CHAPITRE VL — CHAUFFAGE A DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES, ETC
nombre d'opérations, la baryte s'est fortement agrégée, le sous-chlorure de cuivre a perdu du chlore et tous deux deviennent improprès à absorber Toxygène. Ces procédés n'ont donc pas pu fournir une préparation économique de l'oxygène.
2234. Dans la méthode de MM. Maréchal et Tessié du Motay, on décompose au rouge le manganate de soude par un courant de vapeur d'eau surchauffée ; on forme ainsi un hydrate de soude, un oxyde de manganèse, et il se dégage de l'oxygène. Si on fait passer ensuite, sur le mélange, de l'air privé d'acide carbonique, l'oxygène est fixé et le manganate de soude est reformé. Cette préparation se fait sans changement de la température du fourneau et sans manipulation du véhicule ; elle présente donc à cet égard de notables avantages sur les précédentes. D'après M. Powell (Ingénieurs civils, 1872), une usine établie à Bruxelles et munie de deux fours produisait 360"* d'oxygène par jour ; la dépense journalière était :
Charbon à i5 francs la tonne Sé'^OO
Main-d'œuvre 20 00
Usine, frais généraux 41 00
Soit 0 fr. 264 par mètre cube d'oxygène ; l'usine avait coûté 85000 fr. d'installation. Quoi qu'il en soit, nous ne sachions pas qu'il ait été donné suite aux divers essais qui avaient été faits, soit pour le chauffage, soit pour Téclairage, de l'oxygène ainsi préparé.
2235. En admettant qu'on puisse se procurer Toxygène dans des conditions suffisamment économiques, on arriverait par son emploi à produire des températures extrêmement élevées, surtout en employant des combustibles très-riches en carbone; mais à ces hautes températures les matières les plus réfractaires ne résisteraient pas à Ja fusion. On sait que dans les fours à souder on donne seulement à la voûte du four environ 0",20 d'épaisseur, attendu que, si on dépassait cette limite, les parties inférieures des briques fondraient; et cependant les briques qu'on emploie dans la construction de ces fours sont déjà fort réfractaires.
2236. Utilisation des chaleurs perdues. — Dans un grand nombre de cas, on peut utiliser la chaleur perdue pour échauffer les corps sur lesquels on doit opérer, et pour cela il suffit que les fours soient allongés ou formés de plusieurs étages, parcourus successivement par Fair brûlé. Depuis longtemps, la chaleur perdue dans les fours à puddler et à réchauffer est appliquée à la formation de la vapeur. La
chaleur perdue peut aussi être employée à produire des actions chimiques qui n'exigent pas une température aussi élevée que les élaborations qui s'exécutent dans le premier four. Je citerai comme exemple les fours adoptés pour la décomposition du sulfate de soude par le charbon, opération qui exige une température très -élevée. A l'origine des fabriques de soude, et même longtemps après, on perdait complètement la chaleur renfermée dans les gaz qui sortaient de ces fours; mais, plus tard, on plaça, immédiatement après, les fours dans lesquels on décompose le sel marin par Tacide sulfurique, et où Ton calcine le sulfate produit ; la chaleur perdue des premiers fut suffisante pour le travail des derniers, et on économisa complètement le combustible que ceux-ci consommaient auparavant. Mais ce mode d'opération a Tinconvénient de rendre beaucoup plus difficile la condensation de l'acide chlorhydrique, parce qu'il se trouve disséminé dans un grand volume de gaz, ce qui avait conduit à le verser dans l'atmosphère, où ce mélange est très-nuisible à la végétation des lieux environnants ; mais les règlements de salubrité ont forcé les usines à condenser tous ces produits.
2237. On a proposé dernièrement, en Angleterre, d'enflammer la fumée après son action dans les fours à réverbère, afin de produire un tirage plus énergique, ou pour toute autre opération. Des expériences dans lesquelles ce réallumage a été tenté ont pu faire croire à quelques personnes qu'on pouvait ainsi réaliser de sérieuses économies ; mais il est facile de voir que si le foyer est bien conduit, il ne saurait en résulter aucun avantage réel. En effet, les gaz combustibles qui se dégagent à la sortie du four n'existent dans l'air brûlé que parce que la combustion a été incomplète dans le foyer, et on peut empêcher la production d'une quantité notabjg de ces gaz combustibles en admettant une proportion d'air suffisante pour que la transformation en acide carbonique soit complète. Il résulte de cette manière d'opérer l'avantage de développer une température plus élevée et, par suite, de réaliser une économie dans la consommation du combustible. Ainsi, par le procédé proposé en Angleterre, on arriverait à un résultat tout à fait opposé à celui que les inventeurs se flattaient d'atteindre.
Quand l'utilisation de la chaleur n'exige pas des circuits trop prolongés de l'air brûlé, et quand la température de la fumée n'est pas abaissée au-dessous de 100 à 150% le tirage de la cheminée est peu diminué ; car, de 100 à 400% le tirage n'augmente que dans le rapport de 1,31 à 1,96 pour une même section et hauteur de cheminée.