‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 54 sur 105 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la vie surnaturelle de l'âme, ou de l'état de grâce : premier

moyen de concourir au dessein du Sauveur dans

l'institution de l'Eucharistie.

'Ous les Théologiens tombent d'accord de ces deux vérités : la première, que l'âme doit jouir de la vie surnaturelle, pour recevoir dignement la sainte Eucharistie ; la seconde , que cette vie consiste dans la Liràce sanctifiante, accompagnée des trois vertus théologales, de la Foi, de l'Espérance ot de la Charité. Mais il faut remarquer qu'encore que la coutume de l'ancienne lise qui donnait la Communion aux enfants, nous marquât qu'il suffit pour retirer quelque profit de ce Sacrement , d'avoir les

habitudes infuses de toutes ces vertus, on ne peut douter que pour participer plus abondamment aux grâces qu'il confère, il ne soit extrêmement avantageux d'en exercer des actes, et d'avoir une foi spéciale et actuelle des vérités que Dieu nous a révélées touchant ce mystère ; d'avoir une confiance particulière en ce moyen de salut ; et d'aimer Dieu à cause de la bonté qu'il nous a témoignée en nous le donnant. C'est pourquoi il est important de connaître la matière et le motif de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, par rapport à l'Eucharistie, afin de s'accoutumer à en produire des actes; et c'est ce que nous allons expliquer en peu de mots.

II. La sainte Eucharistie s'appelle par excellence le sacré Mystère, et le sacrement de la Foi. Elle s'appelle Mystère, parce que nous n'avons rien dans la religion chrétienne de plus caché à la raison humaine ; et elle s'appelle le Mystère de la Foi , parce qu'il n'y en a point de plus difficile à croire. Dans quelques autres Mystères, nos sens et notre raison aperçoivent une partie de ce qui s'y rencontre, ou du moins nous n'y croyons rien qui soit contraire à ce que nous y voyons. Dans l'incarnation du Verbe, si la Divinité

était cachée , l'Humanité était visible et les oeuvres merveilleuses du Sauveur montraient assez qu'il y avait dans ce grand Prophète cjuelque chose au-dessus de l'homme. Dans ies autres sacrements, si la grâce qu ils produisent est invisible, leur matière est telle 7110 nous la voyons. L'eau dont on se sert pour le Baptême n'est que de l'eau ; et le baume de la Confirmation n'est que du baume ; mais dans l'Eucharistie, tout est mystère, tout est caché; ni l'Humanité, ni la Divinité du Sauveur, ni ses opérations, ni ies effets qu'il produit, rien ne tombe sous es sens. Bien davantage, il faut croire ici toute autre chose que ce que les sens aperçoivent. Vous ne voyez, vous ne goûtez, vous le touchez que du pain; cependant nous broyons que c'est le Corps et le Sang de Jé- H l-Christ caché sous les accidents ou espèces 't apparences du pain.

III. On apporte plusieurs raisons pourquoi e Sauveur a voulu se cacher si absolument lans L'Eucharistie. Premièrement, comme il ions donnait dans ce Mystère le plus grand lien qu'il puisse nous départir en ce monde, ■niait procurer en même temps à son 'ère l'hommage le plus glorieux qu'une xéature raisonnable puisse rendre à Dieu

comme première vérité, on lui sacrifiant son esprit et sa raison, pour croire ce qu'il no révèle contre le rapport de tous nos sens. Eu second lieu, le Sauveur est venu sur la terre pour réparer la faute de nos premiers parents. Or ils avaient péché en croyant trop légère- 1 ment le démon , qui leur avait promis la divinité, s'ils mangeaient de ce fruit si beau en apparence, et ne croyant pas à la parole de Dieu qui les avait menacés de la mort s'ils en goûtaient. Le Sauveur répare donc cotte faute en obligeant l'homme à croire contre le témoignage de ses sens, sous les apparences d'une nourriture commune, un moyen infaillible d'acquérir la perfection des enfants de Dieu. En troisième lieu, comme le Sauveur voulait nous communiquer cette qualité en s' unissant avec nous par la forme de nourriture , il était à propos qu'il dérobât à nos sens la vue de sa chair, sans quoi nous aurions eu horreur de la manger.

