‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 60 sur 105 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Du second obstacle aux effets de la Communion, qui est le péché véniel habituel.

ommi: j'écris ce traité pour tout le monde,

\CP moins pour les savants que pour ceux qui ne Je sont pas , il faut déclarer ici ce qu'on entend par un péché habituel. On en-

tend un péché qui, après avoir été commis, n'a point été rétracté. C'est pourquoi il faut bien distinguer le péché habituel d'avec l'habitude du péché. L'habitude du péché est le penchant que nous avons à le commettre, à. cause de plusieurs actes réitérés, soit que nous ayons détesté ces actes , soit que nous ne les ayons pas détestés. Le péché habituel est celui que nous avons commis sans l'avoir encore effacé par la douleur et par la pénitence, soit que nous ne l'ayons commis qu'une fois, ou que nous l'ayons commis souvent ; soit que nous en ayons l'habitude , ou que nous ne l'ayons pas. Il s'agit donc ici de savoir , si le péché véniel habituel est un obstable à tous les effets de la Communion, où s'il n'en empêche qu'une partie ; si la détestation de tous les péchés véniels commis avant la Communion, est une disposition absolument nécessaire pour communier dignement, ou si elle n'est qu'une disposition utile. IL Quoique l'opinion de ceux qui s'imaginent qu'il faut nécessairement avant la Communion se purifier, non-seulement des péchés mortels, mais même des péchés véniels, soit insoutenable, elle n'a pas laissé que de trouver des défenseurs. Ils se fondent sur quelques passages des Pères mal entendus.

Ils citent saint Jean Chrysostômo , qui dit que le temps de communier n'est pas un jour de fète^ mais le temps auquel on se sent la conscience pure, c'est-à-dire comme il l'explique, exempte de ces affections déréglées qui rendent l'àme paresseuse et négligente. Ils apportent saint Augustin, ou plutôt l'Auteur des Dogmes Ecclésiastiques, qui veut qu'on efface par les larmes de la pénitence les péchés véniels avant que de communier. Ils s'appuient de saint Grégoire et de saint Bonaventure, dont le premier interprète ces paroles de saint Paul : Que V homme s'éprouve (I. Cor. 11. 28.), même des péchés véniels, et qui en- Beigne qu'ils nous privent des fruits de la Communion; et le second ajoute, que de communier avec tiédeur et dissipation d'esprit, c'est boire et manger sa condamnation. À ces autorités des Pères, ils joignent le saint Concile de Trente, qui demande une grande sainteté et un grand respect dans ceux qui communient : paroles qui semblent emporter quelque chose de plus que l'exemption des péchés mortels. Ils confirment leur Bentiment par l'expérience, qui nous fait voir que bien (h^ nous, quoiqu'ils commuîii-nl sans péché mort'], ne font nul progrès

dans la vertu. Do tout cela ils concluent que le péché véniel habituel, est un obstacle aux effets de l'Eucharistie.

III. Ceux, au contraire, qui soutiennent qu'il suffit pour retirer quelque fruit de la Communion , d'être exempt de tout péché mortel, outre qu'ils répondent aisément aux preuves des premiers, ils allèguent aussi pour eux les Pères, les Papes, les Conciles et les raisonnements des Scholastiques. Tous les fondements de leur doctrine se peuvent réduire à trois. Le premier est, qu'il y a des péchés qui ne doivent pas nous éloigner de la sainte Table, ce sont les paroles de saint Augustin. Le second, que la Communion nous déli des péchés véniels : ce sont les termes formels du Pape Innocent III et du Concile de Trente. Voici en troisième lieu comme ils raisonnent: Puisque le péché véniel, disentils, n'est pas incompatible avec la grâce sanctifiante, il s'ensuit qu'il ne peut en empêcher l'augmentation, qui est un des effets de la Communion. De plus, l'Eucharistie lo pain de tous les Chrétiens, et le pain quotidien. Or, s'il fallait être exempt de tout péché véniel pour le manger, quand est-ce que les plus saints oseraient le faire? Enfin, ajoutent-ils, ce na jamais été la pratique

de l'Église, de défendre la Communion à èeux qui n'ont commis que des péchés véniels. Ce sentiment est vrai. Mais pour en ôclaircir la vérité, et pour découvrir la source de l'erreur contraire, il faut d'abord souvenir que la Communion a plusieurs effets, et qu'elle demande plusieurs dispositions pour les produire tous. Il faut ensuite distinguer plusieurs sortes de péchés véniels habituels, et avoir égard aux différentes dispositions de ceux qui communient après les avoir commis.

