PLANTATIONS
rels, ou à d’autres scènes artificielles, à des plaines cultivées , ou à des terrains vagues.
Lorsque les plantations artificielles s’unissent à des bois naturels, les allées, les avenues, les clairières des premières peuvent §e prolonger à une certaine distance dans les derniers, pour rendre douteux le point de séparation. A cet effet il est à propos que l’espèce d’arbres qui domine dans le bois naturel se trouve en majorité dans les parties voisines du bois artificiel. Lorsque des scènes créées par l’art aboutissent à d’autres qui ont la même origine, il est aisé de les fondre en quelque sorte par la continuité réciproque des avenues, des masses, des bordures, etc. .
Si les scènes artificielles aboutissent à des terrains en culture et clos , de larges bordures d’arbres, des haies, des grôupes ronds ou carrés , placés dans les angles des champs, serviront à prolonger le caractère de plantation artificielle; et là où les routes sont nécessaires, il faut, autant que possible, qu’elles semblent former la continuation des avenues qui traversent la scène artificielle.
1 14 EXÉCUXIOJN UES JARDINS.
Lorsque les plantations artificielles aboutissent à des bruyères ou à des terrains communaux, c’est d’empiéter sur les limites de çes derniers par des portions d’avenues et des rangs d’arbres de différentes longueurs.
Quelquefois, lorsque le terrain, en làn(les ou en bruyère, est trop dégarni pour produire une expression agréable, on peut, en quelque sorte, obtenir un effet de continuité , au moyen de bordures ou de rangées d’arbres qui partent 8e la plantation formant limite, et vont s’étendant jusque sur le terrain. Il est même possible d’y parvenir par dès arbres disséminés ça et là s’ils se trouvent suffisamment protégés dans une pareille situation. Cette disposition est également avantageuse pour le propriétaire et le voyageur. ,
Il nous reste à parler du choix des arbres, de. la manière de disposer les plantations et les clôtures, et des soins que demande leur entretien.
L’objet en vue, qqi est l’expression d’un plan, la manifestation de l’art, semble nécessiter de choisir les arbres parmi ceux qui sont étrangers au sol. Dans une contrée
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où croît le Pin commun, on peut adopter le Picéa, le Sapin, le Cèdre; dans celle où dominent le Chêne et l'Orme, le Châtaignier, le Tilleul, le Platane, produiront le contraste désiré. Lorsque la plantation est considérable, la valeur intrinsèque du bois doit toujours être la considération principale, et c'est d’après ce principe qu’il faudra se guider dans le choix des arbres à contraste. Néanmoins, il est des espèces d’arbres qui se prêtent d’une manière si • heureuse au genre dont nous traitons, et comme arbres d’ornement dans les deux genres, qu’il faut rarement omettre de les employer, excepté dans le voisinage de l’habitation : tels sont le Marronnier d’Inde, le Tilleul, le Platane, le Chêne cerris, le Cèdre, le Pinus pinea, etc. Comme les quatre dernières espèces sont sujettes à souffrir dans les froids- extraordinaires, si elles se trouvaient trop exposées, on pourrait alterner avec elles quelques arbres plus robustes et analogues, qui garantiraient les grandes masses, sans déroger pour la forme et le feuillage au ton général du tableau.
11 faut, autant que possible, proscrire des
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massifs le rriélange d’espèces différentes :
deux ou trois variétés suffisent. On peut cependant s’écarter de ce principe pour certains massifs , pour les avenues et les emplacemeps peu étendus ; rien n’em pèche même déplacer devant quelques-uns des massifs, des arbres rares, disposés en étoiles, en pattes d’oie, etc. La Boule de neige, le Bouleau et le Noisetier conviennent à l’embellissement des promenades, et peuvent se planter en regard des arbres verts. Tel doit être aussi l’emplacement des arbrisseaux à fleurs, parmi lesquels on choisira de préférencé le Lilas commun , l’Acacia, divers Bosiers, le Laurier de Portugal, le Houx, les Epmes à fleurs doubles, les Cytises, etc.
Dans la distribution en massifs considérables des diverses espèces d’arbres, il faut observer les mêmes principes généraux de composition que pour les formes. Il doit y avoir une sorte de rapport , et cependant de contraste entre les couleurs et le caractère delà cime desdifférens arbres, en sorte qu’il en résulte un effet tout à la fois artificiel et harmonieux.
