‹ Traité de la communion, ou, Conduite pour communier saintementChapitre 83 sur 105 · TROISIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

TROISIÈME ENTRETIEN

Paraphrase sur le psaume 50: Miserere meî, Deus ; Mon Dieu, ayez, pitié, etc.

Cet entretien peut être utile à ceux qui commencent à se donner à Dieu, et même jtux bonnes âmes , quand elles ont passé quelque temps dans le relâchement , ou qu'elles ont commis quelque faute plus considérable qu'à l'ordinaire.

Miserere mei, Deus, secundùm magnant misericordiam tuam (Psal. 50, 3).

Ayez pitié de moi , mon Dieu, que votre miséricorde pardonne mes péchés. Étant un grand pécheur, j'ai besoin de toute retendue de votre miséricorde, toute grande qu'elle puisse être.

Et secundùm multitudinem miser ationum tuarum, dete iniquitatem meam.

Si l'énormité de mes crimes a besoin d'une miséricorde infinie, leur multitude a besoin

d'une miséricorde qui ne se lasse jamais de pardonner.

Amplius lava me àb iniquitate meâ, et à

pcccato meo munda me (v. 4).

Encore une fois, je vous en conjure, lavez-moi, purifiez de plus en plus mon âme de toutes ses iniquités.

Quoniam iniquitatem meam ego co(jnoscofet ycc~ catum meum contra me est semper (V.5).

Si j'ai vécu dans l'aveuglement , si j'ai ignoré le pitoyable état où j'étais, au moins je le connais à la faveur de vos lumières; mes innombrables péchés se présentent en foule à mes yeux, et les reproches de ma conscience m'en font sentir toute la grièveté.

Tïbi soli peccavi , et malum coram te feci :

ut justificeris in sermonibus tuis , et

rinças cirai judicaris (\\ 6).

C'est vous, mon Dieu, que j'ai offensé, vous qui méritez seul d'être adoré, d'être aimé, et je vous ai oifensé en votre présence. Ordonnez de moi tout ce qu'il vous plaira ; quand vous me commanderiez , vous n'auriez que trop de raison de le faire.

e enint in iniquitatibus conceptus sum : et in peccatis concepit memater mea <V. 7).

Cependant, si j'osais mYxcuser, je vous lirais : Souvenez-vous que j'ai été couru Jans le péché, que la corruption do mou fcœur a précédé l'usage de ma raison, et que rai trouvé la mort dans le sein de ma mère, lu moment que j'y ai reçu la vie.

■ enim vevitatem dilexisti, incertaet occulte. sapientiœ tuœ manifestasti mihi (V. 8).

Mais non, Seigneur-, vous ne recevrez pas cette excuse, vous aimez la vérité, et il faut bvouer que si je suis né avec un aveugle et malheureux penchant qui m'entraîne au mal , vous n'avez rien omis pour y remédier : Vous m'avez enseigné votre sainte loi, cl nous m'avez manifesté vos plus sacrés toystèr<

Axperyes me hyssupo et mundabor : lavabis me, ci super nivem dealbabor (v. 9).

Vous m'avez arrosé d'un Sang infiniment J>lus précieux que celui dont on arrosait les lépreux avec l'hysope. Ne devrais-je pas ;i|>ivs cela être plus blanc que la neige et aussi innocent que les Anges?

Auditui meo dabis gaudium et lœtitiam, et exultabiint ossa humiliata (v. 10).

Ne vous rebutez point, Seigneur, de mes rechutes et de mes ingratitudes : dites encore un bon mot à mon cœur, dites-lui que vous lui pardonnez : en entendant ces aimables paroles , de quelle joie ne sera-t-il pas rempli? Ma chair même toute desséchée de douleur en tressaillera d'allégresse.

Âverte faciem tuam a peccatis meis, et omnes iniquitates meas dele (y. 11).

