V. Les principales figures de l'Eucharistie
1 Manne et l'Agneau Paschal, nous insinuent
etto pratique, et la conduite de l'Église doit
ous convaincre de son utilité. Le peuple
'Israël se contentait de la douceur de la
aanne ; et ceux qui souhaitèrent de manger
os viandes ordinaires n'eurent pas plus tôt
!c-mandé de la chair , que les cailles qui
.Hnbèrent dans le camp , au lieu de la
io, leur donnèrent la mort : Adlmc escœ
nrum erhnt in ore ipsorurn ; et ira
•W ascendii super eos (Ps. 77. 29 et 30.).
l l'égard de l'Agneau Paschal , pourquoi
illait-il se ceindre les reins pour le manger,
ourquoi fallait-il y mêler des laitues sau-
3 et amères, si ce n'est pour nous ap-
rendre par ces symboles de mortification,
ombien il est avantageux , pour approcher
appétit do l'Eucharistie, de se préparer
la recevoir par les exercices de la péni- ? Enfin, quand on a réduit la Gommu-
ion, auparavant journalière, aux dimanches
aux fêtes de Notre-Seigneur et des Apôtres,
138 DE LA COMMINION.
on a gardé cette pratique d'autant plus volontiers que ces jours-là se trouvaient précédés d'abstinences et de jeûnes. Et quand l'Église a commandé de communier au moins une fois l'an, elle a choisi le temps de Pâques, comme si elle nous avait voulu marquer par là qu'il ne fallait rien moins qu'un jeûne de quarante jours pour préparer à la Communion les pécheurs qui communient si rarement. On les obligeait même autrement de se confesser dès le commencement du Carême ; afin qu'étant reconciliés avec Dieu , jeûnant et entendant la prédication durant quarante jours, ils se disposassent à recevoir la sainte Eucharistie avec plus d'ardeur, et ensuite avec plus de fruit ; coutume qui a paru si utile au cardinal Bellarmin, qu'il souhaitait qu'on la rétablit.
VI. Je ne prétends pas néanmoins autoriser par là le sentiment de ceux qui veulent encore aujourd'hui éloigner les pécheurs de la sainte Table, jusqu'à ce qu'ils aient entièrement satisfait à la justice divine pour tous leurs péchés; car outre que le pape Alexandre VIII (Decr. 1690. 7. Dec. prop. 2.) a condamné ceux qui mettent cette satisfaction entière au rang des dispositions nécessaires pour communier , puisque l'Eglise, toujours
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sage, toujours conduite par le Saint-Esprit, n'impose plus ces longues pénitences, pourquoi les exiger? D'ailleurs le Sauveur en nous appliquant dans la Communion ses mérites, peut diminuer par là les peines que nos péchés ont méritées. Enfin, comme nous œ pouvons pas savoir certainement quand nous les avons entièrement payées , si cela était nécessaire, qui oserait communier?
Mais je ne puis non plus approuver la conduite de ces mondains qui se confessent rarement, et qui, après s'être accusés de plusieurs péchés griefs, passent incontinent du Tribunal de la pénitence à la Table du Sei- 'iir. Il est à propos de s'assurer de la sincérité de leur conversion ; et la véritable conversion, selon le saint Concile de Trente, renferme un commencement de nouvelle vie. Ainsi il faut d'un côté retrancher ces longs délais de plusieurs mois et de plusieurs années , mais il faut aussi de l'autre, éviter la précipitation; et à moins qu'une nécessité pressante n'oblige d'en user autrement, il eot bon d<i mettre quelque intervalle entre de pareilles confessions et la Communion. Saint Thomas nous enseigne ce juste milieu, quand i! dit, que répreuve recommandée par saint Pau! pour communier avec fruit ren-
ferme trois choses , la contrition, la confession de ses péchés, et quelque satisfaction: Cum satisfactione aliquâ. Enfin comme il y a un purgatoire où les âmes achèvent de purifier le désir qu'elles ont de voir Dieu, et d'expier les peines dues à leurs péchés avant que d'entrer dans le ciel, il me semble que l'Eucharistie étant le Paradis de la terre, il est bon aussi d'expier nos péchés et d'augmenter le désir de la Communion par le feu de la mortification comme par une espèce de purgatoire.
