LIVRE XIII
peut même durer plusieurs jours. Elle s'effectue simplement en recouvrant la partie supérieure de cendres de chaux que l'on tasse bien et que l'on arrose d'eau au besoin. L'emploi des portes à la partie inférieure gêne constamment le déchargement, et la fermeture par le bas, lut-elle même parfaitement étanche, n'empêche jamais aussi bien les mouvements d'air à Tintérieur qu'un bouchage bien fait par le haut.
La hauteur des fours varie de 6 mètres à 15 mètres et même 17 mètres. Le plus grand diamètre est environ le tiers de la hauteur. Dans les fours où l'utilisation est aussi bonne que possible, 1 kilogramme de combustible, anthracite ou coke, peut cuire de 12 à 14 kilogrammes de pierre calcaire.
2192. Les figures 578 et 579 représentent un four à chaux du second système dans lequel le combustible est bri^ilé dans quatre foyers latéraux. La chaux se retire par quatre ouvertures placées entre les foyers et à quelques mètres plus bas, et on recharge en même temps le four, de manière à ce qu'il soit constamment rempli : par cette disposition, on peut obtenir une bonne combustion et la régler à volonté dans les différentes parties, ce qui est difficile avec les fours à couches alternatives; l'air briilé se dissémine assez uniformément dans la masse de pierre à chaux , et si le four a une hauteur suffisante, il pourra se dégager à une température peu élevée ; mais il y aura nécessairement une grande perte de chaleur pendant les défournements par le grand volume d'air froid qui pénètre dans le four pendant que les portes de sortie de la chaux sont ouvertes.
Le four que nous venons de décrire présente l'avantage de permettre l'emploi des combustibles végétaux ou des houilles flambantes, en appropriant le foyer à chaque combustible; mais la chaux est extraite à la plus haute température qu'elle ait éprouvée, et,
CI1AP1T1U-: II. — FOLUS A CIIALX.
SI
sous le rapport économique aussi bien (pi<> sous celui dr l;i liicilii.- (lu travail, les fours à couches alternatives bien cnndiiils sma |,|,. férahles.
2I9;{. Ton! ce cpie je viens de dire suppose que le calcaire employé piodiiit des chaux grasses, dont on se sert généralement pour h's mortiers ordinaires et pour Tagriculture. Mais quand les pierres à chaux ou les méhmges artificiels sont de nature à produire des chaux hydrauliques ou des ciments, il y a dans la cuisson des conditions paiticulières à remplir, qui exigent des dispositions spéciales dans les fours, que la nature de cet ouvrage ne me permet I>as d'examiner. .Je dirai seulement que si la température que doit supporter la matière devait être inférieure à celle qui est nécessaire pour la combustion, on parviendrait facilement à remplir cette condition, en employant des foyers au delà desquels on introduirait de l'air extérieur de manière à abaisser la température de l'air brûlé.
2194. On a utilisé, pour produire la chaux, les gaz des hauts fourneaux, recueillis éteints au gueulard, et on en a obtenu dans ce cas une bien plus grande production en les appliquant à des fours coulants qu'en se servant de la flamme au gueulard. Le four à chaux est établi sur le sol de l'usine et les gaz lui sont donnés vers le tiers de sa hauteur par un certain nombre de jets répartis sur sa circonférence. En contre-bas de ces foyers, la chaux cuite descend dans une capacité d'où on la retire de temps à autre; l'air qui s'échauffe en passant sur elle sert à l'ahmentation des foyers à gaz.
La conversion préalable des combustibles en gaz, proposée en France pour les chauffages industriels en 184i, s'applique également à cette fabrication.
219:j. mm. Leroy-Desclosages et L. Yigreux, tous deux anciens élèves de l'École centrale, ont utilisé, au moyen de dispositions qui leur sont jtarliculières, la transformation préalable du combustible
Péclet. 111. 6
Fvj. 680.