IV. Pour ce qui regarde l'objet de la Foi, c'est-à-dire ce que l'Église nous enseigne de ce Mystère , nous pouvons le réduire à quatre points. Il faut croire, premièrement, que l'Eucharistie n'est pas une simple figure du Sauveur ; qu'elle renferme véritablement son Corps et son Sang, son âme, sa personne

et sa divinité. Car bien que le sacrifice de la Messe ne soit qu'une représentation de celui de la Croix , il est vrai cependant que le môme Sauveur qui s'est immolé sur le Calvaire , s'immole encore lui-même tous les jours sur nos autels. Il arrive ici ce qui arriverait si un prince , après avoir remporté une victoire signalée , en renouvelait tous les ans une fête publique, où il assisterait en personne. Cette fôte ne serait qu'une représentation de la victoire; mais le môme prince qui se serait trouvé au combat et qui aurait été victorieux se trouverait aussi en personne à la fôte. La seconde chose qu'il faut croire, c'est que toute la substance du pain et du vin est entièrement changée au Corps et au Sang duSauveur. La troisième, que les accidents de l'un et de l'autre subsistent par la toute-puissance de Dieu sans aucun sujet ; que la blancheur qui reste ne rend blanc aucune substance; que la rondeur n'en arrondit aucune; et qu'en recevant l'Eucharistie nous ne man geons point du pain, quoique nous en sentions le goût. La quatrième chose que la Foi nous enseigne, c'est que le Sauveur est dans l'Eucharistie d'une manière en quelque façon spirituelle, c'est-à-dire qu'il est tout entier dans l'hostie et tout entier dans chaque

partie de l'hostie; de sorte qu'en la partageant on divise, non son corps, mais simplement les espèces ; et que celui qui ne reçoit qu'une petite partie d'une hostie , reçoit autant que celui qui la reçoit toute entière. Ainsi quand les Pères ont dit quelquefois que Notre-Seigneur était spirituellement dans l'Eucharistie, cette expression n'a rien de contraire à sa présence réelle; elle ne fait qu'expliquer la façon dont il s'y trouve, qui a du rapport à la manière dont les esprits existent, et dont l'âme de l'homme est dans son corps.

V. On appelle le motif de la Foi, la raison qui nous porte à croire ; et cette raison est la parole et l'autorité de Dieu. Comme il est infaillible, et qu'il ne peut ni se tromper, ni tromper personne, dès lors qu'il a révélé quelque chose à son Église , nous n'en pouvons raisonnablement douter. Or, le Sauveur s'est déclaré si nettement sur la présence réelle de son Corps et de son Sang dans ce Sacrement, que Luther, l'un des plus grands ennemis de l'Église Romaine, avoue franchement qu'après avoir cherché longtemps quelque moyen d'abolir cette croyance, il avait reconnu qu'on ne pouvait la contester sans se rendre ridicule. En effet, peut-on

rien voir de plus formel que ces paroles : Ceci est mon Corps qui sera livré pour vous: Ceci est mon Sang qui sera répandu pour vous (Math. 26. 26 et 28. Marc. 14. 22. 24. Luc 22. 19 20. I. Cor. n. 24. 25.)? Le Sauveur pouvait-il marquer plus positivement, que c'était effectivement son propre Corps, qu'en disant que c'était le Corps qui serait livré à la mort, et le Sang qui serait répandu pour nous ? De plus, quand le Sauveur nous dit, que son Corps est une viande et son Sang un breuvage (Joan. 6. 56.), pourquoi ajoute-il, véritablement , si ce n'est pour prévenir les fausses interprétations de figure, et pour nous donner de quoi confondre les hérétiques ? Ces expressions du Sauveur si claires et si précises sont le motif de notre Foi , ainsi qu'elles l'ont été de celles de ces grands génies que l'Église a révérés dans tous les siècles comme ses Docteurs et ses Oracles. 11 serait inutile dans ce Traité, ou je ne parle qu'à des âmes fidèles, de m'arrêter longtemps sur ce point de controverse. C'est pourquoi je me contente de rapporter les sentiments de saint Jean Cluysostôme et de saint Augustin. Le premier, comme s'il eut prévu l'erreur de Calvin, qui a osé soutenir quo le Sauveur n'est présent dans ce mys-

