CHAPITRE IV
i luiii ime nous devons avoir de profiter des grâces reçues dans la Communion .
en menant ensuite une vie plus chrétienne : quatrième moyen de seconder les desseins du Sauveur.
ÎÏomme les libéralités de Notre-Seigneur l£? ne se terminent point au temps de la ommunion, mais qu'il nous aide encore près à pratiquer de bonnes œuvres, et à cancer dans la vertu, nous contractons
aussi de notre côté une obligation spé
de nous servir des secours qu'il nous pi sente, et de vivre plus chrétiennement. On ne mange pas précisément pour manger ni p< goûter le plaisir que donnent les viand mais on mange pour entretenir sa vie, pour réparer ses forces, et pour reprendre ensuite ses occupations. De même nous ne communions pas, nous ne mangeons pas le Corps de Jésus-Christ pour exercer seulement durant ce temps-là quelques actes de vertus, ni pour ressentir les joies spirituelles qui accompagnent cette action ; mais nous mangeons ce Pain céleste pour fortifier nos âmes, et poui travailler ensuite avec plus de courage et d( ferveur à la gloire de Dieu et à notre sanctification. Ce quatrième moyen de concourh aux desseins du Sauveur, n'est pas moim efficace que les précédents ; c'est pourquo les saints Pères nous exhortent si souvent i le mettre en usage.
IL « Considérez, dit saint Chrysostôme » ce que font les Apôtres après leur pre- » mière Communion. Ils prient, ils chanten » des hymmes, ils passent une partie de 1« » nuit à écouter les admirables maximes d< » cette divine Sagesse que le Sauveur leu » expliquait: Voilà ce que vous devez imite
l après avoir communié. La manducation » de l'Agneau Pascal, dit saint Cyrille, rap- » pellait aux Israélites le souvenir deleur pas- » sage de l'Egyptedans le désert, pour arri- » ver ensuite dans la terre de Promission. De » même l'Eucharistie doit faire souvenir les i) chrétiens de quitter la vie mondaine pour )) mener une vie vertueuse, afin de mériter le » bonheur qui est promis à ceux qui com- » munieront dignement: Est enim Phase jid i) est, transitas Domini (Exod. il). La loi, i) ajoute ce même saint, ordonnait que pour i) manger l'Agneau Pascal, on se ceindrait i) les reins, on prendrait un bâton à la main » el des souliers aux pieds, et qu'on maniait vite , pour nous apprendre qu'après » avoirété sanctifié parla réception du Corps i) de Jésus-Chrit, on doit être disposé à aller & partout où Dieu nous appelle; qu'on ne I doit être ni lâche, ni délicat, mais prompt I et généreux à marcher dans la voie de ses ) commandements. L'ordre que les Israé- ) iites avaient reçu, de ne vivre durant sept ) jours après avoir mangé cet Agneau,quede ) pain sans levain , nous marque encore com- ) bien les affections de noire cœur, après la > Communion, doivent être pures el réglées.» III. Mais le Sauveur nous l'enseigne lui-
môme quand il dit: Comme le Père qui est vivant m'a envoyé ., et que je vis pou?" le Père s de même celui qui me mange viv aussi pour moi (Joan. 6. 58). Car soit que vous entendiez par là, selon quelques interprètes, que nous devons après la Communion, agir par le principe de vie que Jésus-Christ communique à ceux qui mangent son Corps : soit que vous entendiez, selon quelques autres, que nous devons vivre alors pour lui elj conformément à ses intentions; l'une et l'autre de ses explications emportent, comme vous; voyez, un engagement de mener, après avoir mangé de ce Pain céleste, une vie plus saint* qu'auparavant. En effet, rappelez ce que nous avons dit dans la première partie sui les desseins du Sauveur. Il se donne à nom par forme de nourriture , afin de nous uni] à son Corps mystique, et de se servir de nou: pour la gloire de son Père; il nous anime de son esprit , pour nous communiquer se inclinations et ses vertus , et la fin princi pale est d'établir entre lui et nous le sacr commerce du plus pur et du plus ardenl amour. Or tout cela montre évidemment l'o bligation où nous sommes de réformer notr conduite, et de nous appliquer avec plus d! ferveur aux exercices de piété.
