‹ Traité de la composition et de l'ornement des jardins: avec cent soixante et une planchesChapitre 8 sur 39 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ARPENTAGE. — LEVER DES PLANS. — TRANSPORT SUR LE TERRAIN D'UN DESSIN TRACÉ SUR LE PAPIER. — MÉTHODES POUR MESURER LA HAUTEUR DES ARBRES. — MESURES AGRAIRES.

L'emplacement d'un jardin étant bien déterminé d'après toutes les considérations que nous avons cxposétÀ dans les chapitres précédens , après en avoir raisonné les avantages, étudié la disposition par rapport au climat où Ton se trouve , il est tout naturel de s'occuper de le /racer , de donner en quelque sorte une forme au sol , et le préparer à recevoir les végétaux, les fabriques, les ornemens dont un goût capricieux voudra l'embellir.

Quelques notions faciles d'arpentage, des principes clairs et concis sur les moyens de dessiner sur le terrain, vont donner au propriétaire la facilité d'exécuter lui* même*

Âyaut un terrain dont les limites sont connues, le propriétaire , pour en avoir l'étendue positive^ et avoir sous les y eux l'ensemble de sa propriété, devra « par les

moyens que nous allons indiquer, tracer sur le papier un plan topographique qui soit la fidèle représentation de la localité sur laquelle il veut opérer. La pratique seule nous servira ici de guide \ nous n'entrerons dans aucune des difficultés de détails qui exigent non->seaIemeut une étude approfondie de la géométrie, mais aussi une grande sagacité , et qui , d'ailleurs , sortiraient de notre cadre. Nous nous bornerons à exposer les procédés les plus en usage formant les principes du lever dei plana.

Lever un plan iopographique. — Avant de lever un plan> on devra explorer la localité pour en reconnaître les points principaux, c'est-à-dire les murs, les contours des ruisseaux^ les ponts, les allées, les lieux où il est convenable de stationner^ etc., que l'on marque avec des

jalons VL la léte desquels on place une cartel afin de les distinguer de loîn^ tels que les points A D G B E H, fig. i ^ pl« 1. Les points remarquables ainsi connus, on prend pour base, sur le terrain horizontal, une ligne droite que Ton puisse mesurer facilement, et choisie de telle sorte que , de ses deux extrémités , on doive apercevoir la plus grande partie des yo/o/x^ déjà posés : la ligne A B, par exemple* On mesure cette base à Taide d'une chaîne d'arpenteur ayant, bien entendu, une dimension connue. On tient note de cette mesure, ainsi que des opérations qui vont suivre. On se porte à l'extrémité A, et, y plaçant l'équerre d'arpenteur, on prend les divers degrés des angles AD— AG— AE — AH-, puis en B, on note, par le même moyen, les degrés des angles B G — B D -^ B E—B H.

Ainsi les jalons sont unis entre eux , dans la pensée, par des lignes droites recouvrant ^omme d'un réseau la surface de la localité. Il s'agit ensuite de figurer sur le papier cette série de triangles ayant pour côté commun la base sur laquelle ils sont formés , et pour sommets les divers points remarquables de la propriété. On tracera sur le papier, pour représenter la base , une ligne droite a &, que l'on fera d'autant de parties de l'échelle du plan que la base A B contient de mètres, de toises ou de pieds* Ensuite, à l'aide du rapporteur et des mêmes degrés que ceux observés sur le terrain , on tracera du point a les lignes droites ad^a c^ae^a h; et du point b , les lignes b c^bdf b Cyb h; ces lignes doivent former avec a & les mêmes angles que font avec A B les rayons visuels A G — AD, etc* Maintenant > si l'on veut connaîtra combien

contient de toises, mètres, etc.^ chacune de ces lignes que Ton n'a pas mesurées sur le terrain, il s'agira de prendre tour à tour chacune des distances sur le plan avec un compas, et de la porter sur l'échelle de la figure.

