CHAPITRE II
Chauffage et assainissement des habitations particulières.
Le chaulfage des habitations particulières peut s'effectuer par différentes méthodes, que nous allons examiner successivement.
Cliauffag^e par le sol.
2482. Chez les Romains, les maisons d'habitation des personnes riches étaient chauffées par le sol, au-dessous duquel se trouvaient des tuyaux en maçonnerie parcourus par l'air brûlé, venant d'un foyer spécial. Cet air s'élevait ensuite dans des canaux verticaux, placés dans l'intérieur des uuu's, et qu'on a considérés comme destinés à chaufTer les étages supérieurs, mais qui certainement servaient en même temps de cheminées, car, sans cheminées, la combustion n'aurait pu s'efïectuer. Ces appareils portaient le nom à'hypocaiistrum.
2483. En Chine, des dispositions analogues sont usitées à Pékin, où les hivers sont très-froids, mais encore seulement par la classe riche.
2484. Ce mode de chaulfage n'est plus employé en Eiu'ope. 11 est peu avantageux, à cause de la grande quantité de chaleur transmise à travers le sol ; et d'ailleurs l'existence des caves, au-dessous des maisons modernes, le rend à peu près impossible à établir.
Chauffasse direct par la eumbustioii.
2485. La combustion directe du charbon ou du bois, dans des brasiers placés au milieu de la pièce, a été le premier moyen de chauffage. Ce système, dont nous avons déjà parlé (2466), était généralement employé par les Grecs et les Romains ; il est encore usité, avec
OllAPITRi: II. — iIIIMFFaGE ET ASSAINISSEMENT DES II MUTATIONS. iH.")
I»'(li;irl(uii il.' Ih.js. (Ml Es|)agn(\ en Ihilic, o[ dans (l'ilaiiics ((mlifcs «1»' rAmcriqnc. Il csl (riiiic cxliviiio simplicité, et utilise tonte la cliait'iir (léj^a^ée par le eonihustihie ; mais, d'un autre côté, les produits lie la combustion, toujours désagréables aux personnes, et nuisibles aux meubles et aux tentures, peuvent de plus, dans ccriains cas, t'Ire lorl dangereux pour la santé.
218(5. Uemaicpions. en ellét, que I kilogramme de cbarbon, en brillant, convertit en acide carbonique la totalité de l'oxygène qui se trouve dans 0 mètres cubes d'air: mais l'air devient impropre à la respiration (juand il ne renferme plus que le tiers de l'oxvgène normal : d'où il suit que la combustion de 1 kilogranmie de chaibon rend irrespirables 27 mètres cubes d'air. Ainsi, lair dim appartement clos, de 4 mètres de longueur sm- 4 de largeur et 3 de liaiileiu- soit 48 mètres cubes de capacité), serait rendu impropre à la respiration, t't asphyxierait les hommes (pii le respireraient, par la combustion «le I''.74 de charbon.
'2\H1. 11 est vrai que l'excès de température forcerait bien vite à ouvrir les fenêtres; car, en admettant qu'il n'y eût que peu de causes de refroidissement, la combustion de cette quantité de charbon clèvcraU la température de l'air de ; — ^'"^ ^ '^"" — . = 820" En réalité le danger ne. résulte que de la production de l'oxyde de carbone, qui donne beaucoup inoins de chaleur et dont l'action sur l'économie animale est encore bien plus délétère. Les expériences de M. Félix Leblanc ont en effet démontré, comme nous l'avons vu (23o4),que la présence de 1 centième de ce gaz dans l'air suffit pour donner la mort aux animaux à sang chaud.
2488. Le chaulîage direct de l'air par la combustion doit être proscrit toutes les fois que les hommes doivent séjourner dans l'air échaulfé; mais on peut l'appliquer avec moins d'inconvénients au iliautîage des antichambres et des pièces où l'ouverture des portes produit nécessairement un renouvellement d'air qui atténue beaucoup les dangers que nous avons signalés. Il convient toutefois de conduire la combustion dans les brasiers de manière à éviter la production de l'oxyde de carbone ; et, sous ce rapport, l'emploi de la braise, dont la combustion s'effectue principalement à la surface, d'une manière lente et continue, permet, beaucoup moins que le charbon en fragiiit'iits. la production de ce gaz.
T.iC) LIVRE XV. — CHAUFFAGE ET VENTILATION DES LIEUX HABITÉS.
Chaiifi'a^e de l'air des appartementi) par le rayonnement du combustible dans des foyers oiiTerts.
2489. On a fait beaucoup de recherches pour savoir si les anciens faisaient usage des cheminées. Les maisons découvertes à Herculanum et à Pompéia n'en offrent point ; ainsi on doit présumer qu'à l'époque de la destruction de ces deux villes, on ne connaissait pas encore les cheminées en Italie, et qu'on se servait alors de foyers ouverts et portatifs. Les palais paraissent avoir été chauffés, à celte époque, comme nous l'avons déjà dit, par des fours placés au-dessous du rez-de-chaussée, dont la chaleur se distribuait dans la masse des bâtiments, et aussi par des foyers fixes, ouverts de tous les côtés, établis au milieu des pièces, et dont la fumée s'échappait par un orifice percé dans le toit. Ces deux modes de chauffage devaient exiger une énorme quantité de combustible.
