QUATRIÈME PARTIS. 34'J
Ainsi, Ames chrétiennes, lorsque vous aurez reçu votre Sauveur, baisez-lui les pieds par respect , et baisez-lui les mains avec tendresse. Si vous le considérez dans son enfance, embrassez-le mille fois, faites-lui mille caresses. Si vous le considérez dans sa passion, baignez-vous, lavez-vous, purifiezvous dans son Sang précieux; appliquez votre bouche à la plaie de son côté, entrez par cette porte que l'amour vous a ouverte jusque dans son sacré cœur, unissez-y le vôtre pour «Heiiidrc ses passions avec l'eau qui en découle, pour l'embraser du feu dont il brûle, et pour ne plus vivre que de la vie dont il vit lui-même.
Descendant même dans un plus grand détail, appliquez vos yeux sur les yeux du Sauveur, pour les guérir de leur curiosité, souvent criminelle, toujours dangereuse. Appliquez votre bouche sur si bouche, pour guérir \otre sensualité au boire et au manger , et cette démangeaison de vous entretenir de votre prochain, et de cent autres choses inutiles. Unissez votre âme à la sienne, votre entendement au sien , pour guérir votre aveuglement, el puiseravec aboridance dans <•*' trésor de science el de sagesse les lumières de la foi <d de la prudence chrétienne;
appliquez votre volonté à sa volonté, pour redresser tous les mouvements déréglés de la vôtre, et pour la conformer parfaitement à la volonté de Dieu , par une soumission entière aux ordres de sa providence. Mais surtout appliquez-vous tout entier à sa divinité, par les actes d'une loi vive de sa présence, d'une aimable confiance en sa bonté, et d'une charité ardente pour ses adorables perfections. Ce sera alors que votre âme, si elle est bien pure et entièrement détachée de la terre, ayant trouvé s<m véritable centre, s'y reposera et goûtera ces délices célestes, qui sont comme un avantgoût du bonheur dont jouissent les Bienheureux dans le paradis, et qui nous font ensuite trouver amers les plus doux plaisirs de ce monde.
Finissez cet exercice par la belle protestation que fait saint Paul d'être constant dans l'amour de Jésus-Christ, et qu'un dévot contemplatif a si bien expliquée dans l'un de ses entretiens sur les souffrances du Sauveur : (( Qui pourra désormais me séparer de » Jésus-Christ? Non, Seigneur, la crainte de » la mort ne me séparera point de vous, » parce que vous êtes ma vie; ni l'amour de » cette vie , car je suis prêt à la perdre
» pour vous ; ni los puissances du Ciel, parce » que vous êtes plus puissant qu'elles; ni les » choses présentes, parce qu'elles passent; » ni les futures, parce que je n'aime rien en » elles que vous; ni la tribulation, parce que )) vous me consolez ; ni les angoisses, parce » que vous dilatez mon cœur; ni la faim, » parce que vous me rassasiez; ni la pau- )) vreté, parce que vous m'enrichissez; ni )) les périls, parce que vous me rassurez; ni » la persécution, parce que vous me proté- » p;oz; ni le glaive, ni les tourments, parce » qu'ils seront doux pour votre amour; ni la » servitude, parce que je trouverai en vous » la véritable liberté; ni la liberté même, » parce que je veux être l'esclave de votre )) amour; ni les créatures, parce qu'elles ne » sont rien devant vous; ni les vicissitudes » de ce monde, ni les ruses de mes ennemis, » ni mes propres misères, parce que vous )) changerez pour moi tous ces maux en au* )) tant de lii.'iis. Ainsi soit-il. »
Avanl de finir ce chapitre , je vous avertis que pour bien entretenir Noire-Seigneur, il ne faut point attendre au jour que l'on communie, à lire ces exercices, mais qu'il faut les lire souvent et lesposséder parfaitement, de crainte que l'attention are qu'on
doit faire no partage les forces do rame ot qu'elle ne soit ensuite moins disposée à produire les affections qui doivent particulièrement régner dans ces sortes d'entretiens.