‹ Traité de la composition et de l'ornement des jardins: avec cent soixante et une planchesChapitre 6 sur 39 · DES SITES EN PARTICULIER. - CONVENANCES QUI LEUR SONT PROPRES · texte numérisé non relu

DES SITES EN PARTICULIER. - CONVENANCES QUI LEUR SONT PROPRES

Nous savons que chaque paysage a une physionomie particulière, que c'est de la diflerence de ces physionomies que résulte la difTcrence des sites, et que, par conséquent, ils peuvent varier k l'inCni ; mais cependant on peut rapporter toutes ces variations à trois principales , au moins sous le rapport des travaux â y faire pour en augmenter la beauté, en leur conservant leur caractère.

Plaines.

On appelle ainsi un terrain d^une assez vaste étendue, plat , ou n'ayant qu'une pente peu sensible. Ordinairement les plaines sont situées sur les bords des grandes rivières, aux pieds des montagnes, entre deux coteaux très éloignés l'un de l'autre^ quelquefois ce sont de grands plateaux placés à mi-côte , ou même sur le sommet des montagnes.

La plaine offre le site le plus uniforme , et par conséquent le moins propre au jardin paysager ^ cependant elle convient assez au jardin r^ulier^ dont la création peut

être entièrement soumise aux effets de l'att. Avec beaucoup de goût et la connaissance des végétaux, on pent encore produire des effets agréables dans les sites monotones. Mais c'est vainement que l'on tenterait de donner à la plaine le mouvement d'un terrain montagneux; outrt les dépenses énormes qu'entraînerait une telle entreprise, on ne parviendrait jamais qu'à produire des inégalité ridicules, et ces prétendus coteaux, ces montagnes, éle?à a la pelle, ces vallons creusés avec tant de peine^ n'aaraient jamais que l'apparence de mesquins déblais oa remblais^ dont l'aspect déplaira toujours i l'œil du spectateur qui cherche la nature.

Nous ne prétendons pas cependant que l'on doive con* server au site son parfait niveau ; on peut établir quelques pentes pour varier un peu la promenade 5 mais on doit les ménager de manière à ne laisser percer aucune pr<!tention. On donnera beaucoup de mouvement aux lignes horizontales des plantations ; on établira des massifs formant pallon simuU (voyez au chapitre de la perspective].

On cr^ra quelques tableaux » mais en petit nombre ; on sera plus économe encore de fabriques , et Ton devra préférer celles dont le caractère est le moins saillant ; point d'ermitage, de chalet, de chaumière^ à moins que le jardin ne soit assez vaste pour permettre de les cacber dans Tépaisscur d'un bois, dans une clairière, ou sur une lisière. Ordinairement le jardin de plaine est d*nne médiocre étendue^ son principal mérite consiste dans son extrême propreté, dans sa distribution élégante et commode, dans la fraîcheur de ses ombrages, dans l'agrément des salles de verdure, pergoles et berceaux dont il est orné. Si on y possède des eaux, ce site peut devenir très agréable.

Coteaux.

Le coteau n'est qu'une simple éminence peu prolongée, n'étant pas assez rapprochée d'une autre pour former vallon entre deux. Il peut offrir des sites beaucoup plus variés que la plaine, et prêter davantage, par conséquent, i la formation d'un jardin paysager. Il a encore sur la plaine l'avantage du point de vue; s'il a des eaux, il devient une des plus heureuses positions.

Au moyen de terrasses et de rampes, le coteau convient aussi au jardin de luxe et régulier, qui accompagne les châteaux d'une riche urchiteclure. C'est là que rarchi-» tectC'jardlnier déploiera toute son imagination et les ressources de son génie.

Montagnes , Collines et J'^allons.

Les montagnes et les colline^ ne diffèrent des coteaux

que par les vallées qu'elles peuvent renfermer| et par la grande quantité des accidens qu'elles présentent. La nature semble s'y être épuisée pour produire tous les effets piquans, majestueux ou terribles dont elle est susceptible. Aussi l'homme de génie, placé sur ce terrain favorable, en développant ce que souvent elle n'a fait qu'ébaucher, en plaçant sous un point de vue déterminé ses effeU admirables, en un mot, en l'embellissant , mais, comme nous l'avons dit, sans la détruire, créera les tableaux Ict plus brillans et les plus énergiques.

