‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 68 sur 105 · QUATRIEME PARTIE. 2f · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE. 2f

o mon Sauveur, et qu'elle chante continuel i ;nt vos louanges. Adorent eum omnes .• (Hebr. i, G) ; Esprits bienheureux, adorez votre Dieu sur nos autels. Qidd est homo qaod mèmor es ejusP aut filins homiquoniam visitas eum (Psal. 8, 5)? qu'ostfiie riiomme? par quel endroit mérite-t-il que vous pensiez à lui, et que vous lui rendiez visite? Universa vanitaSj omnis homo virées (Psal. 38, G),- et dignum ducis sv.per hujuscemodi aperire ocvlos /?/os(Job, 14, 3)î L'homme n'est que misère et vanité, et vous daignez cependant le regarder, le considéra jusqu'à venir loger chez lui!

Occupation du second jour.

Les libéralités du Sauveur dans la sainte Eucharistie feront l'entretien du second jour. Vous exercerez particulièrement des actes d'Espérance. Vous vous adresserez à lui, comme ;i la source de toutes les grâces, <it l'auteur de votre salut.

MÉDITATION

I. Considérez pourquoi le Sauveur a voulu se cacher sous les accidents du pain et du vin, et venir chez nous. 11 descend sur nos

autels, pour converser plus familièrement avec nous, pour rire notre consolation, notre asile et notre refuge sur la terre. 0 quel excès de bonté ! Il descend dans nos cœurs pour les purifier, pour arrêter les emportements de nos passions, pour éteindre le feu de la cupidité, pour nous fortifier contre les tentations, pour soumettre la chair à l'esprit, et l'esprit à Dieu, pour augmenter en nous la grâce et toutes les vertus, pour nous embraser de son amour, et pour s'unir intimement à nous, nous communiquer toutes ses richesses et tous ses trésors , pour faire de nos âmes autant de chastes épouses, pures, belles, et fécondes en toutes sortes de bonnes œuvres, pour servir à nos corps d'un germe d'immortalité, leur donner droit à une résurrection glorieuse, et les disposer à tous les avantages de la gloire éternelle.

0 que de biens, que de grâces, que d'admirables faveurs ! Non, Seigneur, je n'oserais pas les espérer, si vous ne les aviez pas promises tant de fois et si solennellement. Mais vous m'avez dit que le pain que vous donneriez, serait un pain de vie ; que celui qui mangerait votre Chair et boirait votre Sang, vivrait- éternellement, et que vous le ressusciteriez au dernier jour. Après des pr ornes-

sos si authentiques, puis-je encore douter de votre disposition à mon égard? Mais quand je considère que vous voulez bien vous donner vous-même, puis-je craindre que vous me refusiez vos plus insignes faveurs? Que vous êtes bon, que vous êtes libéral, que vous êtes magnifique dans vos promesses et dans vos bienfaits!

Mais, que je suis négligent à profiter de vos libéralités ! Car enfin si je n'ai point encore reçu ces grâces dont vous voulez me combler, ce n'est point votre faute, c'est la mienne, c'est que j'arrête le cours de vos miséricordes par mon insensibilité pour les biens du Ciel, et par mon ardeur pour les biens de la terre. Vous voulez me purifier et je me plais clans l'ordure : vous voulez éteindre le feu de ma cupidité, et je l'entretiens, je le rallume à tout moment : vous voulez vous unir à moi, et je me sépare de vous, en m'attachant aux créatures : vous voulez me faire mener une vie toute divine, et je ne veux vivre que d'une manière humaine et toute pensuelle.

Pardon, mon Sauveur, je m'en vais avec votre secours lever tous ces malheureux obstacles qui arrêtent le torrent de vos grâces, et de vos bénédictions ; je veux ôter à mes

passions tous les objets qui les nourrissent, les entretiennent et les fortifient. Je prends une ferme résolution de ne plus vivre que de votre vie : je veux mourir entièrement à moi-même , afin que vous viviez seul en moi.

Mais aidez-moi, mon aimable Sauveur. Je suis une pauvre brebis égarée, faible, languissante, assiégée d'une infinité de loups ravissants, qui ne cherchent qu'à me dévorer. Vous êtes le bon Pasteur, faites-moi donc ressentir les effets de votre bonté, venez me chercher, ramenez-moi de mon égarement, menez-moi dans ces beaux pâturages, nourrissez-moi, ô le plus aimable et le plus charitable de tous les pasteurs, nourrissezmoi de votre Chair et de votre Sang, comme vous l'avez promis. C'est par cette divine nourriture que je reprendrai mes forces. Mais je vous proteste qu'après une si grande faveur, je vous serai fidèle, j'écouterai votre voix, je vous suivrai partout durant le temps et durant l'éternité.

II. Il faut ce jour-là produire des actes d'espérance en la bonté de Notre-Seigneur, et des autres vertus qui l'accompagnent. Il faut lui demander avec confiance, le remercier avec humilité, jurer un attachement in-

violable, au service d'un si bon maître, cher-

:• les occasions de lui témoigner de la reconnaissance, et de faire quelque chose pour sa gloire, puisqu'il fait tant de choses pour notre salut, enfin désirer ardemment de le recevoir.