Dans le cas où il n'est pas commode de mesurer les angles d'un triangle , on prend sur le terrain , au moyen de la chaîne, la longueur de chacun des côtés, et, reportant ces longueurs sur le papier en unissant chacune des extrémités, on obtient les angles. Ge procédé, qui demande un soin minutieux , peut être long en raison des accidens de la surface \ mais il est très exact.

Voici donc le plan topographique d'une propriété reproduite sur le papier de manière à l'embrasser d'un coup d'œil ; il ne reste plus qu'à dessiner les objets que chaque angle signale. Puis on trace sur le plan une ligne qui indique le nord et le sud, et donne ainsi les divers points oà telle plantation devra être produite selon l'exposition qui lui conviendra.

Déterminer la superficie (ïun terrain. — Ayant^ par exemple, un terrain k 4 côtés inégaux , fig. 2, si , après avoir relevé sur le papier, selon le moyen déjà indiqué, les côtés formant la limite de la localité, on veut en connaître la superficie, voici comment il faut agir : on partage la figure par une diagonale a a, tracée d'un angle k l'angle opposé. On abaisse sur cette diagonale deux perpendiculaires partant de chacun des sommets des deux autres angles. Au moyen de l'échelle , on a trouvé que la diagonale ou ligne de base a so toises, et que les perpendiculaires en ont l'une 12, l'autre to. On fait ce calcul fort simple ; Multiplier la somme totale des toises de la

diagonale par la demi-somme de chacune des perpen^ dictélaires; ainsi ^ la moitié de la perpendiculaire b , G'est-i-dire 5 multiplie par la diagonale ao donne loo; lamoitiëde c, c'est-à-dire 6 multiplié par 20 donne iso*

Le produit de ces deux chiffres donne dao, qui est le nombre de toises carrées contenues dans rétendue de la propriété.

Si le terrain offre dans ses limites plus de quatre côtés, tel que la 6g. 3, on partagera le plan par deux diagonales d cT cf 'y sur lesquelles on fait tomber, du sommet des autres angles , des perpendiculaires e rf' A, et on mulU^ plie la moitié de la somme de loiseé de chaque perpendiculaire par la somme totale de la diagonale sur la^ quelle elle tombe.

Ijft mohië de la perpénd. e c-V-d. a multiplie par i4 donne a8. — <f ^ 3 — i5 — 45.

La figure 5 renferme donc dans son enceinte i33 toises €lirrées.

Mais si le terrain présente beaucoup de côtés , le plan est alors si étendu que 9 pour en déterminer la surface, il faut être versé dans la science de l'arpentage , ce qui sort entièrement de notre sujet.

Formation du plan général d^une localité. — Le propriétaire qui d'un terrain informe veut faire un séjour agréable et varié, ne doit marcher qu'ayant sous les yeux son plan topographique sur lequel il marquera au crayon, au fur et à roesure> les améliorations et les créations que le bon goût va lui suggérer ^ mais, pour oeta, il doit bien

s'identiGer avec toutes les parties de la localité, en étndier les accidens, les moindres contours. Il faat que chacune des lignes tracées sur le papier soit raisonnée de telle sorte qu'en explorant chaque position il puisse voir par avance l'effet que tel changement produira, prévoir ce qui résultera, même des détails les moins importans» par rapport a l'ensemble général.

Or, avant tout, son attetition devra se porter sur la situation de l'habitation principale et des bfttimens aoctasoires, il étudiera l'aspect qu'ils offriront de tel on tel point, il calculera l'étendue du parc> jugera l'emplacement le plus «avantageux et le plus commode au jardin potager, à la ferme, au verger; puis il se rendra compte de l'effet que produiront un groupe d'arbres, un arbre isolé, les massifs, un petit bois; enfin il fixera convena**blement la place que doit occuper la pelouse et plus loin la prairie s'il y a lieu ;^ il donnera à la petite rivière qui court dans sa propriété une forme plus sinueuse, bAtira sur ses bords un moulin, produira un pont, une cascade^ une écluse, établira non loin de là un salon vert et ombragé pour le délassement de sa jeune fiimille, pont lea plaisirs de 6es invita, car joyeux et aimable amphytrion^ il voudra que chacun jouisse du paradis qu'il s'est foroté^ et son amour-propre d'artiste sera flatté en frisant parcourir i ses jolies conviées les allées que lui-même a trm* cées, les élégantes fabriques érigées sous sa direction.

