‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 57 sur 105 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De la mandiicalion de l'Eucharistie : troisième moyen de seconder les desseins du Sauveur.

jf^OMME ce n'est point assez d'avoir faim t\[i pour nourrir son corps, mais qu'il faut aussi manger, de même, ce nVst pas assez de désirer ardemment L'Eucharistie pour :onder les admirableà desseins du Sauveur, il faut encore la manger. Mais pour comprendre ce qu'on entend par là, il faut dis-

tinguer, avec le Concile de Trente (Sess. 10, cap. 7), et avec les théologiens, plusieurs manières de manger cette divine nourriture. Saint Thomas (Opusc. 58, cap. 17, 19, 20) en remarque trois. Il appelle la première manducation purement sacramentelle, la seconde purement spirituelle, et la troisième sacramentelle et spirituelle tout ensemble. Manger sacrameutellement Jésus-Christ , c'est faire passer dans notre estomac son Corps et son Sang cachés sous les espèces du pain et du vin. Le manger spirituellement , c'est s'unir à lui par la grâce et par les actes de Foi, d'Espérance et de Charité; mais le manger d'une manière sacramentelle et en même temps spirituelle , c'est réunir ensemble les deux autres manières*! Les pécheurs , dit saint Thomas , qui communient en état de péché mortel, ne reçoivent que sacramentellement le Sauveur ; les justes, avant l'institution du sacrement de l'Eucharistie, ne s'en sont nourris que d'une manière purement spirituelle ; les chrétiens qui communient dignement, mangent le Sauveur en l'une et on l'autre manière. On peut dire des premiers, poursuit ce saint Docteur, qu'ils mangent Jésus-Christ sans le manger : Manducant et non manducant. Ils

e mangent, puisqu'ils font effectivement ■r son Corps et son Sang dans leur esomac; mais comme ils n'en retirent aucun Vuit , ils ne s'en nourrissent point. On peut lire des seconds, que bien qu'ils ne le manient pas, cependant ils le mangent. Car mcore qu'ils ne le reçoivent pas réellement, Ifl ne laissent pas de s'unir à lui par l' augmentation de la ejrâce. Non manducant , et n manducant. On peut dire des troisièqu'ils mangent et qu'ils sont mangés :

Manducant et manducantur. Ils mangent, ar ils reçoivent le Sacrement et la vertu )U l'effet du Sacrement, et ils sont mangés, larce qu'en mangeant ils sont incorporés l'une manière spéciale au Corps mystique le Jésus-Christ.

II. Mais il faut bien remarquer qu'on peut, >elon saint Thomas, recevoir l'Eucharistie jacramentellement etspirituellementendeui:

nanières, par rapport aux dispositions de •eux qui la reçoivent. Ce grandDocteur (III. % Q. 78. et V. 6) appelle l'une manduca- :ion habituellement spirituelle; et l'autre il 'appelle actuellement spirituelle. Dans toutes Les deux, on reçoit réellement Jésus- Christ en état de grâce, mais dans la première, on I" reçoit sans exercer alors aucun

acte de vertu ; et dans la seconde, on produit en le recevant des actes de Foi, d'Adoration, d'Espérance et de Charité. La première de ces deux manducations est moins parfaite que la seconde. Celle-là suffit pour augmenter la grâce sanctifiante, mais celleci est nécessaire, selon saint Thomas, pour la réfection spirituelle, c'est-à-dire, comme il l'explique, pour goûter la douceur de ce Sacrement. Jésus-Christ nous a commandé la première, quand il a dit : Prenez* mangez tous ; ceci est mon Corps (Matth. %. 26.); et il semble nous recommander la seconde quand il ajoute : Toutes les fois que tous ferez ceci* souvenez-vous de moi (Luc 9â. 19). Car c'est comme s'il disait: Pensez à moi, croyez, espérez en moi, aimez-moi. C'est de cette seconde manière de manducation sacramentelle, faite en état de grâce, et accompagnée d'une attention respectueuse, et de l'exercice des vertus chrétiennes, que nous parlons ici; et nous l'expliquerons dans tout le cours de cet ouvrage, comme le plus propre à seconder les desseins du Sauveur, et à participer avec abondance aux fruits de cet adorable Sacrement.