Je ne cesserai point de vous redire cent et cent fois : Détournez, Seigneur, vos yeux de mes péchés, effacez-les , oubliez-les jusqu'à ce que j'aie obtenu le pardon que je vous demande.

Cor rnundum créa in me, Deus , et spiritum rectum innova in visceribiis meis(\\ i)l).

Mais comme je me défie toujours de mon cœur, dont le fond est si corrompu, ou donnez-m'en un autre, ou purifiez parfaitement le mien par l'effusion de cet esprit de droiture et de justice, qui peut seul le conduire vers vous et l'attacher indissolublement à vous.

wojicias me a facie tuâ, et Spiritum Sanctum tuum ne auferas à me (v. 13).

Voudriez-vous me rejeter de devant votre face après m1 avoir créé à votre image? Et après m' avoir racheté de votre Sang, vou- ;lriez-vous me priver de votre esprit?

Hedde mihi lœtitiam salutaris lui cl spïritu principali confirma me (v. 14),

Non, Seigneur, votre bonté ne me permet pas de rien craindre de semblable. J'espère, au contraire, que vous me rendrez la joie que j'ai perdue en vous perdant; et que vous m'affermirez (huis votre service par cet esprit souverain qui est le principe de toute sainteté.

Docebo iniquos vias tuas ci Impii ad le convertentur ( v. 15).

Tanl de miséricordes Qe Seront pas inutiles itre gloire : mou exemple servira à couvaincre les pé 'heurs de votre clémence : et ce que je leur raconterai de vos ineffables miséricordes, les encouragera à recourir ;i vou^ et ii se convertir.

Libéra me de sanguinïbus , heu*, Deus

salutis meŒ , et exultabit l'uiyua

mea justitiam tuam (v. 1(3».

Mais afin que ma conversion soit durable, délivrez-moi des méchantes inclinations que la chair et le sang m'inspirent, et pour lors ma langue ne s'occupera plus qu'à louer votre justice.

Domine, làbia mea "peries, et os meurn annuntiàbit landau tuam (v. 1 7 > .

Ouvrez -moi la bouche, déliez -moi la langue, et purifiez mes lèvres, si vous voulez que je chante vos louanges, et que je publie partout vos grandeurs et vos bontés, d'une manière digne de vous.

Quoniam si voluisses sacrificium , dédissent

ittique, holocaastis non delectaberis i y. 18).

Si vous souhaitez de moi quelque autre sicrifice, vous n'avez qu'à parler, je suis prêt à vous sacrifier toutes choses; mais je sais que vous ne vous plaisez plus à voir égorger et brûler les animaux.

Sacrificium Deo spiritus contribitlatus : contritum et Kwmiliàtum, Deus, non

despicies (y. 19).

La victime la plus agréable qu'en puisse vous présenter, c'est un esprit soumis et

itient dans les adversités, et un cœur parsèment contrit et humilié. C'est la dispoition où il me semble que je suis.

Bénigne fac, Domine, in bona voluntate tua Sion :ut œdificentur mûri Jérusalem (v.20).

Répandez donc dans mon âme, qui vous est plus chère que n'était autrefois Sion, les effets de votre bonté; et pour les conserver, entourez -la d'une muraille plus forte que colle de Jérusalem.

Ta ne acceptabis sacrificium justitiœ, oblationes

et holocausta : tune importent super

altère tuum vitales (V. 21).

C'est dans cette nouvelle Jérusalem, c'est dons mon cœur purifié de ses taches, embelli de votre grâce, que je vous offrirai des rifices de justice de toutes les espèces. Mais demeurez-y, habitez-y comme dans un temple que je vous consacre, résolu de mourir plutôt mille fois, que de souffrir jamais qu'il soit profané.

