PREMIERE PARTIE
ont tant de charité pour les hommes; qu'ils veillent avec tant d'application sur leur conduite ; qu'ils conservent si soigneusement
jusqu'au jour de la résurrection les cendres même de ceux, qui ont communié, comme saint Chrysostôme nous en assure (Lib. 6. de Sacercl.); qu'ils pleurent amèrement la chute dos justes, selon le prophète Isaïe, et qu'ils se réjouissent à la conversion des pécheurs, ainsi que le Sauveur nous le témoigne (Luc. 15, 7). Quoi amour et quelle reconnaissance ne devons-nous donc pas aussi avoir pour eux?
VII. Il ne reste plus qu'à expliquer comment l'Eucharistie nous inspire des sentiments de charité pour tous les hommes, jusqu'aux idolâtres et aux hérétiques, dont aucun ne participe à cet adorable Sacrement. Je dis que
tst en nous donnant de l'amour pour Jésus- Christ et en nous élevant à la dignité d'enfants de Dieu. Comme tous les infidèles sont les sujets du Fils de Dieu dont l'empire n'a point d'autres bornes que celles de l'univers, le zèle de sa gloire doit nous porter à faire rentrer ces rebelles dans leur devoir, et à dissiper les ténèbres de leurs erreurs, afin qu'ils reconnaissent et qu'ils adorent leur Roi légitime. 11 est aussi du caractère des
enfants do Dieu de faire du bien à tout le monde. Car comme c'est le propre de Dieu, en qualité de souveraine et infinie bonté, de trouver, non dans les personnes qu'il aime, mais dans son propre fonds, la raison et le motif d'aimer et de faire du bien, môme à ceux qui sont indignes d'en recevoir ; il est du devoir des enfants de Dieu, s'ils ressemblent à leur Père céleste, qui fait lever le soleil pour le pécheur comme pour le juste, d'imiter sa conduite et de procurer le salut môme de ses ennemis et des leurs. Diligite inimicos vestros : benefacite
his qui oderunt vos ut sitis filii Patris
vestri quisolem saura oriri facit super
bonos et malos (Matth. 5, 45 et 46).
VIII. C'est ainsi que l'Eucharistie établit dans tous les cœurs le régne de la parfaite charité , et que le même Sacrement donne , et à l'amour que nous avons pour les autres, et à l'amour que les autres ont pour nous , autant do différents caractères que toutes ces personnes sont différentes. Par le moyen de la Communion, Dieu nous aime comme ses chers enfants, et nous l'aimons comme notre Père ; le Saint-Esprit nous aime comme le corps qu'il anime, et nous l'aimons comme l'âme de nos âmes: Jésus-Christ nous aime
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comme ses membres, et nous rainions comme notre chef; la sainte Vierge a pour nous une tendresse de mère, et nous avons pour elle une tendresse d'enfants; tous les saints, tous les fidèles s'entr'aiment d'une affection fraternelle ; les ailles nous regardent comme leurs concitoyens, et nous les considérons de même ; enfin nous concevons pour les idolâtres, pour les hérétiques, pour les pécheurs, pour les hommes, les mêmes sentiments d'affection, que Dieu, que Jésus-Christ a pour eux. Oh ! que c'est avec justice que l'Eucharistie porte le nom de Sacrement d'amour! Mais que d'avantages pour nous dans tous ces différents amours! Dieu prend en main nos intérêts comme notre Père, Jésus-Christ comme notre chef, la sainte Vierge comme notre Mère, les anges et les saints comme nos frères. Quelle douceur d'aimer Dieu, d'aimer le Saint-Esprit, Jésus-Christ, la sainte Vierge, les anges, les saints, et d'en être réciproquement aimés ! Quelle gloire enfin nous revient de tant et de si illustres allian-
3 ! La gloire d(^ saints et (h^ anges rejaillit sur leurs frères, celle de Jésus-Christ sur ses membres, et celle de Dieu même sur sos enfants. Gloria fUiorum I aires co-
n (Prov. 17, 0).
5fl DR LA COMMUNION.
CHAPITllE V.
Le dessein de Jésus-Christ dans l'Eucharistie csl de nous conserver la vie qu'il nous a donnée.
SJJous avons une obligation infinie au Sauveur de nous avoir donné une vie si excellente. Mais après tout , il est aisé de la perdre , et comme saint Paul nous en avertit, c'est un précieux trésor que nous portons dans des vases bien fragiles. Combien d'ennemis également artificieux et puissants mettent tout en usage pour nous l'enlever. La cupidité, le monde et le démon ont conjuré notre perte. La cupidité nous donne un furieux penchant vers les biens périssables ; le monde étale à nos yeux tout ce qu'il a de plus engageant pour nous séduire ; le démon qui exerce une espèce d'empire sur la cupidité et dans le monde, se sert des inclinations corrompues de l'une et des attraits trompeurs de l'autre, pour détruire l'amour de Jésus-Christ dans nos cœurs, et pour faire régner à sa place l'amour déréglé des créatures. Exposés à tant de hasards, agités de guerres domestiques et étrangères,
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divisés au dedans, assiégés au dehors, attaqués continuellement par tant d'ennemis qui conspirent à nous ôter la vie de l'àme, hélas! à qui avoir recours? à Jésus-Christ (huis la sainte Eucharistie. Vous trouverez (huis ce Sacrement des forces et des armes , pour résister à tous ces ennemis et pour les vaincre. Souvenez- vous de ce pain mystérieux, lequel tombant d'une montagne dans le camp des Madianites, défit entièrement leur armée. C'était une figure de l'épée de Gédéon, mais c'en était aussi une de la vertu du Pain Eucharistique. Écoutez le sage qui annonce que Dieu nourrira son peuple d'un pain de vie et d'une eau de sagesse qui le rendra inébranlable dans la pratique du bien; st du Ccorps et du Sang de Jésus-Christ dont il parle! Cibavit eum pane vitœ et intellectûSj claqua sapientiœ salutaris potabit Mina, et firmabitur in Mo, et non fl,ectetur (Eccli. 15, 3). Mais croyez-en surtout le Fils de Dieu, qui vous promet que par la Communion vous deviendrez immortels. La manne i disait-il aux Juifs, n'a pas préservé vos pères de la mort, mais celui qui mange ma Cliair et boit mon Sang, vivra éternellement (Joan. 6, 49, 50). Après cela, qu'avons-nousà craindre? «N'en doute/ point.
» dit saint Cyprien (Ser. de.Nat.), l'Eucha- » ristie vous fera triompher du monde, de
» l'enfer et de vous-même.
II. Il faut avouer que rien n'est plus capable de nous faire perdre la grâce que cette impérieuse loi des membres , si opposée à la loi de l'esprit, que cet importun aiguillon de la chair qui n'épargnait pas le grand apôtre, que ce violent penchant qui nous entraîne comme malgré nous vers le mal, que la cupidité , cette funeste production du péché originel. Mais après tout, consolons-nous, nous avons dans l'Eucharistie un remède souverain, pour modérer la cupidité , pour amortir la vivacité des passions , et pour guérir la corruption dont le péché originel a infecté la nature humaine. (( L'ignorance dans l'entendement, » dit l'Ange de l'École, la froideur dans la » volonté, le dégoût des biens spirituels dans » l'appétit concupiscible et dans l'irascible, » la difficulté de pratiquer la vertu, sont le )) triste apanage des malheureux enfants » d'Adam pécheur. Mais le fruit béni du » ventre de Marie , le Corps et le Sang de » Jésus-Christ délivrent ceux qui s'en nour- » rissent de toutes les malédictions que notre » premier père nous a attirées en mangeant