HISTORIQUE
choix. Sir William Temple et le prince de Ligne ont observé que c’était la seule passion qui augmentât avec l’âge. Les riches trouvent dans ces occupations attrayantes l’emploi utile de leur superflu; les travaux qui s’y rattachent répandent autour de leur manoir l’activité, l’aisance, la vie. Le pauvre y puise des ressources et des idées d’ordre. Mais les fortunes médiocres sont surtout appelées à une appréciation plus intime des jouissances horticulturales ; libre à la fois des soins qui entourent les positions sociales élevées, et des préoccupations du besoin, le propriétaire aisé nous paraît dans la position la plus favorable pour combiner à loisir les effets naturels qui entrent dans la composition des diverses espèces de jardins.
On trouve dans le savant antiquaire Bôttinger des remarques curieuses sur le jardinage des anciens; on peut en conclure que les hommes ont été sensibles aux. beautés accidentelles de la nature avant de s’appliquer à obtenir par les ressources de l’art des contrastes et des effets raisonnés, science que la poésie, la peinture, l’architecture et les
autres beaux-arts ont dû précéder. Avant d’en dicter les préceptes, nous allons jeter un coup-d’œil rapide sur les jardins d’ornement de l’antiquité et* du moyen âge, et sur l’état de cet art dans les temps modernes. *
Jardins de l’antiquité.
Il n'est point d’histoire qui remonte audelà de l’organisation de ce peuple dont l’établissement suivit le déluge. C’est à cette grande révolution de notre globe que semblent se rapporter les traditions d’Hérodote, de Diodore, d’Hésiode et de quelques autres, surtout lorsqu’on les dégage du nuage mythologique qui les environne.
Quant au jardinage, ces traditions, comme toutes les histoires grossières , se réduisent à des fables enfantées par l’imagination, ou à quelques établissemens attribués à des princes ou à des conquérans. Tels furent le paradis terrestre, les jardins poétiques des Hespérides, et ensuite ceux des Juifs r des Babyloniens, des Perses et des Grecs.
Le premier, jardin mentionné dans les Ecritures fut le paradis terrestre même, que
JARDIAS DE d’aKTIQUITÉ. 5
l’on suppose ayoir été situé en Perse. 11 semble qu’une inspiration divine en ait révélé les antiques beautés à l’un des plus grands poètes modernes, à Milton. Il accompagna l’œuvre même de la création. L’homme y demeura, tant qu’il resta pur.
Un beau jardin fut, dès l’origine du monde, le plus noble asile pour la vertu.
Le jardin des Hespérides était situé en Afrique, près du mont Atlas, ou, selon d’autres, non loin de la Cyrénaïque. Parmi les arbres fruitiers, l’on y remarquait l’arbre aux pommes d’or (qu’on suppose être l’oranger), le grenadier, le mûrier, la vigne, l'olivier, l’amandier et le noyer. Les arbres d’agrément étaient, entre autres, l’arbousier, le myrte, le laurier, le lierre et l’olivier.
Quant aux jardins promis par Mahomet à ses croyans, la politiaue du Prophète les a présentés à ses Arabes brûlés du soleil et dévorés par une imagination ardente, comme des retraites ombragées, arrosées de fontaines, et peuplées de séduisantes liouris. Nous ne pensonç point que les jardins du Bosphore en aient pu faire naître l’idée, puisque ce ne fut qu’en 1 4 5 3 que Maho-
met II s’empara de Constantinople» et qu’il y établit le siège de son empire.
Le plus ancien jardin dont il soit fait mention dans l’histoire des Juifs» est celui de ce Salomon qui était à la fois botaniste, architecte, philosophe et roi. Dans ces jar- ’ dins, on voyait mêlées à l’hyssope, des fleura odoriférantes du plus bel aspect, telles que la rose, le lis des vallées, le roseau aromatique, lecinnamome. Entre les grands arbres s’élevaient le cèdre, le pin et le sapin. A leurs groupes majestueux se mêlaient les es pèces qui portent les fruits les plus beaux et les plus agçéables à l’homme, tels que la figue, le raisin, la pomme, la datte, la grenade. Des citernes naturelles et dès sources vives y entretenaient l,a fraîcheur; et les mystères du sérail, apanage des mœurs orientales , échappaient à l’œil sous l’épaisseur du bosquet. Ce jardin,' de même que ceux des successeurs de Salomon, Assuérus et Achab, était probablement une dépendance du pa-?
lais.
Les jardins d’Alcinoüs é taient situés dans une île que quelques-uns pensent avoir été Corfou. Homère les décrit avec détail dans
JARDINS DK L’ANTIQUITÉ. 7
l’Odyssée, et nous permet de les comparer au jardin d’une ferme. Une haie, la première dont il ait été fait mention, selon la remarque de Harte, l’environnait. On y voyait trois ou quatre sortes d’arbres fruitiers, groupés çà et là, des couches de légumes, et quelques plates-bandes de fleurs. On y trouvait deux puits ou fontaines, l’un destiné à l’arrosement du jardin, l’autre aux besoins du palais.
Les jardins de La'èrte, comme ceux d’Alcinoüs, étaient voisins du palais, et conçus plutôt dans un but d’utilité domestique que dans celui d’obtenir des scènes grandes, nobles et variées.
Au reste, l’existence de ces jardins a été niée par des autorités respectables, qui les ont attribués à la seule imagination de quelques écrivains.
Les jardins de Babylone étaient remarquables par leur situation pittoresque, leur etendue et leur variété. On les comptait au nombre des merveilles du monde. Nous ne nous arrêterons pas à une description détaillée de ces jardins suspendus, où se trouvaient réunies toutes les ressources du luxe avec les beautés d’une nature riche, variée
et imposante. Quelques savans supposent que ces jardins n’étaient autre chose qu’une montagne distribuée en terrasses;- et des voyageurs modernes ont même cru découvrir des vestiges de ce monument antique.
Xénophon parle du goût passionné que les rois de Perse avaient pour les parcs, loutes les productions d’utilité et d'ornement se trouvaient dans ces jardins, nommes aussi paradis. Plutarque rapporte que Lysa n dre trouva le jeune Cyrus dans son jardin de Sardes, qu’il avait planté entièrement de ses mains. Cyrus en avait un autre à Célènes, d’une étendue considérable, ou étaient renfermées un grand nombre de betes sauvages. Ce fut là qu’il passa en revue les forces grecques, qui montaient à id,ooo hommes.
Mason cite un jardin situé dans l’i le de Pauchaïa près des cotes de l’Arabie ; Strabon parle d’un autre, situé sur l’Oronte, en î>yrie; Gibbon en a laissé une description.
Nous ne trouvons que bien peu de détails sur les jardins des Perses dans les écrivains grecs; mais nous apprenons de Pline et de plusieurs auteurs romains, que les arbres
J.VKDIJîS DE Jl’aKTIQ. JARD. GRECS. 9
en étaient alignés, et qu’ils formaient des figures régulières. Les allées étaient bordées de roses, de violettes et d’autres plantes odoriférantes. Parmi les arbres, on remarquait le térébinthe, le platane, et ce qui paraît digne de remarque, l’orme à feuilles étroites, appelé maintenant orme d’Angleterre. Les jardins étaient ornés de constructions destinées au repos, de fontaines, de volières et de tours d’où l’on découvrait une vue étendue.
Jardins grecs.— Les Grecs, qui ont beaucoup emprunté aux Perses, ont du imiter leurs jardins , avec les modifications commandées par le climat et la forme du gouvernement. Diogène Laërce nous apprend qu’Epicure enseignait la philosophie dans un jardin. C’est sur les bords ombragés de l’Ilissus que Platon place la scène dans son Dialogue sur la beauté. L’art du jardinage fut bien moins florissant chez les Grecs que l’architecture; cependant la description de la r vallèe de Tempe dans Elien , et celle des jardins publics d’Athènes , que nous a laissée Plutarque, prouvent que les philosophes et les grands hommes de cette«contrée célèbre
11’étaient point insensibles aux beautés que l’art peut ajouter à la nature. Les jardins (C Académus n’étaient, avant Cinion, qu’un terrain inculte; ils s’embellirent de bocages , de gymnases et de promenades. Les oliviers, les ormes et les platanes y protégeaient de leur ombrage les loisirs philosophiques.