III. Pour éclaircir cette matière, et déclarer encore plus nettement la nature de cette

nanducation actuellement spirituelle, remarquez, comme l'Écriture nous l'enseigne, pie les esprits se nourrissent à leur maifère. L'ange Raphaël disait à Tobie, qu'il isait d'une nourriture invisible: Cibo inzinblli utor (Tob. 12. 19). Et le Sauveur disait lui-même à ses apôtres, qu'il prenait me nourriture qui leur était alors inconnue : Ego cibum liabeo manducare* qttem vos téscitis (Joan. 4. 32). Enfin, saint Augustin lit expressément, que le Verbe, qui nous fcîrt de nourriture dans la sainte Eucharis-

en sert aussi aux anges dans le Ciel. Et î'est pourquoi l'Église chante que l'homme non lit» dans ce Sacrement le Pain des anjvs; mais, ajoute ce Père, les anges s'en Wurrissent par la claire vision de Dieu, et nous par la Foi. Remarquez, en second lieu, me manger, c'est agir, et comme nous ne •^connaissons point d'autres actes propres

ssprits, que ceux de l'entendement et le la volonté, il s'ensuit que les esprits ne leuvent se nourrir que par les actes de ces leux puissances, et qu'ils se nourrissent des objets en les contemplant, et en les aimant. tassi voyons-nous que le rapport qui se rouve entre ces deux manières de se nourâr, a donné lieu d'exprimer par des meta-

phores tirées do la nourriture matériell les actions spirituelles des esprits. Si Ton dit avoir du goût pour les viandes, on dit aussi avoir du goût pour l'éloquence et pour la poésie, et Ton goûte une vérité comme on goûte la nourriture. On appelle ruminer, l'action des animaux qui remâchent les herbes qu'ils avaient déjà avalées ; et on dit aussi ruminer une affaire, quand on la repasse plusieurs fois dans son esprit. On dit digérer un discours, comme on dit digérer la nourriture. De même que le corps croît en mangeant, l'esprit se perfectionne par la lecture et par la méditation. C'est en s'unissant la nourriture que les corps croissent: de même, c'est en s' unissant les objets que les esprits se perfectionnent. Enfin, comrrfe la manducation corporelle soutient et fortifie la chair, l'espérance et l'amour soutiennent l'esprit, lui donnent des forces, et lu inspirent de la hardiesse et du courage.

IV. Il est aisé de comprendre, cela posé, ce que les Pères et les Théologiens entendent par la manducation spirituelle de h sainte Eucharistie, et à quoi ils nous exhortent quand ils nous recommandent de \i joindre à la manducation sacramentelle. 11$ 1 nous exhortent à ne nous pas contenter d(

mmunier on état de grâce, mais de prolire aussi en communiant des actes de Foi, Espérance, de Charité, et des autres ver- *. Ils nous exhortent à adorer Jésus-Christ, nous humilier en sa présence, à l'entreter, à lui demander les secours dont nous ons besoin. Voilà en quoi consiste cette mducation actuellement spirituelle, si utile ur profiter de toutes les grâces que le uveur nous donne dans la réception de Sacrement. Car la sainte Eucharistie lugmente pas seulement la grâce sancti- Qte, mais elle nous procure encore par e-même plusieurs gràces actuelles pour rire, pour espérer et pour aimer. Quand Mis-Christ entre dans une àme bien dis-

• il y répand ses rayons de lumière,

mme dit saint Chrysostôme, il la remplit

son onction, il la sollicite à l'aimer, aie

ftter, à l'embrasser; et c'est principale-

■nt pour la fidèle correspondance à ses

s, qu'elle le goûte, qu'elle l'embrasse, 'elle s'unit à lui, qu'elle se dégoûte du «de, qu'elle change de conduite, qu'elle I de si grands progrès dans le chemin de vertu, et qu'elle se fortifie pour travailler wite plus 4'allégresse ei de succès à

perfection. AussileSage, parlant enpro-

photo de l'Eucharistie, dit qu'elle est le pain de vie, le pain de l'entendement, et le breuvage de la sagesse , pour nous apprendre qu'il la faut manger spirituellement par i actes propres du don d'Intelligence, et du don de Sagesse, par des actes de Foi, et par de saintes affections : Cibabit illimi pa vitœ et intellectûSj et aquâ sapientiœ sahit arts pot abit illum (Eccli. 15. 3).

