CHAPITRE VII. — APPAREILS D'ÉCONOMIE DOMESTIQUE
qualité du bouillon ; on pourrait se rendre compte de Tinfluence de la profondeur du vase, par Taccroissement de température qui en résulte pour le commencement de Tébullition, mais on ne voit rien qui puisse bien expliquer Tinfluence des dimensions latérales.
Cependant, il n'est pas rare de trouver dans les hôpitaux, etc., des marmites à bouillon dont la capacité dépasse 200 litres, et on trouve dans une brochure de M. Tavi^angne, colonel belge, Tindication d'une chaudière à foyer central de 1400 litres de capacité servant à préparer les aliments du régiment de grenadiers belge.
2118. A rôrigine, la compagnie Hollandaise préparait le bouillon dans 40 caléfacteurs de Lemare, contenant chacun 40 litres de bouillon, et dans des marmites de terre de 20 litres, placées chacune dans un fourneau particulier ; tous ces appareils marchaient au charbon de bois. Mais la dépense qu'occasionnait l'emploi d'un combustible aussi cher, et surtout la surveillance qu'exigeaient des foyers si nombreux, engagèrent les gérants à chercher un autre mode d'opération. M. Darcet, consulté, conseilla l'emploi d'un bain-marie d'eau salée, et M. Grouvelle, ingénieur civil, fut chargé de l'exécution.
2119. L'appareil de M. Grouvelle consistait en une chaudière rectangulaire en tôle de 9 mètres de longueur, 1",33 de largeur et 0",60 de profondeur, placée dans un fourneau en briques ; le foyer était à une extrémité, et l'air brûlé parcourait d'abord le fond et ensuite les parois de la chaudière ; à la partie la plus éloignée du foyer, se trouvait une capacité séparée du reste de la chaudière et destinée à chauffer l'eau pour le lavage. La surface supérieure était percée de 12 orifices de P",50 de diamètre destinés à recevoir des marmites de 0",60 de hauteur, qui ne descendaient pas jusqu'au fond de la chaudière et qui étaient soutenues par une saillie qui s'appuyait sur les bords des orifices. Un registre convenablement placé servait à volonté à faire passer l'air brûlé dans le canal qui entourait la chaudière ou directement dans la cheminée quand la température du bain était trop élevée. Toutes les marmites étaient en fer-blanc. Des tringles en fer rond, fixées horizontalement à une certaine hauteur, et sur chacune desquelles pouvait courir une poulie supportant une moufle, servaient à enlever les marmites. Le bain-marie renfermait 250 kilogrammes de chlorure de potassium provenant du raffinage du salpêtre, et remplissait la chaudière aux trois quarts. Un tube était destiné à conduire hors de l'atelier les vapeurs qui se produisaient dans le bain-marie^ lorsqu'on chauffait trop vivement.
L'appareil de M. Grouvelle a bien fonctionné, et a présenté une
38 LIVRE Xll. — CHAUFFAGE DES LIQUIDES.
grande économie de combustible. Par l'ancienne fabrication, avec des appareils ayant chacun leur foyer, la dépense en cbarbon de bois était de 18 à iQ fr. pour fîOO à 700 litres de bouillon ; tandis que par le nouvel appareil, 120 kilogrammes de houille, qui coûtent de 5 à 6 Ir., suttisaient pour fabriquer 1200 litres de bouillon.
Ce résultat était très-avantageux comparé à celui des anciens appareils ; mais il laissait encore beaucoup à désirer. En elTet, la surface totale de tôle maintenue à iOO° et exposée à l'air libre, produirait par heure une condensation de 11^,4 de vapeur, et pendant iO heures de chauCTage 114 kilogrammes, qui correspondent à 20 kilogrammes de houille ; en outre, le chauffage journalier à 100" des 1200 litres de bouillon équivaut à 120000 unités de chaleur et à 120000 : 6000 = 20 kilogrammes de charbon. Ces deux effets réunis représentent 40 kilogrammes de houille. Ainsi, il y avait 120 — 40 = 80 kilogrammes de houille employés à réchauffer le bain-marie et à former de la vapeur. Cet appareil avait en outre l'inconvénient de chauffer inégalement les deux extrémités de la chaudière, et de ne porter à l'ébullition les marmites les plus éloignées du foyer, que lorsqu'on forçait le feu ; mais alors les marmites voisines du foyer bouillaient trop fortement, et on perdait beaucoup de chaleur. Enfin la disposition des tuyaux qui enveloppaient les marmites et plongeaient dans le liquide du bain-marie, ne permettait pas de maintenir une certaine pression dans la chaudière, parce que le liquide du bain serait sorti par les intervalles de ces cylindres et des marmites.
2i 20. M. Rutiler, ingénieur de la manufacture des tabacs de Paris, a modifié cet appareil de manière à éviter les inconvénients que
Fig. 550.
nous venons de signaler, et à mieux utiliser le combustible. Les principales modifications ont consisté à établir deux foyers sous la chaudière, à disposer les carneaux de manière à chauffer uniforme-