Plusieurs de ces arbres y prospérèrent tellement, qu’au siège d’Athènes par Sylla, on les coupa pour les employer aux machines de guerre. Ces jardins étaient ornés de temples, de statues, d’autels, de tombeaux et de tours. A l’entrée s’élevait un autel con* sacré à l’Amour.
Jardins romains. — Le premier jardin romuin dont l’histoire fasse mention est celui de Tarquin le Superbe ; il était orné de fleurs, et particuliérement de roses et de pavots.
Les jardins de Luculius , situés dans la baie de Naples, étaient d’une grande magniftcence, et valurent à leur riche propriétaire le surnom de Xerxès romain. Des constructions immenses jetées sur la mer, des terrasses artificielles, des plaines substituées à des montagnes, et de vastes pièces d’eau, attestaient le kixe asiatique du. général.
JARDINS DE l’aNTIQ. JARD. ROMAINS. Il
Mais ce qui donne à Lucullus un droit réel à la reconnaissance de la postérité, c’est d’avoir enrichi l’Europe du cerisier, du pêcher et de l’abricotier, qu’il apporta de l’Asie.
Nous savons peu de chose des jardins du siècle d’Auguste. Dans le jardin décrit ai* iv e livre des Géorgiçues, Virgile se borne à citer la chicorée, le concombre, le lierre, l’acanthe, le myrte, le narcisse et la rose.
Le pin et le platane étaient regardés comme des arbres chers au dieu Pan. Les anciens aimaient le parfum des lauriers et des myrtes, et se plaisaient à les mêler. Les grands arbres étaient ordinairement plantés en quinconces; et Martial attribue à Cneus Matins, ami d’Auguste, l’usage de tondre le feuillage. Les statues et les fontaines, suivant Properce, devinrent à la mode vers la même époque; quelques-unes jetaient de l’eau, embellissement pratiqué depuis en Italie dans le sixième siècle,
Pline le jeune est entré dans des détails circonstanciés sur les villas romaines ; et Castell a suivi ses indications dans son ou* yrage sur les villas des anciens. Nous ne
nous arrêterons pas à décrire Laurentinum , présentement San Lorenza, près Patérno, à 17 milles de Rome, que Pline aimait surtout parce que de cet endroit il découvrait la villeet qu’on y jouissait d’ailleurs d’une vue étendue et variée.
Tnsculum , maintenant Frascati y était situé dans un amphithéâtre formé par les Apennins, dont les sommets étaient, comme aujourd’hui, couronnés de forêts de chênes, et les flancs revêtus de riches moissons, de vergers, de taillis et de villas. La description que nous en a laissée Pline est surtout remarquable en ce qu’elle nous donne la mesure du goût des philosophes et des grands vers la fin du premier siècle, à celte époque où Rome, dans toute sa gloire, gouvernait le monde par la force de ses armes et par les arts qui l’embellissaient. Les jardins de Tusculum présentaient une surface de trois ou quatre acres, et environnaient l’habitation. La terrasse (xystus ) faisait face au portique; de là descendait une pelouse couverte d’acanthe et ornée de buis taillés, représentant diverses formes d’animaux groupés symétriquement. Cet espace était encore entouré
JARDINS DE l’aNTIQ. JARD. ROMAINS. l3
d’arbres verts, également taillés d’une infi- ; nité de manières; au-delà régnait un espace circulaire, destiné aux exercices, et dont le milieu était orné de buis de formes variées et d’arbrisseaux écourtés. Le tout était clos par une muraille revêtue de buis jusqu’au sommet.
De l’autre côté de l’habitation se trouvait un terrain peu étendu, ombragé par quatre platanes, au milieu duquel était une fontaine dont l’eau remplissait un bassin de marbre.
A l’opposé, était ^hippodrome, que dessinaient des buis et des statues plantés alternativement et unis par des guirlandes de lierre. Derrière eux s’élevaient des lauriers; et les extrémités demi-circulaires de l’hippodrome étaient formées de cyprès. Ses allées intérieures étaient bordées de rosiers ; elles suivaient une direction variée et aboutissaient à une allée droite, qui se divisait ellemême en une infinité de sentiers séparés les uns des autres par des haies de buis, taillés en formes variées et représentant des lettres qui indiquaient le nom du propriétaire ou de l’artiste. Parmi des arbres fruitiers s’élevaient çà et là de petits obélisques. Des
constructions en marbre, ombragées des vignes et garnies de sièges au-dessous desquels s’élancaient des jets d’eau qui semblaient céder au poids des curieux; des fontaines et des ruisseaux, ménagés entre les allées, et dont la fraîcheur et le murmure ajoutaient à la beauté de la scène ; tels sont les traits principaux de ce jardin, dont le caractère offre une ressemblance frappante avec celui des jardins français et hollandais.
De ce que lesRomains semblaient se plaire au milieu de scènes d’une nature ainsi tourmentée, on n’en est pas moins fondé à leur reconnaître un goût délicat et pur.
Il ne faut pas oublier que dans les siècles d’une haute civilisation, les jardins opulens ont souvent offert un contraste avec l’aspect général du pays; ce qui nécessitait des dépenses excessives dont le résultat flattait l’orgueil des propriétaires.
Dans les premiers siècles de Rome, on n’entendait par le mot villa qu’une ferme et ses dépendances. L’importance des villas augmenta en raison de l’accroissement de la fortune publique; et par la suite, cette
JARDINS DE Jl’aNTIQ* — JARD. ROMAINS. 1 5
I dénomination fut donnée aux résidences champêtres des Romains opulens.
, Une villa de cette dernière espèce se di- , visait en urbana , rustica et fructuaria. Dans , la première se trouvaient les salles à manger, les salons, les chambres à coucher, les I bains, les jeux de paume, les terrasses, etc.
, La 'villa rustica renfermait tout ce qui avait , rapport au logement et au service des our vriers et des esclaves, comme les communs, les étables, etc. La 'villa fructuaria était des- , tinée aux celliers où se gardaient l’huile et , le vin, aux greniers, granges, magasins et j aux lieux où se conservaient les fruits. De la villa urbana dépendait une tour au sommet ( de laquelle était une salle d’où les convives, couchés à table, jouissaient d’une vue lointaine. A. la villa rustica tenaient plusieurs constructions, destinées à la volaille, aux abeilles, etc. On n’est pas bien d’accord sur le lieu qu’occupait le potager. Le jardin orné était en face de la villa urbana* et quelquefois il l’environnait ; à l’extrémité de ce jardin, et selon toute apparence, adjacent à la villa rustica, était le parc. On y renfermait le gibier, les bêtes fauves et les ani-
maux sauvages. Au-delà de ces ouvrages de l’art, on découvrait des scènes variées, des prés cultivés, des vignobles et des vergers.
De ces descriptions et de quelques autres, plusieurs savans ont conclu que les Romains, qui imprimaient à leurs ouvrages un caractère de grandeur et de magnificence, ignoraient les principes du jardin paysager, où l’art consiste à imiter dans un espace borné les beautés disséminées de la nature.
Jardins des temps modernes.
Jardins de V Italie. — Ce fut sous les Médicis,.vers le commencement du seizième siècle, que le jardinage reprit faveur en Italie. Les jardins de Laurent de Médicis et de l’opulent Bernard Rucellai sont les plus célèbres de cette époque, et paraissent avoir servi de modèles jusqu’à la dernière réforme. C’est vers la même époque que le cardinal d'Este fit revivre la coutume de placer dans les jardins des urnes et des statues. Faisant construire une villa sur le même site qu’avait occupé celle de l’empereur Adrien, près de Rome, il y trouva un grand nombre
DigitizécftJy <
île
d’antiquités, qu’il distribua comme ornemens sur ce nouvel emplacement. Cét exem- 'ple fut suivi par François I er , roi de France, et admis ensuite dans d’autres pays. C’est aussi à ce même temps qu’on rapporte l’usage de renfermer des plantes dans des vases pour en décorer les appartemens, les
balcons et les toits.
Montaigne, qui voyagea en Italie vers la fin du seizième siècle, nous aJaissé quelques détails sur les principaux jardins de cette époque, et particulièrement sur les moyens hydrauliques employés dans les jardins du cardinal de Ferrare à Tivoli. Un poème sur les jardins, intitulé Adam , fut publié par un Florentin, Andreini y et Warton observe judicieusement que les parterres, les allées droites, les fontaines de marbre et les autres ornemens qu’il entasse dans le. paradis, doivent être considérés comme unè réunion poétique de tout ce qui composait les beaux jardins de l’époque en Italie. .