IV. On peut remarquer trois sortes de péchés véniels habituels. Les premiers sont di is péchés d'attache, dont on conserve encore non-seulement le penchant, mais aussi l'affection, avec le dessein de les continuer après les avoir commis; les seconds sont des péchés de faiblesse, que l'on commet plutôt entraîné par le penchant de la nature corrompue ou d'une mauvaise habitude, que par une pleine et entière volonté ; on peut appeler les troisièmes, des péchés de nécessité. Je ne prétends pas qu'on les commette sans liberté, je veux seulement dire avec les Théologiens, qu'encore qu'il n'y en ait aucun en particulier que nous ne puissions éviter avec le secours du Ciel , cependant, vu la fra-

gilité humaine, il est moralement imposa sible de les éviter tous, à moins que d'être confirmé en grâce comme la sainte Vierge, qui n'en a jamais commis aucun pour léger qu'il fût.

V. Les dispositions des personnes qui les commettent, sont aussi différentes que les péchés. Ceux qui commettent les péchés véniels par affection, sont des gens qui veulent précisément se sauver ; qui, sous prétexte que les péchés véniels ne damnent point par eux-mêmes , ne veulent pas se priver de cent petites satisfactions humaines qu'on ne peut prendre sans offenser Dieu légèrement ; qui ne veulent ni se gêner pour veiller sur leur conduite autant qu'il serait nécessaire pour les éviter , ni se faire assez de violence pour en fuir les occasions. Ils les commettent avec vue, délibérément, sans façon et sans scrupule ; ils s'étourdissent sur ces fautes légères, et se font une fausse confiance pour vivre en repos là-dessus, en se persuadant qu'il leur est impossible de vivre autrement, et qu'ils ne risquent rien , ou peu de chose, en vivant delà sorte. Enfin, ils traitent ces péchés de bagatelle, et ceux qui les évitent avec tant de soin, de scrupuleux et de dévots outrés. Pour ce qui est de

jeux qui commettent des péchés véniels de -faiblesse, même en grand nombre, ils ne laissent pas d'avoir un véritable désir d'avancer dans la vertu, et de se perfectionner tous les jours; mais ils sont encore si imparfaits, ils ont tant de penchant naturel aux biens sensibles, ils sont d'un tempérament si éloigné de toute contrainte , ils ont les passions si vives, ils ont contracté de si fortes habitudes, par exemple, de médire en matière légère, ou de s'accorder mille petits plaisirs naturels et humains, que, quoiqu'ils s'appliquent sérieusement à purifier leur âme et à éviter les occasions prochaines de la souiller, leur vertu est encore si faible, qu'ils ne laissent pas de tomber souvent; c'est pourquoi j'appelle leurs péchés, péchés de faiblesse. Mais après tout, s'ils pèchent, ils ne donnent pas un consentement parlait à ces péchés, ils ne les commettent, pour ainsi dire, qu'avec une demi-volonté, et ils les ressentent vivement, quelquefois même en les commettant. Les troisièmes sont les âmes saintes, dont les unes, nées avec un naturel tout propre pour la vertu, et prévenues dès leur enfance par des grâces spéciales, ont toujours vécu dans une grande innocence ; et les autres, quoiqu'elles aient reçu de la nature des pas-

-U'-i DB LA COMMUNION.

