté d'attribuer à un excès de densité.
3225. 11 ne suffit pas de se préoccuper de ventiler les lieux h;ibités, il faut en même temps se préoccuper d'en diminuer l'infection en prenant toutes les mesures de propreté nécessaire; il faut assurer le nettoyage des parquets, des murs ; avoir des cuisines, des lieux d'aisances inodores, etc.
32:20. Température de l'air à introduire dans la salle. — On peut facilement, étant donnée la température qu'il s'agit de maintenir dans la salle, déterminer celle de l'air de ventilation ; supposons que la température extérieure soit plus basse que la température intérieure ; il faudra d'abord calculer la quantité de chaleur perdue en une heure parles parois de la pièce d'après les nombres du n" 2476; on calculera d'autre part la quantité de chaleur produite aussi en une heure par la présence des habitants et des appareils d'éclairage ; pour chaque personne occupant la pièce on prendra 100 calories environ par heure; pour les appareils d'éclairage on déduira la quantité de chaleur produite de la consommation et de la puissance calorifique de la matière éclairante, qu'on pourra toujours calculer approximativement d'après la composition de cette substance. On fera kl différence entre la quantité de chaleur perdue par les parois et celle qui est produite par la présence des occupants et les appareils d'éclairage, et on la divisera par le produit qu'on obtiendra en multipliant le nombre de personnes par le volume d'air accordé à chaque personne et ensuite par la capacité calorifique de l'air ; le quotient sera le nombre de degrés dont l'air amené dans la salle devra être au-dessous ou au-dessus de la température qu'il faut maintenir dans la salle suivant que la quantité de chaleur perdue par les parois sera plus petite ou plus grande que la quantité de chaleur produite par les personnes occupant la salle et les appareils d'éclairage; dans le calcul, il faudra assimiler chaque bec de gaz à une personne.
Si l'excès de température qu'on doit donner à l'air introduit était trop considérable, on pourrait augmenter la quantité de chaleur produite intérieurement en y plaçant des poêles à rayonnement direct qui varieraient suivant le mode de chauffage adopté.
Si la température extérieure était plus élevée que celle qu'on doit maintenir dans la salle, il faudrait ajouter la quantité de chaleur
CriAPITHi: XIV. — EXAMEN ItÉSUMÉ DES LIELX HABITES. r,(lf>
liansmiso à collo qui est prodiiito ;i rinlôrioiir, lo rosi.- du calciil sor.iit le iiir'inc ot (m oliliendrail le immbiT' de dcj^rés dont |;i icriiiM'rn liire (le l'air ((iron iiilnidiiitdoil ("'(rc aii-di.'ssoiis do cclk' (|ii'nti voiil conserver dans la pièce.
Quand l'air devra être ainsi rafraîchi avant l'onln'e, on devra avoir recours aux procédés que nous avons indiqués dans le cliapitn» Mil du présent livre.
32:27. Appareils de chauffage. Quant aux appareils de chanirage a employer, nous renvoyons à ce que nous avons dit dans le corps de l'ouvrage. Mous pouvons cependant dire que, si l'on a de faibles espaces à chauffer, on pourra employer des poêles à enveloppe; dans le cas de chauffages plus considéra])les, on pourra employer des calorifères à airchand ; si les causes de variation de température sont peu considérables, on pourra employer le chauffage à eau chaude, enfin, dans le cas de chauffages d'édifices considérables, et quand la chaleur doit être disséminée sur un grand nombre de points, remploi de la vapeur, soit seule, soit agissant par l'intermédiaire de poêles à eau comme à riIôtel-Dieu ou à rhô|)ital Ménilmontant, se trouve tout naturellement indiqué, à cause de la facilité que présente ce mode de chauffage de transporter la chaleur au loin et d'en faire varier l'action à volonté.
3228. Modes de ventilalion. Quant au procédé qu'il faudra employer pour produire la ventilation, toutes les fois que le bâtiment à ventiler présentera peu d'importance, on aura recours à la ventilation |iar appel. Dans ce cas, si le chauffage se fait au moyen de calorifères, on pourra, en les plaçant en contre-bas de la pièce à chauffer et à une distance suffisante en hauteur, obtenir une certaine vitesse d arrivée de l'air dans les pièces et atténuer ainsi en partie les inconvénients de l'appel en diminuant la dépression qui se produit dans les salles ventilées par ce procédé.