Evelyn, qui a voyagé dans ce pays vers le milieu du dix-septième siècle, donne la description des principaux jardins. On remarquait aux environs de Florence un grand
l8 HSTROOUCTIO» HISTORIQUE.
nombre de palais et de maisons de campagne parmi lesquels on doit citer ceux de Boboli r résidence ducale (le palais Pittï) , qui existent encore; près de Rome, les jardins de la famille Borghèse , et à Frascati , ceux du cardinal Aldobrandini , les plus beaux de cette cnoque, selon quelques auteurs. Les jardins de la Lombardie sont aussi mentionnés avec éloges. Volkman, voyageur allemand, plein de goût et de jugement, dit que les jardins italiens (en 1700) le cédaient aux français quant à la beaute des allées , des haies’ ornées et des cabinets de verdure; mais qu’ils l’emportaient sur ces derniers par la variété des plantes et par leur végétation riche et continuelle. Il cite plusieurs beaux jardins, dont Evelyn ne fait pas mention.
.Vers le milieu du dix-huitième siècle, le goût anglais commença à fixer 1 attention des Italiens, quoiqu’à. vrai dire, il n ait jamais fait chez eux dero&tables progrès.
Cependant un auteur distingué, le professeur Malacarne de Padoue , revendique en faveur de Charles Emmanuel I er , duc de Savoie, l’honneur d’avoir inventé et exécuté avant tout autre, dans le voisinage de 1 urin,
JAHU1JNS DES TEMPS MODEHNRS. IQ
un jardin ou parc dans le stylé nomme anglais.
Les jardins de Veneric , près de Turin, existent encore, mais ils ne se recommandaient que par leur étendue et une ancienne orangerie de six cents pieds de long. Les plus beaux jardins de Gènes sont ceux du zignor de Negro. Le sol est élevé et varié; on découvre la ville, la mer et les montagnes-; il abonde eu fruits , en richesses botaniques , en allées larges et ombragées; une fois Tannée on y expose, dans une grotte, des ima* ges de saints richement ornés, au nombre de plusieurs centaines, des reliques, des crucifix, des cierges, des. lampes, etc. Nous citons celte circonstance pour montrer combien les Italiens sont portés à adopter tout ce qui tient à la décoration. Les jardins cPHippolyte Durazzo et de^prifnaldi sont moins soignés, mais plus vastes.
Les jardins de JJoboli à Florence sont encore les plus remarquables de la Toscane.
Ils se divisent en trois parties : i° un jardin botanique, adjacent au palais Pitti;*a° un jardin potager, au sommet de la coHine ; 3° un jardin symétrique, qui couvre la plus
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grande partie de la côte. On y trouve presque toutes les beautés que comporte chaque genre. La pente du sol étant trèsrapide, on a pratiqué plusieurs allées horizontales de niveau , et qui , par le contraste qu’elles offrent avec la déclivité des autres, pourraient s’appeler allées de repos. Sans nous arrêter à la distribution ni aux détails qui ornent ces jardins, nous dirons qu’on n’a rien épargné pour les rendre aussi parfaits dans leur genre que l’assiette du sol le permettait.
Le Cassino mérite d’être mis au nombre des plus beaux jardins de l’Italie. Cette promenade publique, située près de l’Arno, consiste en allées touffues , de plusieurs milles d’étendue,' plantées sur un terrain uni. Des accidens vSriés de perspective, et des villas qui se*desynent aux environs, ajoutent à la beauté de la scène. Le marronnier et l’orme y dominent. •
Les villas de Rome sont encore de nos jours, selon l’expression de Forsyth, « les yeux de l’Italie, » ( ocelli Italice). Dans les villas des anciens, les bâtimens étaient bas, sans habitation principale, détachés et épars : dans les
JARDINS pP.S T KM PS MODERNES. 2 1
villas modernes, ils sont mieux distribués , plus commodes, et s’élèvent à plusieurs étages. Du reste, on remarque dans les unes et les autres le même goût pour le merveilleux, la symétrie et les effets hydrauliques. La 'villa Bnrghèse est la plus remarquable des environs de Rome. Elle occupe deux collines et une vallée. Chaumières, temples, grottes, ruines modernes, fontaines sculptées, statues, lac, aqueduc, cirque, rien n’y manque, si ce n’est la variété naturelle d’uû jardin anglais. L’ceil, fatigué d’une symétrie monotone, cherche en vain des beautés où la main de l’homme n’ait point imprimé son despotisme. La 'villa Panfili offre une jéunion remarquable d’ornemens empruntés à l’architecture, tels que couronnes de verdure, écussons, etc. AFrascati, le Belvédère , villa du prince Eorghèse, offre un coupd’œil imposant, et la beauté des environs en rehausse encore la magnificence. Un courant d’eau coule derrière le palais, il prend naissance au mont" Algidus, arrose un grand nombre de terrasses, et tourmente ses eaux de mille manières. On tourne un robinet, et l’eau vous assaille de tous
2 A 'INTRODUCTION U1STORIQUIÎ.
côtés : lancée par des ouvertures imperceptibles, après avoir formé une infinité de jets d’eau, elle se résout en poussière humide, et présente, au soleil, un bel arcen-ciel. Ces eaux font jouer deux orgues, gazouiller des oiseaux, hennir Pégase, etc.
Le but de ces effets puérils est sans doute d’exciter la surprise des étrangers, et les propriétaires ne peuvent s’en promettre d’autre plaisir que l'étonnement des visiteurs.
Les jardins de Naples ont le même caractère que ceux de Rome; et, à l’exception de ceux de la résidence royale de Caser te, ils ont moins de magnificence. Le jardin royal de Portici offre un terrain cultivé et clos, couvert d’orangers, de figuiers et de vignes, coupé d’allées droites, et orné de parties boisées uniquement destinées à donner de l’ombre* On y a consacré quelques perches à un jardin anglais, mais l’espace en est trop borné pour donner une idée de ce style. Les jardins de la villa Franca sont presque contigus à ceux du roi; ils ont moins de développement, mais paraissent mieux tenus. On y remarque une assez belle collection de plantes. Caserte est à
JARDINS DES TEMPS MODERNES. l 3
dix-sept milles environ de Naples. Le palais est situé dans une immense plaine; sa forme est quadrangulaire, et sa façade a sept 1 cents pieds de long. Il fut commencé en 1762, couvert en 1757 , mais il n’est point 1 terminé, et 11e le sera probablement jamais.
1 Le parc s’étend depuis le palais jusqu’à * une chaîne de montagnes dont quelquesunes y sont même renfermées. Il offre de 1 vastes prairies, des parties boisées et montueuses, et un jardin anglais. Ces scènes sont encore animées par le village de Santo- Lucio, une manufacture de soie, une ferme, etc. La cascade et le canal de Caserte # 7
1 font de ce parc le plus extraordinaire de I l’Europe. L’eau, qu’on tire de montagnes éloignées, est conduite à une vallée située à cinq milles environ de Caserte; elle est ensuite élevée par un aquéduc de deux cents pieds de haut et de deux milles de longueur; elle traverse une montagne, et en sortant de ce canal souterrain , elle forme en face du palais une cascade de cinquante pieds; un bassin la reçoit, et c’est de là qu’elle est distribuée par différens conduits , pour aller alimenter les lacs et les ruisseaux
24 INTRODUCTION HISTORIQUF.
du jardin anglais, ainsi que plusieurs bassins et jets d’eau. Tous ces canaux suivent directement la pente de la montagne jusqu’à un stade du palais; là, ils s’arrêtent brusquement, et disparaissent sous terre. Vu du palais , l’effet de ces eaux qui paraissent immobiles sur un plan incliné, offre un aspect vraiment extraordinaire. Le jardin anglais fait honneur au goût et à l’intelligence de l’allemand GrœfJ'er , qui fut envoyé au roi de Naples, par sir Joseph Banks, en 1760.
La Sicile offre plusieurs jardins d’une étendue considérable; quelques-uns ont été mentionnés par Swinburne.
