‹ Traité de la conformation extérieure du cheval ... Par Cl. BourgelatChapitre 14 sur 22 · CLIMAT, SOL, PATURAGES, EAUX · texte numérisé non relu

CLIMAT, SOL, PATURAGES, EAUX

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Tous les climats et tous les terrains sont-ils également propres et favorables aux chevaux ?

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- Toutes les terres ne peuvent porter et produire toutes sortes de choses; non seulement les artfres rares , mais les arbres les plus communs demandent des lieux convenables : les uns se plaisent dans des terrains secs , les autres dans des terrains humides;* ceux-ci, dans une exposition froide; ceux-là , dans une exposition chaude , et chaque espèce d’arbres a pour ainsi dirp , son pays(i). Il paraît aussi que nous devons particulièrement la quantité de plantes dont les montagnes abondent à la diversité des terrains qu’on y remarque; chaque éminence, chaqoesoOi- , » * J i.., ...

( i ) Nec veto terra ferre omîtes omnia possunt.

Viao. Georg. lib. II# y. ibç'i Pour tous les plants enfin tout soi n’est pas heureux. — •

inet en produit de nouvelles. Les animaux n’ont pas été vraisemblablement produits et répandus plus au hasard sur la surface de la terre , leurs organes ont dû être proportionnés à certain milieu , à certaine température ; et le monde animal , bien loin de présenter un mélange bizarre et sans ordre, a, sans doute, été réparti d’après de justes combinaisons, et selon la convenance et l’appropriation des lieux à la nature des espèces et des individus. «Les espèces de chevaux manquaient au Nouveau-Monde, dit M. de Jiuffon , l’étonnement et la frayeur des habitans du Mexique et du Pérou , à l’aspect des chevaux et des cavaliers, firent assez voir aux Espagnols que ces animaux étaient inconnus dans ces climats (1). » Ils y en transplantèrent un grand nombre, tant pour leur service particulier que pour y propager l’espèce; ils en lâchèrent plusieurs dans les îles et même dans les continens , où ils se sont multipliés comme les autres animaux sauvages. Chaque espèce ayant donc sur ce globe des lieux diflérens et particuliers qui lui ont été assignés , tous les terrains et tous les climats ne sont et ue peuvent être également favorables à toutes. Nous ne décidons pas, au surplus, quels sont ceux qui ont été primordialement départis aux chevaux , quels ont été sur eux les effets de leur transplantation dans les diverses régions où on les a fait propager. Cette question doit seulement induire les inspecteurs à considérer, chacun dans leur département, les qualités et les formes de ceux

(i) Histoire naturelle , déjà citée, tome IV, page 179.

qui y naissent , et à remarquer le plus exactement qu’il leur sera possible les nuances diverses ou les différences sensibles de ces mêmes qualités ou de ces mêmes formes dans tels ou tels cantons de leur inspection.

Les climats plus chauds que froids, et surtout les pays secs sont-ils ceux qui conviennent le mieux à la nature des chevaux?

REMARQUES

Tous les arbres communs aux montagnes et aux plaines deviennent, selon Théophraste (i) , plus grands et plus beaux dans les dernières ; mais ceux des montagnes sont meilleurs pour l’usage , tant par rapport à la matière que par rapport aux fruits. En serait-il de même des chevaux? Si nous consultons les anciens, nous verrons qu 'Aristote, qui se dément et se contredit, à la vérité, dans plusieurs endroits de ses ouvrages , a pensé qu’ils sont bien placés dans des pâturages arrosés et marécageux; Colurnelle a été du même sentiment , Camerarius s’est joint à ces deux auteurs, et Varron s’est servi d’une expression plus tranchante, en disant que les pays secs et montagneux étaient destinés aux chèvres et non aux animaux dont il s’agit. Je ne sais ni sur quel raisonnement ni sur quelle expérience leur opinion a été fondée : nous pensons assez universellement, au contraire, que les terrains secs voient naître des

(i) Hist. Plant-, lib. 111 , cap. ;v.