IV. Ce sont là les conclusions que les saints ères tirent des principes que nous avons taillis. « Quand nous recevons dans nos entrailles, dit saint Grégoire, cet Agneau immolé sur nos autels, quel autre esprit doit-il nous inspirer que l'esprit de mansuétude et de douceur ? Après avoir goûté une si excellente nourriture à la table du Seigneur, dit saint Augustin, devons-nous encore aller chercher du plaisir dans les viandes matérielles et dans la nourriture des animaux? Puisque vous êtes après la Communion les membres du Corps de Jésus-Christ, ajoute saint Chrysostôme, portez donc la croix, car il Fa portée; souffrez comme lui les crachats, les soufflets et les clous. Son Corps n'a jamais commis un seul péché, sa bouche n'a jamais trompé personne, sa langue n'a jamais rien proféré d'indécent, ses mains i ont toujours été occupées à faire du bien à tout le monde, et il a écouté dans le sii lence ceux qui lui reprochaient d'être possédé du démon. Voilà quel a été Jésus- Christ, et l'union que vous avez avec lui vous engage à l'imiter. Enfin celui qui est éternel, selon suint Grégoire de Nysse, si donné à manger aux chrétiens, afin
)) qu'après l'avoir reçu ils deviennent ce qu'i )) est. » Proptcrea se nobis comedendw 'proposait is qui semper est* ut ciim Mm in nobis acceperimas J illud fiamus quo< ïlle est.
V. Mais comme le Sauveur' est dans c Sacrement en qualité de victime, et qu'il s' sacrifie continuellement pour la gloire d son Père et pour notre salut; c'est surtoi en ce point que nous devons tâcher de l'i miter. C'est ce que le Sage nous insinua quand il dit : Lorsque vous serez assis à î table du Prince, considérez ce qui vous et servi ; mettez un couteau sur votre gorge et sachez qu'il attend que vous lui rendu la pareille (Prov. 23. I. 2. et c). Quelle e,( cette table, demande saint Augustin? Ce: celle, répondit-il, où nous recevons le Coq et le Sang de Jésus-Christ et nous ne h faisons un régal semblable à celui qu'il noi fait, qu'en sacrifiant notre vie pour l'édifi cation des fidèles, et pour la conservatic de la Foi, comme il a sacrifié la sienne poi nous. C'est pour cela qu'on nous ordonne i nous mettre un couteau sur la gorge, poi montrer que nous sommes disposés à DOi immoler pour son service de la même qu'il s'est immolé pour notre salut. C
le Sauveur, dit saint Basile, nous a recommandé do nous souvenir de sa Passion en communiant, il nous a tracé le plan de la manière dont nous devons vivre en mourant au péché, au monde, et à nous-mêmes. Puisque dans ces saints Mystères, ajoute saint Grégoire, uous célébrons la mémoire de la Passion, nous devons imiter ensuite ce que nous représentons. Et saint Bernard a passé jusqu'à dire que l'Eucharistie n'étant qu'une représentation de la mort de Jésus -Christ, celui-là ne communie point, à proprement parler, qui ne ressemble à Jésus-Christ crucifié.
