‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 50 sur 105 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

pour la gloire de Dieu. C'est le même Seigneur, dit saint Paul, qui opère toutes choses dans tous les fidèles: Idem Deus qui operatur outille, in omnibus (I. Cor xn. 6.). Ce n'était pas assez pour Jésus-Christ d'avoir pris un corps dans le sein de la bienheureuse Vierge, de s'être uni avec une seule àme; il veut s'unir mystiquement de corps et d'esprit avec tous les fidèles, afin de s'en vir comme autant d'instruments pour glorifier lui-même son Père. C'était trop peu pour lui d'avoir travaillé pendant trentetrois ans à le faire honorer sur la terre, il vont y travailler jusqu'à la fin des siècles-, les bornes de la Judée étaient trop étroites pour renfermer l'ardeur de son zèle, il veut l'étendre dans tout l'Univers ; une bouche, une langue, un cœur ne suffisaient pas pour contenter le désir qu'il a de publier les grandeurs de son Père et de l'aimer, il faut que toutes les bouches, toutes les langues, tous lesc "iirs lui servent d'organes pour annoncer admirables perfections, pour l'adorer et ir L'aimer. Ce n'était point assez d'avoir sacrifié sa vie sur le Calvaire, et de renouveler ce sacrifice autant de fois qu'on célèbre

la sainte Messe ; il veut encore vivre dans

toutes les bonnes aines, afin de subir la morl

pour la gloire de son Père, en toutes les manières dont les saints mourront jusqu'à la fin du monde. Ainsi Jésus-Christ, en vertu de l'union qu'il contracte avec nous, est apôtre dans les apôtres, martyr dans les martyrs, confesseur dans les confesseurs, vierge dans les vierges. Il prêche en mille endroits, il est tourmenté et il répand son sang en mille manières ; il souffre les macérations dans les pénitents, il endure les calomnies dans ceux qui sont persécutés, il est pauvre dans les pauvres, infirme dans les malades; il est tout ce que nous sommes, il se trouve partout où nous nous trouvons, il fait tout ce que nous faisons, il souffre tout ce que nous souffrons pour l'honneur et pour la gloire de son Père.

IV. Vous m'objecterez peut-être que le Sauveur, depuis sa résurrection, est impassible et immortel. Gela est vrai, si vous ne considérez que son corps naturel. Mais si vous considérez le corps mystique dont il est le chef, il peut encore et souffrir et mourir dans tous ceux qui en sont les membres. Et de même qu'on dit que Dieu, quoiqu'il soit éternel, impassible et immortel de sa nature, est né dans une crèche, a souffert, est mort sur la croix, à raison de l'union hypostatique

PKEMIKHE TAU 1E. 10'J

du Verbe avec la nature humaine, de même on peut dire avec quelque proportion que Jésus-Christ, tout glorieux qu'il est dans le ciel, à raison de l'union mystique qu'il contracte avec nos âmes dans le sacrement de l'Eucharistie, travaille, souffre, meurt, quand nous travaillons, quand nous souffrons et quand nous mourons , dans le môme sens que saint Paul disait (Coloss. I. 24.): J'accomplis clans mon corps ce qui manque à la Passion de Jésus-Christ. Car, à ne regarder que le corps naturel du Sauveur, il n'a rien manqué à ses souffrances : il a été déchiré, comme parle un Prophète, depuis les pieds jusqu'à la tête. Mais si vous considérez son corps mystique, il manque quelque chose à Passion jusqu'à ce que tous les fidèles qui e composent, persécutés ou mortifiés, puissent dire avec autant de vérité que le même apôtre : Je suis attaché à la Croix avec Jé- -Christ (Galat. il 19.). 0 mon aimable Sauveur! qu'admirerai-je davantage, ou le zèle dont vous brûlez de glorifier votre Père, ou l'invention que votre sagesse a trouvée de le contenter tout infini qu'il était, en instituant l'Eucharistie? Quand donc nous agis- , quand nous endurons pour la gloire de Dieu, nous secondons le plus ardent dé-

sir de Jésus-Christ. Que ce motif me parait puissant pour porter une âme qui l'aime à ne perdre jamais aucune occasion de pratiquer la vertu ! Car enfin y a-t-il rien de si doux que de pouvoir satisfaire la personne pour qui on a de l'amour, dans ce qu'elle souhaite avec le plus d'ardeur ?

V. Voilà, Ame chrétienne, le grand dessein du Sauveur dans l'adorable Sacrement de nos autels. Il a prétendu par toutes les merveilles qu'il y opère, donner, conserver, perfectionner une vie également glorieuse à Dieu son Père et avantageuse pour les hommes. Je ne m'étonne plus de l'empressement qu'il avait d'instituer ce Sacrement. Desi- ] derio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum (Luc, 22. 15). J'ai désiré, disait-il à ses apôtres, desideravi, mais j'ai désiré le plus ardemment qu'il se peut, desiderio desideravi j de manger avec vous, non la Pàque ordinaire, mais celle-ci, hoc Pascha. C'est le zèle de la gloire de son Père et du salut des hommes dont il était consumé, qui allumait cet ardent désir de célébrer cette Pâque, hoc Pascha,- cette Pàque où il devait faire succéder la vérité à la figure, abolir la Pàque Judaïque, et instituer la Pàque Chrétienne : hoc Pascha.. cette Pàque

Page 1