On pourra encore employer ce procédé dans le cas d'édifices importants, mais pourvus de services indépendants devant être chauffés à part, en disposant sur différents points de l'édifice les calorifères nécessaires, de façon, on diminuant la longueur des conduites d'air chaud, à diminuer la perte de chaleur qui se produit sur le parcours.
3229. Dans les grands édifices, où la ventilation devra être considérable, l'emploi de la pulsion aura des avantages évidents : nous ne rentrerons pas dans la discussion des avantages comparés des deux systèmes de ventilation; la pulsion est actuellement entrée
péci.et. m. 39
(ilO LIVRE XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION DES LIEUX HABITÉS.
complètement dans la pratique; nous avons donné de nombreux exemples de l'emploi récent de ce mode de ventilation en France aussi bien qu'à l'étranger. Il sera bon, et c'est là le mode qui paraît devoir définitivement s'établir, de joindre à l'emploi de la pulsion pour l'introduction de l'air celui de l'appel pour l'évacuation, celui-ci pouvant d'ailleurs être produit par une cbeminée ou par une action mécanique. C'est l'emploi de ce double mode qui a produit les résultats heureux obtenus au théâtre de Vienne, c'est celui qui a été employé dans les deux grands hôpitaux récemment construits à Paris, c'est celui qu'on emploiera à l'Hôtel de ville qu'on reconstruit actuellement ; c'est celui enfin qu'on doit installer au palais du Trocadéro, construit pour l'Exposition universelle de 1878.
3230. Parmi les faits qui ont été indiqués pour mettre en garde contre l'emploi de la pulsion, on a cité une expérience de M. Wilkinson qui est relatée dans la Sidérotechnie d'Eassenfratz.
M. le général Morin cite tout au long, dans ses études sur la ventilation, cette expérience, dans laquelle des tuyaux en fer de 0°',325 de diamètre avaient été employés pour porter en ligne droite l'air comprimé, par une machine soufflante, à un haut fourneau qui se trouvait à une distance de 1525 mètres. A cette distance, et quoique toute la force de la machine eût été mise en œuvre, on ne constata pas la moindre vitesse de l'air à la sortie ; on se servait d'une lumière pour faire cette constatation ; on vérifia que le tuyau n'était point obstrué en le faisant traverser par un chat. M. le général Morin dit bien que la naïveté de la relation prouve que l'auteur était peu familiarisé avec les lois de la mécanique et que les conclusions indiquées sont trop absolues, mais il admet cependant en partie la valeur de l'expérience puisqu'il dit: « J'ai cru devoir la citer pour montrer que le mouvement de l'air dans des tuyaux d'une grande longueur peut donner lieu à des pertes de pression, à des fuites difficiles à constater, qui diminuent considérablement le débit sur lequel on croirait pouvoir compter, d'après des observations faites avec des anémomètres ou d'autres appareils à l'origine des conduites. » Il nous est impossible d'attacher aucune espèce de valeur à cette expérience; les tuyaux employés devaient présenter des fuites énormes. Il suffit de voir en effet ce qui se passe dans les conduites de gaz d'éclairage, dont la longueur, pour une ville comme Paris, est bien plus considérable que celle dont il est question dans l'expérience citée, qui présentent à chaque instant des coudes, des variations de section, etc., et au moyen desquels, sous l'influence
iIlAPITIlK XIV. — LXAMKN IIKSIMK IiKS LIF.IIX HABITÉS. «".Il
(rime pression de (junlques (•(Miliiiièlrcs dCaii d.iiis le, f^nzonièlre, on • •Idiciil copciKlMiil. sur loiil le p;ii'e(»iirs et jiis(|ir;i rcxln'inili', une vitesse nolui)le dt; sortie par les orilices presque ciipill.iin'N (|i> tous les becs.
52;{|. Orifices d^ introduction et de sortie dr tair de vcnlilatitni. Il y n. relativement à ces oriliees, deux problèmes particuliers à résoudre : le premier est relalil" à la section «pi'il convient de leur donner, le second à la place (ju'ils doivent occuper dans les parois de la pièce à ventiler.