Les montagnes ont l'avantage de pouvoir renfermer, dans un espace borné , des sites de caractères tout-i-fait différens , et de se prêter, par conséquent , aux scénea que les auteurs nomment majeslueuaesj ternblêê^ pUio^ resquesy rustiques, champêtres, tranquilles y rianiesy mélancoliquesy etc.

Nous expliquerons ici ce que l'on a entendu par ces dénominations.

Les scènes majestueuses sont entièrement dues h la nature. Des arbres antiques, courbant leurs cimes élevées, et mêlant leurs feuillages de manière à intercepter les rayons du soleil dans desombres forêts-, des rivières larges et profondes, promenant leurs ondes paisibles au milieu de vastes prairies ) des lacs d'une grande étendue^ reflétant, sur leur surface polie comme une glace, l'image des coteaux boisés qui les entourent; enGn tout ce qui, noble et grand, nous inspire un sentiment éleré d'admiration, voilà ce qui constitue le majestueux. Les fabriques, de quelque genre qu'elles soient, doivent être exclues de ces compositions. On doit même masquer

dans le point de vue tout ce qui pourrait rappeler l'esprit à des idées peu élevées.

Le terrible peut être regardé comme une nuance du majestueux; du moins , comme celui-ci, il ne doit offrir aux yeux rien que de grand et de sublime. Là c'est une ceinture de sombres rochers élevant jusqu'aux nues leurs crêtes hérissées; leurs masses perpendiculaires offrent quelques sentiers étroits suspendus sur des précipices ; le chamois lui-même reculerait de frayeur s'il fallait franchir les larges fissures dont ses chemins raboteux sont quelquefois coupés. Sur le flanc d'une immense roche ombragée par de tristes sapins, se présente l'ouverture d'une pro« fonde caverne ; le curieux assez hardi pour s'enfoncer dans les entrailles de la terre, confiera son existence à la bonne foi d'un guidé inconnu qui , muni d'une torche résineuse dont la lumière funèbre se reflète sur les angles saillans des rochers^ conduira ses pas mal assurés à travers le labyrinthe des voûtes sombres et humides, que la nature s'est plu à décorer de brillantes stalactites affectant les formes les plus bizarres. Lorsque, revenu à la clarté du jour^ il voudra reposer son imagination effrayée, séduit par la vue d'un bosquet éloigné , il y dirigera ses pas, afin qu'une impression douce et riante lui fasse oublier, sous d'agréables ombrages, les sinistres sentiers qu'il vient de visiter aveuglément; mais à peine a-t-il parcouru la moitié de la distance, que son oreille est frappée par les mugissemeus que fait entendre au loin un torrent dont les ondes écumeuses se précipitent de rochers en rochers. Bientôt il arrive sur le bord du précipice^ au fond duquel les eaux s'engouffrent en tournoyant : un

pont léger et vacillant suspendu sur des cordes se présente seul pour franchir Fabîme! Enfin de la surprise, del'étonnement, voilà ce que doivent inspirer ces scènes, qu'on ne multipliera pas trop pour ne fatiguer ni l'esprit ni le corps.

On voit que ces deux tableaux offrent une immensité telle que bien rarement on pourra les comprendre dans ce qu'on appelle /arc//^, de telle grandeur qu'il soit ; niais l'on peut en apercevoir une partie d'un point élevé do jardin.

Les scènes pittoresques peuvent avoir différens caractères ; ce qui les constitue dans tous les cas, c'est roriginalité du site, du point de vue, ou seulement d'une fabri" que. Quelquefois un arbre isolé , jeté par le hasard an milieu d'une clairière, produira un effet pittoresque sans qtie l'on puisse précisément en assigner la cause. Un pont rustique, un kiosque^ une rocaille, le feuillage blanchâtre d'un peuplier se dessinant sur le flanc rembruni d'un rocKer^ une simple guirlande de lierre tapissant le tronc d'un vieux chêne ou tombant avec grâce de ses branches, un buisson , un câprier étendant ses rameaux et épanouissant ses fleurs d'un blanc de neige au sommet d'une ruine couverte de mousse et de lichen, tous ces objets peuvent être très pittoresques, surtout quand l'art ne s'y hiisse pas soupçonner. Pour produire des effets pittoresques, il faut non-seulement du goût, mais aussi connaître Tari du peintre, et savoir exécuter sur le terrain ce que celui-ci exécute sur la toile. Il faut combiner avec esprit les oppositions de lumière, les contrastes de formes et de couleurs^ calculer les effets^ et surtout être original^ mais