Hollande. Pays-Bas. — Plusieurs circonstances ont concouru au développement de la culture en Hollande et dans les Pays- Bas, cette terre classique du jardinage en Europe. Les croisades, suivant quelques auteurs, ont éveillé le goût de la culture dans le nord de l’Europe; quelques autres pensent qu’il existait en Hollande antérieurement à cette époque. La nudité du sol primitif qui exigeait beaucoup de soins et d’efforts, l’étendue du commerce de cette contrée, la liberté des institutions qui passe
JARDINS DES TEMPS MODERNES. a5
dans les mœurs, et l'éloignement de tout despotisme politique et religieux, ont sans doute favorisé son essor. A ces considérations , nous «ajouterons que le sol et le climat sont particuliérement favorables à l’horticulture, et surtout à la floriculture où les Hollandais excellent.
Le caractère des jardins hollandais offre, en général , les mômes traits que ceux de la France; comme ces derniers, ils se distinguent par la symétrie et la profusion des ornemens. Au commencement du dernier siècle, les jardins les plus remarquables étaient ceux de Ryswick , Houslaerdyck et Sorgvliet. Entre autres remarques que nous lui empruntons, Hirschfield repfoche aux Hollandais leur goût pour les eaux stagnantes et malsaines, dont ils sont si prodigues dans leurs jardins et dans leurs établissemens aux Indes. Cependant l’humidité de l’atmosphère influe d’une manière sensible sur la beauté et la fraîcheur de leurs gazons, dont l’effet se combine heureusement avec leurs longs canaux. C’est un des.traits caractéristiques de leurs jardins.
La Haye est le Versailles et le Kensing-
a6 INTRODUCTION HISTORIQUE.
ton des Hollandais. On y voit deux résidences royales , dont les jardins étaient dessinés d’après l’ancien style. Ces jardins sont bien déchus de leur magnificence première ; mais le parcy qui est disposé dans le style pittoresque et s’unit à la forêt, offre des sites délicieux.
Les jardins de Broeck et d‘ Alhtnaar sont des monumens de l’ancien style. Il en est de même de celui de M. Seterveldt , près d’Utrecht. Les grandes divisions en sont formées par des haies épaisses de hêtres et de chênes; et les distributions secondaires, par des ifs et des buis. La symétrie des ornemens y est minutieusement observée.
A Bruxelles, le Parc offre de belles allées et de grands arbres, disposés selon l’ancien style pour les divisions principales; mais les carrés formés par ces ailées sont occupés par des groupes d’arbres, des bosquets, des élévations , des excavations diversement dessinés. Le jardin de la Société royale et horticulture , qui se forme en ce moment, est disposé dans le genre paysager, et sera surtout remarquable par le magnifique bâtiment des serres.
La résidence royale de Laaken , près Bruxel-
lès, est'un jardin pittoresque très-remarquable: favorisée par une élévation assez forte du terrain , sa disposition offre plus de mouvement que les jardins de ce pays, qui sont en général plats et dépourvus de scènes fortement dessinées.
Le genre anglais a pris faveur il y a une quarantaine d’années , mais la nature du terrain et le peu d’étendue des propriétés , jointes à l’économie hollandaise, lui opposent de grands ob&acles. On en trouve cependant quelques échantillons, mais sur une échelle très-réduite.
Les bornes de cet ouvrage nous permettent seulement de citer la 'villa de Al. Bertrand , de Bruges, la belle terre de Al. Smetz , les magnifiques orangeries de Al. Caters de Wolf, près d’Anvers, le domaine de Al. le baron d'Hoogvorth à Limai , près Wavre. « Ces jardins, créés par lui il y a quatorze ans, dit M. Poiteau , contiennent plusieurs milliers d’hectares, et renferment des bois, des prés, des terres, une rivière, des lacs, une ferme, des bestiaux, même une forteresse à pont suspendu , et sont dessinés de manière que nulle part on n’eu aperçoit les
limites. » Le jardin du duc d’ dremberg t à Bruxelles, jouissait autrefois d’uné grande célébrité, mais il a été dépouillé au profit du vaste parc que le duc possède à Enghien , Le jardin botanique de Leyde , dirigé par M.Reinwardt; celui d' Anvers, dû principalement à M. le docteur Sommé ; celui de Gand, sous la surveillance de M. Mussche; celui d’ Utrecht , dirigé par M.Kops; celui de M. Van Marum,' à Haarlern, sont de jolis jardins de ville, composés dans le genre anglais, et renfermant beaucoup de végétaux remarquables. La route d’ U trecht à Amsterdam et celle de*Haarlem et Leyde à La Haye, sont bordées d’une multitude de jardins, tous plantés dans le même genre, et qui donnent de l’état de l’art, dans ce pays, une idée très-avantageuse.
Jardins français. — Le jardinage, en France, a trois époques : celle de Charlemagne , qui, le premier, introduisit les belles espèces de fruits , et répandit l’usage des vignobles et des vergers; celle de Louis XlV, que caractérise la magnificence des plans, et enfin celle de la révolution, où la science et la botanique ont pris un nouvel essor.
J A R DT AS DES TEMPS MODERNES. 39 Quoique les jardins de Charlemagne paraissent avoir eu 1* utilité pour but principal, il est présumable cependant que ce prince n’aura point négligé d’y joindre un jardin d’agrément analogue à la simplicité de ses goûts. Il paraît , au reste, qu’à cetle époque, les jardins étaient circonscrits dans l’enceinte des châteaux et des monastères.
Avant le seizième siècle, nous ne trouvons sur le jardinage que des données étrangè- I res «à la branche dont nous nous occupons.
I Vers la fin de ce siècle, François I er bâtit • le château de Fontainebleau, et emprunta | quelques traits aux jardins italiens; c’est’à la même époque que fut publiée la Maison I rustique. Au commencement du dix-septième | siècle, selon la remarque d’Hirscbfield, un petit nombre d’arbres et de fleurs, quelques pelouses et pièces d’eau composaient un jardin français. Tout y attestait la négligence et une absence totale de goût.
Evclyn, qui visita la France vers le milieu du dix-septième siècle, a décrit les jardins de Paris et ceux des environs. Nous renvoyons «à son ouvrage, où il passe en. revue les jardins des Tuileries, de Saint-Ger/nain-en-
3 o INTRODUCTION HISTORIQUE.
Laye, du cardinal de Richelieu à Rueii , ceux du Luxembourg , du président Maison entre Saint-Germain et Paris, etc.
Le style français paraît avoir été introduit et fixé par Le Notre , sous lé règne de Louis XIV; il jouit de plus d’un siècle de faveur, et régna généralement jusqu’en 1771, cinquante ans après l’introduction du style moderne anglais. Ce fait est confirmé par Millin, qui, dans la critique d’unetraduction française des Observations de Whateley sur le jardinage moderne, après avoir donné de grands éloges à l’auteur, ajoute : « L’école de Le Nôtre prévaut encore, et il n’est point de riche propriétaire qui ne souhaite de retrouver dans ses jardins, sinon la ressemblance, du moins quelque rapport avec ceux de Versailles , Trianon, Meudon, Sceaux: et Clugny. »
Aucun jardinier n’a atteint la réputation de Le Nôtre. Sous tout autre règne que celui de Louis XIV, observe Hirschfield, il est probable que son génie ne se fut point développé. Mais ce siècle, où le sentiment des beaux-arts se réveilla dans les esprits et se trouva secondé par le caractère du
JARDINS DES TEMPS MODERNES. 3 c
I monarque, était favorable à la pompe et à I l’éclat. La nation et la cour étaient avides cle nouveautés et d’impressions vives, et l quoiqu’il n’y eût rien dans le genre de Le Nôtre qui ne fût déjà connu de la France i et de. l’Italie, et même, à l’exception des j parterres, de l’ancienne Rome, cependant * la grandeur et la somptuosité de ses plans, f qui surpassaient tout ce qu’on avait vu just qu’alors en France, atteignirent le but désii ré. Ses longues allées taillées, ses arcs de 1 triomphe, ses parterres d’une décoration i si riche, ses fontaines et ses cascades avec i leurs ornemens, dont la singularité va quelt quefois jusqu’au grotesque, ses taillis char- I gés d’ornemens dorés, cette profusion de i statues, toutes ces merveilles s’élevant du i milieu d’un terrain découvert et inculte, excitèrent une admiration universelle. Le Nôtre avait atteint sa quarantième année avant d’avoir mis la dernière main à son premier ouvrage, le jard'm de V aux -le- Vicomte , actuellement Vaux -Praslin. Le roi , charmé de cette exécution, le combla d’honneurs et de distinctions.