82 LIVRE Xlll. — CHAUFFAGE DES CORPS SOLIDES.
en gaz pour la cuisson do la chaux ; leur four est élal)li à Champi- .«^nv-sur-Marne. C'est un ancien four cuulant ordinaire qu'on a niodilié pour l'usage nouveau auquel il devait servir; il est représenté firr 580 Les gaz, obtenus au moyen du coke dans un gazogène ordhiaire arrivent dans une galerie circulaire A qui règne autour de la chemise du four. Cette galerie est surmontée d'un nombre de compartiments B isolés les uns des autres dans lesquels l'arrivée des «az est réglée par des registres horizontaux C. De chaque compartiment un mi plusieurs orifices rectangulaires verticaux 0 distribuent ce gaz' dans l'intérienr du four, où il brûle au sein de la pierre à cuire vers le tiers de la hauteur du four.
Le chargement et le déchargement du four se font à la manière ordinaire ; l'air nécessaire à la combustion du gaz entre par la fournaise (ouverture de défournement) et monte dans l'intérieur du four en traversant la chaux cuite qu'il refroidit.
Les gaz fournis par le gazogène avaient la composition suivante en volume:
Oxyde de carbone 28, oO
Oxygène *^5'^0
Acide carbonique ■. '-,oO
Azote (par différence) 08,30
Les analyses ont été faites au moyen de l'appareil Orsat, muni de trois cloches, ce qui permet de doser directement l'oxyde de carbone sans avoir recours aux tables de M. Fichet; on employait, pour absorber ce gaz, le sous-chlorure de cuivre dissous dans l'acide chlorhydrique; l'absorption dans ce réactif est instantanée ; les analyses ont été faites par M. Lorin, préparateur de chimie à l'École
centrale.
Les analyses faites sur les gaz sortant du gueulard du four n'ont fourni aucune trace d'oxyde de carbone.
La pression du gaz. dans le gazogène, en arrière du combustible, est mesurée au moyen d'un manomètre à eau, à branche très-inclinée du système de Péclet ; cette pression varie d'un demi à 1 millimètre d'eau. Quand le chaufournier, en consultant ce manomètre, s'aperçoit que la pression est nulle, il ringarde un peu la grille du gazogène.
Dans la galerie circulaire A et dans le cône de combustion du four, la pression du gaz varie de 0,2 à 0,4 de millimètre.
CIIAIMTUK m. — l-YUHS A l'I.ATrtK. «3
Le ci.ke employé dans le gazo^'ône est eoneassô ,mi h.oiit.miv ,1,. O-.fll a fr.OOde »'<'t.'',lacoii(liedee(.nil)iislil)loa l"',2(l dV'paiss,.(ir '-■' '<''"|H'raliiivà liiilmeiii-dii loiir, ,l.',„sli, zone dn .•..,nl,iis(io„' ^'"•'M.l .1.' II 00 à ï2(Hf; elle a été mesurée au n.oven d'un calu.,' riu'trea eau el d'un témoin en fer doux.
La liante tenipéialine obtenue dans ee f..ur el surtout la penna nencede cette tempéialuie dans la méuie zone obligonl à faire au moins dans toute la hauteur de cette zone, la chemise intérieure du lour en pierre calcaire; c'est d'ailleurs ce qui s'était fait il v a trente ans pour les fours à chaux dans lesquels on utilisait les r.az des hauts fourneaux; c'est ce qui se pratique aussi en Delj^.quem'i on fait de nombreux fours à chaux construits entièrement en pierre «alcaire, sans chemise intérieure en briques réfractaires. Ce mode de construction évite les coliarjes ou les ivnd beaucoup moins fréquents; le seul inconvénient qu'il présente, c'est que l'intérieur de la chemise se pulvérise par l'action de l'air extérieur, quand le fouiest éteint et vide pour le réparer; mais la réparation de la chemise est peu coûteuse et on préfère, en Belgique, les chemises en calcaire a tous les autres matériaux.
Les modilîcations que nous avons décrites ont produit les résultats suivants : le four, dans son ancien état, ne produisait que 4 de chaux en vingt-quatre heures; la production a été portée a 8- dans le même temps ; la chaux était parfaitement cuite trèsblanche et exempte des impuretés qui la souillent toujours dans la méthode ordinaire de cuisson; elle est plus caustique, foisonne plus rapidement et exige plus d'eau pour s'éteindre que la chaux cmte i)ar le procédé ordinaire ; enfin l'économie de combustible reahsees'est élevée en nombre rond à 40 pour 100.