CHAPITRE IX. — CHAUFFAGE ET ASSAINISSEMENT DES ATELIERS
disposition qui consistait dans de longs canaux en briques, renfermant à la partie inférieure une couche d'eau qui se renouvelait constamment, et communiquant avec une vaste cheminée qui recevait la fumée du four à soude. Cette disposition a très-bien réussi ; elle pourrait encore être employée dans le système actuel de fabrication, il suffirait d'établir un foyer spécial dans la cheminée; mais, afin de ne pas être obligé de porter l'air à une trop haute température, il serait préférable d'avoir une cheminée très-haute et très-large. Il serait facile aussi de se servir d*un ventilateur. On emploie des dispositions analogues pour l'absorption de l'acide sulfureux, etc. M. Rougier a imaginé une disposition beaucoup plus simple. Les gaz qui sortent des fours à soude, après avoir passé dans le four de décomposition du sel marin, circulent dans un canal formé de pierre calcaire tendre, qui s'élève progressivement sur le penchant d'une colline, et se termine par une tour remplie de blocs de calcaire. Par cette disposition, le tirage des fourneaux est encore suffisant, presque tout l'acide chlorhydrique est absorbé par le calcaire, et forme du chlorure de calcium qui se réunit dans des bassins placés à de certaines distances, et qu'on enlève de temps en temps. Tous ces appareils, pour être efficaces, doivent avoir des dimensions suffisantes qui peuvent être déterminées, avec une approximation convenable, au moyen des différents éléments renfermés dans cet ouvrage.
3142. L'emploi de tours renfermant du coke sur lequel coule constamment une pluie d'eau froide est un moyen simple de produire l'absorption des gaz solubles dans l'eau comme l'acide chlorhydrique. A Newcastle, M. Alhuscn emploie six tours d'une hauteur de 40 mètres qui reçoivent le gaz résultant de la décomposition journalière de 50 à 60 tonnes de sel ; les colonnes ont 4"'' de section, le coke occupe les trois quarts de la hauteur, la partie supérieure est occupée par les réservoirs d'eau et les appareils de distribution. Non-seulement on absorbe ainsi complètement les vapeurs d'acide chlorhydrique, mais le liquide recueilli au bas de la tour est assez concentré pour servir à la fabrication du chlorure de chaux, etc.
3143. On peut encore détruire les gaz ou les matières nuisibles au moyen de la chaleur avant de les rejeter dans Tatmosphère ; nous avons parlé de ce procédé quand il s'est agi des miasmes des hôpitaux ; ce procédé difficile à employer dans ce cas devient souvent facile et économique dans une usine où il suffit de mélanger ces gaz avec l'air brûlé qui s'échappe des fourneraux. Cer procédé a été em-
ployé par M. Vickers de Manchester pour détruire les odeurs nauséabondes produites dans la fabrication de la gélatine ; les chaudières dans lesquelles les os ou autres matières sont soumises à Tébullition, sont fermées sauf une ouverture par laquelle les vapeurs se rendent dans un conduit qui les dirige dans celui des flammes du foyer. On peut faire aussi traverser aux gaz un foyer de coke ; c'est ce qui a été fait à Menecambe, près de Lancaster, dans une fabrique de gélatine et a Islington, chez M. Atcheler, où Ton abat les chevaux pour en faire bouillir la viande et extraire la graisse ; les gaz de chaque chaudière se brûlent sous son propre foyer.
3144. On peut enfin employer à la fois les deux moyens que nous venons d'indiquer, c'est ce que Ton fait en Angleterre pour les gaz qui résultent de la fabrication des engrais artificiels obtenus en traitant un mélange d'os et de posphate naturel par l'acide sulfurique ; il se produit des gaz de nature complexe qu'on envoie dans un des condensateurs analogues à ceux précédemment décrits : conduits de circulation ou tour à coke, puis sous la grille d'un foyer {Rapport de M, de Freycinet).
3145. Mais quand les gaz nuisibles se produisent dans toute retendue des ateliers, il n'y a qu'un système général de ventilation qui puisse produire l'assainissement.
3146. Cette ventilation peut être naturelle ou se faire mécaniquement. M. de Freycinet indique différents procédés spéciaux de ventilation naturelle dont il indique l'efficacité. Le premier est le siphan automoteur de M. Watson d'Halifax qu'on peut employer toutes les fois que l'atelier à ventiler est en -communication avec une cage d'escalier fermée présentant une certaine hauteur ; on surmonte cette cage d'une cheminée qui traverse la toiture et qui est divisée en deux compartiments par une cloison verticale ; l'un de ces compartiments s'élève un peu plus que l'autre, la cheminée est surmontée d'une calotte pour parer à la pluie et à l'action des vents ; dans le mur de l'atelier qui est conligu à la cage d'escalier, on perce deux orifices à des hauteurs inégales ; il paraît qu'il s'établit un courant continu de sortie de l'air par l'orifice le plus élevé, ce courant se dirige vers la partie élevée de la cheminée ; l'air pur rentre par la partie la plus basse de la cheminée pour rentrer dans l'atelier par l'ouverture intérieure pratiquée dans le mur. Un second moyen est celui qui est employé dans la fabrique de bougies de M. Price à Battersea (Londres), et qui sert à ventiler les salles de dépôt de bougies fabriquées ; ces salles .sont au nombre de deux, elles ont 4S œè-
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1res de longueur et 16 mètres de large ; on les a recouvertes d'une loiture cylindrique en tôle mince percée suivant Tarête supérieure de quatre ou cinq ouvertures circulaires avec cheminées de 0",40 de hauteur. Quand la tôle s'échauffe sous l'action du soleil, Tair est mis • en mouvement dans le haut de la salle et il se produit un appel violent des portes vers les cheminées {Rapport de M. de Freycinet),
3147. La ventilation peut se faire en mettant l'atelier en communication avec la cheminée de l'usine soit constamment, soit d'une façon intermittente ; on trouve un exemple de ce dernier cas dans la fabrication du chlorure de chaux à Thann, chez M,. Ch. Kestner ; les chambres sont, avant l'entrée des ouvriers pour le chargement et le déchargement, mises en communication avec la cheminée de l'usine, r/est aussi par ce procédé que se trouve ventilée d'une façon permanente la salle de filage de MM. Villeminot, Huart, V. Rogelet et C" à Reims ; cette salle a 4 000"'' de surface.
