CHAPITRE PREMIER. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
et par les portes qui s'ouvrent de temps en temps, le chifiFre réel de la ventilation ne pouvait se déterminer que par la mesure de la vitesse de Tair dans tous les tuyaux qui le conduisent à la cheminée d'appel : cette vitesse a été observée dans deux embranchements, mais on a oublié de la mesurer dans le troisième, de sorte qu'il a été impossible de déterminer exactement le volume de Pair écoulé. Ces expériences, répétées depuis par M. Leblanc, ont donné 4400 mètres cubes pour le volume d'air sortant des caves, et 11000 mètres cubes pour le volume total débité par les cheminées d'appel ; le volume d'air par personne et par heure était ce jour-là de 18 mètres cubes, et l'air renfermait 0,0025 d'acide carbonique.
2352. Dans les expériences que je viens de rapporter, j'ai eu l'occasion de constater un fait fort singulier. L'odeur dans les cheminées d'appel était extrêmement désagréable, et cependant l'air de la salle était sans odeur et les cheminées très-propres. Ce phénomène ne semble pouvoir s'expliquer que de deux manières : 1» en supposant que l'odeur de Tair est augmentée par le mouvement ; 2'' en admettant que les matières animales en dissolution ou en suspension dans Tair éprouvent, par leur contact prolongé, utie fermentation qui en change la nature. Ces deux causes concourent probablement à produire l'effet dont il est question. Je dois dire cependant que M. Leblanc n'a pas observé cette mauvaise odeur.
2353. Ce chimiste a fait des expériences fort intéressantes sur Tinfluence de l'acide carbonique à haute dose dans l'atmosphère respiré par un chien de forte taille, un cochon d'Inde, un verdier et une grenouille. Ces animaux étaient renfermés dans une pièce exactement close, pourvue d'une vitre à travers laquelle on pouvait observer ce qui se passait dans la chambre ; un tuyau en plomb, placé à la partie supérieure de la pièce et percé d'un grand nombre de petits orifices, versait constamment de Tacide carbonique pur produit par un appareil à eau de Seitz. Au bout de 7 minutes de dégagement, le malaise du chien était visible ; au bout de 15 minutes il souflrait beaucoup : à cet instant on avait consommé 10 kilogrammes d'acide sulfurique ; au bout de 25 minutes, la bougie s'est éteinte ; enfin, au bout de trois quarts d'heure de dégagement effectif, l'oiseau et le chien étaient agonisants et la grenouille énormément gonflée : la proportion d'acide carbonique était alors de 30,4 pour 100. On ne peut rien déduire de bien positif de ces expériences, parce qu'il est peu probable que, malgré la précaution de faire écouler l'acide carbonique par la partie supérieure de la pièce et par de très-petits filets,
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le mélange des gaz ait été bien établi ; d'ailleurs la composition de Tair, aux différentes époques indiquées, n'a pas été observée.
2354. D'autres expériences, faites par M. Leblanc, ont eu pour objet de déterminer la dose d'acide carbonique correspondante à Textinction de la bougie. « Plusieurs expériences faites sur Tair puisé dans des ballons où la combustion avait cessé de se soutenir ont donné 4 et 4,5 p. iOO d'acide carbonique en volume; une bougie placée dans cette atmosphère s'éteint subitement ; la même proportion d'acide carbonique dans l'air provenant de la respiration constitue également une atmosphère dans laquelle les bougies s'éteignent {Annales de chimie et de physique^ t. V, p. 237). D'après ces dernières expériences, la bougie s'éteint dans une atmosphère qui ne renferme que 0,17 ou 0,165 d'oxygène, comme celui qui sort de nos poumons.
La flamme des chandelles persiste quelque temps après l'extinction des bougies ; il en est de même des lampes des mineurs garnies de leur porte-mèche ; les lampes à double courant d'air, ou même les lampes des mines dégarnies de leur porte-mèche, peuvent encore brûler quand les autres modes d'éclairage ne peuvent plus servir. Lorsque l'air renferme de 4 à 5 p. 100 d'acide carbonique, et que la flamme d'une bougie ne peut plus subsister, la respiration devient gênée, et le travail est encore possible, pourvu que la température ne soit pas trop élevée. Mais quand l'atmosphère renferme 10 p. 100 d'acide carbonique, cette atmosphère devient irrespirable, et les hommes qui y pénétreraient s'exposeraient à une asphyxie presque immédiate. « M. Leblanc, dans son Mémoire sur la composition de l'air [Annales de chimie et de physique, t. XV), rapporte que, étant monté, pour y vider un flacon plein de mercure, dans une entaille, à 1 mètre seulement au-dessus de la couronne de la galerie, espace dont l'air renfermait 10 p. 100 d'acide carbonique, au bout d'une à deux minutes il fut pris de défaillance, sans avoir éprouvé de malaise préalable. Le maitre mineur, homme robuste, qui l'accompagnait, après le même séjour dans l'entaille, fut saisi de vertiges et de nausées qui ont duré quelques instants après le retour dans un air pur. La diminution de la proportion d'oxygène par un accroissement de celle de l'azote produit le même efiet que quand elle provient de la présence de l'acide carbonique. Il résulte de là que l'acide carbonique qui est versé dans l'air par l'acte de la respiration et par la combustion, n'agit qu'en diminuant la proportion d'oxygène libre, et non pas par une action directe sur nos organes. »