32:32. (Juant à la section, il sera important de la prendre toujours suflisante pour que la vitesse de l'air, à son entrée ou à sa sortie, ne soit pas trop considérable ; c'est surtout pour les orifices placés à proximité des personnes qui occupent la salle que cette condition est nécessaire. On ne devra pas prendre, en général, de vitesse supérieure à un mètre. On a vu les résultats excellents obtenus au tbéàtre de l'Opéra de Vienne, en calculant les orifices d'accès de façon à ce que la vitesse de l'air neuf ne dépasse pas O'%30 par seconde.
3233. La position qu'il convient de donner aux orifices d'accès ou de sortie de l'air varie suivant les conditions où l'on se trouve. On admet généralement qu'il y a lieu de modifier la position des orifices de sortie suivant la saison. En été, l'air frais introduit à la partie inférieure de la salle, écbaufîé par la présence des personnes ou des appareils'd'éclairage, prendra un mouvement ascendant, en vertu de sa diminution de densité, et on fera sortir l'air vicié par le haut. En biver, l'air neuf, plus cbaud que celui de la salle, étant introduit vers le bas ou \\ une certaine hauteur au-dessus du sol, s'élèvera rapidement au plafond, et, pour ramener l'air pur en contact avec les organes respiratoires des assistants, il faudra placer les orifices d'évaporation à la partie inférieure : l'air, en se refroidissant, descendra en couches sensiblement isothermes jusqu'aux orifices de sortie.
3234. L'air de la respiration étant à une température sensiblement j)lus élevée que celle de la salle, les produits expirés s'élèvent avec une assez grande vitesse vers le plafond, où tend à se rendre par conséquent l'air vicié dans tous les cas. La ventilation d'été, disposée comme nous l'avons dit, ne laissera rien à désirer, puisque le courant d'air neuf, arrivant constamment à la hauteur des organes respiratoires des assistants, enlèvera dans son parcours l'air vicié qui suivra le même chemin et ne pourra plus faire retour vers les poumons des personnes présentes. Il n'en est plus de même dans le
cas (le la ventilation d'IiiNei", pour laquelle Tair chaud et neuf qui s'élève, entraîne avec lui les produits de la respiration }»uhnonaire et cutanée elles ramène ensuite vers le bas, c'est-à-dire lait respirer à nouveau un air partiellement vicié.
3235. Il serait assurément désirable qu'il n'en fût pas ainsi et on pourrait s'arranger de faeon à conserver en toute saison les dispositions indiquées pour la ventilation d'été; il suffirai! pour cela de faire arriver l'air dans la salle à une température un peu inférieure à celle qui doit être la température normale de la salle, en compensant la quantité de chaleur perdue par les murs et en suppléant à celle qui manque à l'air neuf au moyen de surfaces de chautîe apparentes et non ventilatrices, placées dans la pièce.
Il nous paraît donc convenable de faire, dans tous les cas, arriver l'air neuf au plus près des personnes présentes et d'éloigner les orifices d'évacuation. Il est évident qu'en faisant l'inverse, et c'est ce que l'on fait souvent, c'est de l'air vicié déjà qu'on fournit à la respiration. Les dispositions que nous recommandons, appliquées au théâtre de l'Opéra de Yienne, ont eu pour elTet de placer les auditeurs dans un bain d'air neuf et constamment renouvelé, ce qui constitue évidemment la meilleure condition de bien-être.
3236. Si les éléments du problême paraissent assez simples et permettent de le résoudre à priori, quand il s'agit de salles habitées par des personnes à l'état de santé, il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de l'air des salles d'un hôpital. Dans ce cas, interviennent les germes morbides qui flottent dans l'air et qui doivent être entraînés dans le courant de la circulation de l'air. C'est peut-être parce qu'on n'a pas suffisamment considéré ce côté du problème que la ventilation des hôpitaux ne paraît pas avoir eu, au point de vue de la mortalité dans ces établissements, des résultats aussi satisfaisants qu'on aurait pu le désirer. L'air, en effet, dans l'intérieur des salles, ne possède qu'un mouvement très-lent ; les corpuscules morbides qui s'y trouvent flottent et peuvent, obéissant à leur poids, retomber peu à peu ou même se maintenir à l'état d'équilibre et s'accumuler dans la pièce, sans être évacués. Dans ce cas, la détermination, à priori, de la position des orifices d'arrivée et de sortie de l'air nous paraît impossible et ce n'est qu'au moyen d'expériences suivies et variées qu'on pourrait obtenir une solution exacte du problème.
