CHAPITRE PREMIER
Du péché mortel , premier obstacle aux fruits de
Communion.
fo e plus grand de tous les obstacles au (2$ fruits de la Communion, c'est le péci) mortel ; et tout le monde tombe d'accor
ÎROISIEME PARTIE. 183
u'il en empêche généralement tous les effets. /Eucharistie est une nourriture spirituelle; t comme les viandes sont inutiles à un corps ans à nie, de mémo F Eucharistie ne sert de [en à une âme privée de la grâce sanctiante. Mais ce n'est pas là tout le malheur 'Un chrétien qui ose communier en cet état ; commet un sacrilège abominable, et s'attire ïs plus terribles châtiments. Saint Paul, crivant aux Corinthiens, nous enseigne :mtcs ces vérités : Quiconque* dit-il, mancm le Vain et boira le Calice du Seigneur wlignementj sera coupable du Corps et du kmg du Seigneur. Que l'homme donc s'é-
ve soi-même et qu'il boive de ce Calice. Jar quiconque en mange et en boit indigne-
. mange et boit sa propre condamna- Um , ne faisant pas le discernement qu'il 'oit du Corps du Seigneur. C'est pour cette
n (["'il y a parmi vous beaucoup de inladus et de languissants* et que plusieurs ]ûrment du sommeil de lamort (I. Cor. 11, 7, etc.). L'Apôtre marque dans ces paroles énormité <it la punition du péché que comiet celui qui communie en mauvais état; tais il donne en môme temps le moyen de 'en préserver. Manger indignement et sans iscernenauit le Corps de Jésus-Christ, voilà
le crime; quiconque a cette audace, devient coupable du Corps et du Sang du Seigneur , en voilà l'énormité ; par là il boit et mange sa condamnation , voilà le châtiment qu'il mérite; si vous voulez éviter un crime si énorme et un supplice si épouvantable, éprouvez-vous, voilà la précaution qu'il faut prendre. Donnons un peu plus de jour à chaque article de cette importante doctrine. II. Oui, c'est commettre un nouveau péché que de recevoir Jésus-Christ avec un cœur déjà souillé de la tache infâme du péché mortel. C'est lui manquer de respect , c'est s'opposer à sa volonté. Il vient chez nous pour s'unir avec nous par amour, et le pécheur , en persévérant dans ses désordres , met obstacle à cette union, et l'offense grièvement. L'ordre, dit Origène {Hom. c. 13, in Levit.), qui avait été donné à Aaron et à ses enfants, de ne point manger que dans le lieu saint ce qui avait été présenté au Seigneur, est un commandement pour tous chrétiens de ne recevoir le Corps de Jésus- Christ que dans une âme sanctifiée par la grâce. L'Église, dit saint Cyrille (Lib. 10, in Joan. c. v), a pris occasion de la loi qui défendait aux incirconcis la manducation de l'Agneau Paschal « d'éloigner de la sainte
)) Table les Catéchumènes, parce que , bien » qu'ils eussent la foi, ils n'étaient point » encore enrichis des dons du Saint-Esprit , » qui n'habite que dans ceux qui , par le » baptême , deviennent de parfaits chré- » tiens. » Après avoir considéré, ajoute saint Chrysostôme (Hom. 3, in Ep. ad Eplies.), le soin que ceux qui assistaient aux anciens sacrifices avaient de se purifier, oserez-vous, avec un cœur impur, approcher de l'Hostie salutaire que les anges admirent en tremblant ? Scrupuleux dans les bagatelles, audacieux dans un point essentiel, vous ne voudriez pas communier sans avoir lavé vos mains, et vous avez l'impudence de communier avec un cœur rempli d'ordures. N'apportez point pour excuse votre ignorance, saint Paul vous avertit de votre devoir [Homil. 17, in. Ep. ad Uèbr.). Ne me dites pas que vous ne l'avez pas lu; au lieu de vous justifier, c'est vous condamner que de parler de la sorte. Enfin, pourquoi est-il écrit, demande saint Grégoire de Nysse [Homil. 10. in Cant.) : Venez* mes amis; buvez et mangez,, mes très-chers amis\ si ce n'est pour nous apprendre que ceux qui reçoivent l'Eucharistie doivent être sans V\ et amis de Jésus-Christ,
