CHAPITRE PREMIER. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
2355. D'après les expériences faites à la Conciergerie par MM. Boussingault, Leblanc et moi, et que je rapporterai plus loin, la dose d'air nécessaire à un détenu renfermé dans une cellule doit être portée à 10 mètres cubes par heure ; mais la cellule dans laquelle Texpérience a été faite contenait une cuvette mobile, et avait, par conséquent, une cause exceptionnelle d'insalubrité.
2356. Enfin, on a reconnu que, dans lès hôpitaux, les salles de chirurgie ne pouvaient être assainies et dépouillées de toute mau* vaise odeur, qu'avec une ventilation de près de 100 mètres cnbes d'air par individu et par heure.
2357. Il résulte de tout cela : l"" qu'une ventilation de 6 mètres cubes par enfant et par heure est une limite au-dessous de laquelle il ne faut jamais descendre, quand Tair de ventilation est mêlé avec l'air de la pièce et qu'il n'existe aucune cause particulière d'insalu* brité ; 2"" que, quand la ventilation a lieu de bas en haut, par tous les points du sol ou par des orifices très-nombreux et très-rapprochés, une ventilation de 15 à 20 mètres cubes d'air par personne et par heure fournit à chacun de l'air paraissant suffisamment pur; S"" que, dans presque tous les cas, il y a des causes particuUères d'insalubrité, pour lesquelles le chiffre de la ventilation doit être élevé à un point que l'expérience seule peut déterminer ; 4'' que l'acide carbonique versé dans Tair par la respiration n'agit point directement sur nos poumons, mais seulement en diminuant la proportion d'oxygène ; 5° que les quantités d'acide carbonique que Ton trouve dans l'air par l'analyse décroissent à mesure que la ventilation augmente, mais ne lui sont point exactement proportionnelles, comme cela devrait être dans des circonstances identiques ; cela tient probablement à ce que l'air de ventilation ne se distribue pas toujours uniformément dans la pièce.
2358. Les nombres indiqués dans le numéro précédent ne sont que des miniqoa, suffisant tout au plus pour atténuer l'état de gène résultant de la viciation de Tair ; aussi convient-il de les augmenter notablement si l'on veut que les personnes qui se trouvent dans les locaux ventilés y soient dans des conditions réelles d'hygiène et de bien-être ; il sera donc utile de porter la proportion d'air à 12 ou 15 mètres cubes par heure et par enfant et à 25 ou 30 pour les adultes ; encore sera-t-il nécessaire suivant les cas d'augmenter ces nombres quand des causes particulières d'insalubrité viendront s'ajouter aux causes naturelles que nous avons indiquées.
2359. Dans tous les cas, indépendamment du chiffre total de ven-
tilation, il y a encore deux conditions indispensables à remplir : la première consiste à répartir uniformément la ventilation dans toute retendue de la pièce, car on ne peut pas évidemment admettre que, sous le rapport de Tassainissement, le volume d'air en excès que certaines personnes reçoivent compense le volume d'air insuffisant qui serait réservé pour les autres ; la seconde, à ventiler avec de l'air pur. En Angleterre, on a cherché à purifier l'air de ventilation en le faisant passer à travers un mur de coke en gros morceaux, recevant à sa partie supérieure de l'eau en petits filets très-nombreux ; après quelque temps, on a trouvé au fond du réservoir dans lequel l'eau s'est écoulée un dépôt d'une gi*ande ténuité et d'une extrême fétidité.
2360. Influence des apparais d'éclairage. — Les lieux habités sont encore viciés par les appareils d'éclairage. Pour en apprécier l'influence, voici les quantités de matières consommées, par heure, par les appareils le plus en usage :
Chandelle de 6 à la livre. Bougie. Lampe gfi» bec.
11 gr. 11 gr. 42 gr.
La flamme d'une bougie s'éteignant lorsque l'air renferme 4 p. 100 d'acide carbonique, il est très-probable que la combustion doit éprouver des influences analogues à celles qui se produisent sur la respiration, et, par suite, il faut compter sur une ventilation minimum de 6 mètres cubes par bougie et par heure, et sur 24 mètres cubes par lampe à gros bec, pour que la combustion ait toujours lieu dans de bonnes conditions. La même proportion de 24 mètres cubés ou un peu plus serait à observer par chaque bec de gaz éclairant la salle, en supposant des becs de forme courante brûlant environ 100 litres de gaz à l'heure.
2361 . Influence de la grandeur des pièces. — Quand les pièces ont une grande élévation, l'air qu'elles renferment peut suffire à la respiration pendant un certain temps ; mais, excepté dans les églises, il est rare que le volume d'air soit suffisant lorsque le nombre de personnes est considérable et que leur séjour doit se prolonger. Il est utile de calculer ce volume, pour fixer l'époque à laquelle doit commencer la ventilation. Cet air est toujours employé utilement, attendu que celui qui a servi à la respiration ou qui a été en contact avec le corps, étant à une température supérieure à 30*, tend à s'élever ; il se produit alors de doubles courants, qui amènent successivement l'air de la pièce à la partie inférieure. A l'ancienne Chambre