Enfin, dans beaucoup de circonstances, il sera préférable d'avoir recours pour la ventilation à des procédés mécaniques ; nous allons donner un certain nombre d'exemples de l'emploi des ventilateurs.
3148. La filature du lin comprend un certain nombre d'opérations dans lesquelles la ventilation serait absolument indispensable ; pour le cardage on emploie, comme à la filature de M. Eys à Gand, les cardes à ventilateurs dont nous avons déjà parlé, mais il est une opération qui réclamerait surtout l'assainissement des ateliers, c'est celle du filage à V humide ; AdiH^ cette opération le fil déjà formé et étiré au banc à broches, doit recevoir son dernier étirage et sa dernière torsion au métier à filer.
Il passe avant l'étirage dans une rigole qui surmonte le métier et dans laquelle se trouve de Teau constamment chauffée par uo courant de vapeur. Il en résulte que l'atmosphère de l'atelier est à une température élevée, constamment saturée de vapeur et chargée de matières organiques résultant de la fermentation des matières altérables que contient le lin ; de plus, de l'eau est mécaniquement projetée sur les ouvrières par le mouvement des broches. Il y a là une des situations les plus déplorables de lindustrie. Une ventilation effective de l'atelier le rendrait évidemment salubre, mais il semble que la vapeur chaude soit une condition de bon travail ; en présence de ces deux termes contradictoires, on a essayé de la ventilation à l'air chaud ; chez M. Tiers, à Orchies, et chez madame veuve Pauris et fils à Fives-lez-Lille, on a utilisé les flammes perdues du foyer, au moyen d'un appareil à tuyaux, installé par M. Giraudon, pour
chauffer de Tair qui est introduit à la partie supérieure des ateliers par des orifices placés de 2 en 2 mètres ; l'air est chauffé à la température de 25° ; des orifices placés à O^'^SO du sol sont en communi- 'cation avec des cheminées d'évacuation.
3149. Filatures de coton. — Nous avons déjà dit qu'on emploie pour l'ouverture et le battage du coton des machines munies de ventilateurs qui aspirent les poussières en dehors de Tatelier ; mais il est utile de ne point les rejeter dans l'atmosphère ; on y arrive en faisant passer l'air dans une cave de dépôt : chez M. Saladin, à Nancy, la cave à poussière a 50 mètres de long et 13"'* de section, l'air y circule avec une extrême lenteur et toutes les poussières se déposent avant la sortie.
Il n'est pas moins utile de ventiler les ateliers eux-mêmes; on parvient ainsi à y entretenir une température uniforme et une certaine fraîcheur en même temps qu'on enlève les impuretés ; ces différentes circonstances sont favorables au travail.
3150. A Oissel, chez M. Octave Fauquet, la salle principale qui contient le cardage et le filage a 9000"' de superficie ; afin de rendre moins faciles les changements de température, on a recouvert la voûte qui forme le toit d'une couche de plâtre alvéolée ; les croisées sont sur le toit et à double vitrage. Le chauffage est à eau chaude, la lenteur des variations de température que subit un atelier ainsi garanti permet ce mode de chauffage, alors même qu^on veut maintenir la température constante. La ventilation est mixte, elle est effectuée au moyen de deux ventilateurs de l^^SO de diamètre placés dans une galerie souterraine de 2 mètres d'ouverture. L'un de ces ventilateurs produit la pulsion de l'air et l'autre l'appel ; ils fonctionnent à la vitesse de 250 à 300 tours, l'air pénètre et sort par des orifices pratiqués dans le sol. C'est par les orifices pratiqués au voisinage des cardes que se fait la sortie. On donne à l'air une humidité suffisante en lui faisant traverser une pluie d'eau froide qu'on fait tomber dans la galerie d'introduction au moyen d'une pomme d'arrosoir.
.3151. Chez MM. Steinbach, Kœchlin et C*% la salle de filage a 7000'"'' ; la ventilation est obtenue en partie par l'aspiration qui se produit dans la salle des batteurs, mise en communication avec celle de filage et en partie par des ventilateurs qui agissent par aspiration.
3152. Dans la filature de MM. Schiumberger, à Mulhouse, on ventile un grand atelier de tissage au moyen d'un ventilateur à force