Les principaux ouvrages de Le Nôtre
3î INTRODUCTION HISTORIQUE,
sont, Versailles qui coûta environ 200 millions; Trianon, Mendon, Saint-Cloud , Sceaux, Chantilly , et la fameuse terrasse de Saint- Germain; le jardin des Tuileries , les Champs-Elysées et quelques autres furent ou embellis , ou créés d’après ses plans. En 1678 il alla en Italie, où il donna les plans de plusieurs jardins, et notamment des villa Pamphili et Lndovisi. L’Angleterre, la Suède et toute l’Europe adoptèrent,son genre*
Les jardins de Versailles , ce chef-d’œuvre de Le Nôtre, ont été décrits si souvent et sont si généralement connus, que nous nous bornerons à rapporter quelques opinions célèbres sur ce monument de grandeur et de luxe. Hirschfield les regarde, non comme un modèle de goût, mais comme le type d’un style particulier. Le poète Gray était frappé de leur magnificence, lorsqu’un grand nombre de promeneurs y étaient rassemblés et que les grandes eaux jouaient. Bradley dit que Versailles est la somme de tout ce qui a été fait en jardinage. Agricola, auteur hollandais, assure que ces jardins lui ont donné un avant-goût du paradis, etc. Notre opinion incline vers celle de Gray, et nous
JARDINS DES TEMPS MODERNES. 33 pensons , suivant la remarque de Byron , qu’une symétrie si parfaite ne convient pas à la solitude. .
A Lé Nôtre succéda Dufresnoi. Son goût différait beaucoup de celui de son prédécesseur. Plus flatté du pittoresque que dé la* symétrie, il aimait les surfaces inégales et employait quelquefois l’art pour les rendre telles. Son style a quelque chose du genre anglais moderne, mais ses conceptions ont été rarement exécutées. On lui a reproché que ses plans étaient trop dispendieux, mais il est probable que l’attachement nu style de Le Nôtre fut le plus grand obstacle qu’il rencontra. Cependant il exécuta dans un style supérieur à celui de son prédécesseur, les jardins de l’abbé Pajot , près de Vincennes, et deux autres dans le faubourg St.-Antoine , connus sous les noms du Moulin et de Chemin creux. C’est à tort qu’on a attribué à Dufresnoi les jardins de Marly ; on les a exécutés sur les plans de l’architecte Drusè.
Les jardins de Bagnolet sont l’ouvrage le plus remarquable de Desgodetz , parent de Le Nôtre. Vers cette époque, Chapelle d’Isle , les frères Mansard, et quelques autres ar-
chitectes, exécutèrent plusieurs jardins en France, niais sur le plan général de ceux de Le Nôtre. Millin regarde Dufresnoi comme bien supérieur à Le Nôtre, et commesachaut mieux apprécier les beautés de la nature.
• Le style anglais s’introduisit en France, après la paix de 1762, et il ne tarda pas à y devenir l’objet d’un vif enthousiasme.
Hirschfield prétend que les anciens jardins furent bouleversés et refaits à l’anglaise, avec une ardeur qui attestait moins un génie* inventif, <*jue la manie de l’imitation. Versailles lui-méme ne fut pas respecté; on replanta une partie du jardin dans le goût anglais. Laugier adopta le premier le style anglais dans son ouvrage ( Essai sur l'architecture), publié en 1753; et après lui Prévôt , en 1770 (dans î Homme de goût).
C’est vers cette époque qué Ermenonville , propriété du marquis de Girardin, fut modifié d’après ces principes, Girardin luimême en publia une description, qui est un fort bon ouvrage sur l’art de composer les jardins. Morel en parle avec détail dans sa Théorie des jardins ; il cite aussi comme modèles les jardins du duc d’Aumontà Guiscard,
et ceux d’une propriété près de Château- Thierry, qui furent composés par lui. Ce fut peu de temps après l’ouvrage de Morel, que Dclille publia son Poème des jardins.
On peut citer parmi les jardins paysagers qui existaient avant la révolution, celui de Monceau , tracé par Blaikey , et une partie du Petit Trianon ; on doit au même artiste anglais, Bagatelle et le parc du Raincy. Le jardin de Mar bœuf, qui n’existe plus, fut planté par un autre Anglais, le chevalier Jansin. Nous mentionnerons encore Mereville , appartenant à M. de La Borde; ses jardins furent composés par Robert , fameux peintre de paysage. Cette belle propriété, qui , avec Ermenonville, était regardée par Hirschfield comme ce qu’il y avait déplus beau en France dans ce style, avait coulé ' plusieurs millions. On l’a laissée tomber en ruines, et elle a été distribuée en lots et vendue il y a quelque temps.
Le parc d’Argenson , près deVienne, est cité avec de grands éloges par Mathews, qui le met au-dessus de tout ce qu’on peut voir en ce genre, en Italie et en France.
La révolution précipita les Français dans
les camps et vers la tribune. Cependant le plüs doux des arts de la paix eut à Malmai son un brillant asile, qui lui fut ouvert par une femme aimable et célèbre ; le nom de Berthault se rattache glorieusement à cette création, qui ne fut point achevée, et qui ne dura, pour ainsi dire, qu’un jour.
Le nombre des jardins pittoresques et d’ornement remarquables qui existent main* tenant sur le territoire frança is, est beaucoup trop considérable pour nous permettre même de les énumérer; un jardin de ville auquel on n’a rien à comparer en Angleterre, est celui de M. Boursault , à Paris, et l’un des plus beaux parcs paysagers, est le jardin de Fromont , près de Ris, créé par M. Soulange Bodin> et qui se fait remarquer autant par la beauté du dessin que par la richesse des collections.
Jardins allemands. — Le genre français a long-temps régné exclusivement dans les jardins de l’ Allemagne; mais le goût des jardins naturels commence à y dominer; le style anglaisyest maintenant plus en vogue.
Cependant l’imitation n’est point servile, et l’on peut espérer que les Allemands donne-
ront à leurs scènes le cachet et le caractère de leur génie.
Le premier jardin traçé à l’anglaise en Allemagne, est celui de Schwobber , en Westphalie (iy5o). Ensuite, on Remarqua celui de Ilinuber à Hanovre, et de Dornbach près de Vienne, qui doit moins à l’art -qu’à la nature. Celui de Sckœnbrunn appartient à l’ancien style; il se recommande par la grandeur et la noblesse. Celui de Dronningard , près Copenhague, a les qualités du genre anglais.
U Augarten ( jardin de plaisance ) est une promenade aux environs de Vienne; il est dominé par une terrasse d’où l’on découvre une belle vue. Le Prater est le rendez-vous des promeneurs qui vont y jouir de tous les agrémens de la ville et de la campagne.
llirsclifield n’a trouvé de remarquable en Hongrie que les jardins du prince d’ Esterhazjr, dont le palais forme le plus bel ornement.
Les jardins de Dresde n’offrent rien de particulier.
En Prusse, presque tous les jardins réguliers ont été créés sous Frédéric IL Le Thiergarten est le plus étendu; on peut le considérer comme le Prater de Berlin. Les an-
ciens jardins de Sans-Souci à Potsdam sont dans un style mixte et enrichis de tous les ornemens des genres français, italien et hollandais. La recherche et la variété en forment le caractère principal. Les détails multipliés divisent et fatiguent l’attention , qui pqpt y rencontrer, tout excepté la simplicité et lagrandeur. Dans le genre anglais, l’on remarque en Prusse le jardin royal de Charlottenbourg , près Berlin, commencé par le grand Frédéric, mais achevé sous le règne de Guillaume II. La situation en est défavorable. On y admire un beau mausolée dorique où reposent les cendres de la reine.
Les jardins de Heiligense sont dans un style anglais plus pur que ceux de Chariottenbourg. Le palais est un des plus beaux delà Prusse.
En Danemark, les jardins de Marienlust , près d’Elseneur, situés dans le même emplacement où fut assassiné le père d’Hamlet, peuvent être considérés comme le Greenwich et le Hyde-parck de Copenhague.
L’Allemagne renferme en outre un grand nombre de jardins aux environs de Brunswick, Hambourg, Prague, Tœplitz, Leipsick,
JARUUNS DES TEMPS MOI) EliSES. 3p
Weimar et autres, sans oublier les jardins royaux de Munich, Stuttgard, ceux de Bade, Hesse - Cassel, etc. , et surtout ceux de Schweitzingen, appartenant au ducdeBade, que Kraft regarde comme les plus beaux de ce pays. • ' .