III. Les péchés dont il faut se purifier par la contrition, sont la défiance de la miséri-

de de Dieu, et une crainte purement servile et excessive, le trop de confiance en ses propres forces, ou en l'appui des hommes, l'ingratitude et l'oubli de Dieu après en avoir reçu quelque grâce, la négligence à recourir à lui dans tous nos besoins, l'impatience quand il nous arrive quelque chose qui nous déplaît et qui nous chagrine, et généralement tous les péchés contre la charité que nous devons au prochain. Car comme nous devons considérer Jésus-Christ dans tous les et qu'il regarde comme ses propres offenses tout ce que nous faisons contre eux, t être bien ingrat que de blesser ceux dont les intérêts lui sont si chers, tandis qu'il nous comble d > tant de faveurs.

IV. Le motif principal de notre douleur et notre contrition doit être la bonté, la mi-

et la libéralité de Notre-Seigneur.

Pratiq >rtiflcation en vous privant

avec plaisir dos biens de la terre et dos commodités de la vie, pour vous mieux disposer à recevoir les biens du Ciel. Acquittez-vous généreusement des devoirs les plus pénibles de votre emploi, dont vous devez être si bien récompensé. Puisque Notre-Seigneurveut bien vous tenir compte de tout ce que vous faites pour le prochain, rendez-lui tous les services dont vous êtes capable, donnez l'aumône, consolez les affligés, visitez les pauvres malades, les prisonniers. Vous expierez ainsi vos ingratitudes à l'égard de Notre-Seigneur, et vous l'obligerez à répandre abondamment ses grâces dans votre cœur quand il y viendra loger. Car s'il vous prévient souvent par ses bienfaits, que n'en devez-vous pas attendre quand vous l'aurez ainsi prévenu? Si les effets de sa libéralité sont si admirables, quels seront les effets de sa reconnaissance? Vous pourrez aussi ajouter quelque mortification corporelle.

V. Oraisons jaculatoires. In teJ Domine, speravij non confundar in œternum (Ps. 70, 1 et 20,2); je mets en vous, Seigneur, toutes mes espérances, et je ne serai jamais trompé. Qnàm magna multitudo dulcedinis tv.œ3 Domine, qnam abscondisti timentibus te (Ps. 30, 20)! que de grâces, que de douceun

vous répandez sur ceux qui vous craignent ! Fiat misericordia tua^Domine* super nosJ idmodum speravimus in te (Psal 32, ±1 ; que vos libéralités, Seigneur, répondent à la confiance que j'ai en votre miséricorde. Dominus ilhtminatio rneaet salusmea, quem timebo? Dominus protector vitœ meœJ à quo trepidabo (Ps. 25, 1)? le Seigneur veut bien être ma lumière, mon salut, mon protecteur et ma vie, que puis-je craindre après cela? Aruit cor meum* quia oblitus sum comedere panem meum (Ps. 101, 5); si je suis si faible et si languissant, c'est que j'ai trop différé à me nourrir de ce pain de vie. Domine, adquemibimusl verbavitœ œternœ habes (Joan. 6, 69); où irai-je ailleurs chercher du conseil, de la consolation, de l'instruction? c'est vous uniquement dont les paroles sont dos paroles de vie, et de vie éternelle. HaurU Us aquas in gaudio de fontibus Salvatoris (Isaïe, 1,2,3); j'iraiaux plaies du Sauveur, à ces fontaines salutaires, j'y puiserai, j'y boirai de ces eaux admirables qui rendent et la santé et la joie. Quid retri- ■ h Domino j pro omnibus quœ retribuit 15, 1-2)? que pourrai-je vous rendre, ô mon Sauveur, pour tant de grâces et tant de bienfai

Occupation du troisième jour.

L'occupation de ce jour sera de considérer le motif qui porte Notre-Seigneur , ce Roi de gloire, à retourner sur la terre, pour nous faire tant de grâces. On exercera particulièrement des actes d'Amour, et on priera le Saint-Esprit d'en embraser notre cœur.

MÉDITATION"

Le Sauveur descend du ciel sur la terre , il nous comble de laveurs avec une libéralité infinie ; cherchons la raison qu'il a d'en user ainsi , et ce qu'il prétend. Est-ce qu'il trouve sur nos autels un trône plus éclatant que celui où il est assis dans le ciel? Hélas ! nos tabernacles les plus magnifiques et les mieux ornés sont-ils comparables à ce glorieux trône où il règne dans l'Empirée? Est-ce qu'il veut se faire honorer? Il reçoit plus de mépris que d'honneur sur nos autels ; et qu'est-ce que les respects que lui rendent les hommes, en comparaison des hommages et des adorations qu'il reçoit et des Anges et des Bienheureux ? Est-ce qu'il espère quelque nouvel avantage? Il n'a besoin de rien, il a été établi le Roi de l'univers, et tout ce que l'univers renferme est à lui. Quel

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donc le motif qui le rend si libéral à l'égard des hommes ? Saint Jean me l'apprend ; c'est son amour : In finem dilexit cos (Joan. 13 I). Saint Paul en dit autant : c'est parce qu'il m'a aimé qu'il se donne à moi : Qui dilexit me cl t radiait semetipsum pro me (Gai. d. 20). L'amour est Fauteur de toutes les merveilles de l'Eucharistie.