V. Cette explication de la manducation spirituelle, nous donne l'intelligence de l'entretien que le Sauveur eut sur ce Mystère avec les Gapharnaïtes. Comme il parlait de donner son Corps à manger et son Sang à boire, ce peuple grossier prenant la chose au pied de la lettre, et ne pensant qu'à un» manducatien corporelle, en fut tout scandalisé : Quomodopotest hic nobis carnem suam dare ad mandiicandum (Joan. 6. 53)? Le Sauveur pour les instruire, leur répondit: Les paroles que je vous ai dites sont espril et vie, la chair ne sert de rien. C'est-à-dire, quand je vous promets de vous nourrir d< mon Corps, je ne prétends pas qu'il servi à entretenir la vie des vôtres : ma chair nf servira point à cela. Mais mon dessein i avec mon Corps de nourrir spirituellemen vos âmes ; car si mon Corps peut bien, con-

tre la nature des corps ordinaires, monter au Ciel comme s'il était un pur esprit, pourquoi ne le pourrait-on pas manger d'une manière spirituelle ? C'est encore par-là que vous entendrez certains endroits des Pères dont les hérétiques ont abusé pour combattre la présence réelle du Sauveur dans le Sacrement de nos autels. Car lorsqu'ils par- 1 mt de manger spirituellement le Corps du Sauveur, ils ne veulent pas dire qu'il ne soit pas véritablement présent, mais que pour le recevoir avec plus de fruit, il faut s'en nourr r de la manière dont les esprits se nourissent, c'est-à-dire, qu'il faut exercer des i^'tes intérieurs de vertu, pour que le Sauv?ur s'unisse à nous et nous communique sa vie. C'est dans ce sens que saint Augustin a dit (TV. 27. in Joan.): Ce que les Calvinistes font sonner si haut pour appuyer leur erreur: Credeetmanducastij croyez et vous avez mangé.

VI. Pour revenir à notre sujet, les Pères nous exhortent à cette manducation spirituelle comme au principal moyen de ressentir les admirables effets de l'Eucharistie. Car s'il faut être en état de grâce pour communier, s'il faut avoir faim de cette céleste nourriture, c'est pour la manger, et la man-

ducation est comme la mi dos deux dispositions précédentes. Prenez, dit saint Augustin en plus d'un endroit, le Pain de vie, non seulement avec la bouche du corps, mais de plus avec la bouche du cœur. Le Pain de vie, selon Dydime (Catena PP. Gr. in Joan.), c'est le Verbe de Dieu qui a la vertu de nous nourrir. « Nous le mangeons » par les actes de vertu, et nous le buvons » par la contemplation. Nous buvons l'eau » vive dans sa source, et le vin de la vigne » qui réjouit le cœur de l'homme. Ce pain » de vie nous rassasie, et ce breuvage éteint » notre soif. Ceux, dit Théodore d'Heraclée, » qui reçoivent la chair de Jésus-Christ avec » une àme pure, et qui goûtent spirituelle- » ment ce Mystère, en produisant des actes » de Foi, et en excitant de saintes affections » dans leurs cœurs, mangent spirituellement » la Chair de Jésus-Christ, participent par » la Foi aux mérites de son Sang, et pren- » nent possession de l'héritage de la vie » éternelle. Quand vous approchez de l'au- » tel redoutable pour vous nourrir de l'ali- » ment et de la boisson salutaire, ditEusèbe » d'Emesse (Hora. de Pasch.), considérez » avec la Foi le sacré Corps de votre Dieu, » honorez -le en l'admirant , touchez-le de

» l'esprit, recevez-le avec la main du cœur, » et surtout buvez intérieurement son Sang. » Saint Bernard parle le même langage (Serm. 2. in Cant.); et saint Thomas ajoute que comme on ne goûte les viandes qu'en les mâchant, il n'y a que ceux qui mangent spirituellement le Corps du Sauveur par de saintes considérations, et par de pieuses affections, qui goûtent sa douceur : Masticando rji'.s dulcedo elicitur.

