EAUX COURANTES
face n’est pas variée par un trop grand nom* bre de saillies. On peut ajouter à leur effet , soit en modifiant leurs dimensions, soit en remplissant les vides trop fréquens de leur surface. Si les diverses saillies d’un roc sont trop disséminées, on peut les masquer en partie par quelques arbres, ou les unir entre elles au moyen de buissons et déplantés grimpantes. Si la surface sur laquelle on opère est peu considérable , il faut renoncer à la majesté pour s’en tenir au pittoresque, quoi4 u ’ { ‘ proprement parler, les rochers ne perdent jamais entièrement ce premier caractère, à moins que leurs formes ne soient essentiellement fantastiques. Aussi , lorsqu’on découvre, en faisant des fouilles, les moindres traces d’une chaîne de rocs, il faut savoir en tirer parti. Une route pratiquée sur une côte, peut avoir des rocs pour bordure ; leur aspect sera mieux motivé encore dans un terrain à accidens brusques et pittoresques. Si les murs d’une terrasse posent sur le roc, la maison en acquiert plus de dignité; elle en paraîtra moins exposée à l’humidité et plus solide.
De grosses pierres sur le bord d’un cou-
COMrOS. DES JARDINS. Ç)
t3o EXÉCUTION DES JARDINS.
rant, ajoutent à l’idée de sa véhémence, et si elles apparaissent au milieu d’un lac elles portent à réfléchir sur l’action puissante de cet élément. Dans l’imitation d’une scène sauvage, des blocs détachés font réver à l’état primitif du pays. Des rocs placés au pied d’une côte boisée, réveillent l’idée de la masse dont ils se sont séparés; s’ils sont enfoncés sous la terre, l’imagination interroge leurs formes cachées, qu’elle est portée à grossir; mais dans ces effets le terrain doit toujours avoir le caractère qui admet ce genre d’accessoires. Dans le cas contraire, l’art ne doit point les introduire, et s’ils se rencontraient naturellement, il conviendrait de les exclure de la scène, à moins que leur effet majestueux et extraordinaire ne les fit sortir des règles générales.
Si la nature du sol le comporie, des fraginens de pierres et de rocs, distribués judicieusement, ajouteront à l’expression sauvage et pittoresque de la scène.
section v.
Des fabriques.
Les fabriques considérées comme partie
FAEIUQUES. I 3 r
intégrante du paysage, sont entièrement dans le domaine de l’homme ; aussi se sont-
* elles multipliées sans mesure lors de la décadence de l’ancien style et de la naissance du genre moderne. Souvent elles font perdre de vue les améliorations du terrain.
Pour les personnes pressées de jouir, les plantations sont trop tardives, mais un bâtiment peut s’achever dans un temps donné, et, à la première inspection, on peut apprécier les frais qu’il a entraînés. Voilà pourquoi la vanité soutenue de l’opulence
a multiplié ces constructions jusqu’à satiété.
Avant d aller plus loin, il ne sera peutêtre pas inutile d’émettre quelques observations sur le style des fabriques. C'est une erreur commune que de borner l’architecture à ce qu’on appelle les ordres, et de considérer les constructions gothiques, chinoises et indiennes, comme des compositions purement barbares. Rien n’est moins philosophique que cette manière d’envisa-
* ger le sujet. L architecture aussi bien que les mœurs et les langues, doit varier selon les climats, et s’adapter aux besoins des habitans. On peut préférer le genre grec,
l3a EXÉCUTION DES JARDINS.
mais il ne faut pas pour cela réprouver tous les autres.
En général, on fait- remonter l’origine des différens styles d’architecture à des constructions formées à l’aide de poutres ou d’arbres non façonnés. Ainsi la colonne grecque avec son chapiteau orné de feuilles, a été considérée comme le tronc d'un palmier dépouillé de feuilles, mais dont il reste encore les tiges. Ou a assimilé les arceaux gothiques à la voûte formée par les branches d’une avenue, et dans le style chinois ou retrouve l’imitation d’une tente supportée par des bambous. Mais l’imitation delà nature est peu sensible dans les progrès de l’art, et il paraît bien plus probable que les différent styles d’architecture doivent leur origine aux besoins des peuples, et aux matériaux qu’offrait le pays. D’après cette hypothèse, le style grec peut être considéré comme né de l’usage d’employer des pierres taillées de la même manière que les poutres; le gothique, comme /ondé sur celui d’assujétir ensemble de petites pierres par leur opposition ; et le genre hindou sur l’emploi des mêmes matériaux consolidés par
FABRIQUES. l33
tin poids superposé. Le style gothique a d’abord prévalu en Angleterre; il s’est mêlé avec le grec du temps d’Elisabeth; puis est venu le style grec pur, auquel semble devoir succéder de nos jours l’architecture de l’Indostan.