tère que par la Foi, dit expressément qu'il s'unit à nous non-seulement par la Foi ou par la Charité, mais réellement et véritablement. Le second, parlant de la Cène où le Sauveur a établi ce Sacrement, s'écrie comme à la vue d'une merveille jusqu'alors inouïe, que le Sauveur se portait lui-môme entre ses mains. En vérité, aurait-ce été un grand prodige et un sujet de s'écrier, si le Sauveur n'eût porté entre ses mains que sa figure ?

VI. Cette foi vive et inébranlable de la présence du Sauveur est si absolument nécessaire, qu'on peut dire que tout le fruit de la Communion en dépend. Car de cette ferme croyance naîtront aisément les actes d'adoration, d'espérance et de charité, avec le soin de se préparer à communier dignement. Si l'on fait tant de préparatifs quand il s'agit de recevoir les rois de la terre, avec quelle application une âme convaincue de la présence du Sauveur dans l'Eucharistie, devant qui tous les rois du monde ne sont que cendre et poussière , se disposera-t-elle à le recevoir ? Aussi voyons-nous que dans les premiers siècles de l'Église on faisait faire aux fidèles plusieurs actes de foi avant de les communier. Trois fois après la consécration du pain, trois fois après celle du

vin, tous ceux qui assistaient à la messe, disaient : Amen, c'est-à-dire, comme saint Ambroise et saint Augustin l'expliquent : Oui, nous croyons que Jésus-Christ est véritablement sur l'autel. Avant même qu'on donnât la Communion, le diacre disait encore tout haut : Corpus Christi : voilà le Corps de Jésus-Christ, et tous les assistants l'épondaient une septième fois : Amen, oui, nous le croyons. C'est pourquoi quiconque veut s'acquitter clignement de ses devoirs en communiant, doit s'étudier à faire souvent des actes de foi sur ce Mystère. On peut en produire toutes les fois qu'on entre dans l'église, qu'on assiste à la messe , qu'on accompagne le saint Sacrement , soit dans les processions publiques, soit lorsqu'on le porte aux malades. C'est aussi une sainte pratique d'exercer un acte de foi à la présence du Sauveur dans nos tabernacles, toutes les fois qu'on passe devant une église. Car d'attendre au jour de la communion, surtout si Ton communie rarement , c'est s'exposer souvent à n'avoir pas cette foi vive, si utile pour communier avec fruit.

VII. Si l'Eucharistie est appelée le sacrement de la Foi, saint Augustin l'appelle aussi le sacrement de l'Espérance et saint Chry-

sostôme , le fondement de notre confiance. Cette vertu n'est rien autre chose qu'un saint amour de nous-mêmes, qui nous porte à rechercher les biens surnaturels que Dieu nous a promis , et elle n'est pas moins nécessaire, pour profiter de la Communion, que la Foi. Son objet, par rapport à l'Eucharistie, est compris dans tous les avantages que ce Sacrement nous procure ; et les promesses que le Sauveur a si souvent réitérées de nous les donner, en sont le motif. Il les a tous renfermés sous le nom de cette vie divine qu'il nous promet, comme nous avons vu, presque autant de fois qu'il nous parle de l'Eucharistie.

VIII. Mais le démon, toujours ennemi de notre bonheur , pour nous éloigner de cette source de grâces, tâche, par toutes sortes de moyens, de changer notre confiance en une crainte excessive. Il tient pour cela une conduite opposée à celle qu'il a tenue avec tant de succès, à l'égard de nos premiers parents. Dieu leur ayant défendu sous peine de mort de manger d'un certain fruit, le démon entreprit de leur persuader , qu'au lieu de mourir en le mangeant, ils deviendraient des dieux; et, par malheur, il ne réussit que trop bien dans son entre-

>rise. Le Sauveur, pour nous attirer à la Communion, nous assure que ce Pain céleste ious communiquera une vie immortelle et livine, et nous menace de la mort si nous fen n'usons. Que fait le démon, il s'efforce le nous faire croire que si nous le mangeons, nous y trouverons la mort. Pour évier ce piège, écoutez l'abbé Rupert. «. Le