2490. Au temps de Sénèque, on commença à pratiquer des tuyaux dans les murs, pour porter la chaleur dans les étages supérieurs. Il est probable que c'est là l'origine des tuyaux destinés à recevoir la fumée.
2491. L'époque à laquelle il faut placer l'origine des cheminées est assez incertaine ; les auteurs du commencement du quatorzième siècle semblent ne les pas connaître.
2492. La date la plus ancienne, et en même temps la plus certaine où il ait été question des cheminées, est l'année 1347. Une inscription trouvée à Venise apprend que cette année un tremblement de terre renversa un grand nombre de cheminées. Les premiers ramoneurs qui vinrent en France étaient originaires de la Savoie, du Piémont et des autres pays circonvoisins. Ces contrées ont été pendant longtemps les seules où le métier de ramoneur fût pratiqué; d'où l'on peut conjecturer que les cheminées ont été inventées en Italie.
2493. L'usage des poêles est très-répandu dans le Nord, tandis qu'en France et dans la Grande-Bretagne on préfère les foyers découverts. Dans les parties les plus chaudes de l'Espagne et de l'Italie, on voit très-peu de cheminées; le seul moyen de tempérer le froid, souvent très-vif pendant certains jours d'hiver, consiste à brûler du charbon de bois dans les foyers portatifs appelés braseros, dont nous avons déjà parlé (248S).
2494. On donna d'abord à l'ouverture des foyers découverts et aux tuyaux à fumée des dimensions démesurées; ces dimensions, conser-
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vées encore dans les campagnes, produisent de très-graves inconvénients. La venlilalion est ('noi-nic. cl la masse d'air fruid (|iii alllne du dehors vers le l'oyei' rel'roiilil lelleiiienl rapitarteuiciil. f|u"il n'y a qu'une très-minime proportion de chaleur utilisée. Enfin, la \ liesse de l'air dans la clieuiinée ('tant très-petite à cause de son grand diamètre et de la température peu élevée de la fumée, le tirage est facilement influencé par les vents, et il s'étahlit souvent dans la cheminée deux courants opposés, qui occasionnent le dégagement de la fumée dans la pièce; il peut même arriver rpie la quantité d'air appelé, croissant avec l'activité de la combusliun, rappartemenl se refroidisse d'autant plus que la consommation de combustible est plus forte. Les grandes ouvertuies de foyers et les grandes sections de cheminées ont été abandonnées dans les villes depuis longtemps ; mais celles qui ont été conservées sont encore souvent trop considérables, et les foyers actuels ont, en partie du moins, les inconvénients des anciens.
2195. Kumfort fut le premier qui améliora la construction des loyers ; il rétrécit à 0,i2 ou 0, lo de large l'orilice de communication avec la cheminée, diminua de près de moitié la profondeur du foyer, et le termina latéralement par des murs inclinées à 45°. Ces foyers (fig. 617 et 618), connus généralement sous le nom de cheminées à la Kumfort, sont beaucoup plus avantageux que les anciens; la quantité d'air non brûlé qui passe dans le tuyau à fumée étant plus petite que pour les foyers ordinaires, la température de la fumée cesse d'être aussi faible. L'air brûlé se répartit d'une manière plus uniforme dans le canal, et l'ouverture supérieure étant également rétrécie, les doubles courants ne s'y établissent pas aussi facilement; la combustion est aussi plus vive, parce que la vitesse de l'air à l'oritice est plus grande, et que l'air allluent est mieux dirigé sur le combustible, ou du moins sur la llanmie.
249t>. Lhomond a modilié la disposition de Rumlorl. et ajouté un tablier mobile, qui permet de régler à volonté l'orifice d'accès de l'air. On peut ainsi forcer presque tout le courant à passer sur le combustible; ce qui est très-utile, sinlout pour rallumage du foyer. Les
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figures 010, 620. leprésentent celte cheminée en élé\alion et en coupe horizontale : la li|,nu'C 621 donne les détails du tahliei' nio-
Fig. G 11).
bile. Ce tablier se compose de trois volets en tôle mince, glissant les uns sur les autres dans une rainure figurée au plan ; celui qui e>?t à la partie inférieure est soutenu au milieu par une chaîne, qui, après avoir passé sur deux poulies, se termine par un contre-poids. Lesche-
/-'/>/. (i-lO.
Fig. 621.
minées de Lhomond sont aujourd'hui excessivement répandues, surtout à Paris.