Après ces remarques générales , nous allons*parler de l’effet des fabriques dans le paysage.
Shenstone regarde comme incomplet un paysage dénué de fabriques et de rochers.
Il est certain qu’à n’envisager la chose que sous le point de vue pittoresque, un bâtiment qui se dessine au milieu de masses de verdure, offre un point de repos agréable à l’œil. Mais sous le rapport de l’expression naturelle, la mesquinerie des grottes et des cabanes construites en racines, le peu d%- w propos et l’inutilité des ermitages, des temples, etc. , présenteront ces accessoires comme des difformités réelles dans les scènes d’une beauté naturelle et pittoresque.
• Mais si l’abus des fabriques est çondamnable, leur emploi judicieux peut être approuvé. La nécessité des sièges et des ponts est incontestable; il en est de même des
1 34 IiXJÎCUTIOK DUS JAKDIKS.
constructions destinées aux ouvriers et aux bestiaux. Une tour couronnée par un belvédère est d’un bon effet dans un pays plat.
Un temple n’est souvent qu’un cabinet de repos, et il peut n’être pas déplacé dans une résidence somptueuse. Un monument consacré à quelque illustration publique, une urne au souvenir d’un parent ou d’un ami, sont également admissibles. 11 en est de même des bustes, des statues, des Jontaines de marbre , des fragmens antiques, etc., qui peuvent, en certains cas, former des contrastes piquans avec les beautés d’une nature sauvage; mais, nous le répétons, entre la simplicité trop nue et la profusion , il est un point qu’il ne faut pas dépasser, et que le bon goût seul pourra saisir.
%ja simplicité elle-même lasse à la longue, et alors l’homme se plaît à retrouver la main de l’art, ne fût-ce que dans une ruine artificielle, pourvu que l’imitation soit naturelle, et que le picge ne soit point grossier.
Les chaumières sont d’un effet agréable, même dans les résidences d’une étendue médiocre, ainsi que les fermes ornées. Dans les scènes plus étendues , on peut en introduire
ORNEMENS ACCIDENTEES. l35
de différens styles, depuis les huttes du Groenland et de la Norwége, jusqu’aux cabanes de l’ Indos tan.
SECTION VI
Des ornemens accidentels et extérieurs.
Parmi ces ornemens s’offrent d’abord les routes. L 'avenue qui conduit à l’habitation doit permettre aux points intéressans de se présenter avec avantage; dans les deux styles, elle doit monter plutôt que descendre en approchant de l’habitation : un plan inégal ne lui convient pas. Dans le style symétrique , elle consistait ordinairement en plusieurs rangées d’arbres en ligne droite.
Dans le moderne, c’est une allée sinueuse dont la courbe se dessine avec grâce et hardiesse, et dont chaque déviation est ou semble produite par un léger accident de terrain , ou par un groupe d’arbres. Elle peut traverser un bois ou des plantations.
La première vue qu’on a de la maison doit en donner une idée favorable; si l’on ne découvre d’abord qu’un des angles >. l’effet sera plus agréable que si Ton embrassait à la fois l’une des faces dans son entier.
l3fi EXECUTION DES JARDINS.
L’un des points de vue doit présenter la façade principale sous un angle tel que l’ensemble ne puisse être saisi que dans le voisinage immédiat. '
Il n’est pas aisé de déterminer d’une manière précise à quelle distance l’œil doit avoir la vue entière et pleine d’un objet, la hauteur apparente de cet objet variant suivant la distance, l’angle d’inclinaison sur l’horizon , et le degré d’élévation du spectateur.La saillie du front, le plus ou moinsd’ouverture des rayons visuels dans tel ou tel individu, la projection des sourcils, et plusieurs autres circonstances rendant difficile de fixer en général l’idée qu’on doit se faire • de la hauteur et de la grandeur d’un objet, nous nous bornerons à conclure avec Repton , que la distance qui laisse à un objet sa plus grande hauteur, est celle d’où l’axe de vision et le sommet de l’objet forment un angle d’environ trente degrés, parce que sous cet angle l’œil en embrasse l’étendue entière sans aucun mouvement de tête.
L 'allée d’ arrivée ou Rapproche , selon le même auteur, est celle qu’un étranger suit
ORNEMENS ACCIDENTELS. I 3j
en traversant un parc ou une pelouse , pour arriver à l’habitation. Les mêmes relations semblent exister entre cette allée et la maison, qu’entre le vestibule ou salle d’entrée et les appartemens avec lesquels il communique. Si le vestibule est trop grand ou trop resserré, trop simple ou trop orné eu égard à l’architecture du bâtiment, c’est une contradiction évidente. Si, d’un autre côté, le vestibule ne permet pas une libre communication avec l’intérieur, il péchera par défaut de commodité. 11 en est de même de la route d’arrivée; il faut qu’elle soit commode, agréable et dans une harmonie parfaite avec la maison. i° Elle doit conduire à l’habitation comme but principal. a° Si elle n’est point la route la plus courte possible, il faut recourir à l’art pour empêcher qu il y ait un autre chemin plus direct.