chevaux sobres, légers, vigoureux, dont la tête est belle, la jambe nerveuse, l’ongle très bon; tandis que les productions élevées dans des lieux humides et dans des pâturages gras sont plus grandes, plus épaisses, pèchent par le volume excessif et par la pesanteur de la tête ; par les épaules, qui sont chargées ; par les jambes, qu’une énorme quantité de poils défigurent; par la vue, qui est faible , grasse , mauvaise, etc. Dans l’ancienne province de Franche- Comté, Mantivien-la-Montagne fournit de forts chevaux, employés communément au service des vivres, de l’artillerie, et au transport des marchandises, et il est certain en même temps que les pays bas ou la plaine donnent des chevaux moins grossiers et bien plus fins; mais cette exception, dont les inspecteurs sont invités à rechercher la cause particulière, n’est, dans la croyance où nous sommes, qu’unedérogation à la règle générale. Cette croyance ne serait-elle qu’une erreur et un préjugé suggérés parles différentes qualités que nous avons cru apercevoir dans les chevaux étrangers, nés dans des climats plus chauds que froids et dans des pays secs? Il est intéressant pour nous de nous assurer du mérite et de la valeur de nos productions , soit dans nos départemcns du midi , soit dans nos départemens du nord , soit dans les départemens tempérés , soit enfiu qu’elles aient été élevées dans des pays secs , dans des pâturages succulens , ou dans des pâturages moyens. Le climat influe, dit-on, considérablement sur les hommes; d’une autre part, les alimeus, altérés différemment selon les actions individuelles

de chaque corps auquel ils s’assimileut et dont ils doivent réparer les pertes, influent nécessairement

sur le tempérament, et contribuent dès lors au développement de la forme de chaque être. Mais quelles sont ces influences sur le cheval né dans tel ou tel canton, et même dans telle ou telle partie de tel ou tel département? Sont-elles sensibles? Sur quelles parties du corps de l’animal se manifestent-elles de préférence? Quels sont leurs effets généraux sur son caractère? C’est ce qu’il s’agit de décider, en considérant, comme nous l’avons dit dans nos remarques sur la question précédente , les formes et les qualités. Le premier point n’exige que des yeux, le corps et ses différentes parties sont constans ; quant au caractère , on doit prendre garde que nous n’entendons parler ici que du naturel, caractérisé par un excès général , et non de toutes les modifications qui, au moyen des combinaisons portées à l’infini, donnent à chaque individu un caractère propre , et sont comme autant de teintes et de demi-teintes , formant une multitude de gradations et de passages. Le caractère dominant et principal des chevaux de tels ou tels départemens est ce qu’il importe de connaître et de constater $ on s’égarerait inévitablement si l’on outre-passait celte vue générale pour s’engager dans, lesdétails de variétés quisemblent dépendredu climat et des alimens, moins que des diverses propriétés des terrains et des individus mêmes , si j’ose m’exprimer ainsi : variétés qui étonnent d’autant plus qu’elles se rencontrent, non dans des chevaux rassemblés de pays différens, mais nés sous un même ciel, nourris

des mômes fourrages, respirant le môme air, et le plus souvent enfans des mêmes père et mère.

ni.

Le climat et la nourriture n’ont-ils aucune influence sur l’aptitude des chevaux à la génération t et sur la durée de cette aptitude ?

REMARQUES

Si , chez les différens peuples , l’âge de puberté est différent; si, dans les parties méridionales de l’Europe, l’aptitude à la génération est, dans les hommes et dans les femmes , plus prompte que dans les parties du nord ; si , dans les climats les plus chauds, on voit des filles pubères dès l’âge de neuf à dix ans ; si, enfin, dans certaines parties de la France, la population est constamment plus considérable, ces variétés donneraient lieu de penser qu’il y a influence du climat et de la qualité des alimens et qu’elles en dépendent en partie : de pareils effets pourraient bien exister dans les animaux , et dès lors non seulement il y aurait dans certains départemens des chevaux plus précoces, mais des chevaux plus vigoureux et plus chauds. Quant à la durée de cette vigueur et du pouvoir prolifique, on n’en pourrait juger qu’autant qu’on n’aurait pas abusé des forces de ces mêmes chevaux, soit en les livrant trop têt au service desjumeus, soit en leur en donnant trop à servir.

