ARTICLE II
J)e la préparation éloigm
I. Je renferme cette préparation éloignée dans L'espace d 'trois jours. Plusieurs saints, fime saint François d gia, en ont
ainsi usé, lorsqu'au commencement de leur conversion, ils ne communiaient qu1une fois la semaine. L'exempl i de ({ni demanda
permission à Pharaon do mener le peuple d'Israël durant trois joiu d us le désert,
pour sacrifier au Seigneur, et Tordre que Dieu donna à ce même peuple, de se préparer durant trois jours à recevoir sa loi, en lavant leurs habits et en s'abstenant de l'usage du mariage , semblent avoir donné occasion à cette pratique. On pourra cependant augmenter ou diminuer ce temps selon ses besoins, et par rapport à l'intervalle qui se trouvera entre deux Communions. Ceux qui communient souvent pourront pratiquer en trois différents temps de la même journée ce qu'on marque ici pour trois jours entiers. II. Voici la méthode qu'on pourra garder. Premièrement, on choisira chaque jour un sujet qui serve d'entretien principal , on le méditera, ne fusse que durant un quart d'heure, et l'on y rapportera les autres exercices de là journée. En second lieu, encore qu'on puisse produire plusieurs actes de vertu, il est à propos de s'attacher chaque jour à une vertu particulière , afin que par les actes souvent réitérés on s'en forme une plus parfaite habitude. En troisième lieu, il faut se purifier de ses fautes, surtout de celles qui sont le plus opposées à la vertu, dont on s'est proposé la pratique. Quatrièmement, joignez la mortification à la contrition de vos péchés, mais, autant que vous le
urrez, une mortification convenable au sujet principal du jour. Il faut, en cinquième llieu, s'adresser à Tune des personnes de la Très-Sainte Trinité. Invoquez aussi tous les jours la sainte Vierge , les Anges , tous les bienheureux, et en particulier votre Ange gardien et vos patrons, priez-les de vous aider à vous acquitter dignement de tous
3 devoirs. Enfin, il sera bon d'apprendre par cœur quelques oraisons jaculatoires, et de s'en servir durant le cours de la journée, soit pour exercer des actes de vertus , soit pour purifier son cœur.
Occupation du premier jour.
Le sujet principal est de considérer la
mdeur et la majesté de celui que vous
ez recevoir. Vous exercerez des actes de
Foi, et vous vous adresserez au Père Éternel.
MÉDITATION
I. Considérez qui est celui que vous devez '•voir, étalez à vos yeux toutes les merveilles que renferme la sainte Eucharistie, tes les perfections et toutes les vertus du Sauveur qui y est caché. Qui est donc celui à qui je prépare une demeure dans mon cœur? (Test le Verbe de Dieu , c'est le Fils unique
du Tout-Puissant, égal en bonté, on sagesse, on puissance, on sainteté, à son Père, et l'objet éternel de ses plus tendres complaisance. C'est le Sauveur des hommes , le Fils de la sainte Vierge, le roi de l'univers, le plus beau , le plus parfait , le plus saint , le plus aimable des enfants des hommes, le chefd'œuvre le plus accompli de la nature et de la grâce. C'est Jésus- Christ conçu dans le chaste sein de Marie, né dans l'étable de Bethléem, adoré des Mages, qui a prêché une doctrine toute céleste, qui a fait une infinité de miracles, qui a répandu son sang pour moi, qui est mort sur la Croix pour le salut de tous les hommes. C'est celui qui est sorti glorieux et triomphant du tombeau, où il avait été enseveli, qui est monté au Ciel par sa propre vertu, qui est assis dans la gloire à la droite de son Père, et qui fait le plus bel ornement du Paradis. Voilà celui que je dois recevoir. Mais hélas ! suis-je bien persuadé de cette vérité? Si je l'étais véritablement, avec quelle ardeur courrais-je à la Communion, avec quel soin préparerais-je mon cœur, quand je dois en approcher! Cependant je n'en puis douter. Car le Sauveur, la Vérité infaillible m'en a assuré ; il me l'a répété en plusieurs endroits. Ceci est mon Corps, dit-
il, le Pain que je donnerai est ma Chair. Ma Chair et itablement une Viande, et
n Sang est véritablement vn brevrar/e (Joan. 6. l'rl. 55.). De quoi puis-je douter après c< la? Est-ce de la vérité de ses paroles ? Il est infaillible, il ne peut ni se tromper lui-même, ni tromper personne. Est-ce de sa puissance? Elle est infinie, et rien ne résiste à sa volonté. Est-ce de sa bonté ? Elle est sans borne. Non, mon Sauveur, je no doute nullement de votre puissance au gaint Sacrement de l'Autel ; et si j'en doutais, tnon adorable Maître, ce ne serait ni l'incrédulité des libertins, ni les disputes des hérétiques,ni le rapport de mes sens, ni la faiblesse de ma raison, à concevoir cette incompréhensible Mystère; ce serait mon indignité qui m'en ferait douter. Qui suis-je pour recevoir dansmon cœur le Dion du ciel et de la terre? Mais puisqu'il veut bien me faire cet honneur, au moins je ne dois rien épargner pour le bien recevoir. Que vous plaîtil. Seigneur, que je fasse, pour rendre mon
ur agréable à vos yeux, et une digne demeure de votre infinie Majesté? Faut-il en bannir le péché ? Je les déteste tous sans
serve, je ne veux conserver d'attache ni d'à aucun, pour léger qu'il soit.
