PREMIÈRE PARTIE
sur ses bras, c'est le Fils de Dieu, suivant l'explication d'un grand maître de la vie spirituelle (P. Lud. à Ponte), qui nous exhorte à la Communion, pour imprimer sa ressemblance dans nos âmes. Par cette impression il y retrace, lui qui est la figure de la substance de son Père, l'image de Dieu effacée par le péché, et leur communique une beauté toute divine. Car le Pain céleste ne contribue pas moins à embellir nos âmes que la bonne nourriture à donner de l'embonpoint et de la beauté au corps. Saint Jean Chrysostôme s'explique admirablement sur ce sujet. « Ce )) sang, dit-il, parlant de la sainte Eucharis- » tie, fait briller en nous l'image de Jésus- » Christ, il donne de la beauté et de la no- » blesse à l'âme, et r empoche en la nourris- » saut de tomber en langueur. Ce sang est son )) salut, il la purifie, l'embellit, l'embrase et la » rend plus éclatante que l'or et le feu. Car )) de même que celui qui trempe ou sa main » ou sa langue dans de l'or fondu, la retire » toute dorée ; ainsi l'âme plongée dans ce » sang devient aussi pure et aussi belle que » l'or. » 11 ajoute un peu plus bas, qu'un chrétien en communiant se revêt du manteau royal de Jésus-Christ, qu'il se revêt de Jésus-Christ même. Peut-on faire une plus
belle peinture de la vertu qu1a l'Eucharistie de nous transformer en la ressemblance du Sauveur? Peut-on mieux nous exprimer l'excellence et la beauté de cotte ressemblance, qu'en la comparant avec l'éclat de l'or et du feu ? Peut-on mieux nous déclarer combien cette image est parfaite, qu'en disant que ce sacrement nous revêt des ornements et des habits de Jésus-Christ, et qu'il nous revêt de Jésus- Christ même ?
V. Non-seulement le Sauveur retrace en nous l'image de sa beauté par la Communion; mais en s' unissant à nous et de corps et d'esprit , il nous communique encore sa bonté , ses inclinations et ses vertus. La pratique de l'humilité , de la patience , de la mortification, de l'amour des ennemis, si opposée à notre penchant, nous devient alors facile. Car, dit saint Thomas, de même qu'une goutte d'eau jetée dans un grand vase plein de vin, s'y perd et s'y confond, de manière qu'on ne la distingue plus, tant elle est semblable au vin ; de même l'âme unie à Jésus-Christ auprès de qui elle n'est que comme une goutte d'eau, quasi stilla silalœ (Isaï. xl. 15.) prend réellement ses inclinations, se conforme si parfaitement à ses mœurs, qu'elle paraît toute changée en lui.