PREMIERE PARTIE
» démon, dit-il, tenta nos premiers parents,
» on leur disant : Mangez ce fruit, et vous » serez comme des dieux. Ils le crurent au » préjudice de Dieu même, qui les avait » menacés de la mort au moment qu'ils en » goûteraient. Pour remédier à ce désor- » dre, le Sauveur nous tonto à son tour, » ot nous dit: Mangez mon corps, buvez » mon sang, ot vous deviendrez des » dieux. Croyons-le sur sa parole plus que » sur nos sens, qui n'aperçoivent que Fap- )) parence extérieure du pain et du vin ; et )) par une sainte et religieuse crédulité, ré- )) parons l'imprudence et l'injuste crédulité » d'Eve et d'Adam. » En effet, ce Pain céleste est d'une nature bien différente de celle du pain ordinaire; nous ne le changeons pas en notre substance quand nous le prenons, c'est lui au contraire qui nous change. Mangez mon corps, dit un jour le Sauveur à saint Augustin, vous ne me transformerez point en vous, mais je vous transformerai en moi. Non ego mutabor in (c sed tu mutàberis in me.
Pour descendre dans un plus grand détail, on peut ressembler à quelqu'un en trois choses; dans sa personne, dans sa nature et son essence, et dans ses actions. On lui
ressemble dans sa personne quand on a la même taille, la môme figure et les mêmes traits de visage. On lui ressemble dans son essence, quand on a les mêmes facultés et les mêmes inclinations. On lui ressemble dans ses actions, quand on agit par les mêmes principes, et pour la même fin. La première ressemblance peut s'appeler image ; la seconde, sympathie, et la troisième, imitation. Mais, quoi qu'il en soit, le Sauveur, par le moyen de la Communion, nous rend semblables à lui en ces trois manières, que saint Thomas explique par trois belles comparaisons (Opusc. 58. c. 20.). La première comparaison dont il se sert, est celle d'un cachet appliqué sur de la cire molle, où il imprime sa figure. « Quand » nous recevons la Communion, dit ce saint » docteur, Jésus-Christ applique son corps » comme un cachet sur nos cœurs brûlants » de l'amour de Dieu, purifiés par la péni- » tence, attendris par l'amour du prochain ; » non pour être changé en nous, car c'est » impossible, mais pour nous transformer en » lui, en imprimant dans nos âmes, l'image » de sa bonté et de ses perfections. » Lorsque l'Époux du Cantique invite l'Épouse à le mettre comme un cachet sur son cœur et