L’artiste qui s’est occupé de la composition des jardins d’ornement avec le plus de talent en Allemagne, est feu ScAell, qui était en même temps jardinier, peintre et métaphysicien, et réunissait au plus haut degré les notions pratiques du jardinage avec la connaissance des principes de là peinture et des beaux-arts en général.
Jardins en Russie. — C’est à Pierre le Grand qu’il faut rapporter l’origine des jardins en Russie. 'Le jardin d’été situé à Pétersbourg sur les bords de la Néva, fut le premier essai en ce genre. Mais celui de Peterhojf , à une distance d’environ trente milles de la capitale , est un des plus magnifiques qui existent. Le prince de Ligne donne à ses eaux la préférence sur celles dè Ver- " «ailles. Il a été originairement dessiné par le célèbre artiste français Leblond , élève de Le Notre, qui fut pendant quelque temps ar-
cbitecte de la cour de Saint-Pétersbourg. Il commande le golfe deFinlande'.Des hauteurs on découvre la Carélie, le port de Kronstadt et Pétersbourg. On y admire un mélange de l'ancienne magnificence et de la simplicité moderne. Bois, prairies, canaux, statues*, fontaines, jets d’eau, fabriques, bains* tout fait de» ce séjour un des plus beaux de l’Europe.
Tsarskoy-Selo , résidence de Catherine II, est situé dans un pays découvert, varié par des collines , des prés et des bois. Ces jardins, qui appartiennent au style anglais, ont été créés par Catherine I re , embellis par Elisabeth et achevés par Catherine II. L’entrée s’annonce par des constructions chinoises. Des ponts et des grilles en fonte en lient les différentes parties. On y remarque, entre autres monumens , un temple renfermant des statues anciennes et modernes, un bain superbe, une petite tour qui rappelle la conquête de la Tauride, un obélisque à la mémoire des victoires de Romantzof, une colonne dédiée à Orlof Tchesmensky, un arc de triomphe érigé au prince Orlof, qui arrêta une révolte et fit
çesser la peste qui désolait Moscou; une colonne rbstrale à la gloire de Théodore Orlof , etc., etc.
Les jardins de Pavlovsky méritent aussi une mention particulière, ainsi que le jardin d'hiver dont on trouve la description dans Storch. •
Parmi les jardins de Potemkin on distingue, à Pétersbourg, celui de Tauride , maintenant résidence impériale , et ceux qu’il fonda en Ukraine. On cite encore les jardins du comte Rasoumowsky près de Moscou. Celui de Pétrojka se recommande par de grandes richesses botaniques.
Jardins en Espagne et en Portugal. — L’étude des plantes en Espagne remonte aux Arabes, et les jardins remarquables, du palais d’Jlcazar , près de Séville; et de celui de Grenade , résidences des rois maures, étaient composés dans le genre oriental.
Les siècles suivans présentent une lacune dans cette branche des connaissances; mais, au commencement du dix-septième siècle , sous le règne de Philippe IV r rEspagne'vit, créer de très-beaux jardiné; ce sont ceux de l’Escurial à Madrid, de Saint- lldephonse
près de cette capitale, et d’ Aranjuez près de Tolède.
Le jardin public de Madrid date de jyS 3 .
Les voyageurs y envoyèrent des productions exotiques, avec les détails qui pouvaient en faciliter la culture. On y cultiva un grand nombre de plantes originaires du Péro,u, du Mexique et du Chili, et c’est de cette pépinière qu’elles se répandirent en Europe. En général , les Espagnols passent pour être peu curieux de fleurs et de plantes d’agrément.
Le jardin botanique de Co'imbre , en Portugal, fut fondé en 1773.
Jardins en Turquie. — Le caractère des Turcs et la nature du climat ont dû. réagir sur le goût du jardinage de ce pays et l’assimiler à celui ' de l’Asie. Des ombrages frais, favorables au repos et aux plaisirs des sens, suffisent aux Turcs, qui goûtent peu la jouissance de , 1 a promenade.
Le palais du grand-seigneur est à lui seul une ville. L’ancien emplacement de Bysance est occupé par le sérail. Le premier jardin était renfermé, lors du voyage de M. Pou* queviile, par une palissade et un rempart.
On y trouvait des buissons de rosiers et cl autres plantes odoriférantes. La galerie qui conduit au jardin du sultan est de marbre blanc ; un treillage massif et élevé forme une croix qui partage le jardin en quatre divisions ; au centre il se réunit en dôme au-dessus d’un bassin de marbre. Les cages et les volières sont l’objet le plus intéressant de ces jardins, dont la mesquinerie forme un contraste frappant avec les descriptions de lady Montague. Le jardin du Harem n’est pas mieux tenu ; et s’il a jamais ressemblé aux descriptions des écrivains et des poètes, il faut convenir qu’il a subi une étrange métamorphose.
Jardins en Angleterre. — Les Romains introduisirent dans la Grande-Bretagne le goût de la culture et du jardinage. Dans les temps modernes, sa renaissance date du règne de Henri VIII; Charles II lui donna aussi une impulsion favorable en lui appliquant le style majestueux de Le Nôtre; le style moderne s’établit sous Georges II , et, enfin , sous la régence, il acquit un développement successif par l’établissement de la Société horticulturale.
L’art des jardins disparut en Angleterre vers le commencement du cinquième siècle, époque de l’invasion des Saxons; il se releva probablement à l’époque de la conquête de Guillaume, vers la fin du onzième siècle, et plusieurs documens font foi que, dans les temps qui suivirent, il ne fut pas étranger aux princes ni même aux particuliers.
Sous le règne de Henri VIII , on traça le jardin royal de Nonsuch dont Hentzner donne la* description. Sous le règne d’Elisabeth, le même auteur fait mention des jardins de Holland- H ouse , appartenant au lord trésorier Bucleigh.
Sous Jacques I er furenttracés ou embellis les jardins de Theobalds et de Greenwich. Sir Henry Wotton parle des jardins du lord Ve rulam comme des plus beaux qu’il eût vus.
Le Janua Trilinguis , ouvrage publié à Oxford, du temps de la république, donne une idée du jardinage à cette époque où les parcs étaient destinés à recevoir différens animaux. Sous Jacques II, l’art des jardins d’agrément reçut une puissante impulsion. Ce prince appela en Angleterre Pérault et Le Nôtre. Le dernier éluda cette invitation ,
jardins des temps modernes. 45 mais le premier planta Greenwich et le parc de Saint- James. Sous ce règne, plusieurs seigneurs encouragèrent généreusement cet art. C’est à cette époque qu’il faut rapporter la création de Chatsworth , magnifique résidence du duc de Devonshire, dont on attribue le plan à Rose , jardinier du duc d Essex. Evelyn , dans ses mémoires, cite plusieurs jardins remarquables.
Sous le règne de Guillaume et Marie, l’art horticultural parvint à un haut degré de perfection. Sous la reine Anne, les arbres taillés en différentes formes et la bigarrure des parterres étaient en grande faveur. Cette princesse acheva les jardins de Kensington , commencés par le roi Guillaume. // ise , qu Addison compare à un poète épique, sous le rapport de l’ordonnance de ses plans, et ensuite London se distinguèrent comme pépiniéristes et dessinateurs: Leur réputation égala presque celle que Brown acquit après eux. Bndgeman leur succéda; son goût est plus pur. Il proscrivit la sculpture végétale, et introduisit dans le parc de Richmond des scènes agrestes et des champs cultivés; cependant il soumit les allées à la
46 ÎXTRODCCTIOS HISTORIQUE.
taille. C'est entre les années 1660 et 1713 que les jardins les plus remarquables furent plantés.
Le règne de Georges I er n’offre rien de saillant. Sous Georges II, la reine Caroliue agrandit les jardins de Kensington ; elle réunit plusieurs étangs dont les eaux forment la rivière Serpentine . Depuis cette innovation on permit aux eaux de ne plus couler en ligne droite. Un des plus beaux jardins tracés dans l'ancien style à cette époque, est celui de Cannons , résidence du duc de Chandos ; le dernier du même genre, tracé sur une grande échelle, est le parc d' Exion dans le Rutlandsbire, alors propriété du comte de Gainsborough , le Mécène de ce siècle.
