PREMIÈRE PARTIE
elle être sa mère sans être la nôtre? Pourrait-elle l'avoir enfanté sans nous avoir enfantés avec lui? Quomodo ad parfum Virginis non pertinetiSj qui membra Christi estis? (Serm. 16, de temp.) C'est peut-être parce que saint Jean avait conservé la grâce reçue dans la Communion, que le Sauveur lui dit en mourant, que Marie était sa mère ; et à la sainte Vierge, que saint Jean était son fils. Mais cette mère si affectionnée, non contente d'avoir donné la naissance à ses enfants, les nourrit aussi, non de son lait, mais de sa chair ; non durant quelques années, mais toute leur vie: car en mangeant le corps de Jésus-Christ, c'est sa chair ({ne nous mangeons. « Le Verbe, dit saint » Augustin (In Ps 98.), s'est formé un corps )) de la chair de la chaste Marie sa mère; )) il a vécu sur la terre dans cette chair, et » nous l'a donnée à manger pour notre sa- » lut. » Aimons donc, honorons une si bonne et si illustre mère, et ne nous exposons pas aux reproches d'un prophète, (Bar ruc. 4. 8) qui accuse les Israélites d'avoir oublié le Dieu qui les a nourris, et Jérusalem leur nourrice; car par cette nourrice, dit Ri< hard de Saint-Laurent, il faut entendre et l'Église et la sainte Vierge. Au con-
traire, considérons, comme le B. Pierre Damien nous y exhorte, les obligations que nous lui avons, afin de les reconnaître. (( Elle nous donne, dit-il, pour nous nour- )) rir, le môme Corps qu'elle a enfanté dans » la crèche, qu'elle a porté entre ses bras, » qu'elle a enveloppé de langes dans son » berceau, qu'elle a élevé avec des soins et » des tendresses de mère ; et elle nous » donne son Sang à boire dans le Sacrement » de notre rédemption. Il n'y a point de » langue qui puisse dignement louer celle » qui entretient la vie de nos âmes de la » plus pure substance de ses entrailles, ni » de cœur qui puisse l'aimer autant qu'elle » mérite d'être aimée. » Mais par quel endroit lui témoigner notre reconnaissance?
(( Par la fréquente Communion, répond Isi- » dore de Thessalonique. Car, ajoute ce » savant Évoque, quand vous recevez le » Corps de Jésus-Christ de la main de » l'ange du Seigneur, c'est-à-dire, du prô- » tre, comme il se passe en vous un mys- » tère qui a quelque rapport à celui qui se » passa dans la sainte Vierge au moment » que l'archange saint Gabriel lui annonça » qu'elle devait être la mère de Dieu, vous » lui en rafraîchissez, pour ainsi dire, la