VII. Vous voyez maintenant en quoi consiste la faim spirituelle de l'Eucharitie ; vous connaissez les moyens de la faire naître dans vos âmes, et par quelles pratiques vous embraserez vos cœurs de cet ardent désir.
Mais quel est le motif qui doit vous porter à employer ce moyen pour vous disposer à la sainte Communion? 0 qu'il est puissant, Ames chrétiennes, qu'il est pressant ce motif! Le voici en un mot, ce désir est la juste mesure des grâces que vous recevrez en communiant. Bienheureux ceux qui ont faim ci soif de la justice, car ils seront rassasiés (Matt. 5. 6.). Le désir ouvre le cœur et le dilate à proportion qu'il est plus ou moiirs ardent. Au reste, pour grand que notr
cœur puisse être, pour ample que soit la capacité que ce désir lui donne, il sera rempli, il sera rassasié, saturabuntux ,• esurientes im-
vit bonis (Luc. 1. 53.). C'est ce que saint Jérôme explique admirablement sur ce verset (11.) du psaume 80: Dilata os tuum et wvplébo illud, ouvrez la bouche et je la remplirai. « Voulez-vous, dit ce Père, rece- » voir la nourriture du Seigneur, voulez- » vous manger votre Seigneur lui-même, » votre Dieu et votre Sauveur? écoutez » ce qu'il vous dit: Ouvrez la bouche et » je la remplirai ; car il est notre Dieu » et notre Pain : et en même temps qu'il \ nous exhorte à manger, il se donne à nous ) pour être notre nourriture. Ouvrez donc, ! ouvrez la bouche de votre cœur, car vous ) recevrez à proportion que vous l'ouvrirez. I Ainsi le Sauveur vous dit : La mesure des biens que vous recevrez ne dépend pas \ do moi , mais de vous ; si vous voulez , ) vous me recevrez tout entier. » Non est gitur in mea potestate, sed in tuâ est. Si wlueriSj me totum accipies: Poso, ô mon ime, ces paroles: La mesure des grâces jue tu recevras dépend de toi. Hélas ! c'est |°nc ma faute si jo retire pou de fruit de ce
rement. Mais encore que faut-il faire
pour les obtenir ces grâces? Rien de plus facile. Il n'y a qu'à les désirer, et si je désire recevoir Jésus-Christ tout entier, si je le désire uniquement, si je ne désire rien avec lui, si je le désire de toutes les forces de mon âme, de tout mon cœur, je le recevrai tout entier, je goûterai toute sa douceur, je m'unirai parfaitement à lui, je serai entièrement transformé en lui. Si volueris me totum accipies. Car, dit Eusèbe, il n'est pas croyable avec quelle ardeur , avec quelle bonté Jésus-Christ vient dans une âme qui désire passionnément recevoir l'Eucharistie, et avec quelle joie il repose en elle, tant ce désir lui est agréable. Qui pourrait donc ici assez déplorer l'insensibilité des chrétiens pour cet adorable Mystère , et qui pourrait s'empêcher de concevoir une juste indignation contre la tiédeur avec laquelle ils en approchent ? Hélas ! vous désirez en vain les plaisirs, les richesses, les honneurs du monde, vous n'en jouirez pas pour cela ; cependant nJest-ce pas là l'objet de tous vos vœux? Au contraire vous n'avez qu'à désirer la sainte Eucharistie pour être les enfants de Dieu, et les héritiers de sa gloire ; pour posséder le Ciel avec tous les biens qu'il renferme , et vous n'en avez que du dégoût î Que puis-jo