VIL Concluez, Ames chrétiennes, de tout ce qu'on vient de vous dire, que l'une des principales raisons pourquoi tant de gens profitent si peu de la Communion, c'est qu'ils ne mangent point spirituellement le Corps adorable du Sauveur; et apprenez en même temps que la manière sûre et infaillible d'en tirer do grands fruits, c'est d'exercer quand on Ta reçu, des actes de Foi et d'Amour. Mais

ame les actes de la volonté suivent naturellement ceux de l'entendement, commen-

: quand vous communie/, par considérer toutes les merveilles contenues dans la sainte Eucharistie. Ne vovlb i ontentez pas de croire

général que vous possédez Jésus-Christ,

mais faites-vous de belles images de ses

is, telles que sont colles que les

nts Pères nous ont laissées. En voici quel-

ques-unes qui pourront vous servir à on former d'autres.

VIII. Quand vous verrez, dit saint Jean Chrysostôme (Homiï. %4. in I. ad Coy\), le Corps de Jésus-Christ sur nos autels, ditesvous à vous-mêmes : (( Par le moyen de ce )) Corps je ne suis plus cendre et poussière : » je ne suis plus esclave, je suis libre, j'ai » sujet d'espérer le Ciel, et tous les biens » qu'il renferme, une vie immortelle, la » compagnie des anges, et la vue de Jésus- » Christ. Le soleil n'a pu voir ce Corps atta- » chéàla croix sans détourner ses rayons: » le voile du temple aussi bien que les » rochers se fendirent de douleur, et toute » la terre en trembla. C'est de ce Corps tout » déchiré et percé d'une lance que sorti- » rent ces fontaines salutaires de sang et » d'eau. Voulez-vous connaître par d'autres » endroits jusqu'où va sa puissance et sa » vertu? Interrogez l'Hémorroïsse qui fut » guérie en touchant, non ce Corps, mais » son vêtement, non pas tout entier, mais » seulement le bord. Interrogez la mer qui » l'a porté sur ses flots. Demandez au démon » qui est celui qui lui a fait une plaie mortel- » le, qui l'a dépouillé de sa force, qui l'a fait » esclave, qui arrête ses efforts, et qui le

0 met en fuite ? Il vous répondra que c'est » ce Corps qui lui a brisé la tète., et qui a » triomphé de sa puissance. Demandez à la » mort qui est celui qui lui a arraché son ai- » guillon, enlevé sa victoire, qui l'a rendue » méprisable aux enfants, elle qui était si » terrible aux rois, et même aux justes ; elle » vous dira que c'est ce Corps qui a opéré )) toutes ces merveilles. » En vérité, si nous nous faisions de semblables images de la gi andeur et de la bonté de celui que nous recevons en communiant, manquerions-nous d'être pénétrés des sentiments du plus profond respect, et du plus tendre amour?

IX. Cette peinture nous représente le Corps du Sauveur encore mortel; mais le lAême saint (Ilom. S. in Ep. ad Ephes.J nous le représente ailleurs tel qu'il est dans

-iloire. « Tandis que nous sommes en ce » monde, dit-il, le mystère de l'Eucharistie )) nous change la terre en un paradis. Mon- )) te/ donc, ajoute-t-il, jusqu'aux portes du

1 Ciel, ou plutôt jusqu'au plus élevé de tous )) lescieux; regardez attentivement, et je » vous montrerai ensuite sur nos autels ce )) que vous aurez l<i plus admiré dans le )) Paradis. Car comme dans 1rs palais, ce )) ne sont point les tapisseries et lesdoru-

il>2 DR LV COMMUNION.

» res, mais le roi assis sur son trône qu'on » regarde , je no m'arrête pas non plus à )) vous montrer dans le Ciel les anges et les » archanges, mais le Seigneur et le Roi des » anges et des archanges; et vous l'avez » sur la terre.... Songez donc, quand vous » vo}^ez l'Eucharistie, que c'est le Corps et » le Sang de celui qui habite dans le plus )) haut des Cieux, et que les anges adorent » avec respect ; celui qui est assis le plus » près du Dieu immortel et tout-puissant. » Mais songez en môme temps que vous bu- » vez ce Sang, et que vous mangez ce Corps. » Si vous aviez soin d'occuper votre esprit de ces pensées durant la Communion, pourriezvous vous empêcher de vous écrier avec ce saint (Lib. 5. de Sac.) ? (( 0 miracle! ô bonté! » Celui qui est assis à la droite de son Père, » se laisse toucher de tout le monde, se » laisse embrasser de tous ceux qui le veu- » lent recevoir. »