Pour mieux éclaircir le fait de la puissance du climat et de la nature, il s’agirait, après s’être as-

suré de ceux qui paraissaient les plus ardens et les plus capables de produire , de les transplanter dans un autre lieu , et même par préférence dans un canton où ces sortes d’animaux sembleraient les moins disposés à donner de leur race , et l’on verrait si la vigueur de l’animal , à cet égard , en souffrirait ou serait éteinte. J’ai, au surplus, un fait à citer ici. Un étalon placé dans la paroisse de Marcilly-d’Azergues, appareillé deux années de suite avec un nombre médiocre de jumens, ne donnait aucune production; un autre étalon, placé dans la paroisse de laGrolle, se trouvait pareillement infécond et stérile, j’en changeai le placement; je fis conduire celui qui était dans la première de ces paroisses dans la seconde, et celui qui était dans la seconde fut conduit dans la première : l’année suivante, l’un produisit dix poulains et sept pouliches, et l’autre donna onze pouliches et sept poulains ; cependant ces deux paroisses, situées dans les environs de Lyon , l’une en plaine et l’autre dans la montagne, ne sont distantes que de trois lieues. Cette observation m’aurait échappé, si je n’eusse pas été le maître de disposer de ces chevaux , et si les gardes enavaientété les propriétaires incoin mutables ; car, alors, je me serais vu contraint de les réformer, et cette circonstance n’est pas la seule dans laquelle j’aie senti la nécessité d’une forme d’administration qui laisse et facilite à l’inspecteur les moyens d’interroger la nature.

Digil

Quelles seraient les influences du climat et de la nourriture sur un poulain né dans un pays sec , et transplanté très jeune encore dans un pays succulent et gras ?

REMARQUES

On peut supposer qu’il est ici question d’un poulain navarrin , ou de quelqu’autre partie de la France produisant des chevaux à peu près de cette race, et qui aurait été conduit pour être élevé , dans un âge tendre , en Franche-Comté, ou dans le Poitou , ou dans le Nivernais, ou dans le Calaisis, etc. On demande si , à l’âge de quatre ou cinq ans , ce même poulain aurait conservé la teinture du climat où il aurait pris naissance, ou si, dans son développement et dans son accroissement , sa forme aurait été tellement altérée , ainsi que ses proportions, qu’elles seraient changées, pour ainsi dire] en celles des chevaux du pays où il aurait été nourri et élevé? - ••• Tm /

La nutrition est la réparation des pertes contitnuelfement occasionées par les propres monvemens des parties de la machine; elle est opérée par les substances que mangent et que boivent les âhimaux , et par l’assimilation qui s’en fait , au moyen des actions naturelles du corps même dont elles sollicitent la perfection, s’il ne l’a pas acquise et dont elles empêchent encore la destruction.

Dans l’hypothèse actuelle, l’animal ne serait pas

parvenu à son accroissement, c’est à dire que ses différentes parties n’auraient reçu ni l’extension qu’elles doivent avoir, soit en longueur, soit en largeur, soit en épaisseur, ni la solidité dont elles seront pourvues dans la suite; d’une autre part, il est des conditions sans lesquelles cette extension ne peut avoir lieu : i°. le suc nourricier doit pénétrer dans les pores les plus ténus pour s’attacher aux fibres ; 2°. il ne peut y pénétrer qu’autant qu’il est ' extrêmement délié et divisé en molécules très petites; 3°. il y doit être poussé par un mouvement d’impulsion ; et telle est la force expansive que les racines des arbres écartent, éloignent et renversent des pierres d’un volume énorme; \a. la partie qui doit être nourrie doit avoir elle-même la force nécessaire pour recevoir le suc dont elle a besoin. Est-elle trop serrée? elle lui refuse une libre entrée. Est-elle dans le relâchement? elle laisse passer des particules trop épaisses : de là , la facilité de la nutrition dans des corps jeunes, dont les pores sont larges et les fibres flexibles, et la difficulté du soutien d’une machine épuisée parles années, dont les fibres sont raides , racornies , et les pores extrêmement petits. Or, d’après l’explication de ce mécanisme , non moins applicable au corps de l’animal qu’au corps humain , qu’est-il naturel de présumer du sort de notre poulain transplanté? Des herbes succulentes, c’est à dire douées d’une infinité plus considérable de particules nutritives que celle qu’il aurait pu paître dans le lieu de sa naissance, deviennent son aliment; d’une autre part,