enser, ô mon aimable Sauveur, de votre tinté qui comble de grâces et de libéralités éttéralement tous ceux qui le désirent ! En ôrité, elle est excessive: Dilata os tuum | implebo illud. Mais hélas ! que dois-jc ussi penser de ces âmes indolentes, qui ne eulent seulement pas se donner la peine e les désirer pour les obtenir? Saint lonaventure (De prœpar. ad Miss.) a raion de dire qu'il faut qu'elles soient ou îortes ou bien malades: Signum est in fi rlitatis aut niortis. Car il n'y a que la mort D une profonde léthargie qui puisse proluire une pareille insensibilité. Sortez donc, Unes chrétiennes, sortez de cet assoupissetient, ouvrez les yeux afin de considérer les Prantages qui sont contenus dans la sainte eucharistie, pour les désirer. Et aiin de perfectionner ce désir, privez-vous des plaisirs e la terre. Pour les obtenir, il ne faut que 3s désirer, et vous les recevrez avec d'auant plus d'abondance que votre désir sera lus ardent. Voyez-vous, dit saint Chrysos- 5me (Homil. 60. adpopul. Antioch.), avec aelle allégresse les enfants prennent la lamelle de leur nourrice, avec quelle ardeur s la pressent. « C'est ainsi que nous devons approcher de la sainte Table et boire
» ce Calice spirituel. Ou plutôt nous devons, » comme des petits enfants, sucer avec en- » core bien plus d'avidité et d'empressement » la grâce du Saint-Esprit dans ce Mystère; » et la privation de cette divine nourriture » devrait être l'unique sujet de notre tris- )) tesse et de notre douleur. » Unies fit nobis dolor hâc escel prizari. Enfin, comme dit saint Anselme, plus vous aimez cette céleste nourriture , plus vous en mangez ; et plus vous en mangez, plus vous l'aimez: l'amour et la faim de cette céleste nourriture se perfectionnent réciproquement. Vous en mangerez à proportion que vous l'aimerez, et vous l'aimerez à proportion que vous en mangerez : Hune cibum plus manducat qui plus amat ; et plus amando rursusJ qui plus et plus manducat J plus et plus amat.
VIII. Mais du moins, me direz-vous, quand je ne sens pas ce désir, je ne dois pas communier, car on ne doit pas manger quand on n'a pas faim. Pour éclaircir ce doute , remarquez deux choses dans ce désir : La première est l'essence de cette faim spirituelle, la seconde n'en est que comme l'accessoire. L'essence consiste dans un désir sincère de remédier à nos défauts et de croître en vertu; l'accessoire est une ardeur sensible qui passe
usqu'à la partie inférieure de l'àme, et qui vjaillit même quelquefois sur le corps. Cette irdeur sensible n'est pas nécessaire pour irer ces grands fruits de la Communion; il iuffit de la désirer comme un moyen trèsiffîcace pour nous sanctifier. Mais afin de •épondre avec plus de netteté sur cette majore , distinguez trois sortes de personnes ni peuvent ne pas sentir ces ardeurs et ces mpressements pour la Communion : Les premiers sont les mondains, attachés aux aisirs et aux richesses du siècle. Les seonds sont des gens qui , après avoir mené me vie ou mondaine ou fort relâchée , s'éant convertis à Dieu et voulant sincèrement servir , n'ont point encore détruit leurs mauvaises habitudes. Et les troisièmes sont e saintes âmes, dont les unes ont toujours écu dans l'innocence , et les autres , après me sincère pénitence, ont fait de grands rogrès dans la vertu.
