‹ Traité de la chaleurChapitre 142 sur 301 · CHAPITRE II. — CHAUFFAGE ET ASSAINISSEMENT DBS HABITATIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — CHAUFFAGE ET ASSAINISSEMENT DBS HABITATIONS

porte et d'une fenêtre. Malgré ces circonstances, la ventilation est encore très-forte et presque toujours très-incommode, parce que Tair appelé provient directement de l'extérieur, et tend à refroidir la pièce d'autant plus que la température extérieure est plus basse. On comprend ainsi que, quelle que soit la consommation de combustible, on ne puisse pas parvenir à échauffer convenablement la pièce ; et il pourrait même arriver qu'un accroissement dans la quantité de combustible brûlé, produisit un abaissement de température, parce que la quantité de chaleur rayonnée peut croître dans un rapport plus faible que le refroidissement provenant de l'accroissement d'appel. C'est un fait que j'ai constaté par expérience. J'ajouterai qu'en général, cette grande ventilation est beaucoup moins efficace pour l'assainissement qu'on ne serait tenté de le croire, lorsque l'air appelé, pénétrant dans la pièce par les fissures des portes et des fenêtres, tombe rapidement sur le sol, où il se réunit avec celui qui passe au-dessous des portes pour gagner, en rasant le plancher, l'ouverture de la cheminée. Cet air ne se mêle donc qu'en petite partie avec celui de la pièce, et seulement par le mouvement des personnes qui s'y trouvent, l'acte de la respiration et les appareils d'éclairage ; la température de l'air est croissante de bas en haut, et suivant une loi d'autant plus rapide que la pièce est occupée par un plus grand nombre de personnes, et qu'elle est éclairée par plus de lampes et de bougies.

2581. Nous avons supposé que l'air appelé par la cheminée était fourni par les fissures des portes et des fenêtres : c'est ce qui arrive en général ; mais si les portes et les fenêtres joignent bien, ou si, comme cela se fait souvent, les joints sont garnis de bourrelets, pour diminuer l'accès de l'air extérieur ; avec les cheminées ordinaires, la fumée doit refluer dans la pièce. Supposons d'abord que l'appartement soit exactement fermé ; la combustion produira une dépression constante dans la pièce, et la colonne d'air chaud de la cheminée cessera évidemment de s'élever, quand la pression de l'atmosphère au sommet de la cheminée, augmentée de celle qui provient de la colonne d'air chaud, fera équilibre à la tension de l'air de l'appartement. Mais cet équiUbre ne pourrait subsister qu'autant que toutes les molécules d'une même tranche horizontale de la colonne d'aîr chaud seraient solidaires, qu'elles seraient obligées de marcher ensemble dans la même direction, et avec la même vitesse. Comme il n'en est point ainsi, qu'elles sont réellement indépendantes, la plus légère différence dans la température ou le fret*

tement, détruire? cet équilibre, et il se produira deux courants : l'un d'air chaud, qui sortira de la cheminée ; Tautre d'air extérieur, qui pénétrera dans la pièce, en entraînant avec lui une partie du gaz provenant de la combustion. Admettons maintenant que la pièce ne soit pas exactement close, et qu'on augmente progressivement la somme des orifices d'accès de l'air extérieur, les doubles courants dont je viens de parler se manifesteront encore jusqu'à ce que les sections des orifices aient atteint une certaine étendue qui dépendra des jdimensions de la cheminée et de la consommation de combustible. Cette absence d'orifices d'accès de Tair extérieur, pour la ventilation de chaque pièce, a encore l'inconvénient de favoriser l'introduction de l'air extérieur par les cheminées des pièces voisines en communication, de ne pas permettre souvent d'en allumer simultanément les foyers, et, par suite, d'amener dans une pièce de la fumée par un tuyau de cheminée, au-dessous duquel le foyer peut ne pas être allumé (2532). À la vérité, on dispose souvent contre les murs des maisons particulières, des orifices garnis de plaques de fonte à jour, destinés à permettre l'accès de l'air extérieur der* rière les foyers ; mais la somme totale des orifices libres est en général trop petite.

2582. Ainsi nos cheminées domestiques, disposées comme elles le sont presque partout en France, n'utilisent qu'une très-petite partie du combustible ; elles provoquent une grande ventilation, quand les fissures des portes et des fenêtres le permettent ; mais cette ventilation a lieu par des veines d'air froid qui, se prolongeant à une grande distance, sont toujours désagréables, et peuvent, dans certains cas, causer des maladies graves, surtout dans les réunions et les bals, où les dames peuvent se trouver longtemps exposées à leur contact glacé. Fréquemment aussi, il redescend de la fumée dans les pièces, par suite de l'absence de dispositions pour laisser pénétrer régulièrement un volume d'air égal à celui qui s'écoule par la cheminée.

2583. M. le docteur Arnott a imaginé un appareil spécial pour la combustion de la houille et du coke, dont nous avons fait la description (817). Quand il est appliqué au chauffage des appartements, l'air extérieur arrive au-dessouâ de la plaque mobile qui forme le fond du foyer, et la cheminée est percée, à la hauteur du plafond, d'un orifice fermé par une soupape, et qu'on peut ouvrir plus ou moins, à l'aide d'un cordon. Cette soupape permet de régler la ventilation ; mais l'accès de l'air froid dans la pièce au-dessous du

Page 1