III. Non-seulement c'est pécher que ft communier en mauvais état, mais c'est commettre un abominable sacrilège, c'est être coupable du Corps et du Sang de Jésus-Christ, c'est-à-dire, selon l'interprétation des saints Pères (Chrysost. Thcoplian.) , que c'est être aussi criminel que si l'on avait répandu le Sang de Jésus-Christ et que si on lui avait été la vie. En effet, dit saint Augustin, le pécheur qui communie imite l'action d'Hérode qui , sous prétexte d'aller adorer le Sauveur, jaloux de sa royauté, voulait le perdre. Il 1 nouvelle , selon saint Chrysostôme et saint Grégoire {Hom. de prod. Jud.), la trahison de Judas, et faisant semblant de donner un baiser au Fils de l'homme pour lui marquer son affection, il le livre au péché, son plus cruel ennemi ; il crucifie Jésus-Christ, dit saint Thomas après saint Jérôme, et à l'exemple des Juifs , il lui ôte la vie autant qu'il dépend de lui. Peut-on imaginer un péché plus horrible que celui qui rassemble en i toute la malice de la cruelle politique d'Hérode, de l'infâme perfidie de Judas, et de l'exécrable déicide des Juifs? Voilà néanmoins jusqu'où va l'abomination d'une Communion indigne. Que dis-je? Saint Augustin (Epît. 12S) soutient que ce sacrilège est, en
quelque façon, plus énorme que tous ces autres crimes , parce que c'est pécher plus veinent de crucifier Jésus-Christ régnant dans le ciel, que lorsqu'il était encore mortel sur la terre. Mais quand cela ne serait pas, songez seulement que Judas est le premier qui a communié indignement ; comme s'il avait voulu que celui qui osa le premier faire au Sauveur un si sanglant outrage, fut le plus scélérat de tous les hommes ; et que le plus scélérat de tous les hommes fût le chef de tous ceux qui communient indignement. Faut-il rien davantage pour concevoir une extrême horreur d'un si noir attentat ? IV. Voilà le crime : considérons-en maintenant la punition. Saint Paul fait mention de deux sortes de peines dont il est châtié-, les unes regardent le corps, et les autres regardent l'âme. C'est parce que vous communiez indignement qu'il y a parmi vous, dit cet Apôtre, beaucoup de malades et de languissants, et que plusieurs meurent d'une mort avancée : voilà les peines corporelles; mais mangeant ainsi le Corps de Jésus-Christ, vous mangez votre condamnation: voilà les peines spirituelles. Hélas! il arrive souvent que les calamités, tant publiques que particulières, qu'on attribue à d'autres causes,
sont les malheureux fruits des mauvaises Communions. Quelque rudes que vous paraissent ces châtiments, remarquez ce que dit saint Paul, que pour lors Dieu nous châtie en père qui ne veut pas nous perdre, mais nous corriger et nous obliger à entrer dans notre devoir. Mais faites en même temps la belle réflexion de saint Pacien: Puisque les maladies et la mort même, ditil, ne sont pas tant des supplices que des remèdes pour ceux qui communient indignement, que le péché qu'ils commettent doit être énorme ! Que dirai-je maintenant de l'état déplorable où il réduit les âmes ? Ces pécheurs, disent les Pères, deviennent plus hardis à commettre de plus grands péchés. Car, après avoir traité avec tant de mépris le Roi de la gloire, et le Dieu de l'univers, qui est-ce, dit saint Laurent Justinien, qui pourrait les arrêter , et quel crime pourrait leur donner de l'horreur ? Ce n'est pas tout, le démon les porte ouvertement aux plus grands excès, et ils donnent aveuglément dans tout ce qu'il leur propose. Selon saint Isidore de Damiette (Lib. Ep. 346.), le démon n'attaque qu'avec précaution un pécheur qui n'ose, par respect,, s'approcher de la sainte Table ; mais quand il a communié indigne-
