PREMIÈRE PARTIE
la voici : (( C'est le propre du rejeton d'un
» bon arbre , dit cet admirable docteur,
» quand il est enté sur un sauvageon, de
» prévaloir par sa vertu naturelle , et de
» communiquer sa douceur au sauvageon en
» lui étant son amertume, et en lui faisant
» porter de bons fruits semblables aux siens.
» De même le corps de Jésus étant comme
» enté dans nous, corrige nos défauts, nous
» communique sa bonté, et la vertu de pro-
)) (luire des fleurs et des fruits de justice
» semblables à ceux qu'il produit lui-même.
» C'est, continue saint Thomas , ce que le
» Saint-Esprit nous enseigne par la bouche
l du prophète Ezéchiel, quand il dit: (Ezcch.
» 17. 22. 23. ) Je prendrai la moelle d'un haut
» cèdre et une branche de sa cime, je la plante-
» rai sur une haute montagne, où elle poussera
)) des bourgeons et portera des fruits. Ce haut
» cèdre c'est Dieu le Père; ces branches
)) élevées sont les anciens Patriarches, dont
» la sainte Vierge est la cîme; la moelle du
» cèdre, c'est la Sagesse Éternelle; la bran-
» che ou le rejeton de la cîme, c'est la
» chair de Marie. Le Saint-Esprit prit la
» moelle du cèdre et 1(> rejeton de La cîme,
» en unissant dans l'incarnation du Verbe,
» la : e Éternelle avec la chair de la
» sainte Vierge. Mais il plante cet excellent » rejeton sur la montagne élevée, toutes les » fois qu'on distribue aux Fidèles, élevés par » leurs saints désirs de la terre au ciel , le » sacrement du Corps du Seigneur. De cette » union naissent d'excellents fruits. Car le » cœur du fidèle perdant l'amertume de ses » vices par la vertu de ce sacrement, pro- » duit, à l'exemple de Jésus-Christ, les fleurs » et les fruits des vertus et des bonnes œu- » vres. C'est pour cela qu'il disait à saint » Augustin : Je suis la nourriture des grands. » C'est tout ce que désirait l'Epouse, quand » elle disait : Tirez-moi après vous ; comme » si elle eût dit : Changez-moi en vous par )) l'ardeur de mon amour et du vôtre ; et en » vous unissant à moi , en vous entant sur » mon cœur, détruisez cette malheureuse » racine qui produit des fruits si amers, » afin que la vertu de votre douceur et de » votre bonté, prévale et agisse puissam- » ment en moi. C'est pour cela enfin que » saint Paul disait : Je vis, non ce n'est pas » moi, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. » Tout ceci est de saint Thomas. Mais il semble avoir emprunté cette similitude de saint Denis (C. 3. de Hier. EccL), qui appelle aussi l'union que nous contractons avec Jésus-
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Christ, une greffe spirituelle, insitlo spiritalis.
YI1I. Vous voyez donc comme le Fils de Dieu retrace on nous son image, nous inspire ses inclinations, et nous fait agir comme lui, quand nous le recevons avec les préparations requises. Mais si la ressemblance produit l'amour mutuel, le Sauveur pouvaitil inventer un moyen plus infaillible pour nous engager à l'aimer, et pour s'engager réciproquement à redoubler son amour envers nous, quo l'adorable sacrement de l'Eucharistie, qui nous rend si saints et si semblables à lui? Soyez à jamais béni, mon adorable Sauveur, pour un si grand et si Inestimable bienfait.