3237. Prises clair. Les prises d'air neuf devront toujours être établies sur un point complètement à l'abri de toute espèce d'éma-
CHAPITHE \IV. — KWMEN RÉSUMÉ DKS LIKIX IlADITÉS. •"'I-'^
nnlion iHiliidc on nialMiiiic ; il sei'ii loiijoiiis iiliii> (1(> les |)Incor ;i une ccrliiiiit' li.nilciir aii-dcssiis du sol, o[ (|ii;uid {'ctlc li.nilciir scia un pou jiiaiule, non-seulcniciit on ubliLMidra de Vah- plus pur, mais encuF'c cet air sera plus frais en été.
:i'2'.\H. Chcmbiées d'évacuation. Elles ne devront pas avoir une -l'ction Irop large; il est l)on, en eiïct, que l'air, à la sortie, ait une \itesse sulTisanle pour combattre l'elTet des vents; le sommet de cette cheminée devra toujours être muni d'un chapeau pour l'opposer à la même action. Le déhoucht' de la cheminée d'évacuation devra toujours être très-éloigné des orilices de prises d'air; il est important, en elFet, (jue l'air évacué ne puisse pas faire retour aux pièces ventilées.
CONDITIONS OUI ME PARAISSl!:M' MECESSAIRES AU mOGUES DU CHAUFFAGE ET LE L'ASSA1N1SSI:..MENT DES GRANDS ÉTABLISSEMENTS PUBLICS.
De grands progrès ont été faits récemment dans les appareils destinés au chauffage et à la ventilation des établissements publics, mais on est loin d'aflirmer qu'il ne reste plus rien à faire. J'ai pensé qu'il ne serait pas sans utilité de dire mon opinion sur les mesures qui me paraissent les plus propres à accélérer ces progrès. Je ne parlerai que des grands établissements dépendant des administralions [)ubliques.
1° La première condition consiste dans un concours public, avec dos juges compétents et désintéressés, comme cela a eu lieu pour tous les concours qui ont été établis en France. Par suite, suppression des concessions laites par faveur à des entrepreneurs privilégiés.
"1" Publication des délibérations du jury, comme cela a eu lieu pour la prison de Mazas.
3° Respect par l'Autorité des décisions du jury, parce qu'on ne peut pas admottro qu'une seule personne, ou une réunion de personnes, souvent étrangères à la question, soit établie comme juge d'une décision prise à la suite d'études sérieuses, faites par un jury dont chaque membre devient responsable do son opinion parla publicité.
4" Publication dans les recueils ijidustriels des dessins des appa-
ou LIVRE XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION DES LIEUX HABITÉS.
reils el des expériences faites par la commission de réception. Les véritables ingénieurs ne pourraient que gagner à ces publications, car il n'y a point de secrets dans les appareils de chaufTage et de ventilation; les expériences faites profiteraient à tout le monde ; et les inventions de chacun, protégées par des brevets, ne courraient aucun risque.
Quant aux conditions imposées dans les programmes, elles seraient relatives à la température, à la pureté de l'air, au volume total de la ventilation directe, c'est-à-dire de l'air introduit par les voies prévues et non par les joints des portes et des fenêtres, à la répartition uniforme de cet air dans la direction convenable pour que la ventilation soit efficace, à des indicateurs permanents de la ventilation visibles pour tout le monde, et à des appareils enregistrant continuellement la ventilation en été aussi bien qu'en hiver.
Ces conditions feraient faire, sans aucun doute, des progrès rapides à l'industrie dont il s'agit, qui est si importante pour l'humanité. Elles auraient surtout le grand avantage d'éloigner les fumistes qui par leur ignorance ont si souvent compromis Tétat sanitaire des établissements qui leur ont été confiés. Les phénomènes qui se produisent dans le chauffage et la ventilation des grands établissements publics sont très-compliqués, ne peuvent être compris que par des hommes instruits et expérimentés, et ne sont pas du ressort des poêliers fumistes ; il est temps que la construction de ces appareils sorte complètement de leurs mains; les preuves de leur insuffisance ont coûté assez cher.