sions violentes, et qu'elles les aient suivi assez long temps, les ont cependant mortili à la fin avec le secours de la grâce, et sont arrivées à un haut point de vertu. Les in et les autres no laissent pas de commettre des fautes vénielles, quelque diligence qu'elles apportent à les éviter, et à en fuir les occasions; mais la surprise et l'inadvertence y ont plus de part que la volonté. Les péchés véniels plaisent aux premiers, et ils les laissent régner paisiblement dans leur cœur; ils déplaisent aux seconds qui les combattent, mais souvent sans succès ; les troisièmes en ont horreur, et s'ils y tombent, c'est rarement, et ils ont soin de les effacer au plus tôt. VI. C'est une grande injustice, ce me semble, de traiter de la même manière tous ces pécheurs ; c'est manquer de discernement, de leur attribuer également tout ce que les Pères disent des péchés véniels par rapport à la Communion, et d'établir comme des maximes générales et absolues, quelques propositions qui no conviennent qu'à un certain caractère de péchés. Car, enfin, est évident que saint Ambroise, quand il dit qu'il faut communier tous les jours, pa qu'on pèche tous les jours, ne veut point conseiller la Communion quoditienne à ceux

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qui commettent les péchés véniels de propos délibéré et sans nul scrupule. Il n'est pas moins visible que saint Bonaventure ne prétend point parler des péchés véniels des âmes saintes, dans lesquels il y a plus de surprise que de malice, lorsqu'il dit que les

liés véniels rendent l'âme lâche, négligente et peu disposée à la Communion, et qu'il traite de Communions indignes, celles qui se font en cet état. Si cela était, nona 1 oment les Pères se contrediraient les uns les autres , mais ils se contrediraient eux-mêmes. Comment accorderiez-vous saint Augustin avec saint Augustin, quand il dit, d'un côté, qu'il y a des péchés qui ne doivent

rit nous retirer de l'Autel; et de l'autre, (pie les péchés véniels sont une espèce de galle qui empêche les embrassements de l'Époux céleste? Comment accorderiez-vous saint Bonaventure avec lui-même ? Car il dit dans un endroit : Prenez garde de ne point ap-

►cher de la sainte Table avec tiédeur; et dans un autre : Communiez, quoique vous

ez tièdes, pourvu que vous ayez soin de vous humilier : l'humilité remplacera la ferveur qui vous manque. Je crois donc qu'il no faut pas se prononcer universellement sur ce qui regarde l'obstacle que les péchés véniels

mettent aux effets de rEuchariste, mais qu'il en faut parler par rapport à la nature des péchés, aux dispositions de ceux qui les commettent , et aux différents effets de la Communion. Je dirai simplement ce que je pense sur un sujet si important , sans vouloir néanmoins faire passer mes sentiments pour des règles infaillibles.

VIL Les Théologiens enseignent que ceux qui commettent des péchés véniels, même •de propos délibéré, et qui se soucient peu de s'en corriger, ne laissent pas de recevoir en communiant quelque augmentation de la grâce sanctifiante. La raison qu'ils en apportent est, que les sacrements opèrent d'une manière infaillible toutes les fois que le sujet qui les reçoit n'a point d'obstacle essentiel à leur effet. Or, le péché véniel, de quelque nature qu'il puisse être, nest point un obstacle à l'accroissement de la grâce sanctifiante, puisqu'il peut subsister avec elle , et qu'il ne la détruit pas. Mais ils s'en faut bien que ces chrétiens retirent de la Communion tous les avantages qu'ils en retireraient, s'ils communiaient avec une disposition plus parfaite. C'est une vérité, ce me semble, qu'il est aisé de démontrer, pour peu qu'on fasse de réflexion sur les différents effets cle la sainte

Eucharistie, et sur les dispositions qu'elle demande pour les produire.

VIII. En premier lieu, l'Eucharistie augmente, à la vérité, la grâce sanctifiante, mais comme cette augmentation est plus ou moins grande, à proportion que celui qui la reçoit actuellement plus ou moins disposé , les filmes lâches qui approchent de la sainte Table avec des dispositions fort imparfaites, sans faim, sans ardeur, avec un cœur appesanti par l'affection qu'elles conservent pour plusieurs péchés véniels, reçoivent bien moins de grâces que si elles avaient soin de s'en purifier. De plus, encore que l'Eucharistie nous donne par elle-même des grâces actuelles, qu'elle éclaire nos esprits, et qu'elle excite nos cœurs à exercer des actes de vertu ; il faut y correspondre pour en profiter. Mais ces âmes tièdes au service de Dieu , ouvriront-elles les yeux à ses divines lumières? attachées à mille affections naturelles, le goût infecté, pour ainsi dire, des plaisirs sensuels , ressentiront-elles la suavité ces joies spirituelles? Faut-il donc s'étonner si, après un grand nombre de Communions , elles sont toujours les mêmes, aussi ardentes pour les plaisirs des sens et pour les commodités de la vie, qu'elles sont