Après cette légère esquisse, nous allons suivre sommairement la renaissance de l’art en Angleterre. Les Européens croient généralement que les Anglais ont emprunté leur style paysager aux Chinois. Les Français et les Italiens revendiquent aussi l’honneur de l’invention. Il est constant que l’imagination des poètes, quj va chercher les inspirations dans la nature, a préparé la réforme et a démontré , plus victorieusement
que toutes les dissertations techniques, l’avantage des scènes naturelles modifiées par les circonstances locales, sur une symétrie monotone et sur les embellissemens de détails qui révèlent sans cesse le travail de l’homme. 4ddison et Pope ont sanctionné le précepte par l’exemple. Le jardin de Pope.
n’existe plus ; celui que cultivait Addison, près de Rugby, n’a guère subi d’altérations que celles imposées par le temps. .
Les premiers artistes qui mirent en pratique le style moderne furent Bridgeman et Kent. Il était réservé à Kent de mettre à exécution les scènes tracées par le génie de Pope. Déjà les murs étaient proscrits, et l’on savait mettre en harmonie les. plaines et les parcs. Formé par la lecture des poètes, et peintre de paysage, Kent disait que la nature ellemême était un jardin. Ses connaissances en peinture l’avaient initié aux beautés du paysage ; son génie fort et hardi semblait né pour ftnder un système. Il prit l’art à sa naissanc^iet l’éleva à un haut degré de perfection.
Stowe fut le pretnier parc où se déployèrent en grand les principes du nouveau
48 ÏNTROUUCTIOir HISTORIQUE, style : c’était à l’époque où Pope traçait soii petit jardin à Twickenham. On cite encore Pains-Uill , résidence de Charles Hamilton, Hagley , S ont h lodge , et quelques autres. Les écrivains qui ont établi le nouveau style, sont, outre Addison et Pope, Shenstone, G. Mason, Wheatley , et Mason le poète. Ceux qui l’ont rnis les premiers en pratique, sont :
Bridgeman , Kent , Wright, Brown et Eames.
A peine le style moderne fut-il en vogue, qu’il commença à s’altérer. Le désir d’innover devint manie, et les principes d’un art libéral dégénérèrent en formalités de pure convention. La mesquinerie des résultats mit ce genre en discrédit, et des écrits remarquables attaquèrent la dépravation du goût. Ces écrits furent lus avec empressement, et contribuèrent à donner à la génération actuelle ce sentiment exquis du Beau qui domine les compositions de notre époque. Cependant Price et Knight, qui appelèrent les premiers une réforme , trouvèrent de zélés adversaires parm^les nombreux ennemis de toute innovation.
Aujourd’hui, après tant d’erreurs, de discussions et de succès, la sciencfc des jar-
dins d’ornement paraît avoir atteint ses dernières limites. Bepton *, habile dessinateur, s’est acquis une réputation méritée par ses ouvrages d’architecture, surtout dans le style gothique ; on lui a reproché de n’avoir point une manière à lui , et d’étre quelquefois en contradiction avec lui-méme; cependant, malgré ses imperfections, il occupe un rang honorable parmi les auteurs les plus estimés.
L’abondânce de la matière ne nous permet pas de citer les parcs et les jardins d’ornement dont l'Angleterre est si riche.
Nous renvoyons nos lecteurs à l’ouvrage de M. Loudon, qui s’étend particulièrement sur ce sujet.
Jardins en Ecosse. — Le style moderne fut appliqué pour la première fois en Ecosse par lord Kames , dans sa terre de Blair Drummond ; cependant il n’exclut pas entièrttment le gelire symétrique. Nous citerons aussi leS jardins de Duddingston housc K spécimen parfait de la maniéré de Brown. Ce ’ pays n’à produit aucun artiste distingqé, à l’exception de Jacques Ramsay qui créa les jardins de jLeith Head près d’Edimbourg.
En Irlande . — Les premiers jardins paysagers. dans l’acception ttioderne de ce terme, furent établis à Delville près deGlassnevin.
Swift en a laissé une description poétique.
Ce fut le signal de la réforme; mais les scènes pittoresques de ce pays, et d’autres causes, ont rendu la*tâche moins difficile qu’ ailleurs.
On cite parmi les jardins les plus remarquables, ceux de Mount-Shannon près de Limerick ; de Mafino, Castle- Town Carton, Carra gh more et Moyra. Powerscourt et Mucross offrent des aspects variés et romantiques.
Nous citerons encore Saint-Valori près du village de Bray, et Blarney Castle, dans une des plus délicieuses situations du monde.
Jardins hors d'Europe ' dans les temps modernès. — A l’exception de là Chine, les-jar* dins de l’Asie, de l’Afrique et de l’ Amérique, offrent deux divisions distinctes. La preiftière renferme les jardins primitifs, et la seconde les jardins dümitation. Les premiers, si ce n’est ceux des chefs , se recom-
mandent faiblement par la culture et le plan; les autres, qui appartiennent à des établissemens européens, offrent les dilfé*
JARDINS DES T#HIPS MODERNES. 5.1 rens caractères nationaux de leurs fondateurs. Ainsi, dans l’intérieur de l’Asie, le jardinage est presque dans le même état où il se trouvait il y a environ trente siècles. Dans l’Amérique septentrionale, il a le cachet anglais. Et dans toutes les villes commerciales du monde, il a une physionomie européenne, se rattachant, suivant les circonstances politiques, au genre anglais, français ou hollandais.
Les jardins des Perses , selon Chardin, consistent en une longue avenue droite, qui divise le parc en deux sections. Un bassin se trouve au centre, et deux autres plus petits dans les deux sections. Les intervalles sont remplis d’arbres fruitiers, de fleurs, de buissons et de rosiers. Les Perses ne connaissent point d’autres ornemensj et comme ils n’aiment point la promenade, ceux-ci doivent leur suffire. L’Hircanie, pendant huit mois de l’année, offre l’aspect d’un beau parterre. Morier fait mention de quelques jardins, et entre autres de celui de Kherun Khan, remarquable ,à cette époque par ses eaux et son sol artificiel. Il est présentement dans un étal d’abandon. Les
5a INTRODUCTION HISTORIQUE, environs de Bushire étaient jadis célèbres par leurs jardins ; mais ils n’offrent plus de vestiges de leur première magnificence.
Les jardins des chefs indiens ont en général le même caractère que ceux des Perses.
Ceux de Kalimar près de Delhi , qui furent • établis au commencement du dix-septième siècle, avaient un mille de circonférence; ils ont coûté, dit-on, vingt-cinq millions de francs. Il n’en reste que des ruines. Les jardins du Shah Léemar, près de la ville de Lahore dans l’Indostan, se composent de terrasses arrosées par un filet d’eau dont la "présence rafraîchit l’air.
Les jardins des îles du Japon se distinguent seulement par la beauté des fruits et des fleurs; sous ce rapport ils l’emportent même sur la Perse. Kæmpfer rapporte qu’une espèce de prunier y est cultivée pour sa fleur qui acquiert le développement d’une rose double.
Les jardins des ports de l’A-frique, Alger , Tunis, Tripoli , Tanger, ont le même caractère que ceux de la Perse; mais ils leur sont inférieurs en raison de la négligence et de la barbarie' de ces contrées. La force de la
JARDINS DES TEMPS MODERNES. 53 végétation et l’absence de l’art et de soins, en font comme un mélange de beauté et de désolation.
Jardins en Chine . — Les jardins des Chinois nous sont peu connus, malgré l’abondance des ouvrages écrits sur cette cofttrée. Ils ne paraissent point s’éloigner , autant qu’on l’a prétendu, de ceux 4e l’Inde et de la Perse.
On y voit cependant une tendance à l’irrégularité età l’imitation des scènes naturelles; et, v sous cepoint de vue, on leur reconnaît un ca* ractère particulier. Mais, quant a leurs traits distinctifs, l’absence des données nous interdit de les préciser. Nous devons aux pères Lecomte et Duhalde, tous deux missionnaires, les premiers renseignemens sur les jardins -de ce pays. La culture en paraît gé* néralement assez négligée; cependant les Chinois les considèrent comme un objet de récréation. Ils ne pensent pas qu’on puisse raisonnablement consacrer un terrain à la culture des fleurs , ni qu’on s’applique à le distribuer en parterres, allées ef bosquets.
Us construisent des grottes, élèvent de petites éminences , et composent des rochers artificiels. S’ils ont assez d’eau pour arroser leurs
légumes, ils s’en contentent ; un puits ou im étang leur suffît.