sa disposition est telle que ceux des sucs qui, extraits par ses organes digestifs , seront la véritable matière delà nutrition, pourront enfiler avec aisance des pores assez ouverts pour admettre non seulement les molécules les plus ténues, mais celles qui ne seraient pas aussi déliées; ils ne rencontreront encore, lors de leur impulsion , que des parties qui, vu leur flexibilité et leur mollesse, ne leur opposeront qu’une faible résistance, et céderont toujours à la force qui le^ heurte et qui les pousse. Or, il paraît dès lors raisonnable de croire que le développement et l’accroissement de cet animal seront en raison du développement et de l’accroissement ordinaires des chevaux du pays nouveau qu’il habite, et que ce qu’il aura conservé du père et de la mère, ou du climat dans lequel il est né, ne servira qu’à rendre plus sensibles les disproportions résultantes des effets des alimens étrangers qu’il aura piis.

Il en serait vraisemblablement de même d’un poulain franc-comtois transporté dans la Navarre. Des herbes trop peu substantielles ne suffiraient point au degré d’extension auquel il doit parvenir. L’extension de celles des parties de son corps qui auront déjà pris un certain accroissement se trouvera presque arrêtée et suspendue; les autres, dont la formation est plus lente , ne feront que de très légers progrès, leur force ne répondra, par conséquent, jamais à celle des premières, et la totalité de cette machine véritablement décousue soufïrira tellement que l’animal sera un cheval absolument manqué, qui n’aura plus rien, ni du pays où il

A reçu l’être, ni de telui dans lequel il aura été élevé.

Au surplus, tout ce que nous avons dit ici prouverait encore deux choses : la première, que, s’il est des pays si gras que la vue des chevaux en soit endommagée dès l’âge de trois ou quatre ans, on aurait tort, pour prévenir en eux la cécité, de lés porter de ces mêmes pays gras dans des pays vraiment secs j il faudrait les jeter dans des pâturages moyens dont la qualité ne différera pas autant. La seconde, que le placement des étalons, tant étrangers que nationaux , demande une exacte attention aux climats et aux terrains dans lesquels ils auront vécu, afin de s’y conformer le plus qu’il sera possible, en les mettant dans des pays analogues j car, sans cette précaution , quoique ces animaux soient censés entièrement formés, le plus ou le moins de qualités des fourrages leur serait toujours nuisible en ce qu’il gênerait la nutrition , et par conséquent leur vigueur.

Quelles sont les plantes qui forment les meilleurs pâturages ?

REMARQUES

Nous avons indiqué, dans la seconde partie, éelles qui nous ont paru propres à bonifier les prés, celles qui peuvent en rendre la qualité inférieure, et celles qui peuvent être malfaisantes et mortelles au cheval. Nous ne prétendons pas néanmoins que notre opinion soit généralement et aveuglément

reçue : on sait, en premier lieu, qu’il en est île particulières et de propres dans certains pays, qui sont très rares et qu’on ne voit pas dans les autres. Secondement, les mêmes plantes ont plus ou moins d’efficacité selon le climat et la nature du sol, et elles doivent ou peuvent être différentes , et d’une toute autre qualité selon les prairies. On demande donc quelles sont les meilleures plantes relativement aux prairies flottantes, et dont l’irrigation est connue; aux prairies placées dans des terrains naturellement gras et humides; aux prés secs, aux prés bas , aux prés hauts , aux prés sales , ou qui sont exposés au flux de la mer, aux pacages , c’est à dire aux pâturages humides dont on ne fauche point l’herbe ; aux pâtis , c’est à dire aux pâturages secs.