X. Ces tableaux de saint Chrysostôm^ nous représentent la grandeur et la majesté du Sauveur : en voici un de sa bonté et de son amour, par saint Laurent Justinien {De casto connub. n. 24.). « Pour ce qui regarde, » dit ce Père, l'excellence de la charité que » Jésus-Christ nous témoigne dans ce Sacre-

SÏCOXDE PARTIE. !P>3

ment, personne ne peut se promettre de

pliquer dignement, si ce n'est un esprit incrédule, qui ne croit pas que le Sauveur y soit réellement prosent, ou un

Lir dur, qui n'en a point expérimenté la douceur. Car qui ne sera surpris, étonné, ravi de joie et d'admiration, en pensant que le Roi de la gloire a voulu, non-seulement se cacher ainsi, mais se reposer dans le cœur humain? Quand il n'accorderait cette faveur qu'aux justes, elle serait toujours bien grande; mais que dirons-nous de ce qu'il ne se refuse pas même aux impies, dont la conduite le déshonore continuellement ? Il n'a été trahi et vendu qu'une fois durant sa vie mortelle, au lieu qu'il est trahi et vendu mille

mille fois dans ce Sacrement. Tout ce qu'il a souffert dans sa Passion s'est terminé en un jour; mais tous les jours il reçoit sur nos autels des ministres infidèles le même traitement. Il n'est mort qu'une fois sur la croix, mais il est immolé autant de fois qu'on célèbre la Messe. 0 souvenir salutaire, ô sacrifice singulier, ô victime infiniment agréable à Dieu! Pain

vie, douce nourriture, délicieux repas, dont l'Agneau sans tache et la Manne }yr-

» ta ion t que d'imparfaites figures, qui pour- » ra vous recevoir, vous louer dignement » vous comprendre parfaitement, vous ho- » norer avec des affections assez pures, e » former des désirs qui égalent tous le; » biens que vous renfermez ? Je tombe ei » défaillance quand je pense à vous : ma lan » gue demeure muette quand je veux parle » de vous ; et je suis incapable de vous exal » ter autant que je le souhaite. Donnez-mc » donc, ô mon Dieu, un esprit éclairé et un » langue éloquente pour publier les mer » veilles de votre Sacrement ; car l'esprit d » l'homme, et môme toute l'intelligence de » anges, ne peut ni les concevoir, ni les e> » pliquer. Vous seul, ô mon Dieu, qui ave » voulu, et qui avez pu faire tant et de t » grands prodiges, les connaissez. Mai » encore que les plus grands saints n » soient point capables de les louer digne » ment, il ne faut pas pour cela que les p<* » cheurs cessent d'en faire l'éloge.

XI. Servez-vous, Ames chrétiennes, d ces considérations, lisez -les; méditez -h souvent pour en remplir votre mémoire, « vous ressentirez infailliblement quand voi communierez, toutes les tendres affectioi qu'elles produisent. Mais encore que ce S;

jrement soit un trésor où Dieu a renfermé tontes ses richesses, il y faut puiser particulièrement celles dont vous avez le plus le besoin, c'est-à-dire, qu'il faut vous arrêter à considérer et à désirer la vertu qui pous est la plus nécessaire. La sainte Eucharistie est un grand et magnifique festin m Ton vous présente une infinité de vianles très-délicieuses. Toutes les vertus du Sauveur sont comme autant de différents mets qui vous sont servis. Néanmoins, de même que dans un repas somptueux on ne [ieut pas manger de tout, et que chacun choisit ce qui est le plus à son goût, et le plus propre à la santé, de même, dans cette multitude de grâces que le Sauveur vous offre, il faut surtout considérer celles qui, par rapport à la disposition où vous vous trouvez, 70us sont les plus nécessaires. Si vous êtes orgueilleux, considérez l'humilité du Sauveur; si vous èt<is prompt et emporté, considérez sa douceur; si vous êtes dissipé, îonsidérez le recueillement où il est devant ïoiî Père qu'il adore continuellement. Enconâdéranl ces vertus, vous vous y affectionneT </, vous les demanderez, et vous les obtiendrez. C'est ainsi que vous retirerez tous les Ours de nouveaux fruits de vos communions.