Faut-il croire toutes les merveilles que vous opérez dans ce Mystère ? Je les crois, ô mon Dieu, et je suis prêt de les signer de mon sang. Je vous adore dans l'Eucharistie comme mon Dieu : J'espère en vous comme en mon Sauveur : Je vous aime comme mon père , comme mon frère, et comme le divin époux de mon âme. Père Éternel, vous qui êtes la première source de tous les dons qui descendent du ciel sur la terre, augmentez, perfectionnez ma foi sur le mystère de l'Eucharistie. Remplissez mon esprit de lumières, afin qu'il pénètre ces sombres voiles sous lesquels votre Fils unique et mon Sauveur est caché ; mais ornez mon cœur en même temps des splendeurs de sainteté, au milieu desquelles vous l'engendrez de toute éternité. C'est mon Sauveur : ne me le refusez pas, faites-le descendre du ciel pour le salut de mon âme. Mais c'est votre Fils : ne souffrez pas qu'il soit reçu dans un lieu indigne de son origine et de sa grandeur.
II. Il faut ce jour-là faire souvent des actes de Foi de la présence de Notre-Seigneur, tantôt de la présence de son Corps, tantôt de la présence de son Sang ; tantôt de la présence de son Ame et de sa Divinité. Il y faut ajouter des actes des autres vertus, qui
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naissent de la Foi et de la ferme créance de la présence de Notre-Seigneur au saint Sacrement. Ces vertus sont l'humilité, le respect, l'adoration, la révérence, quand on lui rend quelque visite.
III. Examinez-vous sur les fautes qui blessent la présence et la grandeur du Sauveur dans l'Eucharistie , comme sont les distractions, les irrévérences, les immodesties dans TÉglise, la paresse et la négligence à se préparer à la Communion, à entretenir le Fils de Dieu après l'avoir reçu , l'indifférence à lui rendre visite , et à s'acquitter avec attention et avec ferveur de tous les devoirs qui le regardent. Car toutes ces fautes viennent ordinairement de peu de foi. Il faut s'en purifier par la contrition et par les larmes de la pénitence. Le motif principe 1 de la contrition sera la grandeur et l'excellence de Jésus-Christ.
IV. Il faut expier ses fautes par la mortification soit intérieure, soit extérieure. La mortification intérieure de ce jour-là, consista à chasser de sun esprit toutes les pen-
- qui pourraient nous donner de l'estime pour les créatures, ou nous faire désirer leur estime, afin de ne reconnaître rien de grand que .Jésus, et ne rien souhaiter que
d'être estimé do lui; à nous abstenir dos lectures curieuses, à éviter les entretiens do nouvelles et de choses inutiles , à priver nos yeux de choses agréables et nos autres sens de tout ce qui leur plaît naturellement, pour'punir notre esprit d'avoir cherché du plaisir ailleurs que dans le Sauveur, et dans la considération de ses adorables perfections. Il faut aussi rejeter les louanges, les rapporter à Dieu, et souffrir volontiers les rebuts, les mépris, les humiliations, afin de satisfaire à la justice divine pour les fautes que l'orgueil et la vanité nous ont fait commettre, en recherchant l'honneur et la gloire qui n'est due qu'à Dieu et au Sauveur. On pourra ajouter quelque austérité corporelle, et quelques marques extérieures d'un profond respect à l'égard du saint Sacrement, comme de se prosterner devant l'autel où il est.
V. Voici quelques oraisons jaculatoires dont on pourra se servir durant le jour: Tu es Christiis Filius Bel vivi (Math. 16, 16); je crois que le Fils du Dieu vivant est dans la sainte Eucharistie. [Domine) adaugenobis fidem (Luc, 17, 5); Seigneur, augmentez cette foi et cette croyance. Omnis terra
adoret te psalmum dicat nomini tvo
(Psal. 65, 43); que toute la terre vous adore,