PREMIÈRE PARTIE
chrétien convaincu de ces vérités? Mais il arrive aussi que la Communion répand dans l'àme des joies sensibles. C'est lorsque le Sauveur fait goûter la douceur de sa grâce, et la suavité de l'opération par laquelle il la produit. Dans ce moment, l'àme chargée de ce goût délicieux, embaumée de ce parfum céleste, s'enflamme des saintes ardeurs de l'amour divin, chante les louanges de son bien-aimé, se dévoue à son service, éclate en tendres soupirs , se fond , se liquéfie en dévotion, et jouit dans cet amoureux entretien, d'un bonheur inexplicable. Cependant, pour ineffables que soient ces plaisirs, on en goûte quelquefois d'autres beaucoup plus délicats, dont saint Thomas parle ailleurs. C'est lorsque le Fils de Dieu fait ressentir sa présence par une connaissance expérimentale. Cen'estplus la suavité de la grâce, mais la douceur de la Divinité mémo unie à l'humanité du Sauveur, que l'on goûte; ce n'est plus simplement par la foi que l'âme connaît qu'elle possède son Dieu; mais elle le sent, pour ainsi dire, elle le touche, elle l'embrasse spirituellement. Ces moments sont courts, dit saint Bernard, mais ils sont infiniment délicieux : feliœhora^ h, -cri* liora. Ce sont, dit un autre pore, d'aimables pré-
fiï DE LA COMMUNION.
Indes do la félicité éternelle: futurœ felicttatis amàbile prœludium, 11 est plus aisé d'imaginer, si pourtant on lo pont, que d'exprimer la paix et le repos dont jouit alors Tàrne saine, la joie dont elle est comme enivrée, et les chastes délices où elle se trouve comme abîmée.
VI. Mais cela posé, il est manifeste que tous les chrétiens peuvent en communiant ressentir quelque plaisir. Il est vrai que cette dernière faveur dont je viens de parler, est rare, que c'est un privilège qui ne s'accorde qu'à un petit nombre d'àmes choisies, entièrement détachées du monde, et crucifiées avec Jésus-Christ. Mais je ne crois pas qu'on puisse avec raison la révoquer en doute. Car, outre que nous en pouvons croire les Saints qui nous en parlent, après en avoir fait l'expérience , pourquoi le Sauveur nous aurait-il donné avec son Corps et son Sang, sa Divinité pour être l'aliment de nos âmes, s'il n'avait eu dessein de nous en faire goûter la douceur ? J'avoue encore que bien des gens communient sans ces consolations intérieures que produit le sentiment do la grâce ; mais hors certains temps, durant lesquels Dieu en prive de bonnes âmes pour les éprouver et pour les