CHAPITRE V. — CHAUFFAGE ET ASSAINISSEMENT DES PRISONS. 4i
honnêtes qui travaillent dans les ateliers de Tindustrie, et en général, d*améliorer le régime des prisons, parce que ces améliorations diminueraient la gravité de la peine ^ aux yeux des hommes dépravés qui ne sont retenus que par la crainte du châtiment. D'autres sont d'avis, que la privation de la liberté, le travail forcé, une mauvaise nourriture, souvent même insuffisante, et la sévérité de la discipline, constituent une peine assez grave par elle-même pour permettre, sans inconvénients, les améliorations relatives à la salubrité. Je partage cette dernière opinion, d'autant plus que, les gardiens et toutes les personnes attachées à l'administration souffrent plus ou moins de l'insalubrité de la prison.
Ainsi, je pense que, dans les maisons centrales, les dortoirs, Jes ateliers, les infirmeries, les lieux d'aisances, doivent être assainis par une ventilation puissante, mais qu'elle pourrait être obtenue par le travail d'un certain nombre de détenus employés à faire mouvoir des ventilateurs. Toutefois la ventilation entraine nécessairement un chauffage plus coûteuxet les installations sont moins simples qu'elles ne paraissent l'être au premier abord (1).
Quant aux prisons cellulaires, le chauffage et une ventilation con* venables sont maintenant hors de toute discussion et reconnus d'une nécessité absolue, non-seulement pour les prisons qui ne renferment que des prévenus, mais encore pour celles qui sont réservées aux condamnés.
2845. Examen des différents modes de chauffage, — On a proposé de chauffer chaque cellule par de petits poêles à eau chaude ou à vapeur qui seraient traversés par l'air de ventilation ; mais cette disposition exigerait une plus grande dépense d'établissement que si le chauffage avait lieu par l'air de ventilation chauffé en dehors des cellules ; ces poêles pourraient être avantageusement remplacés par un tuyau à eau chaude ou à vapeur passant dans un caniveau placé au-dessous ou latéralement à la cellule et communiquant avec elle.
(1) Il y a quelques années, je visitai la maison centrale de Nîmes, accompagné de M. Boileau de Castelneau^ chirurgien de cette prison. Dans toutes les parties de la maison, dortoirs, ateliers, infirmerie^ Tair était vicié, et on y éprouvait une sensation extrêmement pénible. Mais mon attention se fixa principalement sur deux ateliers ; dans Tun on peignait de la laine, et il y avait dans la pièce une douzaine de petits foyers à charbon de bois découverts; dans l'autre, les détenus étaient employés à peigner des déchets de soie ; Tair y était tellement chargé de poussière de soie, qu'on apercevait à peine les objets à quelques mètres. Ces deux ateliers étaient extrêmement insalubres ; aussi, d'après les observations de l'habile chirurgien qui me conduisait, la mortalité y était très-grande, et excédait de beaucoup celle des autres ateliers.
2846. On a proposé de chauffer les cellules en chauffant d'abord le corridor par des calorifères, et en y prenant Tair de ventilation; cette disposition est certainement la plus simple qu'on puisse employer, mais elle exige nécessairement que la température des corridors excède de beaucoup la température des cellules, car, dans chacune d'elles, la quantité moyenne de chaleur perdue par les vitres et les murailles est beaucoup plus forte que la chaleur produite par le prisonnier ; il y aurait alors une grande perte de chaleur par les voûtes des corridors et par les immenses vitrages qui les terminent. Ainsi il faut chauffer directement les cellules par Tair de ventilation porté à la température convenable.
2.847. On peut hésiter entre les calorifères à vapeur seule, ceux à eau chaude, et ceux à air chaud. De ce qu'il n'existe encore, à ma connaissance, aucune prison en France où l'on ait établi des calorifères à vapeur seule (1 ), il ne faudrait pas en conclure que leur emploi offrirait des inconvénients. Us donneraient, au contraire, plus de régularité utile que ceux à eau chaude, puisqu'ils permettraient mieux de faire varier la température des surfaces chauffantes suivant celle de l'air à échauffer ; ils seraient en outre moins coûteux d'installation que ceux de ce dernier système, surtout lorsque Teau reçoit la chaleur, comme à Mazas, par l'intermédiaire de la vapeur. Toutefois, les calorifères à eau sont d'un usage commode, et procurent une répartition suffisante de la chaleur; mais ils coûtent beaucoup plus de premier établissement que ceux à air chaud, et ce dernier mode de chauffage est celui qui me paraît le mieux convenir pour les petites prisons. Si la ventilation avait lieu par une machine à vapeur, ce qui suppose un grand établissement, Tusage de la vapeur comme chauffage se trouve naturellement indiqué.
2848. Examen des différents systèmes de ventilation. — Il existe, comme nous l'avons vu, plusieurs méthodes d'effectuer la ventilation, et ce n'est qu'après avoir examiné les avantages et les inconvénients de chacune d'elles qu'on pourra reconnaître celle qui est la plus avantageuse. Le système de chauffage que j'ai décrit, suppose que la ventilation se fait par appel. Cet appel peut avoir lieu ou par une action mécanique ou par une cheminée d'appel. Il résulte des expériences faites à Mazas et des quantités de combustible consommées de l8Si à 18S4 que la consommation moyenne de combustible pour ^a ventilation a été de 19'' par heure, ce qui correspond au moins
(l)Nous avons vu que lors de la réfection des appareils de Mazas, c'est ce dernier moyen qui a été préféré.