‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 66 sur 105 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Faut-il se préparer à la Communion? En quoi consiste cetlc préparation? Combien de temps y faut-il employer?

<V?l est certain que la préparation est néjj^ cessaire. Saint Paul nous l'enseigne. Éprouvez-vous, dit-il, sondez, examinez votre cœur. Lorsque David prenait des mesures pour bâtir un Temple au Seigneur : C'est un grand ouvrage, disait-il, car il ne s'agit pas de préparer une demeure à un homme, mais à Dieu (I. Parai. 29, 1). On peut dire a\ bien plus de raison la même chose, quand 01 se dispose à la Communion. Car jamais \< Seigneur n'a habité dans le Temple de Jérusalem d'une manière comparable à celle don! il habite dans nos cœurs, quand nous recevons la sainte Eucharistie. Le Sage dan^ l'Ecclésiastique nous défend de vaquer à 1; prière sans nous y être préparés (Eccli. 18. û:\) : c'est tenter Dieu, dit-il, c'est vouloii

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pi'il quitte sa manière ordinaire d'agir, pour aire unmirach. Or Dieu, loin cle favoriser es intentions de ceux qui le tentent, les puîit grièvement. Si donc vous allez à la Comnunion, qui est le plus excellent de tous les noyens pour traiter avec Dieu, sans vous y ?tre disposés, pouvez-vous éviter le châtiment que ces téméraires et ces présomptueux entateurs méritent? Cette préparation a touours été en usage, et dans les premiers siè- •les de l'Église un diacre avant la Commuîion criait à haute voix : Sancta SancliSj les

s saintes ne sont que pour les saints, ït saint Grégoire rapporte que dans certai-

lilises particulières, on ajoutait : Que •eux qui ne sont point disposés fassent place tux autres : Qui non suntparati rient locitm ■'t'/rris. Si nous avons tant de soin, dit saint ihrysostôme, que les vases sacrés soient lots, précieux et luisants, il est encore bien pas nécessaire que nos âmes soient pures et

s de leurs ornements, qui sont les verus. Car ces vases ne sont que comme le shemin par où le Sauveur passe pour venir

nous ; mais nos cœurs sont le palais et fl Temple où il veut faire sa demeure. Enfin, >i Ton fait tant de préparatifs pour recevoir 68 rois de la terre, quand même on n'en

attendrait aucune faveur, ne serait-ce | une chose indigne que d'aller étourclimi et sans nulle préparation, recevoir le roi du Ciel, lui qui ne vient dans nos âmes que pour les combler de grâces.

IL Mais en quoi consiste cette préparation? En trois choses. Premièrement, il faut prendre un dessein conforme à celui du Sauveur, et c'est ce qui s'appelle pureté d'intention. Il faut, en second lieu, purifier son cœur et son corps, et c'est ce qui s'appelle disposition négative. Il faut, enfui, exercer des actes de vertu, comme de Foi, d'Espérance et de Charité, et c'est ce qui s'appelle disposition positive. Il faut, en un mot, après s'être mis en état de grâce, quand on n'y est pas, exciter dons son cœur la faim spirituelle et le désir de la Communion. On distingue pour l'ordinaire deux sortes de préparations : l'une éloignée, et l'autre prochaine ; mais elles consistent toutes doux à peu près dans les mêmes exercices. S'il y a quelque différence, c'est que, dans la préparation éloignée, or doit employer pUis de temps à purifier son cœur, et à se proposer des considérations propres pour nous exciter à produire des actes de vertu ; au lieu que, dans la préparation prochaine, on suppose le cœur déji

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purifié et L'esprit rempli de ces saintes considérations. C'est pourquoi on ne s'applique

qu'ii des actes vifs et ardents cle toutes lis vertus, et surtout de cette faim spiri-

e, et de ce désir enflammé de posséder

is-Christ.

III. Ainsi, quand vous devez communier, commencez par considérer le dessein que le Sauveur s'est proposé dans ce Sacrement, et conformez-y le vôtre. Gardez-vous de communier par respect humain, pour mériter l'estime des hommes, pour éviter leur censure , ou précisément parce que vous avez coutume de communier à certains jours.

mmuniez pour déraciner vos méchantes habitudes, pour vous fortifier contre les tentations, pour obtenir des grâces, soit pour vous, soit pour les autres; pour acquérir une parfaite ressemblance avec Notre- Seigneur, pour vous unir à lui, et pour hoconjointement avec lui son Père. Voilà les motifs qui doivent vous conduire à la sainte Table.