> démon, dit-il, nous promettait, par un in-

> signe mensonge, de nous faire des dieux, ) ce qui ne dépendait pas de lui ; mais le ) Sauveur, qui est Dieu par nature, nous a ) donné dans l'Eucharistie de quoi devenir

> effectivement les enfants de Dieu. Adam ) a été assez malheureux pour donner plus i) de croyance aux promesses de cet impos- ) teur, qu'aux menaces du Tout-Puissant, i) Gardons-nous de l'imiter, et croyons Dieu, » sinon plus, du moins autant qu'Adam a » cru le démon. Adam se laissa persuader, )) ce qu'il ne voyait pas, qu'un certain fruit » pourrait lui communiquer la divinité.

» Croyons aussi , quoique nous ne l'aperce- » rions pas, que dans le sacrement de l'Eu- » charistie, se trouve véritablement le )) Corps et le Sang du Fils unique de Dieu, » et une vertu capable de nous unir en un )) même corps avoc lui. Détestez donc l'im-

» pudent mensonge du démon , recevez j » approuvez, embrassez la vérité que il » Sauveur nous annonce; et pour guéri » les funestes effets de ce fruit de mort » mangez le Pain de la vie immortelle , bu » vez le Calice du salut éternel. » Voil; comme parle ce savant et dévot abbé.

IX. Pour fortifier votre espérance, et rec tifier ces sentiments d'un respect mal en tendu, qui vous retire sans raison de 1; sainte Table, méditez attentivement les pro messes du Sauveur, considérez combien elle: sont souvent réitérées, mais surtout souvenez-vous qu'il a appelé ce Sacrement soi Testament, c'est-à-dire la plus sacrée et h plus irrévocable de toutes les promesses Hic calix j, novum Testamentum est in ma Sanguine (Luc. 22, v. 20; I. Cor. c. n,25) Oui, mon Dieu, ce Testament est tout nouveau, cette promesse est bien surprenante Quelque grands que fussent les biens qui vous avez promis à Abraham et à Moïse, il: n'approchèrent pas des richesses incomparables que vous me promettez ici. 0 bont< infinie ! vous saviez que pour me convaincr de cette vérité il était nécessaire que j* l'apprisse plus d'une fois; sans cela aurais-ji pu m'imaginer que votre amour pour un»

SECONDE PARTIE, l'2'J

misérable créature, eût pu aller si loin. [ais après tant d'assurances, que crains-tu, mon âme ? y a-t-il un seul mot, dans toutes ^ paroles du Sauveur, qui te doive donner e la frayeur? S'il menace de la mort, il en lenace , non ceux qui approchent de ce Sarement, mais ceux qui s'en éloignent. Si vus ne mangez la Chair du Fils de l'homme^ it-il, si vous ne buvez son Sang, vousn'auez point la vie en vous (Joan. 6, 54).

X. Mais de toutes les vertus, la plus néessaire pour profiter de la Communion, c'est i Charité. C'est elle qui est la robe nuptiale ont il se faut revêtir pour entrer dans la aile du céleste banquet , si l'on ne veut en- QUrir l'indignation de celui qui nous y inite , et s'exposer aux plus terribles châtilents. Et de fait, c'est la Charité qui, à roprement parler, donne la vie à l'àme, oniine dit saint Jean : Qui non diligit ., tancl in morte (Joan. 3, 14). C'est par elle ue nous arrivons à la fin qui nous est produis L'Eucharistie, que nous nous nissons avec Jésus-Christ , que nous goùdouceurs, et que nous nous transirmons en lui. De sorte que, plus notre œur brûle de ce feu divin, plus il est disposé

participer aux fruits de la Communion.