sans afft'clalioii 9 sans tomber dans le bizarre. La nature nous offre partout le pittoresque ; il jie s'agit que de le sentir, de Tétudicr, et de se l'approprier pour le transporter dans nos jardins. Pendant une promenade de quelques beureSf un homme de goût remplira son portefeuille de scènes charmantes, qu'il pourra reproduire ensuite avec facilité.

Le Rustique doiïy contrairement au pittoresque, montrer de l'art dans tous ses tableaux , mais cet art utile et grossier, tel que le sentaient les premiers hommes, manquant d'inst rumens et privés des lumières nécessaires pour exécuter, même pour concevoir le beau dans les constructions. Les fabriques rustiques seront composées de matériaux les plus simples, employés tels que la nature les présente; la seule condition que semble exiger une construction de ce caractère^ c'est la solidité. Cependant on évitera de tomber dans le massif et le lourd : car ce genre exige une élégance de forme qui produit d'autant plus d'effet qu'elle parait être plus difficile à obtenir. Le rustique ne se compose pas seulement de fabriques , il fiUit que le site ait aussi ses convenances : peu d'accidens dans le terrain, point d'ambition dans les plantations, que tout ait l'air d'être Ik pour l'utile. Ce ne sera plus le ginkgo exotique dont le feuillage ombragera le toit de chaume; la bignone ne serpentera pas autour des piliers de la construction : le poirier croîtra devant sa porte ; les pampres de la vigne encadreront ses fenêtres, et tapisseront les murailles de leur riante verdure. Il faut encore, pour caractériser ce genre, animer le tableau. On aime h voir la chèvre agile grimper avec adresse l'escalier raide

et tournant qui la conduit jusqu'au dernier étage d'un pavillon dont elle habite le sommet, tandis que la poule et le faisan occupent le premier^ et que la douce brebis allaite ses agneaux au rez-de-chaussée. Les scènes rustiques sont d'autant plus faciles à animer, qu'on peut, sans nuire à l'harmonie, les isoler, pour ainsi dire , par le moyen de palissades, de barrières ou de treillages artistement entrelacés , et en former ainsi de petits parcs très propres au logement des animaux domestiques.

Aux scènes Champêtres appartiendront les vastes cultures, les prairies et les gras piiturages où la génisse considère avec une stupide indifférence les taureaux combattant avec fureur pour se la disputer. Le mouvement caractérise les scènes champêtres et en fait tout l'agrément. Au coucher du soleil , le pâtre, regagnant l'établc avec son troupeau, fait entendre son chant plaintif; lorsque la chaleur du milieu du jour devient accablante, le laborieux vigneron pose pour quelques instans la houe dont il se sert pour cultiver le riant vignoble qui s'élève à mi-coteau et se confond avec les bois et les bocages formant le cadre dn paysage ; il va s'asseoir un instant à l'ombre des peupliers plantés sur les bords de l'étang où le bœuf vient se désaltérer. Eloignez de ces scènes tout ce qui sent le luxe ou l'affectation : point de temples, d'obélisques, point d'ermitages^ de rochers, ni de grottes; la première et même la seule fabrique que le goût vous permette, c'est \& ferme ornée; encore faut-il que c?s ornemens appartiennent au caractère de la composition. N'allez pas, comme ont fait quelques Anglais , masquer votre bâtiment rural par la voûte gothique d'une i^lise

tombéo en ruine \ que vos poulea ne soient pas logées dans une chfipelley vos pigeons dans un clocher, et vos bœufs d<i|is ime sacristie \ ces contrastes puérils annoncent un absolu manque de goût, et une imagination déréglée. C'est surtout dans les scènes champêtres que les convenances doivent £tre strictement observées. Les habitations des hommes et des animaux doivent être d'une architecture simple, villageoise, mais élégante ,- et^ pardessus tout, commode. Chaque bâtiment doit être rigoureusement approprié à Tusage auquel on le destine. Dans voa plantations, vous ne devez jamais perdre de vue que l'utile doit toujours marcher de front avec l'agréable.