3° Les obstacles qui lui prêteront ce caractère doivent être naturels. 4 ° Lorsqu’une allée d’approche quitte la grande route, elle ne doit point la couper à angle droit ; il vaut mieux la faire* partir d’un point où la route publique fait un coude, et d’où l’on aperçoit une loge d’entrée ou pavillon.
l38 EXÉCUTION DES JAUDIKS.
5° Si la route d’approche entre dans le parc, on évitera qu’elle en borne les limites, ce qui dénoterait le manque d’étendue ou d’unité. 6 ° La maison, à moins que les proportions n’en soient considérables , nfe doit point s’apercevoir à une distance qui en réduise trop l’aspect. 7 0 La première vue qu’on a de la maison doit présenter la scène la plus agréable. 8 ° Aussitôt que la maison devient visible du chemin d’approche, il convient que rien ne fasse naître la tentation de le quitter, ce qui aurait lieu s’il était par trop sinueux , à moins toutefois que des obstacles puissans, tels que de l’eau ou un terrain inaccessible, ne paraissent justifier cette direction.
Les allées forment ensuite le principal accompagnement des scènes voisines de la maison. Leur caractère variera suivant le style. Quoique ces allées soient évidemment une production de l’art, elles doivent toujours avoir une certaine analogie avec les scènes qu’elles traversent. Il appartient au goût de déterminer leur direction générale, en raison des points qu’il s’agit de mettre en évidence. En général toutes les dévia -
OHNEMKNS ACCIDENTELS. l3q
tions sensibles de la ligne droite doivent être motivées par le terrain ou quelques accessoires. Sur une colline ou une montagne, les routes conserveront la même pente, et serpenteront autour de la hauteur par un mouvement d’ascension graduel et régulier, traversant les obstacles , sans que la promenade en devienne plus pénible. Le point de vue sera d’une grande magnificence, si d’une de ces allées on découvre un lointain varié , et surtout une portion de rivière, un lac, ou enfin la mer s’apercevant à travers des massifs qui meublent le premier plan.
Quant aux allées de promenade dans les vallées, la plus intéressante qu’on puisse concevoir, c’est celle qui suit les bords richement boisés d’une rivière sinueuse, variée par des cascades, ou coulant sur un lit rocailleux. Tantôt le sentier longe le courant, tantôt ils s’écartent l'un de l’autre au point que le murmure de l’eau devient presque insensible, puis ils se rapprochent de nouveau : la route est embellie par tous les accessoires dont ce genre de scène est susceptible.
l4<> EXÉCUTION DES J XRDTNS.
•Les clôtures sont des accessoires communs aux deux genres de composition des jardins d’ornement ; elles sont ou permanentes ou temporaires, et, dans ce dernier cas, servent ordinairement à parquer les bestiaux.
Le but des clôtures est d’interdire aux hommes et aux animaux du dehors l’entrée de la propriété; sous ce rapport, les /««reforment le genre de clôture le plus parfait , et il est difficile d’entretenir les haies suffisamment épaisses et fortes pour remplir convenablement cet objet. Mais dans Jes jardins d’ornement , la première règle relative aux clôtures , est qu’elles ne soient pas visibles, et cette condition est plus facile à atteindre avec les haies qui se marient avec les plantations. Quoi qu’il en soit, les fosses revêtus en pierres, au moins d’un côté, forment la défense la plus sûre et en même temps la moins apparente, et, par conséquent, c’est le genre de clôture qui conviendrait le mieux pour les jardins d’ornement.
Les êtres animés, tels que les daims, les chevreuils, les cerfs, les lièvres et lapins, les faisans, le bétail, sont indispensables pour compléter l’agrément d’une résidence cham-
EMPLOI DES MATÉRIAUX. l4f
pêtre. L’œil se plaît à les voir errer en liberté dans le séjour orné de l’homme. On peut renfermer dans des cages et des volières les plus belles espèces d’oiseaux ; le croassement des fcorbeaux, le gémissement de la chouette, le glapissement du paon et le ramage des oiseaux chanteurs conviennent à telle ou telle situation.
La fumée d’une chaumière ou d’une ferme, la vue d’un village lointain, un clocher, un moulin, une ruine et mille autres circonstances indépendantes de l’art, peuvent devenir une source de jouissances et de beautés variées. . .