VI. Que si tous les chrétiens doivent s'étudier après la Communion à devenir des victimes du saint amour, à l'exemple du Sauveur, cette obligation est encore bien plus étroite pour les prêtres, pour les religieux et pour toutes les personnes qui communient souvent. « Que le dispensateur des sacrés » Mystères, dit saint Augustin, ne les re- » fuse à personne, mais qu'il avertisse du )) compte qu'on en doit rendre: Non pro- )) hibeatur manducare a dispensa-tore j s,'d )) moneatur timere exactorem, » (m demande beaucoup à celui qui a beaucoup reçu. Si celui qui ne travaille point ne doit
pas manger, suivant ce que dit saint Paul , celui-là doit travailler plus que les autn qui mange plus souvent. Pierre de Blois a remarqué que, dans les sacrifices anciens, on réservait aux prêtres la peau de la victime, pour l'avertir qu'il devait se revêtir de cet esprit de victime et s'immoler continuellement, comme une hostie vivante, au Dieu vivant. Théophane de Nicée dans le bel éloge qu'il nous a laissé de la dignité sacerdotale, après avoir préféré le pouvoir de consacrer et changer le pain au Corps de Jésus- Christ à la puissance de créer le ciel et les anges, conclut que quand les prêtres donneraient tous les jours mille fois leur vie pour Jésus-Christ, ils ne reconnaîtraient pas encore dignement une si rare faveur. Et saint Jérôme, interprétant ces paroles d'Isaïe (Ch. 21. 5.): Dressez la table , buvez, mangez , Prince j levez-vous „ les adresse aux prêtres et aux princes de l'Église. « Buvez, » leur dit-il, le Sang de Jésus-Christ, man- » gez son Corps ; mais après cela levez-vous, » courez aux armes, prenez le bouclier de a la Foi pour vous opposer au démon, et )) repousser ses traits. Les personnes reli- » gieuses qui approchent si souvent de cette » sainte Table, doivent redoubler leurs ef-
I forts pour arriver par cet excellent moyen > à la perfection à laquelle leur état les en- ) gage. » Saint Benoît voulait qu'on présentât le pain et le vin de la Messe à ceux pli demandaient d'entrer en religion, pour eur apprendre, selon l'interprétation d'un savant Cardinal, que, comme c'est là la maière du sacrifice des chrétiens, la profession •eligieuse les oblige à faire au Seigneur un ta riait holocauste d'eux-mêmes.
VIL Au reste, quand je dis qu'il faut proiter de la Communion,* je ne veux pas dire m'un homme doive être un saint dès qu'il a ?ommunié une fois. Il faut se souvenir de *e que j'ai montré dans la première partie, pie, parlant régulièrement, ce Sacrement ne ions élève que par degrés à la haute perfection. Ainsi, c'est mal à propos que ceraines consciences timorées se troublent, j'alarment, et se retirent même quelquefois le la sainte Table, à cause qu'elles ne renarquent dans leur vie aucun changement lotable. Pourvu que ces personnes conservent toujours le désir de se donner entièrenent à Dieu, qu'elles l'offensent plus rareoent, que la violence d<> leurs passions liniinue. qu'elles évitent plus soigneusement es occasions de pécher, e1 qu'elles soient
plus régulières à s'acquitter de leurs devoirs, leurs Communions ne sont pas inutiles, et ce serait une imprudence d'en diminuer le nombre. J'ajoute, comme saint Laurent Justinien Fa remarqué , que les effets de la Communion ne s'aperçoivent pas toujours, surtout par ceux qui les reçoivent , et que Dieu les leur cache pour les entretenir dans l'humilité. Il leur arrive à peu près la même chose qu'à ceux qui sont enfermés dans un vaisseau, et qui voyagent sur mer : ils font souvent bien du chemin sans s'en apercevoir.