2497. Cheminée à houille et à coke. — Les figures 622 et 623 représentent rélévation et la coupe d'une cheminée à houille. Les jaml)ages sont disposés comme dans la cheminée de Lhomond, et le combustible brûle sur une grille formée de barreaux qui sont fixés dans les murs latéraux du foyer, abcd est un tablier mobile autour de la charnière cd, et qu'on abaisse devant la grille pour allumer le combustible. Dans cette position, tout l'air appelé par la cheminée passe nécessairement à travers le foyer, et le tirage est beaucoup augmenté. On emploie aussi des tabliers qui ne font point par-
MMTKK II. — CIIAlKKAfii': KT ASSAINISSKMKNT DKS IIAIUT \TIONS. IHO
lie (le l;i (•hrmmt'c. cl (|ii nii .iccriMlic ;i iiii cNui (lr\,iiit [c Iunci'. (|il;iii(l <>M \i>iil ;illlliili'r Ir ('miiiIiiisI iltlc.
Fif/. 622.
Fig. en.
:2'i-08. En Aiiicriiiiit', «m hiùle raiithracite dans des foyers disposés à peu |)rès de la inèine manière.
2UJ(). lue bonne disposilion de foyer à liowille consisie à plaeer la jii'ille tout à lait en saillie, de manièi'e à utiliser le plus possible la ebaleur rayonnante. Une calotte demi-circulaire sert à diriger la fumée dans le tuyau de cheminée.
2500. On peut encore brûler la houille et le coke dans une cheminée ordinaire de Lhomond, en mettant à la place des chenets une grilli; en tonte de forme convenable,
200 1 . Considérations générales sur les cheminées. — Le chauffage par les foyers découverts a |)onr objet de laisser voir le feu. Cette vue tin feu est devenne un besoin auquel on sacrifie une grande quantité (le combustible, et auquel on ne renoncera pas en France et dans quelques pays. Ce qu'il convient donc de chercher à réaliser, c'est delfecluer avec cette condition le chauffage et la ventilation le plus économiquement possible.
2002. La première condition à remplir, pour toutes les cheminées, est d'assurer le renouvellement de lair dans les pièces chauffées. Le plus souvent on ne prend aucune disposition particulière dans ce but, et l'air nécessaire à la cond)uslion s'introduit par les fissures des poi'te> et des fenêtres. Il en résulte des courants d'air froid souvent très-désagréables, et des irrégularités qui peuvent être cause que la fumée s(^ lépand dans la pièce. Il est préférable de régler la \(>nliIalion par des oiivciliires spéciales cl de dimensions suffisante.
2i0 LIVRE XV. — GHAl'FFAGIi ET VENTILATION DES LIEUX HABITÉS.
prenant directenicni l'air à l'extérieur; et il convient, au |)oint de vue de la salubrité et de Téconuinie; de cliauiî'er Pair avant son introduction dans l'appartement.
Les prises d'air neuf s'exécutent au moyen de caniveaux établis dans l'épaisseur des planchers et débouchant au parement des murs de façade; mais ces conduits sont ordinairement d'une section bien trop faible ; de plus on les garnit à leur origine à l'air libre, d'une grille qui diminue la section de passage de l'air de près de moitié et cause, en outre, une contraction et une résistance. Comme cette grille est nécessaire, il faudrait ébraser ces caniveaux à leur débouché à l'extérieur de manière à obtenir une section de grille suffisante pour le passage de l'air neuf.
2003. Il n'est pas possible de fixer d'une manière précise les dimensions des tuyaux de cheminée^, à cause des variations dans l'intensité du feu qu'on y fait. D'après un grand nombre d'expériences faites sur dilTérentes cheminées, dont plusieurs étaient disposées de la manière la plus favorable pour diminuer le volume d'air qui échappe à la combustion, on peut admettre qu'en général, dans les foyers découverts, le volume d'air appelé est au moins de 100"" par kilogramme de bois, et on a reconnu qu'une ouverture circulaire de 3'''"%o à 4'*'"'', 5 est presque toujours suffisante pour le tuyau de cheminée, et à plus forte raison pour le tuyau d'arrivée d'air. Pour de grandes pièces, comme des salons devant recevoir un grand nombre de personnes et exigeant par suite une plus grande ventilation, on augmente la section et on peut la porter à 7 ^'""' au plus quand on les fait en poterie; si on voulait avoir de plus grandes dimensions, il faudrait une cheminée en briques à laquelle on pourait alors donner une large section.
2004. La seule chaleur utilisée dans les foyers ordinaires est celle qui provient du rayonnement; par conséquent, les combustibles les plus avantageux sont ceux qui ont un grand pouvoir rayonnant. La houille et le coke, sous ce rapport, sont préférables au bois.
2505. L'ouverture d'une cheminée ordinaire laisse passer dans l'appartement à peu près le quart de la quantité totale de chaleur rayonnée par les combustibles. Or, comme la chaleur rayonnée est 0,25 de la chaleur totale dégagée pour le bois, 0,50 pour le charbon de bois, la houille et le coke, la chaleur utilisée dans les foyers découverts est à peu près égale à 0,06 de la chaleur totale pour le bois, et 0,12 pour les trois autres combustibles.
2506. On a cherché à perfectionner les cheminées, soit en facili-
ilAl'irUK II.