XI. L'objet et le motif de la Charité sonl les mêmes dans la Communion que dans les autres actions de piété. Cette vertu a comme deux objets : le premier est Dieu, et le second est le bien et la gloire qu'elle lui désire. Son motif est la grandeur et l'excellence infinie de Dieu. Il y a cette différence entre l'Espérance et la Charité, que celle-là aime Diei comme son souverain bonheur, et celle-ci, parce qu'il mérite toute la gloire imaginable ; la fin propre de celui qui espère, est d'arriver à sa félicité , et la fin propre de celui qui aime Dieu, c'est de le glorifier; le motif de l'un , c'est la libéralité de Dieu à récompenser ceux qui le servent , le motil de l'autre , ce sont les adorables perfections qu'il possède. Mais comme il faut que ces perfections soient connues pour nous exciter à aimer Dieu, j'ajoute que si vous exceptez le mystère de l'Incarnation, nous n'avons rien, soit dans l'ordre de la nature, soit dans l'ordre de la grâce, de plus propre àallumei la Charité dans nos cœurs que l'Eucharistie, Car où est-ce que Dieu fait paraître plus d( puissance, plus de sagesse et plus de bonté ! Où est-ce qu'il opère plus de miracles, qu'i répand plus de lumières, qu'il se fait goûtei plus délicieusement ; en un mot qu'il se fai

nieux connaître que dans ce Mystère ? C'est )ourquoi les Pères lui appliquent unanimenent ces paroles du Prophète royal : Voyez, joi'lczj expérimentez combien le Seigneur >st doux (Psal. 33, 9).

XII. Il s'ensuit de là , que l'un des plus excellents moyens pour aimer Dieu, c'est le méditer les merveilles qu'il opère dans ;e Sacrement : c'est de s'en approcher sou- -ent. Mais il s'ensuit aussi, que ceux qui >nt du zèle pour la gloire de Dieu, doivent iouvent instruire les fidèles de ces merveiles, et les inviter à la fréquente Communion. Daignez, Seigneur, éclairer nos esprits pour énétrer ces importantes maximes ; daignez îmbraser du désir de les expliquer les )ersonnes qui ont l'honneur d'annoncer vore parole, et ne souffrez pas que ceux qui )nt le plus de talent pour la chaire, se dispensent jamais, sous quelque prétexte que ;e soit, d'étaler aux yeux des chrétiens du- 'ant l'octave que l'Eglise a consacrée àThonîeur de cet adorable Sacrement, les trésors le grâces que vous y avez renfermés.

XIII. Voilà la vie dont ceux qui veulent rendre la divine nourriture doivent vivre, 1 faut qu'il soient animés de la Foi, de TEstérance et de lu Charité. Mais vous deman-

derez peut-être combien cotte vie doit être parfaite, et à quel degré de charité on doit être arrivé. Je réponds que plus ce degré sera éminent, plus on retirera de fruit de la Communion ; mais pourvu qu'on vive véritablement de cette vie surnaturelle, dans quelque degré que ce soit, on en retirera toujours quelque profit. C'est ce que le Sauveur nous enseigne, quand, sous la parabole d'un père de famille qui invite à son festin les malades, les aveugles et les boiteux, il appelle à la sainte Table ceux-mêmes qui sont encore imparfaits. C'est ce que nous confirme l'ancienne pratique de l'Église primitive qui donnait la Communion aux petits enfants et à tous les adultes le môme jour qu'ils étaient baptisés, et aux hérétiques le jour même qu'ils étaient réconciliés. Car il est évident que ni les uns ni les autres n'étaient point encore arrivés à une haute perfection. Et quand on la différait s certains pécheurs longtemps après leur confession, ce n'était point que l'Église jugeai qu'il fallût avoir une perfection extraordinaire pour communier, mais c'était poui s'assurer de la sincérité de leur conversion, et pour leur donner par une si rigoureuse punition, plus d'horreur de leurs crimes

SECONDE l'AKTlE. 133

Nmr preuve de cela, c'est que durant les >èrsécutions on abrégeait le temps de leur >énitence et de leur excommunication, afin lu au cas qu'ils fussent conduits devant les yrans, ils pussent trouver dans l'Eucharistie e courage dont ils avaient besoin. Or, s'ils 'lissent été absolument indignes de la recevoir, cette raison ne leur aurait pas donné a disposition intérieure dont ils auraient uanqué; et s'ils eussent été incapables d'en profiter dans l'état où ils étaient, en vain leur aurait-on donné la Communion pour les soutenir dans les tourments.

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