VIII. Par où puis-je mieux finir cette seconde partie que par ces belles paroles de Salomon: La sagesse s'est bâtie un temple, et Va orné de fermes eolonnes. Elle y '■ in nie des victimes j et y dresse une table laquelle on trouve du pain et du vin. Elle envoie inviter tout le monde, jusqu'aux enfants et aux insensés , à en venir goûter (Prov. 9. I. c2. 3). C'est-à-dire, que le Verbe, qui est la Sagesse, a pris un corps et une âme qu'il a embellie des plus solides vertus; qu'il se sacrifie sur nos autels, et qu'il nous invite à manger sa Chair et à boire son San", sous la figure du pain et du vin; qu'il ne fait pas seulement cette grâce aux person-
£S d'une sainteté éminente, mais aussi aux mparfaits. Mais après l'avoir reçu, il faut lus qu'auparavant quitter les erreurs et les liblesses de l'enfance et renoncer aux fol- >s maximes du inonde, pour régler sa vie don les lumièr< s de la véritable prudence. H quis est parmilus^ reniât ad me,' et insic ientibus locuta est: Vcnite, çomedite par em meum , et bibite vinum quod misait obis. Relinquite infantiam* et vivite et mbulate per vias prudentiœ (Prov. 9. 4. , 6.).
PIN DE LA SECONDK i'AKTlE.
c<g^6>'. c<çftg)G>oc<eft§|6y-. c<^§l6yoc<9^6>tc^§)e,'.c<g^6)co<g;'
Des obstacles que nous mettons aux desseins du Sauveur dans la sainte Eucharistie.
our connaître les obstacles que nous 2? mettons aux desseins que le Sauveur a eus dans l'institution de l'adorable Sacrement de nos autels, il faut se remettre devant les yeux ce que nous avons dit clans les deux Parties précédentes, tant des effets de la Communion que de nos devoirs pour y avoii part. Les fruits de l'Eucharistie, dont nous avons parlé dans la première partie, se peuvent réduire à quatre. Le premier est l'augmentation de la grâce sanctifiante et des vertus infuses ; le second est le renouvellemenl de la ferveur et la rémission des péchés véniels; le troisième est cette douceur que 1< Sauveur nous fait goûter par les grâces actuelles, qui diminuent la concupiscence e nous facilitent la pratique des vertus chi
aunes; le quatrième consiste dans les se-
)iirs que le Sauveur nous donne, en vertu Sacrement, pour conserver la vie de mie, pour vaincre nos ennemis et pour faire us les jours de nouveaux progrès dans la .e spirituelle. Nous avons dit dans la seconî partie que, pour recueillir tous ces fruits, 3us devions, de notre côté, faire quatre chois: qu'il fallait être en vie, en état de grâce, land nous communions; qu'il fallait avoir im de cette Manne céleste ; qu'il fallait la anger spirituellement, et qu'il fallait enfin, )rès la Communion , être fidèle à corresmdre aux secours et aux grâces qu'elle mis procure. C'est par ces quatre moyens i*' nous seconderons les desseins du Sau- Hir, et que nous arriverons à cette vie tinte et parfaite, qui est la fin de cet adoible Mystère.
II. De là il est aisé de conclure que tout fuiôtela vie de l'âme et qui nous dégoûte cotte céleste nourriture, tout ce qui nous apèche de la manger spirituellement et • faire un bon usage des grâces qu'elle »us procure, nous prive aussi dos fruits lenous pourrions recueillir de la Comnman. Or, il n'y a que le péché qui puisse oduire de si funestes effets. Le péché est
donc l'unique obstacle aux desseins du Si veur. Mais il y a deux sortes de p , i!
y en a de mortels et il y en a de véniels-, et l'on peut commettre des péchés, ou devant, ou durant, ou après la Communion. Ainsi on peut faire ici quatre questions. On peut demander à quels effets de l'Eucharistie péché mortel met obstacle ; on peut demander la même chose du péché véniel habituel, c'est-à-dire, commis avant la Communion, et demeurant encore habituellement dans l'âme quand on communie ; on peut fairi encore la même demande du péché véniel actuel, c'est-à-dire, commis dans la Communion même ; enfin on peut demander de qu< fruits nous prive la rechute dans les péci. soit mortels ou véniels, après que nous avon< communié. C'est à quoi nous allons répondn dans les chapitres suivants.