IV. Appliquez-vi asuite à purifier voeur et votre corps; v< sur, par la

leur .4 la confession de vos péchés, et

par la mortification. Souvenez*

^"ous surtout de ce que nous avens dit dans

la troisième Partie, que pour participer abondamment aux fruits de ce Sacrement, il faut détruire jusqu'à l'affection qu'on aurait aux péchés véniels. C'est pourquoi il est trèsavantageux, môme après avoir confessé les fautes les plus considérables , de s'exciter de temps en temps à la contrition des plus légères, et de former la résolution de les éviter sans nulle réserve. Il est aussi trèsutile de joindre à ces exercices intérieurs de piété, des œuvres pénibles et humiliantes, afin de purifier par le feu de la mortification les organes du corps et les puissances de Tàme, qui ont servi d'instrument au péché. Si les fidèles de l'ancien Testament observaient tant de différentes purifications pour entrer dans le Temple, et avant que de présenter leurs sacrifices, avec quel soir devons-nous purifier nos cœurs et nos corp* souillés par tant de crimes, pour les disposeï à contracter une union si intime avec k Saint des Saints ?

Gela fait , produisez des actes de toute* les vertus, mais particulièrement de Foi d'Espérance et de Charité. Les autres actes comme d'Adoration, d'Humilité, de Confiance, de Remerciement et d'Offrande, naîtron de ceux-là comme de leur source. Il vou:

sera aisé de le faire, si vous avez soin de vous remplir de saintes considérations sur merveilles que le Sauveur opère , et sur les bontés qu'il nous témoigne dans ce Mystère, comme nous l'avons dit dans la seconde Partie. Et les essais que nous donnerons de ces actes pourront encore en faciliter la pratique.

VI. Pour ce qui est du temps qu'on doit mettre à se préparer, on ne peut pas donner une règle générale pour tout le monde. Le cardinal Bellarmin croyait qu'il serait fort avantageux de rétablir l'ancienne pratique en l'Eglise, pour ceux qui ne communient qu'à Pâques, et de les obliger de se confesser la première semaine de Carême, afin qu'ils puissent ensuite, en jeûnant et en entendant la parole de Dieu, se disposer aux fruits de la Communion. Ceux qui ne communient que trois ou quatre fois l'an, devraient, sept ou huit jours avant que d'approcher de la Table du Seigneur, quitter l'embarras de leurs affaires, employer un ou deux jours à examiner leur conscience, et à s'exciter à la douleur de leurs péchés, le troisième jour, et durant les autres réitérer souvent d^< actes de contrition, s'exercer dans les oeuvres de pénitence,

jeûner, visiter les prisons et les hôpitaux, l'aire des aumônes selon leurs biens et leurs commodités , repasser dans leur esprit , ou du moins lire attentivement les considérations et les réflexions qui sont clans la seconde Partie, pour vivifier leur Foi, animer leur Espérance, embraser leur Charité, et produire des actes des autres vertus. La veille du jour de leur Communion, ils retourneraient au tribunal de la Pénitence pour se purifier tout de nouveau dans le Sang de Jésus-Christ, et pour se confesser des péchés qu'ils auraient ou omis par oubli dans leur première confession , ou commis depuis. Car , en vérité, c'est une chose bien indigne de voir un chrétien qui vient de se décharger de mille ordures aux pieds d'un confesseur, manger un moment après le Pain des anges, et avec une imagination encore toute remplie des fantômes hideux des plus énormes péchés , recevoir le Saint des Saints et le Roi des Vertus. Faut-il s'étonner après cela s'ils retirent si peu de fruit de ce Sacrement , et s'ils retombent, presqu'aussitôt après avoir communié, dansleurspremiersdérèglements.

VIL C'est une pratique très-utile pour ceux qui communient tous les mois ou toutes les semaines, de s'y préparer durant trois

jours. Ceux qui communient doux ou trois fois chaque semaine, doivent employer l'intervalle qui se trouve entre doux Communions, en partie à remercier Notre-Seigneur de la précédente, et en partie à se disposer à la suivante. Mais pour ceux qui communient tous les jours ou presque tous les jours, comme les prêtres, les religieuses et les personnes qui font une profession particulière de piété, ils doivent s'éloigner de l'embarras des affaires séculières, et à plus forte raison des plaisirs du monde, s'étudier aune :ude pureté de conscience, méditer tous les jours quelque chose de ce grand Mystère; en un mot, toute leur vie doit être une préparation continuelle à cet auguste Sacrement, qui est la fin de tous les autres.

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