A l’égard des prés cultivés, ou des prairies artificielles , il serait à souhaiter qu’on pût être parfaitement assuré des effets du trèfle, du sainfoin et de la luzerne sur les chevaux et sur les autres animaux herbivores. On a vu des provinces entières de la Grande-Bretagne , hors d’état, en apparence, de subvenir à la nourriture des bestiaux , se procurer néanmoins cet avantage que semblait leur refuser la nature, en employant en pâturages artificiels une petite quantité de fonds devenus d’un rapport considérable et d’une fécondité singulière, au moyen d’une culture assidue et éclairée. Nous avons commencé à suivre leur exemple, on s’occupe du défrichement des landes; mais nous n’aurions peut-être pas plus mal fait de nous occuper de l’anéantissc-

ment des droits des communes , dont l'effet le plus

réel semble être de conserver de vastes terres en friches. Quoiqu’il en soit, le produit du sainfoin est infiniment supérieur à celui de tous nos prés communs; mais celte herbe, qui s’accommode de toutes sortes de terres, si ce n’est des marécageuses, est-elle aussi salutaire aux chevaux qu’on le croit, soit qu’on la leur fasse manger pure, soit qu’on la leur fasse manger mêlée avec d’autres fourrages? La culture de la luzerne donna des récoltes prodigieuses; on fauche cette herbe quatre ou cinq fois dans une année , et le produit des terres, en ce genre, est, dit-on, sextuple de çelui des prés naturels. On a, déplus, prétendu qu’en leur en donnant alternativement avec le foin ordinaire, on formait une nourriture plus succulente et plus salubre que celle produite par ce dernier fourrage donné seul. Il faudrait constater de nouveau, par des expériences suivies, ce que de tels alimens peuvent produire; mais ces expériences exigeraient, dans ceux qui en seraient chargés, des lumières qui ne sont pas communes.

Combien faut- il (V arpens de terre pour la nourriture d’une cavale et de son poulain?

REMARQUES

L’arpent de Paris est de 100 perches carrées, la perche ayant 20 pieds de 12 pouces de long(i), fai-

(1) La perche de Paris n’a que 18 pieds. ( É .)

gant /fOO pieds carrés} ii s’agira, pour se rendre plus intelligible à la réponse de cette question , si elle est vraiment possible,' de réduire à cet arpent toutes les différentes mesures malheureusement en’ usage dans les différens cantons. Ainsi , par exemple , je vois que l’arpeut de Paris contient toujours /, 0,000 pieds de roi , qui font pieds de la

ville de Lyon; je sais que la bicherée lyonnaise plus JÊJJL font un arpent de Paris;' la seterée, dans îe Limousin, est de *4,200 pieds de superflu cie: elle fait donc, h peu de chose près, les trois cinquièmes de 1 arpent, et en effet les trois cinquièmes de 40,000 donnent 24,000, etc. De semblables calculs seraient, au surplus, la moindre des difficultés que l’on aurait à vaincre (1).

i°. Il serait de toute nécessité de faire attentionà la différence des prés propres à la nourriture des chevaux. Ceux dont le terrain serait extrêmement bon, qui recevraient de l’eau en abondance, surtout des égouts des villes, ou, tout au moins, des bourgs et des gros villages, ainsi que des fumiers, donneraient, en effet, plus d’herbe première et seconde que ceux dont le terrain serait également précieux, et qui seraient arrosés de bonne eau ; ces derniers produiraient plus qu’un terrain inferieur

(ij L’arpent est un demi-liectare environ , ou cinquante ares, et la perche est d’environ deux ares. L’adoption du système métrique ou décimal , en réduisant toutes les mesures à une seule et unique pour tous les pays, remédie aux inconvénient dont se plaint ici Bnurgelat , el rend biutilestous ces calculs de comparaison. (£-)

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tqui jouirait également des avantages de l’irrigation i .enfin , des prés ordinaires de bons pays, qui seront

•passablement arrosés , fourniront moins que les précéder, et bien au delà de ceux dont le terrain sera maigre, ou tellement mauvais qu’il ne pourra servir que de pacage, etc. : or, tous ces produits n’étant pas les mêmes, on comprend que, si l’on ne •désignait pas les pâturages dont on parle, dans la fixation du nombre des arpens que consommeront,, en pâturant, dans l’année, l’enfant et la mère, la solution de notre question serait très imparfaite.