En effet, ô mon âme, jette les yeux de tous côtés, considère toutes les circonstances de cet adorable Mystère , tu ne verras partout que d'illustres témoignages du plus parfait amour. Pourquoi le Sauveur descend-il dans nos églises? C'est que l'amour ne peut souffrir ni l'absence, ni sa séparation de l'objet aimé. Pourquoi cache-t-il toute la gloire de majesté? C'est que la grandeur et l'amour ne peuvent compatir ensemble; c'est que la majesté inspire le respect, et que l'amour

.t de la confiance et de la familiarité. Pourquoi fait-il ses délices de demeurer dans des tabernacles si vils et si méprisables?

•t que l'amour préfère les plus pauvres Cabanes, quand il y trouve l'objet qu'il aime, aux plus magnifiques palais. Enfin l'ami

âssant, il est libéral et il ne cherche

qu'à s'unir à son objet. Hé combien de mi-

mbien de prodiges opère le Sauveui

dans l'Eucharistie ! Qu'il y est libéral, qu'il y est prodigue ! Hé qu'est-ce qu'il prétend autre chose par tant de merveilles , par tant de libéralités, que de s'unir étroitement à vous ? 0 amour ! 0 Sacrement d'amour ! 0 prodige incompréhensible d'amour ! Vous m'aimez, Seigneur! Et qui suis-je? Vous m'aimez jusqu'à l'excès! Hé que trouvezvous en moi d'aimable ? Il est vrai qu'à ma naissance, ou plutôt à mon Baptême, j'avais reçu clans mon âme l'image de la divinité : mais, hélas ! que cet image a été défigurée par mes innombrables péchés ! Non , je ne puis revenir de l'étonnement où me jette un si prodigieux amour. Daignez, Seigneur, daignez écouter là-dessus les sentiments de mon cœur, car ma langue n'a point de paroles pour les exprimer. Que pourrais-je faire , ô mon aimable Sauveur, pour reconnaître l'excès de votre amour? que me demandez- vous ? que souhaitez-vous ? Je vous révère comme mon Roi, je vous adore comme mon Dieu, êtes-vous content? Non, mon âme, quand on aime on veut être aimé, et l'amour ne se peut reconnaître que par amour. Puis donc, mon Sauveur, que vous le voulez , puisque vous me le commandez , car sans cela, oscrais-jele dire? oui; je vous

aime, et vous aime de tout mon cœur; je voudrais avoir un million de cœurs pour répondre en quelque façon à votre amour. Je serais bien dur, je serais bien insensé, si l'ardeur de votre amour n'attendrissait mon cœur, si ce brasier du plus pur amour dont brûle le vôtre n'en allumait au moins quelque étincelle dans le mien. Serais-je un homme, en mériterais-je le nom, si je manquais encore d'amour pour vous? Les noms de marbre, d'airain, de lion et de tigre, exprimeraient-ils assez bien mon ingratitude, ma dureté, mon insensibilité, si je ne répondais avec toute l'ardeur dont je suis capable, à ce prodigieux amour que vous me témoignez dans la sainte Eucharistie?

Oui, encore une fois, mon Sauveur, mon Dieu, et mon tout, je le répète ; car, dois-je me lasser de redire ce qui m'est si doux, et

que vous ne vous lassez point d'entendre? oui, je vous aime de tout mon cœur, je vous jure, je vous proteste que je ne veux aimer que vous , je veux que vous soyez l'unique objet de toutes mes affections. Le matin, le soir, à toute heure et à tout moment je pen-

ai à vous, j'éviterai tout ce qui peut vous déplaire, je m'étudierai à tout ce qui peut vous être agréable , je travaillerai à vous

faire connaître et à vous faire aimer. Si j'étais assez injuste, assez infidèle pour faire part de mon • à quelque créature mor-

telle, et pour aimer quelque autre chose que vous, punissez-moi , confondez-moi , détruisez-moi, anéantissez-moi; ou plutôt, 6 Dieu de bonté , d'amour et de tendresse , aimezmoi toujours ; car tous voulez être aimé, et si j'étais anéanti, hélas! je ne vous aimerais plus ; mais j'espère que la continuation de votre amour, malgré mes ingratitudes et mes infidélités, m'obligera à la fin de retourner à vous, et de m'y attacher plus étroitetement et plus indissolublement que jamais. Venez donc, venez, mon Dieu, mon unique amour, entrez dans mon cœur , prenez possession de mon corps et de mon âme , tout est à vous, je me donne, je me livre, je me dévoue entièrement à vous. Que je meure à moi-môme , pour ne plus vivre et ne plus respirer que pour vous; que je cesse d'être ce que je suis , pour devenir ce que vous êtes, afin que je sois plus parfaitement à vous.

Esprit-Saint, divin amour, auteur de toutes les saintes et chastes unions, noeud sacré qui unissez le Père Éternel avec son Fils unique, qui avez uni la personne du Verbe

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