Ql VITJI.MI. ENTRETIEN

Los saintes funcs qui aiment ardemment Notre-Seigneur, trouveronl dans cet Entretien composé de quelques endroits du Can-

tique des Cantiques, les plus tond] nti-

ments qu'un amour chaste et ardent peut inspirer. Quand est-ce, ô Verbe Eternel, qui avez bien voulu devenir mon frère en vous Taisant homme, quand est-ce que je serai assez heureux pour vous embrasser? Je vous ai enfin trouvé, vous êtes au milieu de mou Cœur, je ne vous laisserai point aller, que vous ne m'ayez accordé ce que je vous demande. Je vous ai déjà baisé les pieds bien des fois, mais ne pourrais-je pas espérer enfin un baiser de votre bouche ? Il est vrai que je suis bien indigne d'une si grande laveur : hélas ! mon âme par elle-même est plus laide et plus noire que les tentes de Gédar : mais ornée de votre grâce et de vos bienfaits, elle est plus belle et plus luisante que les pavillons de Salomon.

Ce sont les enfants de ma mère, les perverses inclinations que j'ai puisées dans son sein, et qui sont nées avec moi, qui m'ont si fort défiguré. Ils m'ont obligé à garder leur vigne. Ils m'ont occupé des biens de la terre et des plaisirs du siècle. Je me suis attaché, j'ai appliqué mes soins à les conserver, et pendant ce temps-là je négligeais ma vigne, je ne pensais point à mon héritage, je vous oubliais, ô le Bien-Aimé de mon

âme! vous qui soûl êtes tout mon bien, toute Ima gloire et toute ma félicité.

Divin Époux de mon âme, que vous êtes beau ! la majesté de -votre tète surpasse tout Péclat de For, et vos cheveux la couronnent plus noblement et plus agréablement, que ne feraient les palmes et les lauriers; ces regards pleins de bonté que vous daignez jeter sur moi, sont plus doux que les yeux des colombes, fussent-ils lavés et purifiés avec le lait ; votre visage semblable à ces parterres remplis de fleurs odoriférantes, inspire la pudeur et la modestie; vos lèvres distillent la myrrhe ; et si vos maximes ont quelque chose d'amer à la chair, elles fortifient l'esprit, et le préservent de la corruption. Que le son de votre voix est doux ! qu'il est touchant ! j'en suis charmé toutes les fois que je l'entends. Vos mains aussi belles que libérales semblent avoir été faites au tour. Votre bille est aussi dégagée et aussi droite que les cèdres; vous courez avec plus de rapidité dans les sentiers de la vertu, que les chevreuils el les cerfs dans les campagnes. Que dirai-je de votre poitrine! elle est plus pure que l'ivoire, et les saphirs n'ont rien de si vif que le chaste (eu dont brûle votre cœur. Mais ce que j'aime sur toutes chos

c'est que vous êtes toujours fidèle, et les colonnes do marbre ne sont pas plus immobiles, que vous êtes constant dans votre amitié. Enfin, vous êtes tout aimable; on voit en vous la blancheur des lis réunie avec le coloris des roses, et je ne sais ce que je dois admirer davantage, ou l'éclat de votre innocence, ou l'ardeur de votre charité.

Mais comment exprimer toutes vos boutés, comment raconter tous vos bienfaits et toutes vos grâces. Tantôt vous in avez fait entrer dans votre cellier, et là vous m'avez fait goûter le vin le plus délicieux. Tantôt vous m'avez mené dans votre jardin, où j'ai trouvé des sources d'eau vive et des fleurs de grâce et de bénédictions. J'ai été tout embaumé des parfums qu'exhalent les fleurs et les arbres qui y croissent, j'y ai mangé <\c<, fruits d'un goût exquis. 0 que les fruits des autres terres, que les joies et les plaisirs du monde paraissent fades et amers, quand on a goûté les vôtres? Autant le grenadier surpasse les sauvageons des forêts, autant, ô mon Bien-Aimé, vos pures et chastes délices surpassent tout ce que le monde peut nous donner de plus agréable. Tantôt vous m'avez conduit dans votre plus secret appartement, vous m'avez découvert vos ineffable^

