‹ Traité de la composition et de l'ornement des jardins: avec cent soixante et une planchesChapitre 19 sur 39 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

KÉSUMÉ DE QUELQUES NOTIONS SUR LE TRACÉ ET LA PLANTATION DE CE GENRE DE COMPOSITION.

Dans les plans que nous donnons ci^aprés comme exemples, Tamateur comprendra d^une manière précise les principes que nous avons chiTché h rendre aussi clairs que possible et qui trouvent ainsi leur application.

Nous résumerons d^abord ici quelques règles généra-' les qui doivent guider dans les dispositions locales par rapport à Tbabitation principale pour laquelle tout le

reste est fait. Ces règles appliquées avec entendement éloigneront tout ce qui pourrait appeler la monotonie et la tristesse là où doivent régner la grâce et la gaîté.

Quand on trace un jardin paysager, on se conforme, avant tout, à l'exposition naturelle du terrain et on éla*blit les points de vue en conséquence.

Or, après que Ton se sera rendu compte des accideus

du terrain où Ton voudra créer un jardin, après avoir bien prévu ce qui convient le mieux à la physionomie que la nature lui a donnée , il faut établir son projet de telle sorte que de l'habitation l'œil puisse découvrir les points de vue créés dans la composition elle-môme et les beautés du paysage environnant. Surtout, que les murs soient cachés aux yeux, ils attristent et arrêtent les élans de Timagination (i). La clôture du jardin étant donc dissimulée avec soin, par des palissades, des talus, des plantations variées, de tel côté que se porteront les regards, ils ne devront être arrêtés que par des objets faits pour les attirer et ne pourront se rendre compte de l'étendue réelle de la propriété.

Avant de donner au sol une forme définitive, l'amateur devra diriger toute son attention sur les lignes qui par leur contour présenteront dans leurensemble une composition en rapport avec la loi de convenance et de proportion, et il ne se décidera à tracer ses figures qu'après de judicieuses et mûres réflexions. Gomme le peintre, il devra subordonner le tout aux règles de la perspective. Il tracera les courbures qui seront le mieux en harmonie avec la forme naturelle de sa propriété, et, calculant la conséquence que doit avoir tel objet qu'il y voudra placer, il adoucira les distances en heurtant les premiers plans d'une manière hardie, ou il éloignera la vue par des lignes rom-

pues H propos, 11 devra calculer reflet résultant de tel point saillant et éviter la répétition des angles qui se rapprochent trop du caractère géométrique ; c'est ainsi que son tracé ne devra pas présenter de formes triangnlaires ou carrées, oblongues ou rhomboVdales ; l'absence de pareilles lignes, que condamne le bon goût, excluera évidemment la raideur et l'afiectation : la partie d'un ter* rain destiné aux plantations d'ornement sera surtoot exempte de semblables diTauts. Un bon tracé de jardin ne devra pas présenter à l'œil des allt'es, dont les lignes se rompant, forment à chaque pas un zig-zag anguleux pareil à la trace que laisse derrière elle la limace; le seul cas où l'on peut admettre ces sortes de courbures et qu'appelle la nécessité, est sur la pente rapide d'une colline, alors elles ne choqueront pas la vue parce que les buissons ou les arbres interposés n'en laisseront pas saisir l'ensemble. La ligne courbe n'acquiert d'élégance que dessinéesur une échelle un peu grande , encore doit-elle être douce dans ces contours et non pas heurtée comme si i tout instant il fallait faire volte-face.

Il n'y a aucune raison qui puisse faire admettre des lignes droites de grande route dans une composition pré* sentant une surface unie , si ce n'est lorsque l'on veut tracer l'avenue principale conduisant à un édifice d'une architecture régulière, d'un caractère sévère ou ancien^

parlies

(i) Koos avons vu employer, f,owr dissimuler les murs (funjardin^ un moyen aussi simple qu*heureut dans la réussite.

rlies de mari dans des cndroils où les charmilles el les rideaux d*arbrisseauz, destinas à les masquer, avaient laisse' des vid< l'tt'il de p^nc'trer, ee qui aurait 6ié toute illusion et détruit l'ensemble du coup d*œîl. Ce noir, interrompu par quelques brancliages, et par )caacf pUmation* qui parlaient de terre, paraissait Tombre d*on fourre' ëpiisi cl lœil ne s'y arrêtait point.