'JOli LE LA COMMUNION.

paresseuses à s'acquitter des devoirs d< piété, chrétienne ? En troisième lieu, il i vrai (rue la Communion efface les péchés véniels; mais afin qu'elle produise cet effet, tous les Théologiens tombent d'accord que nous devons ressentir quelque douleur de les avoir commis, et désirer d'en être délivrés. Or, i péchés ne déplaisent point aux chrétiens du caractère dont nous parlons ici, et ils ne forment nulle résolution de s'en corrig Mettant ainsi un obstacle libre et volontaire à cet effet du Sacrement, ils sortent de la sainte Table avec aussi peu de ferveur qu'ils s'en sont approchés. Enfin, la grâce que nous recevons par les Sacrements, est comme l fondement et le gage des secours que 1< Sauveur veut nous donner dans la suite poui arriver à la fin propre de chaque Sacrement La fin de l'Eucharistie, le dessein du Sauveui en nous donnant ce Pain céleste, est de nou faire croître dans son saint amour, de non élever comme par degrés à une éminenti sainteté. Mais quand un chrétien persiste ; vouloir vivre à son ordinaire après la Corn muni on, sans presque aucune attention à s corriger des péchés véniels , il se rend , pa sa faute , ou indigne de ces secours , ou in capable d'en profiter.

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IX. Vous voyez, âmes lâches et négligentes, qui recevez la sainte Eucharistie avec un cœur rempli de mille petites affections criminelles, les grands avantages dont vous vous privez, et les pertes infinies que vous laites. Que je m'estimerais heureux , ô mon Sauveur, si je pouvais, par le dénombrement que je viens d'en faire, porter les lâches chrétiens à lever tous les obstacles qu'ils mettent à vos libéralités ! Qui que vous soyez qui lisez ceci, si vous êtes de ce nombre, ez , je vous conjure , soyez sensibles au moins à. vos propres intérêts; purifiez vos âmes de l'affection que vous conservez pour les vanités du monde , pour l'estime des hommes, pour mille curiosités inutiles, et mille petites satisfactions humaines; désirez seulement de ne les plus aimer, ou du moins désirez d'avoir ce désir; et le iiveur, quand il entrera chez vous, éclairant votre esprit de ses lumières, répandant douceur et sa joie dans votre cœur, vous aidera à perfectionner ces désirs, à détester péchés véniels, vous embrasera d'une rite ferveur, vous donnera de puissants ours pour changer de vie, et vous rendra :ile la pratique des plus excellentes vertus. Oh! qu'il serait alors content devons,

et que vous seriez contents de lui! Vous l'aimeriez avec ardeur, et il vous comblerait de richesses et de consolations. Mais si vous n'êtes pas sensibles aux pertes que vous faites, soyez-le au moins au malheur auquel vous vous exposez. Car, comme nous le montrerons dans le dernier chapitre de cette troisième Partie, il est très-dangereux de communier souvent et de mener toujours une vie fort imparfaite.

X. Pour ceux qui commettent encore plusieurs péchés véniels, mais par faiblesse, ils trouvent dans l'Eucharistie des secours admirables pour s'en corriger. Comme ils ont faim de ce Pain céleste, et que la connaissance qu'ils ont , et de leur faiblesse , et de sa vertu, excite en eux des désirs ardents de s'en nourrir, il produit à l'égard de leurs âmes les mêmes effets que les viandes ordinaires produisent à l'égard du corps : il les fortifie et les fait croître en vertu. C'est à- eux que parle le Concile de Trente (Sess. 13, cap. n), quand il dit, que l'Eucharistie nous délivre des péchés journaliers; c'est à eux que saint Cyrille (Lib. iv, in Joan. C. 17) s'adresse, quand il dit : « Si vous vous re- » tirez de la Communion, parce que vos pé- » chés vous en rendent indignes, prenez