20. Il faut ,être attentif à la différence des prés, non seulementrelativementà l’abondance de l’herbe, mais relativement à sa qualité.

La nature a donné aux animaux une intelligence ou un instinct, au moyen duquel ils veillent sàns cesse à leur conservation. Cet instinct les dirige vers les plantes qui leur sont propres , et les détourne de celles qui leur seraient moins bienfaisantes ou nuisibles. Dans l’état de domesticité, le cheval, pressé par la faim et par le besoin , ne peut manger que ce que contient le fourrage qu’on lui présente, sans distinction des herbes pernicieuses, corrompues ou altérées, qui se trouvent le plus souvent brisées, desséchées et confondues avec un très petit nombre de celles qui lui seraient salutaires. Moins esclave dans les pâturages et dans les prairies, il se yoit, pour ainsi dire , rappelé à cet état de nature, où la liberté du choix ne lui est point ravie, et où il peut faire usage du sentiment jqui lui a été départi. Mais ai ces herbages ne lui offrent, d’une part, qu’une

abondance de plantes auxquelles il répugne et dont son instinct l’éloigne , et de l’autre qu'une très petite quantité de celles vers lesquelles il le porte , on ne pourra se dispenser de distraire de chaque arpent au moins à peu près le contenu du terrain herbeux auquel il ne touchera pas; eu sorte que, si ce contenu ou celte mesure, assez difficile à évaluer, se trouvait être la moitié de l’arpent, il s’ensuivrait qu’en supposant que quatre arpens destinés à la jument et au poulain soient absolument nécessaires à leur entretien , cette moitié retranchée de chacun d’eux, il en faudrait huit au lieu de quatre. On doit sentir aussi que tel arpent peut n’offrir qu’un quart, qu’un tiers, qu’un demi-quart, qu’un demitiers, plus ou moins, à déduire pour cet objet, et c’est ce qui compliquerait encore l’évaluation demandée; car, à moins d’avoir une donnée certaine, il est impossible d’asseoir un juste calcul à cet égard.

3°. Nous avons parlé du dommage que les chevaux peuvent causer aux prairies, et de la nécessité d’y remédier en y plaçant et en y jetant des bœufs. M. de GarsauU prétend (1) que la ruine des fonds parles premiers de ces animaux est si redoutée dans la Basse-Normandie, que les propriétaires des terrains les plus précieux stipulent expressément, en les donnant à bail, la défense de nourrir dans un herbage de cent bœufs au delà de deux ou trois chevaux. Il avoue, à la vérité, que cette crainte est en

(t) Nouveau Parfait Maréchal : Paris, i"4* , in-4°. Traité du /taras , chapitre II , pa^e 63.

quelque sorte puérile, puisque ces bons fonds pourraient supporter, sans un grand déchet, dix chevaux par cent bœufs, et il ajoute qu’on peut maintenir les fonds d’un haras dans leur bonté eu mettant, dans celui qui est maigre, quatre vaches et deux, bœufs par cheval, dans un fonds médiocre deux petites vaches ou un bœuf aussi par cheval, et dans un fonds excellent un bœuf pour deux chevaux. D’où l’on voit qu’il est ici diverses assertions i la première, que les meilleurs fonds de la Basse-Normandie ne seraient point détériorés en mettant un cheval par dix bœufs , puisque l’auteur croit que l’on peut y placer sans déchet cent bœufs pour dix chevaux; la seconde , qui contredit la première , est que le fonds excellent d’un haras se conservera tel eu y mettant par deux chevaux un bon bœuf, ce qui ferait deux cents chevaux pourcent bœufs; enfin, la troisième, que le bœuf mange et consomme toujours autant que deux vaches , ce qui n’est pas d’une évidence réelle. Quoi qu’il en soit, et en quelque nombre que soient jetées, proportionnément à celui des élèves et des mères, les bêtes à cornes dans les pâtures, ou ne peut pas imaginer qu’elles ne consomment rien au préjudice des chevaux, et cette nouvelle défalcation de l’herbe flottante mangée par ceux-ci ne semblerait pas plus aisée que celle de l’herbe délaissée par la mère et par le poulain , etc.