Ici l’on pourra demander si les variétés
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nouvelles des arbrisseaux d’Amérique et autres espèces de ce genre, en faveur depuis la vogue des jardins paysagers, doivent être admis comme améliorations dans le style dont nous nous occupons; nous répondrons affirmativement, excepté dans les cas où il s'agit d’imiter l’ancien style, car il est hors de doute, lorsque tel est l’objet en vue , que les arbres exotiques détruisent en partie l’illusion.
Si nous pensons que l’ancien style peut fencore revivre, ce n’est point en raison de son antiquité, et des avantages qui lui sont propres, mais parce qu’il constitue un genre distinct. Nous ne voulons pas qu’on en copie les bizarreries et qu’on en éttfdieles imperfections , mais nous croyons qu’il peut profiter des ressources résultant du perfectionnement des arts qui tiennent au dessin, et de l’accroissement continuel de nos richesses végétales.
La disposition des plantes dérive du même principe, la nécessité de constater la présence de l’art, Il convient donc de les distribuer symétriquement, de telle sorte qu’on ne pui se jamais supposer que les arbres et
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les arbustes ont crû spontanément sur te sot.
Entretien des plantations. — Sous ce point de vue , l’avantage est en faveur de l’ancien style; en effet, toutes les opérations qui ont pour but la taille et l’élagage doivent se faire sous l’inspection du jardinier-paysagiste, tandis que dans l’autre cas, le premier ouvrier venu est apte à s’en acquitter; la simplicité des lignes n’offre aucune difficulté; et s’il y a des figures où des arcades en feuillage à exécuter, un cadre en treillage d’un dessin correct suffit pour guider l’opérateur (i).
g JJ. Des plantations dans le style naturel.
Lorsque^la beaute naturelle est 1 effet qu’on se propose, on doit s’attacher principalement à l’ensemble. Dans une résidencé de campagne , les plantations sont nécessairement influencées par le caractère etia situation de la maison qui , dans la composition , constitue le trait . principal. C’est
(i) Il est juste d’observer cependant que dans les jardins paysagers , ces soins d’entretien des plantations se réduisent à fort peu de choses, puisque les arbres doivent être, autant que possible i abandonnés à leur croissance naturelle.
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vers ce point que les grandes masses de verdure et les éclaircis qui remplacent les ombres et les clairs de la peinture, doivent reporter l'attention. Ils doivent se grouper autour de l’habitation, et s’en écarter dans des proportions relatives à son étendue et à celle du terrain, avec un choix de forme et de çaractère en harmonie avec la situation naturelle et l’expression qu’on se propose de créer. Si le bâtiment s’élève sur un sol incliné, la lumière principale doit éclairer de préférence la façade qui regarde la portion de terrain qui descend. C’est le • point de vue qui se présente des croisées qui détermine l’application de ce principe, et qui indique, quelle que soit d’ailleurs la nature du terrain, le côté de la maison d’où les masses de plantations doivent partir.
Il serait impossible de fixer, en principe général, leur étendue, leur forme et leur nombre : il suffira d’en faire connaître le style qui doit toujours être irrégulier comme la nature, le seul guide à suivre pour les mouvemens de terrain et pour ce caractère d’uniformité et d’analogie qui existe au sein même de son désordre apparent.
Comme l’origine des musses se trouve indiquée par l’habitation, c’est le caractère général du pays qui doit déterminer leurs limites ainsi que la manière de les terminer. Si la campagne est coupée en compartimens irréguliers bordés de haies , on peut employer dans la clôture du parc un nombre assez grand de ces dernières, pour produire une continuité d’aspect , et mettre la sfcène en harmonie avec les alentours.
Ést-elle environnée de forêts, il faut alors, à quelque distance en deçà de la clôture, établir des plantations dont le style se confonde avec celles de l’extérieur. Si le terrain est borné par la mer ou par un lac considérable, une interruption brusque sera aussi naturelle qu’elle le serait peu dans le voisinage d’un sol cultivé.
SECTION III
• Dfs eaux.