mont , le démon ne garde plus de mesures avec lui, il s'empare de son cœur comme de celui do Judas , et regardant une action si détestable comme le dernier degré de folie et de stupidité, il le juge capable de tout. Considérez ce qui arriva à Judas, c'est une remarque de saint Cyrien ; le démon ne prit point possession de son âme, tandis qu'il ne mangeait que l'Agneau Paschal ; mais au même instant que ce traître eut reçu le Pain sacré, il quitte la compagnie de son maître, il est emporté comme une paille par le vent, il court au désespoir et à la mort. Je m'en vais vous dire encore une chose qui vous surprendra , c'est saint Chrysostôme qui parle : Il vaudrait mieux être possédé du démon que de communier en mauvais état, tant c'est une chose horrible de fouler aux pieds le Sang du Testament. Car un démoniaque ne sera point puni pour avoir été pos- Bédé du démon : mais celui qui communie indignement, sera livré aux supplices éternels. Enfin, comme nous avons vu que ces pécheurs imitent et Judas et les Juifs, ils sont aussi punis, selon les Pères (Laur. Just. de Cœna Domin.), do la morne sorte; ils deviennent opiniâtres dans leurs désordres, et tombent dans l'aveuglement, surtout quand
c'est par malice et par impiété qu'ils commettent ce sacrilège. Comme le soleil avec la chaleur du môme rayon, dit saint Anselme (Lib. de Sacr. As. p. 2. 9.), fond la cire et endurcit la boue, de môme le Sauveur, agissant différemment selon les diverses dispositions de ceux qui le reçoivent, attendrit le cœur des uns par sa miséricorde , et en ne secourant point les autres, il les endurcit par sa justice. En un mot, les Pères regardent ces sacrilèges comme des gens déjà condamnés à l'enfer, et livrés au démon, l'exécuteur de la justice divine. C'est ainsi qu'ils expliquent saint Paul , quand il dit qu'ils mangent et qu'ils boivent leur condamnation.
V. Souffrez, mon cher lecteur, que je von adresse ici les paroles de saint Pacien (In Pacœn.). En considérant l'affreuse peinture du crime et de la punition de ceux qui communient indignement , tremblez-vous , ne tremblez-vous pas? Coupable d'un homicide, vous seriez infailliblement condamné, après avoir outragé si cruellement Jésus- Christ, vous croiriez pouvoir échapper la condamnation que saint Paul a prononcée contre ceux qui reçoivent dans un cœur souillé s Corps adorable ? Au reste, quand je me sers
des noires couleurs que les Pères me fournissent, pour représenter l'horrible attentat de ceux qui communient indignement, et les épouvantables châtiments dont il sont menacés, je proteste après saint Chrysostôme, que ce n'est pas pour éloigner les fidèles de la Communion , mais pour les empêcher de
i approcher sans préparation. Et je décris avec plaisir la belle exhortation que saint Augustin {Ser. I. de temp.) faisait à son peuple le jour de Noël. Je vous conjure, disait-il, de faire avec le concours de la grâce, tous vos efforts pour approcher avec une conscience pure , un cœur net, et un corps chaste, de l'autel du Seigneur, afin que vous méritiez de recevoir son Corps et son Sang, non pour votre condamnation, mais pour la
rison de vos âmes. Car notre vie est renfermée dans ce Sacrement, et comme le Fils Se Dieu nous en assure lui-même, si nous ne mangeons sa Chair , et ne buvons son
ig, nous n'aurons point la vie en nous; mais que celui qui veut recevoir lavie, change de vie, autrement il recevra la vie pour sa
(damnation; loin de remédiera ses maux, il les augmentera, et nu lieu de la vie il trouvera la mort. C'est nussi la conclusion que tire saint Paul. Après avoir menacé de
l'J'J DE LA COMMUNION.
tant de punitions ceux qui communient indignement, il ne conclut pas qu'il faille s'abstenir de ce Pain céleste, mais qu'il faut s prouver avant que de le manger. P/'obet autemseipsumhomOj et sic de Pane Mo cdat, et de Calice bibat (I. Cor. n. 28.)