Le oafactëre Tranquille d'une scène se rencontrera sous Pombrage de bocages frais plantés sur les bords d'un ruisseau paisible, dont les ondes serpentent en murmurant au fond d'une vallée solitaire. C'est là que l'aune , le saule au feuillage argenté, étendront leurs racines caverneuses jusque dans les eaux limpides, aOn de fournir des retraites inaccessibles i l'écrevisse et au barbeau. La fauvette, fuyant le bruit du village , viendra sous leur ombrage élever sa jeune couvée , et fera retentir leurs voûtes de verdure de ses chants d'amour. Partout des sentiers faciles et bien entretenus permettront d'arriver sans fatigue sous des réduits impénétrables aux rayons du soleil *y les pentes seront adoucies avec art ^ des gazons émaittés^ des arbres d'une brillante verdure, des groupes de fleurs , des massifs d'arbrisseaux combinés avec graee^ jetteront de la diversité dans le paysage. Des fabriques choisies avec discernement achèveront de faire àe ce lieu un séjour enchanteur. Eloignez tout ce qui

peut rappeler des idées de tristesse; surtout point de tombeaux , d'urnes y ni de cyprès ; car ces lieux sont principalement consacrés à la méditation de la vieillesse^ et rien ne doit lui rappeler qu'il faudra bientôt voir se briser les derniers liens qui l'attachent encore aux objets de ses affections* Quels que soient les orages qui aient traversé la vie d'un vieillard, évoquez des souvenirs doux à son cœur, mais jamais ne déchirez d'une main barbare le voile prêt à tomber qui lui cache l'avenir. La vieillesse ne vit plus que du passé} chez elle tout est habitude : suivez des yeux les promenades journalières de votre vieux père, vous le verrez s'affectionner à ce berceau élevé sur le bord du ruisseau, et venir s'asseoir toua les jours sur le même banc, à la même place. C'est dans cet endroit que vous élèverez la pêcherie où ses petits-enfans viendront épier avec impatience l'instant où l'écrevisse, entraînée par sa voracité, sort des racines impénétrables qui la défendaient, pour entrer dans le filet perfide tendu sur un cerceau de fil de fer. C'est là que vous entasserez, pour ainsi dire, les souvenirs agréables ou glorieux i une simple guirlande et une inscription rappelleront a ce bon V ieillard le jour où sa destinée fut unie à celle d'une épouse chérie, qui lui consacre encore les derniers momens de sa vie. Un monument ou une cabane de bouleau le reporteront à l'époque où , dévoré par l'envie d'aequërir des connaissances qu'il aime aujourd'hui à transmettre à ses jeunes enfans, il parcourait les climats lointains, et bravait les frimats du Canada ou les feux des tropiques. Si par hasard son œil découvre à quelque distance un sphinx de pierre, dont la figure devient encore plus sin-

gulière en se dessinant sous le feuillage d'un palmier, son cœur palpitera de plaisir , son sang rajeuni circulera dans ses veines avec une nouvelle vitesseï et fera revivre dans son cœur cet enthousiasme pour la patrie, cet amour de la gloire^ qui lui firent jadis combattre les Arabes dans les brûlans déserts de l'Egypte.

Les scènes Riantes ont une physionomie analogue aux scènes tranquilles; mais elles demandent plus de variété dans le coup d'œil, plus de grâce et de brillant dans les objets qui les composent^ une perspective plus pittoresque et plus gaie. Des sentiers fleuris, des massifs d'arbustes dont les fleurs aient de l'éclat ) des eaux limpi** des tombant eu cascades peu clevées; des iàbriques agréa-* blés, élégantes et décorées avec fraîcheur ; quelques vases, des statues, mais toujours dans une position bien motivée; un parterre, un emplacement destiné aux amusemens gymuastiques*, tels senties principaux ornemens de ces scènes particulièrement recherchées par la jeunesse et la

ose épanouir ses corolles dans ces lieux consacrés aux méditations et aux souvenirs pénibles, ce sera Fimmortelle, emblème d'une tendresse que la mort même n^a pu détruire; ce sera l'humble souci, la' modeste pensée ou des plantes qui parlent i l'imagination le langage de la mélancolie.