XII. On pourra peut-être demande lorsqu'on ne se sent point de goût et de dévotion en communiant, on doit s'en abstenii et communier plus rarement. Car il arrive assez souvent que des gens qui sentaient d< grandes douceurs au commencement de loin conversion, ne les sentent plus, ou les sent plus rarement dans la suite ; et les plus sainte^ âmes ne les ressentent pas toujours ('paiement, quelquefois même elles en sont entièrement privées. Ce que j'ai dit de la f; spirituelle et du désir de ce Sacrement peut servir de réponse à cette demande , car le? mêmes raisons qui empêchent que ce d< ne soit sensible sont aussi cause de ce ch; gement et de ces privations. Relisez cet endroit. J'ajoute seulement ici qu'au sentimeni des Pères, ce défaut de dévotion sensible n'est pas une raison pour s'abstenir de la Communion. Voici comme saint Laurent Justinien s'explique sur ce sujet (C. 19 dt disconv. nom.) : « Qu'aucun serviteur de » Dieu ne se retire de ce Sacrement, et qui » personne ne s'en prive, encore que la dé- » votion actuelle lui manque. Car la sage » de Dieu produit dans ceux qui le servent » les effets de ses grâces en diverses ma- » nières; et ce n'est point a nous de voiiloii

pénétrer les secrets de sa conduite qui sont incompréhensibles à l'esprit humain. C'est pourquoi on ne doit point éloigner de la Table du Seigneur un chrétien dont la vie est régulière et vertueuse, qui a des sentiments humbles de soi, qui se confesse avec sincérité, et qui approche de la Communion avec respect, quoiqu'il ne ressente point de dévotion. Un homme de ce caractère se nourrit de ce Sacrement d'une manière insensible et toute spirituelle.

Saint Bonaventure s'accorde parfaitement avec ce saint Patriarche. Il est utile et salutaire à tout le monde, dit-il, de se préparer souvent à la Communion, de B'étudier à la recevoir le plus dévotement qu'on pourra, et de conserver la dévotion après l'avoir reçue. Mais les religieux et ceux qui se sont consacrés à Dieu, y doivent apporter encore plus d'attention. Le respect qu'ils doivent à ce Sacrement les engage à mener une vie plus innocente, à

ppliquer plus ordinairement aux exercices de piété, ;i conserver plus soigneu-

lent la pureté de la conscience avant de le recevoir, et après l'avoir reçu. Que si cependant ils se sentent quelquefois kièdes, se confiant dans La miséricorde de

» Dieu, qu'ils en approchent hardiment. Car » si d'un côté ils s'en jugent indignes, ils » doivent de l'autre se souvenir qu'un ma- » lade a d'autant plus besoin de recourir au » médecin, que la maladie est plus grande. » C'est aux infirmes et non à ceux qui se » portent bien , que le médecin est néces- » saire (Matth. 9. 12.), et vous ne cherchez » point à vous unir avec Jésus-Christ pour » le sanctifier, mais pour en être sanctifiés. » Il ne faut donc pas omettre la Communion, » quoique vous vous sentiez moins dévots » que vous ne voudriez, soit en vous prépa- » rant à la Communion, soit en la recevant » ou après l'avoir reçue. » Peut-on rien dire de plus formel pour rassurer ces bonnes âmes qui craignent d'avoir communié indignement, lorsqu'elles ont manqué de dévotion sensible ? J'ajoute encore, pour la consolation de ceux qui sont privés des consolations qu'ils ressentaient au commencemenl de leur conversion, que le Sauveur, aprè? les avoir traités comme des enfants en le? nourrissant de lait, les traite comme des hommes faits, et leur donne une nourriture plus solide. Je puis aussi, ce me semble, leui appliquer ce que dit saint Grégoire (Hom. in Etang. 29.) à l'occasion des miracles, s

fdinaires à la naissance de l'Eglise, et aufard'hui si rares. On arrose souvent les ar-

quand ils sont petits pour les faire ruitre ; mais quand ils ont jeté de profondes acines, on cesse de les arroser. Les miracles ■dent un moyen d'étendre et d'affermir ■Eglise dans ses commencements; mais à

ut qu'elle est étendue sur toute la terre, ft si bien établie, ils ne sont plus nécessaires, "en dis autant de ces goûts et de ces consoations sensibles: elles servent à fortifier la ertu encore faible dans ses commencettents ; mais quand elle s'est fortifiée, Dieu change ses grâces en d'autres moins agréa- ►les, à la vérité, mais plus avantageuses.

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