mystères, dont l'excellence et la beauté m'a ravi. Que toutes les connaissances humaines sont vaines, qu'elles sont frivoles, en comparaison de vos adorables vérités ! Parlezmoi souvent, enseignez-moi tous les jours plus clairement ces mystères et ces vérités. Il me semble que je vous entends; oui, c'est votre voix, mon àme qui pâme de joie et de tendresse, m'en rend un témoignage assuré; il n'y a que votre voix qui puisse ainsi la charmer. Mais pour comble de bonté, embrassez-moi, ô le divin Époux de mon âme, et no vous séparez jamais de moi.

Oserais-je bien vous inviter de venir à votre tour dans mon jardin? Hélas ! qu'il est différent du vôtre ! Vous n'y trouverez point » o baume, ces parfums, ces fruits délicieux qui rendent le vôtre si charmant. Voyons du moins si ma vigne est fleurie, et si les Heurs dos urines promettent (]c^ fruits. Si je ne vous aime point encore autant que je dois, voyons du moins si les désirs que je conçois de vous aimer de toute retendue de mon finie, seront efficaces. Je l'espère, et il me semble que les bons sentiments que vous m'inspirez, produiront enfin les effets que vous en attendez. Je vous jure que tout ce que produira mon jardin sera pour vous, je

vous en conserverai les fruits de .toutes les saisons. Je vous consacre toutes les ah tiens de mon cœur et tous les mouvciïu de mon corps. Je ne veux aimer que vous, ni travailler que pour vous: le matin, le soir, tout le jour, je ne penserai qu'à vous et je ne servirai que vous; je ne veux me réjouir que de vous, et avec vous; je ne veux vivre et respirer que pour vous. Vous avez toujours les yeux attachés sur moi, n'est-il donc pas bien juste que j'élève continuellement les mains vers vous ? Vous vous donnez tout entier à moi, puis-je donc me dispenser de me donner tout entier à vous? L'heureux échange ! Car qu'est-ce que je vous donne, quand je me donne à vous? et qui pourrait expliquer quels trésors , quelles richessos je reçois, quand vous vous donnez à moi? Cependant vous êtes content , pourvu que vous soyez le seul objet de mes affections. Vous ne me demandez rien, sinon que je mette votre cachet sur mon cœur, pour empêcher qu'aucune créature n'y entre, et ne le partage avec vous; que je mette votre cachet sur mes bras, afin que je n'embrasse personne que vous. C'en est fait, je vous le proteste, jamais jardin ne fut si bien fermé, jamais fontaine ne fut si bien

illée , que le sera mon cœur pour tout autre que pour vous. Je veux que votre amour, aussi fort que la mort, me dépouille de tout, afin de vivre aussi seul avec vous, que si j'étais déjà dans le tombeau. C'est ainsi que vous voulez être aimé , et quand je vous donnerais tout ce que je possède, quand je sacrifierais mon corps et ma vie, si l'amour ne m'ouvrait la main pour vous offrir mes présents, s'il n'immolait toutes ces victimes, vous compteriez pour rien toutes mes libéralités et tous mes sacrifices. Mais vous serez satisfait. L'amour que j'ai pour vous

upera tout mon cœur; son flambeau sera l'unique lumière qui m'éclairera, et qui conduira tous mes pas ; son feu sera l'unique ardeur qui m'enflammera et qui me fera agir, sans que rien au monde, sans que le torrent des tribulations ou des plaisirs puisse jamais ni l'éteindre, ni en ralentir la ferveur. Soyez donc toujours, ô mon Bien- Aimé, sur ma poitrine comme un bouquet de myrrhe, afin que l'odeur de vos vertus me lassent continuellement penser à vous, ot que la force de votre grâce préserve mon cœur de la corruption. Ainsi soit-il.

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