Au milieu d'un massif de chênes, uu obélisque vous rappelera les héros. morts pour la pairie j plus loin un sycomore ombragera un monument simple surmonté d'une urne funéraire que le lierre grimpant menacera d'enlacer de ses branches comme de mille serpcns. Une inscription dira au passant que cette urne rouferme les cendres d'un homme vertueux.

Bientôt, arrivé sur les bords d'une rivière dont on entend à peine le murmure, ou bien encore au milieu d une île à l'aspect romantique, le marbre blanc d^une tombe frappera vos regards à travers la pâle verdure du saule pleureur dont les rameaux flexibles, se courbant

gaité. Un de leurs caractères saillans est de se présenter jusque sur la terre, semblent la protéger^ Â cette vue,

toujours dans uu site dc'couvert et animé par le mouvement des eaux.

La scène Mélancolique doit produire les émotions le> plus profondes. Il faut que dans ce lieu vous soyez saisi d^ua sentiment de tristesse et de sensibilifé. Un vallon solitaire, borné dans son horizon, et loin du fracas du monde , tel est le lieu qui convient à ce genre* Vos pas retentiront sourdement sous des allées couvertes et som^ bres oix les ifs, les sapins, les cyprès marieront leurs feuillages rembrunis. Le romarin croîtra le long des sentiers silencieux , et si quelque fleur au coloris brillant

quel sentiment inexplicable de douce tristesse s'emparera de votre âme! Hélas! est^il sur la terre un homme qui, avant d'avoir parcouru même le quart de sa carrière, n'ait déjà versé des pleurs sur la perte d'un être qui lui fut cher! En est-il un seul qui, à la vue de la dernière demeure en ce monde, ne se soit laissé aller, par ttué force irrésistible, à des souvenirs pleins d'émolton?

Ne craignez pas de donner h vos tableaux une couleur trop sombre^ et de réveiller la douleur : le cœur humainî a des bizarreries inexplicables; on éprouve une jouissance singulière et profonde h se rappeler les événemeus mal-

benreux qui ont afflige certaines périodes de notre vie. La chose la plus difficile à bien faire^ par cela même qu'elle doit produire le plus d^efTet, c'est l'inscription que vous graverez sur le marbre. Souvenez-vous que l'esprit tue le sentiment 14 où le cœur seul doit faire les frais : il faut que Tâme soit aussi vite frappcc que la pensée par une épitaphecourte, simple et vraie* Point de latin, point de grec; ces langues, peu familières au commun des bommes, exigent encore, cbez ceux qui les connaissent le mieux, un moment d'étude pour être parfaitement comprises, et ce moment suffit pour détruire l'illusion, arrêter l'émotion*, elles ont encore l'inconvénient de mettre des gens, très estimables d'ailleurs, dans le cas de rougir de leur ignorance 5 car rarement une femme manque de demander à celui qui l'accompagne l'explication d'une devise ou d'une inscription, et trop souvent on ne répond à cette question indiscrète que par le pénible aveu d'une bumiliantc négligence d'éducation. Que jamais Ton ne puisse voir dans une inscription autre cbose que !e sentiment délicat qui a dû vous l'inspirer; ne faites pas comme ce marchand de la rue Saint-Denis , qui profitant de l'occasion de la mort de son père pour utiliser l'épitaphe placée sur son tombeau , au cimetière du Père-Lacbaise,

ment ils n'ont pas prétendu nous donner des cimetières pour des jardins d'agrément, et cependant comment pourrait- on faire autre chose, si l'on ne devait créer dans un paysage que des scènes semblables à ces dernières.

Telles sont les principales nuances qui caractériseijt les scènes; mais il existe encore une espèce de décoration, qui peut-être a donné lieu aux auteurs d'établir leurs ^cnves surprenant, fantastique^ merveilleux, etc. Il serait très difficile de décider positivement te qu'on entend par ces épithètes, dont aucun auteur ne s'est soucié de donner la définition : nous voulons parler ici de ces espèces de tableaux magiques qui, par le moyen de mécaniques ingénieuses, mises en mouvement d'une manière imperceptible, sont d'autant plus agréables que leurs effets surprennent davantage les personnes qui n'en sont pas averties. Quelques exemples feront mieux concevoir tout l'agrément que l'on peut tirer de ces machines^ qui cependant ne sont guères que des jeux d'enfans. On voyait, dans un jardin paysager des environs de Strasbourg, un ermitage pittoresque élevé sur un coteau au milieu des rochers. Le voyageur que la curiosité conduisait vers ce site romantique, arrivait par des sentiers assez raides

apprend au public « qu'il lui a succédé dans son com- jusque dans 1^ petit jardin potager décorant la façade

