CHAPITRE PREMIER
Le dessein de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est de s'unir avec nous pour nous engager à l'aimer.
ioutes les amitiés, dit saint Thomas, sont fondées sur quelque unité , et l'amour mutuel est d'autant plus grand que l'union est plus étroite. C'est pour cette raison qu'un père aime son fils, qu'un fils aime son père , et que tous les parents s'aiment les uns les autres; car personne, comme dit l'Écriture, ne hait son sang : Nemo enirn unquam car oc m suam odio habuit (Eph. V, -2!)). L'union d'esprit produit le même effet. Les adorables Personnes de la Trinité s'entr'aiment infiniment, mais aussi ne sontelles qu'un même esprit, et cette unité de nature est l'une des principales sources de leur amour. Le mystère de l'Incarnation is marque la même chose, car c'est pour .lier les cœurs de tous les hommes, que le Fils unique de Dieu a bien venin contracter une alliance si étroite avec la nature humaine. Mais parce que dans ce mystère il ne s'était uni qu'avec le corps et. avec l'ai
dTun seul homme, il a établi lé sacrement de l'Eucharistie pour s'unir et de corps et d'esprit généralement avec tous ceux qui communient clignement, et pour les engager,
par cette double union , à l'aimer plus parfaitement. C'est ce qui a donné occasion à quelques-uns des Pères (Chrys. Joann.
Damas, si: 4. de 1. de c. 4), d'appeler l'Eucharistie une extension de l'Incarnation , et même de préférer en quelque façon à cet égard, le second bienfait au premier.
II. Comment par la Communion sommesnous unis corporellement avec le Fils de Dieu? Pour le comprendre, distinguez avec les Pères et les théologiens deux corps dans Jésus-Christ, un corps naturel et un corps mystique. Il s'est revêtu du premier dans le sein de l'auguste Marie sa mère, mais il a formé le second de tous les fidèles; et par la digne réception de son Corps naturel, nous devenons les membres de son Corps mystique d'une manière plus excellente que par aucun outre sacrement. Le Corps mystique de Jésus-Christ, dit saint Thomas, (Opusc. 58 de Sac. Altar, c. 14.) c'est l'Église, il en est le chef, tous les fidèles en état de grâce en sont les membres, mais c'est par la Communion que nous y som-
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mes incorporas. Tous les Pères tiennent le même langage. « La raison, dit saint Chry- » sostôme (II <>,>( il , ad yop. Antioc), qui a » porté le Sauveur à se donner à nous par » la Communion, a été de l'aire un tout avec ) nous, et de s'unir avec les fidèles com- » me le chef avec ses membres. Car, ajou- » te-t-il en un autre endroit (Homil. 85, » in Matth.), il ne s'est point contenté de » so faire homme, d'être flagellé et d'être » crucifié pour notre amour; il a aussi » voulu ne plus faire qu'un même corps )) avec nous, non-seulement par laFoi, mais )) effectivement; non-seulement parla Cha- )) rite, dit-il encore ailleurs (Hom. 45, in )) Joan.), mais réellement. % C'est de cette union mystique qu'il faut entendre saint Cyrille et saint Hilaire, quand ils comparent l'union que nous contractons avec Jé- Bus-Christ, en communiant, le premier à (••'Ho de doux cires fondues et mêlées ensemble, et le second à l'unité d'essence dos trois augustes personnes (\o la très-sainte Trinité. Enfin saint Paul (J. Cor. 10. 17.), dit expressément, que tous les ftdèl après s'être nourris du même pain, no font plus qu'un corps. ( > um <■',,•]>"* multi sumus omnesqui de uno pane participamus.
Mais, on vérité, quelle reconnaissance devons-nous au Sauveur pour un si grand bienfait? « 0 homme! s'écrie saint Jean » Chrysostô-me (Homil. 60, ad popid. An- » tioc), médite, considère l'excellence et » l'honneur que tu reçois en approchant de » la sainte Table. Nous y mangeons Celui » que les anges ne regardent qu'en trem- » blant, qu'ils n'osent presque envisager à » cause de l'éclat dont il brille; nous nous » unissons à lui, nous devenons avec lui » une même chair et un môme corps.
III. L'union de l'esprit est une suite naturelle de l'union corporelle: car n'étant plus qu'un même corps avec Jésus-Christ, il est manifeste que nous devons être animés de son esprit, c'est-à-dire, du Saint-Esprit. Voici comme saint Cyrille d'Alexandrie explique ce mystère. (( La communication » du Saint-Esprit, dit ce Père, (Lib.
» IL in Joan., cap. 2.) a commencé par » Jésus-Christ ; c'est lui qui l'a reçu le » premier. Car encore qu'il soit Dieu par » nature, cependant on conçoit qu'en qua- » lité d'homme semblable à nous, il a reçu » l'onction et la sanctification du Saint-Es- » prit. Mais c'est lui-même qui a sanctifié » son temple, c'est-à-dire, son humanité, et