IX. 11 ne faut pas s'étonner que les prelicrs nesentenl aucun désir de communier. lar le désir de la Communion suppose un sir sincère et véritable do son salut , et n«' connaissance des secours que nous trouons dans l'Eucharistie pour nous sauver h- , les gens attachés au monde n'ont corn-
rur
munément ni l'un ni l'autre. Ils vivent dans une grande indifférence sur les choses du ciel, et dans une ignorance pitoyable du mystère de l'Eucharistie. Quand ils en approchent , c'est d'ordinaire par respect humain, par coutume et par bienséance. Les gens de ce caractère ne doivent pas communier qu'auparavant ils ne se soient exer ces dans les pratiques de la pénitence, po exciter dans le cœur le désir de travailler à leur salut comme à leur plus importante affaire, et qu'ils ne se soient instruits tant de la fin pour laquelle le Sauveur a établi cet auguste Mystère, que des effets qu'il produit dans les âmes. C'est le sage conseil que donne Grenade, et dont on doit se servir avec prudence. Car sans cela, ces gens-là manquent des dispositions nécessaires pour la Communion. Mais quand ils se seront ainsi disposés, ils ne manqueront pas de la désirer ; et bien que ce désir ne soit pas sensible , elle ne laissera pas de leur être utile. L'Eucharistie est à leur égard ce qu'est la médecine à l'égard des malades. L'envie de guérir, jointe à la connaissance de l'utilité de la médecine, suffit pour nous porter à la prendre, sans que le peu de goût qu'on y trouve en empêche l'effet.
X. Ceux qui sont déjà dans la pratique des bonnes œuvres et qui travaillent sérieusefcent à leur salut, quoiqu'ils soient fort imparfaits, peuvent tirer de grands avantages de la Communion, quand même ils n'auraient pas non plus ces grands empressements do s'en approcher. Comme nous avons comparé les premiers aux malades, nous pouvons comparer ceux-ci aux convalescents. Quand un homme revient (rime grande maladie, il ne laisse pas de manger, bien qu'il ne trouve pas de goût aux viandes, et la nourriture, quoique prise sans appétit , ne laisse pas de lé fortifier. Mais ils doivent aussi se coinjjferter comme des convalescents. S'ils manttnt sans appétit, ils ont soin, jusqu'à ce qu'ils soient revenus, de se purger de temps rm temps. De même, si ces chrétiens impar- Bidts doivent approcher de la sainte Table pour recouvrer leurs forces, il faut aussi qu'ils se purifient par des exercices de la pénitence. L'Eucharistie les fortifiera dans ces pratiques laborieuses, et ces pratiques biborieuses les aideront à retrouver le goût ié l'Eucharistie et à concevoir un grand lésir de communier.
XI. Comme il arrive aussi que des perxmnes très-vertiu ne ressentent point
ces désirs ardents d'approcher de la Communion, elles seront bien aises d'apprendre de quelle manière elles doivent alors se conduire. Il faut commencer par rechercher la cause de ce peu de ferveur. Quelquefois c'est une punition, quelquefois c'est une épreuve. C'est une punition, quand ces âmes ont commis quelque faute plus volontaire et plus considérable qu'à l'ordinaire , qu'elles ont suivi, par exemple, des inclinations pu rement naturelles, quoique innocentes en apparence, qu'elles se sont trop dissipées dans les occupations extérieures, quoique nécessaires et même saintes. Car ces fautes que l'on compterait presque pour rien dans des personnes imparfaites, blessent la délii catesse du divin Époux, qui ne peut souffrir la moindre tache ni la moindre ride dans ses épouses. Que si, après un sérieux examen, on ne se trouve coupable d'aucun de ces manquements, on doit croire que c'est une épreuve ; que Dieu veut les sevrer des douceurs- sensibles, et les conduire par une foi simple, qui les assure que ce Sacrement est la source des grâces : ce qui suffit pour les engager à s'en approcher. Quand c'est une punition, il faut l'accepter comme un moyen de satisfaire pour ses péchés. Ensuite il faut
entrer dans les sentiments du Sauveur , se mettre de son côté, et l'aider à se venger de nous-mêmes, en ajoutant quelqu' autre mortification à celle dont il nous punit. Quand c'est une épreuve, il faut s'y soumettre volontiers , et s'abandonner avec une certaine confiance aveugle à la providence du Sauveur, pour se laisser conduire selon ses desseins. L'expérience nous fait voir, que lorsqu'on en use de cette sorte, sans rien diminuer de ses préparations à la Communion, on retrouve souvent avec usure, en communiant, les douceurs dont on avait été privé, ou des avantages plus solides.