L’eau , dans les différens aspects et caractères sous lesquels nous l’offre la nature, forme une partie si intéressante du paysage , qu’une vue ne saurait être complètement belle t si cet élément n’y joue un rôle. L’eau
eaux. iar
est un des accessoires obligés de l’ancien style , où l’art la fait figurer sous mille formes. Dans le style moderne, ses effets sont d’une' telle importance que tout emplacement dépourvu d’un lac ou d’une rivière est regardé comme imparfait. Aussi potir se procurer de l’eau a-t-on souvent violé la nature.
Le caractère des diverses modifications données à l’eau, dans le style symétrique, est suffisamment indiqué par leurs dénominations. La place était fixée dans le voisi- # nage de l’habitation ; et le style des murs en maçonnerie ou en gazon, ainsi que des haies qui lui servaient de bordure, se trouvait déterminé par le caractère d’architecture et les traits principaux de la scène. Le choix, depuis les fontaines les plus singulières et les plus compliquées , jusqu’aux simples canaux , tenait beaucoup plus à la pompe du dessin général qu’à la situation naturelle. Ces eaux étaient d’ordinaire alimentées par quelque réservoir caché.
Dans les jardins paysagers, on se propose d’imiter les lacs , les rivières , etc., avec leurs accessoires. Nous dirons quelques mots
des;traits caractéristiques de ces objets, soit naturels, soit imités.
L’eau est ou courante ou immobile. Les lacs , les étangs , appartiennent à la seconde classe ; les rivières et les ruisseaux , à la première. Lorsque l’eau est en volume médiocre, il faut s’en tenir aux lacs, et n’en former des rivières que lorsqu’elle abonda Si les uns et les autres existent déjà naturellement, une étude approfondie de leurs traits caractéristiques leur prêtera de nouveaux embellissemens.
§ I. — Des eaux stagnantes.
La première considération relative à l’eau, sous quelque forme qu’elle existe, concerne les rapports de sa situation avec le caractère de la surface du sol. On ne peut la supposer réunie en amas considérable, que dans des ravins ou des plaines situées au fond d’une vallée. Ainsi , pour ne point contrarier cette disposition naturelle , les eaux artificielles devront avoir leur situation réelle ou apparente dans la partie la plus basse du paysage. Dans une situation différente »
EAUX STAGNANTES. Iî3
l’effet pourra plaire d’abord , mais il perdra bientôt son charme par le manque de vérité et de naturel.
Le même principe réprouve les étangs sur difiérens niveaux, si l’on peut les embrasser d’un même coup-d’œil. Malgré leur mérite comme ornemens partiels, la première impression qu’ils feront naître dans une situation semblable, sera celle du doute sur leur existence réelle. Cette considération doit l’emporter sur toutes les autres. Faudrat-il donc exclure l’eau de tous les terrains élevés? Oui, sans doute; du moins quant à l’aspect général, et dans le cas où un niveau plus bas que celui qu’on destinerait «à l’eau serait en pleine évidence. Mais pour les scènes partielles , qu’Addison regarde comme les épisodes du dessin général, on pourra imiter sur les flancs et même sur la crête des collines, des étangs, qui pourront passer pour des beautés accidentelles de la nature. L’effet en est quelquefois trèsagréable.
Il faut éviter qu’tm lac s’étende trop en longueur, le contour doit en être assez régulier pour réveiller l’idée de la forme, et
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assez varié pour exclure la monotonie.
Supposons qu’on ait fait choix d’une situation convenable pour un lac artificiel. On s’occupera d’abord du lit, qu’on étendra ou restreindra selon l’étendue que l’on veut baigner ; ensuite on pourra créer une série de nappes d’eau, de formes et de grandeurs différentes, en ayant égard au caractère du terrain et à la facilité de planter sur les bords. Les contours du lac seront variés par d’heureux contrastes que produiront des baies, des îlots, de légères dentelures , et le caractère et la beauté des eaux se trouvent ainsi complets quant au plan.
Mais l’effet principal des eaux dépend des arbres qui les accompagnent; ce sont eux qui dessinent la variété sinueuse du contour; c’est d’eux que dépendent la réflexion des formes et des teintes , l’ombre des renfoncemens, et le tremblement des reflets.
On ne les dispersera point sur le sol avec trop de parcimonie ni au hasard. On les prodiguera dans certains endroits pour servir de contraste avec la transparence des eaux; il appartient au goût seul de déterminer les endroits les plus favorables.