On avait noirci des dci qui permettaîeni à

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oa bien encore à une église , à on temple ^ à un arc de triomphe.

Si nne grande composition pittoresque demande une entrée d'une certaine étendue^ faites alors qt^e par un tracé hardi cette route par laquelle les équipages arriveront s<Tpente avec douceur , car l'œil sera choque si une ligne revient sur elle-même, à telle distnnceque ce soit, de manière à former une parallèle, dtfaut qui se présentera évidemment si Ton trace sa courbe sur un angle trop aigu. Dans un jardin d*un espace borné on devra suivre les mêmes règles linéaires que pour le tracé d'un parc , seulement on les proportionnera à l'étendue du terrain ; mais, dans ce cas^ si quelque obstacle tel qu'un arbre, une haie de clôture, ou un objet qui ne peut se déplacer exige que l'allée tourne en demi-cerde deux fols i peu de distance et du même cêté, alors on cachera ce dé£ftut en interposant des massifs d'arbrisseaux.

Toutes les fois que Tespace à planter sera très circonscrit, on devra faire la plus grande attention à n'employer que des arbres dont la hauteur soit proportionnée à la localité. Ainsi, dans un jardin exigu ils ne dépasseront pas l'élévation des murs. C'est en plantant de grands arbres dans de petits jardins qu'on les a perdus, car il est évident qu'au lieu de conserver i ces jardinets leur ferme primitive, celle de jardins en miniature, les arbrisseaux inférieurs seront étouflfés par les arbres et Ton n aura plus alors que quatre murs^ des troncs d'arbres noirs comme le charbon, et un air mal*sain.

Les arbres de moyenne grandeur doivent encore trouver place partout où, en voulant continuer le dessin d'un bosquet, on jugera i propos de ménager un point de vue qui , des fenêtres de la maison, passera parnlessus le bosquet.

 Tappui de ce que nous avons dit, nous aMons présenter quelques-unes des rî-gles, en pelit nombre, établies pHr Gabriel Thouin :

ai** Le bâtiment prineipal doit avoir des points de vue agréables sur le jardin pour engager a la promenade et exciter la curiosité par des monumens, qui auront eux-mêmes leurs points de vue sur la campagne ou snr quelques fabriques.

<{ 3^ Il faut planter, non loin du b&timent, des arbres veria et autres au feuillage foncé , pour faire repoussoir. Sur le aecond plan il faut des arbres plus petits et dont le feuillage soit plus clair; enfin sur le troisième plan les arbres doivent encore être plus petits et avoir une teinte argentine afin de rendre^ sur le terrain, l'effet qu'un peintre de paysages rend sur la toile.

« 3^ On doit établir un chemin de ceinlàre qui tourne autour de la propriété, en tâchant de Talongerle plus possible^ et de lui donner un contour agréable^ pour qu'en le parcourant^ soit à pied, soit à cheval ou en calèche, on n'éprouve aucune difficulté, et pour ne pas suivre l'exemple donné dans les jardins soi-disant anglais y où l'on voit des allées qui tortillent sans motifi» et qui ne viennent à aucun but (i)« -

(i) Un iour qae nons iri»itions l« ptrc iIVim msifton de pUitanc* dans Tun des royaumes voi«ins de la Fraoce, eo compagnie de l'archStecte

4( 4"* On veillera à ce que tout ks chemins qui le lëpêftront de eeluî qui tourne autour de la propriété aient tttie destination ) aoit pour conduire à dificrentet fabri* quca f f aliet de repos et points de vues , il à ce que chaque fabrique forme tableau.

« Las arbres les plus agréables doivent £tre plantés

isolément dans la prairie par groupes en nombre im* pair. »

Nous ajouterons à cette n'gle de Thouin , qu'ils doivent toujours être placés de manièiv à ne masquer aucun point de vue , mais au contraire à repousser et foin valoir ce qui se trouve en vue.

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