CHAPITRE VI. — CHAUFFAGE A DES TEMPÉRATURES ÉLEVÉES, ETC
charbon de bois, à faible production, loin d'être réunis en grand nombfe, sont généralement isolés, et de plus ils n'ont pas de laminoirs à proximité. En outre, les facilités offertes par les nouveaux procédés eux-mêmes pour le chauffage des chaudières ont fait multiplier les souffleries à vapeur. Quand un haut fourneau a livré ses gaz aux chaudières et à Tappareil à air chaud ordinaire, ce qui reste, et il en reste dans le cas d'une bonne installation et de hauts fourneaux un peu puissants, est loin d'être suffisant cependant pour une application régulière au puddlage.
Il n'en serait pas de même dans de grandes usines possédant plusieurs hauts fourneaux au coke avec forge à laminoirs dans leur enceinte. Mais alors le travail au gaz peut être considéré comme un accessoire qui occasionnerait des frais d'installation et de conduite que l'économie possible de combustible ne parait pas compenser suffisamment. Si le travail au gaz au moyen des gazogènes était le travail courant^ les gaz des hauts fourneaux pourraient devenir, pour le puddlage, un auxiliaire qui ne serait pas à dédaigner.
Il faut dire aussi que l'excédant de gaz, dont nous avons parlé, se trouve sensiblement réduit depuis qu'on a trouvé une économie de combustible à chauffer l'air à des températures beaucoup plus élevées qu'on ne le faisait antérieurement ; c'était là un bénéfice immédiat, relativement facile à réaliser.
Toutefois, il est constant que les travaux exécutés en France ont démontré la possibiUté pratique du travail au gaz et posé les bases de son application au puddlage et aux différents traitements sidérurgiques au moyen de gaz combustibles, quelle qu'en soit la provenance, les hauts fourneaux ou les gazogènes.
2249. Dans tous les cas, il est bien peu de hauts fourneaux qui ne tirent pas profit des procédés nouveaux d'utilisation des gaz perdus : tous ceux qui ont des machines à vapeur, et le nombre s'en est considérablement accru, ne les chauffent pas autrement ; il en est de même des appareils à air chaud.
2250. Dans les usines à fonte placées sur les cours d*eau et où les gaz ne sont pas employés au chauffage de Tair, on les a utilisés avec avantage à des réchauffages, au chauffage des étuves et à la cuisson de la chaux. Comme nous l'avons dit, cette dernière utilisation avait été tentée déjà par M. Aubertot en 1812 ; mais elle avait été abandonnée par suite de la difficulté de placer les fours à chaux au sommet du haut fourneau, de leur faible produit et aussi à cause du dérangement à la marche normale résultant de l'appel des gaz ou
plutôt de la flamme que produisaient ces gaz. On ignorait à cette époque qu'on pût transporter les gaz à de grandes distances et les brûler dans des foyers spéciaux. Grâce aux nouveaux procédés de prise et de conduite des gaz, cette application est devenue facile. Les fours à chaux ont une hauteur à peu près égale à celle des hauts fourneaux ; ils peuvent être desservis par les mêmes montecharges. Avec des foyers à gaz disposés de manière à ce qu'il n'entre pas trop d'air, on obtient avec le simple tirage du four une température suffisante à la cuisson de la chaux. Les fours peuvent d'ailleurs être intermittents ou continus. La chaux obtenue ainsi peut servir à tous les usages ; elle est plus propre, cuite plus réguHèrement que celle qu'on obtient dans les fours coulants à la houille. Quelques maîtres de forges en France tirent déjà ainsi un parti important des gaz de leurs hauts fourneaux. On estime que la quantité de chaux produite ainsi est égale à la quantité de fonte fournie par le haut fourneau.
22S1. Le bénéfice considérable que procurent les chauffages au gaz est aujourd'hui nécessaire à l'existence de nos forges, et, depuis l'Exposition universelle de 1855, l'imitation en Angleterre, malgré le bas prix du combustible, des procédés usités en France pour l'emploi des gaz des hauts fourneaux, a pris une remarquable extension.