I garde quo le démon ne vous fasse un piège I de cette dangereuse dévotion ; car qui est- I ce qui connaît tous ses péchés ? C'est pour- I quoi, remplissez-vous de pieuses pensées, ) étudiez-vous à vivre saintement et appro- ) chez de la Communion. Croyez-moi, non- ) seulement elle préserve de la mort , mais ) elle chasse toutes les maladies. Car lors- |) que Jésus-Christ demeure en nous, il ar- ) rête la concupiscence, il fortifie la piété, ,) il éteint les passions , sans considérer les !) péchés où nous sommes; il guérit les ) malades et les blessés, et comme un bon ') Pasteur qui a donné sa vie pour son trou- ) peau, il nous relève de toutes nos chutes. » h'est encore à eux que parle saint Laurent lïustinien (Serm. cleEnch.), quand il exhorte i demander continuellement ce Pain au Père péleste, en lui disant : Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien (Matth. 6, 1). On ijoute, aujourd'hui, pour vous apprendre l[ue vous en avez tous les jours besoin. Car •uisque Jésus-Christ est immolé tous les ours mystiquement ;i l'Autel pour vos pé- •hés, vous ne devez point faire de difficulté le l<à recevoir tous les jours, sinon sacranou tellement, au moins spirituellement, pourvu que lWiI'ection au péché ne domine

point on vous. Et si vous croyez véritablement on lui, si vous l'aimez plus que toutes choses, vous le mangez spirituellement, vous devenez un membre de s corps et vous vivez du même esprit que lui.

XI. Mais que sais-je, me direz-vous, si l je désire sincèrement renoncer à tout péché véniel? Ne peut-il pas en échapper quelqu'un à ma connaissance? et puis, je sens ur si grand penchant pour quelques-uns, qu'i." me paraît moralement impossible de m' préserver. Saint Cyrille a répondu à votre première difficulté, quand il a dit que personne ne connaît bien tous ses péchés selon le Prophète Royal: Belicta quis inteh ligit (Ps. 18. 13). ° et que cependant cette ignorance ne doit pas nous retirer de h Communion. Saint Laurent Justinien répone à la seconde, quand il dit que c'est asse. que l'affection au péché ne domine point ei nous. Or, pour grand que soit votre peu chant, il ne domine point tandis que vou lo combattez, et que vous faites vos effort pour le détruire. D'ailleurs, il faut bien dis tingner le penchant d'avec l'affection. Lpenchant est un amour involontaire qu nous entraîne comme malgré nous; mais o: entend par l'affection, un amour et un

volonté libre. Ce n'est point le penchant, mais l'affection, qui empêche l'effet de la Communion; le penchant nous rend malades, l'affection nous rend criminels : l'Eucharistie guérit ces maladies involontaires; mois l'affection libre met obstacle à votre guérison. Que si, enfin,, vous craignez de n'avoir pas ce désir de vous défaire de tous vos péchés, souhaitez du moins de l'avoir; dites avec David : Seigneur j mon âme souhaite de désire)^ votre justice (Ps. 118.20), et communiez avec confiance et avec humilité.

XII. Je dis en dernier lieu, que les péchés véniels des personnes qui, après avoir toit de grands progrès dans la vertu, ne pèchent que par la fragilité de la nature humaine, ne doivent point les empêcher de communier. Car puisque le juste pèche sept fois le jour, si ces péchés étaient une raison pour se retirer de la sainte Table, qui oserait en approcher? Et s'ils empêchaient les plus intimes communications avec le Sauveur, qui est-ce qui pourrait les espérer? Il rapporté dans la vie de Marie d'Ognies f>. I. cap. ni. foc. de virg.) qu'un reliiix <}o l'ordre de Citeaux, s'étant mis en tête de ne point communier qu'il ne se fut