Quelquefois, dans ses explorations, le propriétaire aura besoin, pour arrêter ses idées, d'employer des moyens fiictices; ainsi, pour se représenter l'effet des arbreaqa'il voudrait y voir^ U fera présenter, dana les endcoita qad

lui «embleront propres à cette plantation des jaloDS de 6 à i5 pied« de hauteur, fig. 4f — s'il v^ut introduire un ruisseau dans telle partie, il s'en formera Timage par de larges bandes de toile blanche ou de papier posées sur le terrain que l'on aura nivelé à cette intention. — Pour juger d'une fabrique, il fera placer des piquets unis par des barres transversales et couvertes en parties de planches, etc.

Il reproduit ainsi 9e$ pensëes sur le plan en indiquant simplement la forme linéaire des objets et celle des masses; lorsque l'ensemble est complet, il le dessine ou le fait dessiner au net par quelqu'un d'enleudu. Les parties où les constructions, le terrain, les végétaux, les eaux, doivent subir des changemens, celles où de nouvelles créations doivent être formées seront dessinées en couleurs. — Ce dessin une fois judicieusement arrêté et conformé*^ ment aux règles naturelles établies sur la formation des jardins, une fois toutes les difficultés prévues, les travaux qui en reproduiront la fidèle et palpable représentation , s'exécuteront avec précision et sans talonner. Le temps que le jardinisie aura employé à former le plan dans sa tête puis sur le papier, sera bien compensé alors par la promptitude magique avec laquelle toutes les parties s'embelliront.

TRAcé DE FIGURES SUR LE TERRAIN» — Transport d'un dessin du papier sur le terrain» — > Le crayon a tracé sur le papier les idées qu'un goût judicieux et le raisonnement ont appelé, il faut maitenant opérer sur le terrain selon les moyens que nous allons indiquer.

Pour tracer toute figure sur le terrain, il est bien entendu qu'il faut établir d'abord une ligne de base sur laquelle on opère suivant l'inclinaison que l'on veut donner à cotte figure. — Ceci une fois convenu, nous ne le répéterons pas à chaque dessin.

1. Chacun sait qu'une Ligne droite sur le terrain se trace au moyen d'un cordeau tendu d'un piquet à un autre à la distance de i5 toises au plusj si la ligne que Ton veut tirer doit avoir 6o toises, par exemple, on divisera la distance entre les deux extrémités en 4 parties ou plus, au moyen de jalons, puis on marquera au cordeau, entre chaque jalon, des lignes qui, réunies entr'elles, donneront 6o toises.

3. Pour tracer sur le terrain une Perpendiculaire k une autre ligne, on prendra, sur la ligne F G, fig. 5, une distance égale de chaque côté du point O, marqué d'un piquet, où l'on veut élever ou abaisser un perpendiculaire, soient les points i i et l'on plantera à ces distances des piquets dans lesquels on fixe, au moyen d'anneaux, les deux extrémités d'un cordeau. On couche le cordeau sur la terre en le tirant avec soin par le milieu de manière que les deux côtés en soient également tendus; on plante dans l'angle que forme le cordeau un autre piquet qui avec le point indiqué sur la ligne de base forme la per« pendiculaire. Si l'on veut élever la perpendiculaire â l'extrémité de la ligne, comme en G, on prolongera cette ligne d'une quantité suffisante pour pouvoir prendre de chaque côté de ce point une distance et agir comme cidessus.

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