Le jardin impérial est d’une vaste étendue; il renferme deux cents palais, sans compter les constructions et les dépendances du jardin, des villes et des villages factices, peints et vernis, des collines artificielles, des vallées, des lacs et des canaux, des ponts tournans, surmontés de colonnades et de pavillons, ainsi qu’une ferme et des champs où chaque année Sa Majesté met elle-même la main à la-charrue, pour honorer et encourager l’agriculture.
Le premier jet d'eau qu’on ait vu en Chine fut exécuté par le père Benoît, astronome.
L’empereur en fut si enchanté qu’il changea ses fonctions en celles de fontainier.
Les opinions - sur le mérite des jardins chinois sont partagées. Quelques écrivains nous les montrent comme variés avec un art qui imite heureusement la nature; d’autres, au contraire, les représentent comme empreints d’un caractère d’affectation qui n’e'xclut point, les détails puérils, et où une étude tourmentée vise sans cesse à l’irrégularité. Cependant -on ne saurait nier qu’ils ont
JARDINS DÏÏS TEMPS MODERNES. 55 un caractère propre, en harmoûie avec les idées et les mœurs de ce peuple, et qui pour cette raison échappe à la critique d’un Européen. Voici le jugement de lord Macartney sur ces jardins: « Nous nous appliquons à embellir la nature , les Chinois à la vaincre. Ils ne la modifient point, ils la changent. Ils plantent dans les lieux incultes ; ils font surgir un lac ou un ruisseau dans un désert; dans un terrain plat, ils élèvent des montagnes ou creusent des vallées qu'ils couvrent de constructions variées. » Nous renvoyons à l’ouvrage de M. Louaon, pour la description de plusieurs jardins chinois, tels que ceux de JVoo-yuen , de Puanke-qua , de Fatce à Canton, ainsi que pour le plan d'un jardin chinois donné par Stornberg y jardinier, qui est resté quelques années dans ce pays. On le trouve dans les plans publiés par Kraft.
lnjlticnce du climat , des mœurs , ' de F état du gouvernement et de la société , sur les jardins d‘ ornement .
Depuis que le nouveau style est en vogue en Angleterre, on a condamné, sans distinction comme sans mesure,' tout ce
56 INTRODUCTION HISTORIQUE, qtiï paraît s’en écarter. Cette critique est judicieuse, si l’on veut entendre par style naturel, l’imitation des sites d’un paysage non cultivé. Mais s’ensuit -il que les jardins des anciens étaient absurdes, s’ils répondaient à leurs idées et à leurs plaisirs?
Ce que nous posons en doute, relativement aux jardins d’agrément, pourrait s’appliquer au Beau en général. Comme lui, l’art des jardins est relatif; il dépend des moeurs, de l’organisation, des circonstances locales, et même des préjugés des différens peuples, de l’état du gouvernement et de la société.
La destination du jardinage est sans doute de créer des scènes où se réunissent l’utile et l’agréable; or, si nofcis refusons cette dernière qualité aux jardins des anciens et des peuples étrangers, n’est-ce pas dire implicitement que nous condamnons également tout ce qui compose leur physionomie nation ale, comme leurs mœurs, leurs habitudes et leuTs costumes , par cela seul qu’ils diffèrent des nôtres? C’.est ainsi qu’en étudiant lecaractère et les mœurs des Orientaux, on est forcé de convenir que leurs jardins répondent parfaitement au but qu’ils se proposaient. Les
JARDINS DES TEMPS MODERNES. 5j
Turcs et les Persans aiment le repos ; un de » leurs proverbes dit : « 11 vaut mieux être assis que debout. » Respirer la fraîcheur de l’air à l’abri des ardeurs du tropique ; recueillir les émanations des fleurs, au bruit de la brise et des fontaines mêlé au chant des oiseaux ; promener sa vue sur des ombrages protecteurs; quelquefois mêler à ces plaisirs ceux de la table, des danses voluptueuses et de l’amour: voilà ce qui peut flatter ces peuples, auxquels les autres jouissances sont étrangères. Leurs jardins sont peu étendus, parce qu’ils craignent la fatigue; leurs allées sont droites par la même raison; la terrasse , parallèle à l’habitation qu’elle borde, domine une vue étendue qui embrasse les scènes extérieures et celles que l’art a créées; les allées, percées dans toutes les directions, favorisent la libre circulation de l’air, mieux que ne le feraient des massifs pittoresques; c’est probablement dans le même but qu’ils dégarnissent leurs arbres et qu’ils se plaisent a les faire végéter horizontalement; leurs eaux vives et leurs jets d’eau rafraîchissent leur atmosphère brûlante, et leurs étangs ou bassins
ajoutent par la réflexion aux effets de la perspective j leurs constructions, leurs bains, leurs volières, leurs berceaux répondent à •des besoins ou à {les plaisirs, ou annoncent par leur importance le rang du propriétaire.
Il en est ainsi des fleurs, des arbres fruitiers , des buissons et même quelquefois des ornemens de détails qui plaisent par la variété. .• .
Il n’est pas sans intérêt de rechercher comment et avec quelles modilications le style oriental s’est naturalisé en Italie, en France et en Angleterre. Ce fait peut s’expliquer par l’instinct de l’imitation naturel à l’homme. Les colonies venues de l’est, les conquérans et les voyageurs, apportèrent avec eux des habitudes qu’ils cherchèrent à satisfaire. Cependant, l’éloignement et d’autres circonstances locales durent en modifier l’idée primitive. En Grèce et en Italie, par exemple, le climat était plus tempéfé, le caractère des habitans plus actif, et les mœurs des chefs s’y conservèrent longtemps dans leur simplicité. .
Ajoutons à ces considérations, que le sol change de face en raison du mouvement de
JARDINS DES TEMPS MODERNES. 5$ la civilisation. Les Romains, après avoir accueilli le style oriental, le modifièrent comme toutes leurs conquêtes. Les vergers et les potagers réduisirent d’abord les détails de pur ornement. La beauté des sites explique l’introduction^ des terrasses et des tours; le besoin ou le plaisir de l’exercice recula les limites des domaines. Les arbres qui gênaient la vue furent écourtés, de là les baies; la répétition des mêmes scènes fit naître la satiété; les arbres revêtirent mille formes, et ce caprice dispendieux fut porté à l’excès ; les autres modifications suivirent une marche analogue. Et quant aux ornemens pittoresques, le pays en était si riche, que la vanité ne s’en serait jamais contentée; il était tout naturel que l’on recherchât les contrastes.
Les jardins romains furent copiés en France et en Angleterre avec les modifications apportées parles circonstances locales. Ils convenaient alors à l’état de la soéiété et aux mœurs. Quand l’Angleterre offrit l’aspect d’un jardin cultivé, les Anglais voulurent des parcs pittoresques. C’est pour cette raison que le style moderne convien-
drajt peu à certains pays, comme la Pologne, par exemple.
Les différentes formes de gouvernementinfluent encore d’une manièresensiblesur l’état de l’horticulture. Dans les Etats despotiques, comme la Russie par exemple, où les riches peuvent, faire agir des milliers de bras esclaves, elle offrira un aspect inégal comme les fortunes. A côté d’un parc magnifique, les chaumières du serf auront à peine un potager. Dans les Etats commerçans et libres , où les richesses suivent le travail et l’industrie, le sol est plus divisé et offre une culture plus générale et plus florissante. Une civilisation plus rafÇnéey appelle toutes les jouissances et y varie les produits en raison de l’extension du commerce. C’est ce qui arrive en Angleterre, où , en outre , l’inégalité dans le mode d’héritage ne rend pas aussi sensible qu’en France le morcellement des propriétés foncières.
Ainsi, l’ancien style est et devait être aussi naturellement préféré dans certains pays et sous l’influence de certaines circonstances, que le moderne l’est présentement relative^ ment à notre état actuel. Ce n’est point une
amélioration» comme on le croit générale* ment, mais une conséquence nécessaire de la force des choses, et c’est faire preuve de partialité ou d’aveuglement, que de priser exclusivement ce qui est ancien ou jnoderne, ou plus conforme à tel ou tel système. N’admirons-nous pas tour à tour Aspect sauvage des forêts', l'étendue riante des plaines, les décorations de l’art, la magnificence du luxe, l’activité des ports, l’industrie des villes, l’éclat des spectacles, et la pompe des festins? Pourquoi, dans les scènes naturelles, n’admettre qu’un seul genre ?
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