purifié de tout péché véniel, et de tout mouvement de sensualité, pensa tomber dans le désespoir; mais que, s'étant adressé à cette grande servante de Dieu, et ayant écouté ses avis, il communia, et se trouva guéri de ses scrupules. Il faut entendre Cassien sur ce sujet. Après avoir dit que ceux qui ont crucifié leur chair avec ses. vices et ses convoitises, ceux pour qui le monde est un crucifix, qui non-seulement ont déraciné tous les vices de leur cœur, mais qui tâchent d'en bannir de leur mémoire jusqu'au souvenir, ne laissent pas cependant de reconnaître avec sincérité, qu'ils ne peuvent passer presque une heure sans tomber en quelque faute : voici ce qu'il ajoute : « Bien » loin do nous priver de la Communion, » parce que nous nous reconnaissons pé- » cheurs, c'est une raison pour nous hâter » d'en approcher, et pour y recourir avec » avidité, comme à la médecine de nos » âmes, et à un excellent moyen de les » purifier. » Il faut seulement donner ici deux avis aux personnes qui sont dans ces dispositions. Le premier est de saint Grégoire, et le second est de Cassien. « Parce » que même les élus, dit saint Grégoire, » [Mb. X. in 2. Erg.) ne peuvent pas être

» sans péché, il faut avant la Communion

» qu'ils fassent leurs efforts pour expier les

)) fautes dont la fragilité humaine ne cesse

•) point de les souiller. Car s'ils y man-

o quent, ces fautes, quoique très-petites, les

») remplissent peu à peu, et les privent avec

') justice du rassasiement intérieur. » Le

second avis qui est de Cassien (Coll. II,

'. vu) n'est pas moins considérable. Il aver-

,it les âmes les plus saintes de se regarder

oujours comme indignes de communier.

< Nous devons, dit-il, fortifier notre âme

) d'une si grande humilité, comme d'une

) sûre garde, que ce soit une maxime soli-

) dément établie dans notre esprit, que

) quand nous aurions accompli avec la

> grâce de Dieu, tout ce que j'ai dit aupa-

i ravant, nous n'arriverons jamais à un

i degré de pureté qui puisse nous faire

) croire que nous soyons dignes de com-

i mu ni (H-. » Mais avec ces précautions,

ipprochez, âmes saintes, approchez le plus

iouvent ([ue vous pourrez de la Commu-

lion. Que ces fautes de surprise et de pure

ragilité, qui vous rendent plus misérables

[ue criminelles, ne vous en éloignent jamais.

toint Paul (Hebr. 4. 15) nous assure que

tous avons un Pontife qui sait compatir à

nos infirmités, et ces fautes font naître dans son cœur plus de pitié pour nous que d'indignation contre nous ; plus elles posent sur notre cœur, moins elles rendent notre cœur pesant, et c'est pour nous décharger de ce fardeau que le Sauveur nous invite de venir à lui. Venite ad me omnesJ qui laboratis onerati estisJ et ego reficiam vos (Math, n, 28). Quelquefois môme il veut bien consoler les âmes qui s'affligent avec excès de ces sortes de fautes, et quelquefois il les reprend comme si elles faisaient injure à sa mi ricorde. 0 Dieu d'Israël, que vous êtes bon à ceux qui ont le cœur droit et qui vous cherchent avec sincérité ! Quam bonus Israël Drus his, qui recto sunt corde (Ps. 72, 1). XIII. Au reste, encore qu'il soit avantageux de se purifier de tout péché véniel, il y en a de deux espèces sur lesquels il faut in ire une attention particulière, et dont i faut tâcher d'expier jusqu'aux moindres taches, parce qu'ils ont une opposition spéciale aux fruits de ce Sacrement. Les premiers sont les péchés contre la Charité, e les second sont les péchés contre la Pureté Le Sauveur se donne aux fidèles dans 1, sainte Eucharistie pour les réunir ensemble ainsi que les membres du même corps : vou

ne pouvez donc en approcher avec un cœur plein de ressentiment, sans mettre obstacle à son dessein. C'est pourquoi les Pères ne n mis recommandent rien si expressément que la réconciliation avant que de communier. Celui, dit saint Augustin (Serm. 36. 16), qui reçoit le Sacrement de l'Unité sans ponserver le lien de la Paix et de la Charité, bien loin de profiter de ce Mystère, il y trouve un témoignage contre lui-même.

