CHAPITRE II
De la faim spiritucUe de TEucliaristie : second moyen de concourir aux desseins du Sauveur.
6^a seconde disposition pour recueillir les fruits de l'Eucharistie, est la faim pirituelle, c'est-à-dire, un ardent désir de a recevoir; car comme l'appétit pour les landes matérielles marque communément nne disposition où Ton est d'en profier, de même un désir ardent de s'approher do la sain h' Table, est une excellente
préparation pour participer avec abondance aux effets qu'elle produit. Parlant en général, Dieu, dit saint Grégoire deNysse, désire d'être désiré: Sitit sitiri Deus. Le Verbe Éternel semble n'avoir différé si longtemps son Incarnation que pour la faire désirer plus ardemment ; et parmi les noms que les prophètes ont donnés au Messie, nous voyons qu'il est appelé le désir des collines éternelles et le désiré des nations. Mais il veut être particulièrement désiré de ceux qui communient. Rien ne satisfait davantage l'empressement qu'il a de venir chez nous qu'une extrême ardeur de le recevoir.
IL Outre qu'en se donnant à nous sous forme de nourriture, il marque assez l'utilité de cette disposition, il a voulu encore nous en donner l'exemple. J'ai désiré avec une extrême ardeur, disait-il à ses apôtres (Luc 22. 15.), de manger cette Pâque avec vous. C'est pour la même raison que les saints Pères se servent des endroits de l'Écriture, où il est parlé de faim et de soif, pour nous inviter à la Communion. Onuics sitientes, venite ad aquas (Isaï. 55. L). Venez, vous qui avec soif, venez boire de c eaux salutaires. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice (Matth. 5. 6.). Par ce
mot de justice, ils entendent lé Verbe incarné. Saint Augustin dit expressément que l'homme intérieur doit avoir faim de ce Pain céleste )our le manger : Panis iste famem interioris hominis requirit. Cette disposition était si ordinaire parmi les premiers fidèles, qu'ils ppelaient l'Eucharistie l'objet de tous leurs irs, desiderata. De tout cela il est aisé de conclure qu'un chrétien n'est jamais mieux )réparé à recevoir avec abondance les grâces que ce Sacrement produit, que lorsqu'il )eut adresser au Sauveur ces paroles : Mon âme vous a désire toute la nuit, et je m'éveillerai dès le point du jour, pour tous chercher de tout mon esprit et de tout mon cœur (Isaï. 26. 9.).
III. Mais que faut-il faire pour exciter ce désir? Deux choses: Premièrement, il faut connaître les avantages que nous trouvons la us la sainte Eucharistie pour nous délivrer de nos maux et pour acquérir les véri- :ables biens. Car le désir est l'amour d'un >ien absent, c'est un mouvement de l'àme )ar lequel, après avoir connu l'utilité d'un «en dont elle est privée, elle aspire au bonleur de le posséder, ("est pourquoi si vous t'ulo/ embraser votre cœur de ce saint lésir, il faut lire avec attention, il faut sou-
vent méditer tout ce que nous avons rapporté dans la première partie, des merveilleux fruits de cet adorable Mystère, et des grands desseins que le Sauveur s'est proposés en l'établissant. Il n'est pas possible qu'une âme qui est éprise de l'amour de sa sanctification, et qui connaît distinctement l'admirable vertu de l'Eucharistie, pour opérer en nous la plus sublime perfection, ne ressente aussitôt une extrême ardeur de s'en approcher. C'est ce que saint Augustin nous enseigne quand il dit: « Que nous mangeons » avec avidité cette divine nourriture, quand » nous repassons doucement dans notre » mémoire tout ce que Jésus-Christ a fait )) et souffert pour nous. »
IV. Le second moyen d'exciter en nous un grand désir de la Communion, c'est, comme dit l'Écriture, de joindre le jeûne à l'oraison, c'est-à-dire, la mortification des sens à la méditation des grâces que ce Sacrement confère. Car la jouissance d'un plaisir diminue les forces de l'âme, et la rend moins capable d'en désirer un autre, et tandis qiu notre cœur est occupé des satisfactions humaines, il ne désire que faiblement les bien? surnaturels. Au contraire, quand on le prive de ces amusements frivoles, comme il n<
aurait vivre sans plaisir, il court alors, avec Dûtes ses forces réunies, dans le sentier u'on lui ouvre, en lui représentant par la léditation la douceur qu'il trouvera dans la ainte Eucharistie.