« merce, qu'il tient comme lui un assortiment de pre- « mière qualité, et qu'il demeure toujours telle rue, tel ix numéro. » Les scènes mélancoliques et tristes feront^ mieux que toute autre, comprendre combien les auteurs se sont trompés lorsqu'ils ont prétendu former des genres dont le caractère serait exclusif, car bien certaine-

rustique de celte fabrique. La porte en est entr'ouverte, il la pousse pour entrer et visiter l'intérieur du modeste monument ; mais k l'instant même il craint d'avoir commis une indiscrétion, car il aperçoit le saint anachorète assis devant une table de chêne, les yeux attentivement fixés sur uu livre de piété qu'il étudie et médite. Â Pap-

proche de l'étranger il se lève à demi, lui fait signe avec la main de s'asseoir un instant sur un banc de pierre adossé & la muraille; puis, après lui avoir fait une pro~ fonde inclination, il continue sa pieuse lecture avec le même recueillement. L'étranger attend patiemment que le saint homme ait fini son bréviaire pour commencer une conversation intéressante; il admire dabord sa piété; mais une heure d'attente lui fait ensuite perdre patience, et dans le fond de son cœur il commence à murmurer contre une dévotion qui ne lui parait pas bien à sa place. Un soupçon se glisse dans son esprit, car il a remarqué l'immobilité singulière de l'ermite, son silence obstiné, et surtout le livre ouvert toujours à la même page. Cependant la crainte d'être indiscret une seconde fois retient encore le voyageur sur la pierre où il est assis. Vainement il cherche à voir la figure de son hôte; un capuchon rejeté sur sa tête la lui couvre presque entièrement, et ne laisse apercevoir que sa barbe vénérable tombant jusque sur Ba poitrine. Enfin^ la patience lui échappe ; le curieux étranger se lève, s^approche, et reste tout confus en reconnaissant qu'il n'a eu tant de politesse que pour un automate que lui-même a mis en mouvement en faisant tourner la porte sur ses gonds. Poursuivant sa course, il se trouve bientôt sur le bord d'une petite rivière au milieu de laquelle est une ile charmante; des inscriptions tracées sur des écussons suspendus sur la rive opposée, piquent sa curiosité et lui font naître le désir de traverser la rivière pour aller visiter un temple de l'amour, dont

les colonnes élégantes s'aperçoiveiit au milieu d'un bocage de myrthes et de grenadiers ; mais comment parvenir sur l'autre rive? aucune communication ne se présente entre les deux bords. Une légère nacelle est seule amarrée au rivage; qui ouvrira le solide cadenas qui la fixe au tronc d'un saule renversé sur les eaux, et d'ailleurs il ne découvre aucun instrument pour la diriger. Atout hasard il s'élance, ne fût-ce que pour se rapprocher un peu de l'autre rive. Quel prodige s'opère à l'instant où se^ pieds touchent la barque enchantée ! La chaîne qui la fixait au rivage se rompt tout à coup, et comme si la main invisible d'un dieu marin le dirigeait, le frêle esquif fend avec rapidité les ondes tranquilles^ seul il se dirige au milieu des nénuphars et des roseaux, et ne s'arrête que dans un lieu commode au débarquement. L'étranger se dirige alors vers le temple mystérieux, H en admire les décorations brillantes et gracieuses, il s'approche du voile qui dérobe le sanctuaire à sa vue; mais, avant que sa main profane se soit étendue pour le soulever, une musique harmonieuse se fait entendre^ le rideau s'ouvre et lui laisse voir la statue du dieu malin, tandis que le feu sacré, emblème d'un autre feu peut-être aussi vif, mais trop souvent moins pur, s'allume spontanément pour consumer les parfums déposés sur l'autel. —C'en est assez pour mettre un artiste sur la voie, et lui faire créer des scènes féeries plus ingénieuses encore^ s'il a de Timagination, du goût et des connaissances en mécanique.

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