EAUX STAGNANTES. Ii5
Dans la nature, le bord des eaux est bas ou escarpé, sablonneux ou marécageux, pierreux ou rocailleux, selon le. genre du terrain adjacent. L’art imitera jijdicieusement cesdifférens caractères, et il n’y parviendra pas seulement par une disposition pittoresque et étudiée des objets voisins, mais en pratiquant les excavations convenables , en plantant des arbres là où leur présence est nécessaire, et en abandonnant le soin du reste au mouvement naturel du courant. Après les dégradations de l’hiver, on peut charrier des amas de gravier ou de pierres, dans les endroits qui comportent un rivage decette nature. Mais, sans entrer dans de trop longs détails, nous nous bornerons à recommander deux choses: d’abord, dans les scènes où l’on vise au pittoresque, il faut tenir bien sec, au moyen de tranchées et de rigoles, le terrain qui avoisine le lac, et ne pas permettre aux plantes marécageuses de trop empiéter sur les eaux : en second lieu, l’on observera que si les îles, qui sont le plus bel ornement du lac, paraissent trop isolées du rivage ou d’autres îles, sans offrir des saillies ou des enfonce-
îîfi EXECUTION UES JARDINS.
mens, elles nuisent à l’effet général au lieu de contribuer à le faire valoir.
§ 11 . — Des eaux courantes.
Nous avons dit qu’il faut plutôt s’appliquer à embellir les rivières et les ruisseaux qu’à les créer. Une rivière a un caractère de noblesse qu’on tenterait vainement d’imiter ; et l’on ne saurait se contenter d’un ruisseau sans courant, dont on se serait mieux trouvé de former un étang. Cependant on peut varier un courant et lui donner, en quelques endroits, une forme régulière en motivant toutes ces modifications et en les mettant en harmonie au moyen de plantations.
Les deux principaux caractères des eaux vives , sont leur courant et leur impétuosité. On peut augmenter l’énergie du premier en contrariant son expansion , en faisant disparaître les pointes de terre et les pierres qui font saillie sur le bord , ou bien en creusant le lit et en redressant les sinuosités du rivage. On peut augmenter l’effet ou la cause de F impétuosité des eaux par différentes circonstances dont les localités régleront le
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choix. Comme ornemens accessoires, on peut employer les cascades et chutes cteau.
La tendance naturelle qu’ont parfois les ruisseaux à former des étangs , présente aussi un objet d’imitation, lorsque cette forme s’accorde avec le plan d’embellissement. ~Si l’on a un courant d’eau à sa disposition, l’on peut créer une cascade, au moyen d’une digue en maçonnerie , qui présente un plan incliné ait courant. On la revêtira de glaise ou de ciment, et l’on en garnira le sommet et la partie inférieure avec des fragmens de roc, auxquels on tâchera de donner un caractère naturel. Dans le voisinage des scènes de ce genre, le sol doit en général avoir quelque élévation, et l’harmonie s’obtiendra par des plantations.
Dans le style symétrique , on donne aux cascades la forme de croissans , de degrés, d’escaliers , de nappes obliques, et dont l’emploi judicieux produit toujours un effet agréable. Il convient quelquefois de détourner le cours d’un ruisseau pour lui faire traverser une portion de terrain plus intéressante. Je pourrais citer un effet admirable d’une rivière amenée d’assez loin juu-
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qu'à la proximité de l’habitation, en sorte qu’elle baignait le mur de la terrasse.
SECTION iv.
Des rochers.
Les rochers appartiennent exclusivement au style naturel , car l’imitation en est proscrite dans le style symétrique. Mais quoiqu’on ne puisse les imiter, on peut ajouter au charme de leur expression , si elle est agréable, et la déguiser lorsqu’elle ne l’est pas. Le caractère des rocs peut être sauvage, effrayant, sublime , pittoresque ou fantastique.
En étudiant les formes dont le caractère a le plus de douceur, ainsi que leurs rapports avec le terrain et les arbres , on découvrira comment et jusqu’à quel point il est possible de les embellir. Les rocs sauvages ont quelque chose de trop nu, de trop repoussant pour qu’on les mette en évidence. Il faut planter des arbres dans leurs intervalles afin d’affaiblir l’expression défavorable qu’une absence totale de végétation ne manquerait pas de produire.
Tous les rocs ont uue expression de majesté , et pai ticulièrement ceux dont la sur-