VI. Mais qu'est-ce que saint Paul entend ici quand il nous ordonne de nous éprouver? Saint Augustin, rapporté par saint Thomas (Lect. 7. in c. 12 I. ad Cor.), dit qu'il faut que l'homme après s'être remis devant les yeux l'image du jugement dernier, en établisse un semblable dans son cœur , et que pour examiner sa vie et se juger, il monte contre soi-même sur le tribunal ; qu'ensuite sa pensée doit l'accuser, sa conscience servir de témoin, et que son cœur, en le pénétrant de douleur, et en. lui faisant verser des larmes, qui sont comme le sang de l'âme , doit être son bourreau ; qu'enfin son esprit l'ayant trouvé criminel, doit prononcer la sentence, et le déclarer indigne de participer au Corps et au Sang de Jésus- Christ. Voilà par où il faut commencer. Mais pour s'en rendre digne, que reste-t-il à faire? Le saint Concile de Trente (Sess. 13. c. 7.) répond que la coutume de l'Église montre que l'épreuve nécessaire consiste à ne point
s'approcher do l'Eucharistie quand on se s. -ut coupable d'un péché mortel, sans s'être auparavant confessé , quelque contrition qu'on croie avoir. Mais si je n'ai point de confesseur , et que je sois obligé de communier ? Saint Thomas, et après lui, tous les Théologiens, disent que dans une nécessité pressante, telle qu'est celle où se trouve un curé qui doit dire la messe un jour de Fête ou de Dimanche, il suffit d'avoir la contrition. Mais si je suis en péché mortel sans on rien savoir, quoique je me sois examiné avec beaucoup de soin? En ce cas, pourvu que vous ayez détesté auparavant par une douleur convenable le péché dont vous ne vous souvenez point alors , loin de recevoir votre condamnation, le Sacrement, que vous recevrez de bonne foi, produira clans votre âme la grâce sanctifiante. Car le saint Concile de Trente (Sess. 13. cap. 7.) ne défend hi Communion qu'à ceux qui se connaissent coupables d'un péché mortel : Nullus sibi conscius mortalis peccati. Mais suis-je oblide me confesser, quand je ne fais que douter si je suis en péché mortel ? Si ce doute est bien fondé, vous y êtes obligé; car vous vous exposeriez par là à un sacrilège; et s'y exposer volontairement, c'est le
commettra. J'ai dit, si ce doute est bien fondé, car pour les consciences délicates ei scrupuleuses qui se représentent souvent des
fautes légères comme des péchés griefs, qui doutent de la validité de leurs confessions, et qui ne se croient jamais assez disposa pour communier, il faut qu'elles suivent les sages conseils du savant Chancelier de l'Université de Paris, Gerson (L. 3. de dire fort.). (( Quand un chrétien, dit-il, a pris la » résolution de recevoir le saint Sacrement, » et que la vue de son indignité se présente ' » à lui, soit à cause qu'il ne pourra jamais » s'en rendre digne , soit principalement » parce qu'il s'imagine n'avoir pas fait une » bonne confession, ce qui peut arriver » par la suggestion du démon qui voudrait » le priver d'un si grand bien , voici la ma- » nière dont il se doit comporter. Qu'il pensr » que, quand il s'appliquerait durant cenl )) ans à se rendre digne de recevoir Jésus- )) Christ, il ne pourra jamais réussir sam » un secours spécial de Dieu; mais qu'il se » souvienne en même temps que Dieu peu )) aussi bien à présent qu'après cent ans lu , » accorder cette grâce. De plus qu'il consi » dère que personne ne peut, sans une ré » relation particulière, connaître dans cett<
» vie avec une parfaite certitude s'il est en » état de grâce, mais qu'il y a une certitude » humaine et morale qui est nécessaire , et » qui suffit dans le sujet que nous traitons. » Pour l'avoir, il faut se recueillir, exami- » ner sa conscience , et faire ce que la dis- » crétion, et ceux qui nous conduisent nous » ordonnent. Quand après avoir employé à î) cet examen le temps accoutumé , on ne » reconnaît aucun péché mortel , on peut » communier sans craindre de commettre » un nouveau péché. Que s'il nous survient » encore après cela des doutes légers , j) comme il arrive assez souvent, il faut les » mépriser et passer par dessus. » Voilà 1rs sages conseils que donne ce grand homme, et qu'on peut suivre sans rien hasarder.