Mysterium non accipit pro se, sed testimoniurn contra se. « Qu'il ne m' arrive jamais, » disait saint Bernard (Lib. de Disp. et )) Prœc. 3), d'approcher du Sacrifice de paix » avec un esprit troublé de colère, ou de » recevoir en mauvaise intelligence avec )) qui que ce soit, le Sacrement dans lequel I Dieu, comme la Foi me l'enseigne, récon- )) cilié le monde avec lui. » C'est de là que dans certaines églises on criait autrefois avant la Communion : Nemo contra ali-

m : Quiconque veut communier, ne doit avoir d'inimitié, ni de ressentiment contre personne. Dans d'autres on criait : Que ceux qui ont des procès se retirent. Cela se doit entendre des procès injustes, ou accompagnés d'aigreur et de haine. 11 y en avait

m quelques-unes où tous les nus on assein-

21f> DE LA COMMUNION.

blait doux Conciles Provinciaux pour te miner tous les différends publics, et l'un tenait avant les fêtes de Pâques, afin, dit Je Concile de Nicée, qu'après avoir apaisé toutes les inimitiés, on puisse offrir à Dieu fee don pur et solennel.

XIV. Les péchés contre la pureté ne sont pas moins contraires aux effets de la Communion que les inimitiés. Car si le Sauveur unit ensemble par ce Sacrement tous le fidèles, c'est en s'unissant lui-même a eux. Or, il n'y a point de péché dont le Sauveur ait témoigné plus d'horreur que d< l'impureté. Il a permis qu'on lui imposât le plus noires calomnies, qu'on le traitât d( séditieux, d'ivrogne, de blasphémateur ; mai< il n'a jamais permis que ses plus cruels ennemis s'avisassent de lui rien reprocher sur h chasteté. Au contraire, il n'a rien oublié poui nous marquer combien cette belle vertu te était chère. Il s'est choisi une mère qui fù Vierge, il a voulu que son père putatif sain Joseph et son favori saint Jean, le fussen aussi. Cette belle troupe qui approche d< plus près l'agneau qui le suit, et l'accompagne partout dans le Ciel, n'est compoque de Vierges; et l'Épouse nous assure qu< son bien-aimé ne prend ses repas ni se

fl

Bvertissements que parmi les lis, dont la dancheur est le symbole de la virginité. 7est pour cela que les Pères spirituels perneUcnt plus facilement la fréquente Cornmm ion aux personnes qui vivent dans le •élihat, qu'à ceux qui sont engagés dans le nariage. C'est pour cela qu'ils exhortent les )ersonnes mariées à garder la continence panel ils doivent communier. C'est pour •ola qu'ils conseillent à ceux qui ont eu pielque illusion déshonnete durant leur lommeil, de différer leur Communion, lors-

e cela se peut sans scandale, et qu'aucune aison importante ne les oblige d'en user intrement.

XV. Mais il faut avertir les âmes scruwleuses et les consciences timorées, de se tanner de garde d'une autre extrémité, et le s'imaginer que toutes les pensées conraires à la chasteté doivent les éloigner de tt Sacrement. L'horreur qu'elles ont de ces Icheuses imaginations, et la douleur qu'el- 11 ressentent, sont des marques ceraines que la nature toute seule, ou le démon

ont plus de part que leur volonté. Pourvu

[tt'elles soient fidèles à les désavouer et à

:ombattre, durassent-elles des jours en-

iers, bien loin de ternir leur pureté, elles

ne serviront qu'à en augmenter l'éclat, et au lieu de diminuer le nombre de leurs Co mimions, elles doivent plutôt l'augmenl Car le Sang de Jésus-Christ étant un vin qui produit les Vierges, il les délivrera des attaques importunes de cet ange de Satan. ou il leur donnera des forces pour y résisti Au contraire, en se retirant par une craint* excessive et mal entendue de la sainte Table, elles feraient triompher le démon, qu ne manquerait pas de se servir souvent di môme artifice, afin de les priver d'un mo\ si efficace pour conserver l'innocence.

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