On peut donc regarder la question que nous avons faite, comine une de ces questions qu’il 11e faut tenter de résoudre ni rigoureusement ni autrement. Ces diverses considérations et une infinité d’autres

auxquelles il serait superflu de nous arrêter démon'-

trent aussi que, quand il aurait été possible aux inspecteurs de dresser, chacun dans l’élendue de leur département, suivant le vœu du réglement de 1777 llJ> des dénombrent eps qui n’auraient pas manqué d’offusquer et d'effrayer les propriétaires des prairies, des pacages et des pâturages , on n’en aurait tiré aucune connaissance utile à la connaissance exacte de la quantité de chevaux que ces terrains dénombrés auraient dû nourrir. Au reste, si l’on nous reprochait d’avoir proposé ici une question insoluble , nous répondrions que nous avons cherché à donner lieu à çes réflexions , et à mettre les inspecteurs dans l’obligation de les apprécier; à leur imposer celle de vérifier le nombre des boeufs accessoires, pour réparer le préjudice que peuvent faire les chevaux qui paissent dans des fonds maigres , dans des pâ tarages moyens et dans des pâturages gras et succulens ; à les engager à l’examen de la qualité de la nourriture qu’exige le bœuf proportionnément à la vache; enfin, ce qui nous iutéresse encore davantage, à apprendre d’eux s’il est vrai, comme plusieurs le prétendent , ip. que les poulains et les cavales errent sans cesse de côté et d’autre dans les pâtures, en faisant choix des plantes dont leur instinct leur suggère la différence; a°. que ces mômes chevaux , dans une vaste étendue de terrain, ne broutent et ne mangent, par conséquent,

(i) Réglement des haras, déjà cilé, titre II, article I,

page 7.

qu’une très modique portion de l’herbe que l’on y voitj 3°. que ceux qui sont les moins attentifs à ce choix ne sont jamais, ni par leurs qualités ni par leurs formes, comparables à ceux en qui l’on remarque cette délicatesse ou cette attention ; 4°. que, si ces derniers , resserrés et limités dans des herbages d’un médiocre ooutenu , se trouvent forcés de manger tout ce qu’ils rencontrent, ou d’en revenir à l’herbe qu’ils avaient dédaignée, ils ne seront jamais ce qu’ils auraient dû être et ce qu’ils auraient été. Ces laits à éclaircir et à confirmer sont, ainsi qu’on en peut juger, d’un.e importance extrême, et méritent certainement d’être vérifiés avec l’exactitude la plus scrupuleuse.

Les eaux influent- elles sur les animaux , et particulièrement sur le chenal , comme les alimens solides? •

REMARQUES

Il ne paraît pas douteux que les alimens liquides soient aussi nécessaires à la vie des animaux que les alimens solides ; mais le choix des eaux est-il indifférent? En est-il de plus salutaires les unes que les autres? En est-il de contraires aux mélanges des liqueurs qui entrent dans la composition de leur corps? Il s’agit ici d’approfondir la vérité de ce que nousi avons dit précédemment ; si leurs effets doivent être de donner de la fluidité aux humeurs, d’extraire les parties utiles des alimens solides, d’ouvrir les vaisseaux, de dissoudre les sucs visqueux, de noyer et d’aider à l’expulsion des ex-

créai en* salins, de porter enfin le suc nourricier dans le tissu le plus intime des parties, il est certain que leur plus ou moins de pureté, de limpidité, de mobilité, d’activité, de grossièreté et de finesse influera sur la machine, et vraisemblablement plus sur celle qui n'est pas entièrement formée, que sur celle qui est parvenue au période de son accroissement et de sa force : quelles seront alors ces influences?

RACES , DÉGÉNÉRATIONS.

Quelle est la véritable époque de V introduction des chevaux arabes en Angleterre (1)?

REMARQUES

Il est des personnes qui, fixant celte époque au temps des croisades, prétendent que le premier cheval arabe qui a paru en Angleterre est un de ces chevaux que nos croisés amenèrent en France , et qui ont été, dit-on, la souche de notre ancienne race limousine. Elles croient que ce cheval fut acheté, à l’âge de plus de vingt ans, par un Anglais, qui lui fit passer la mer. Il tenta d’en tirer race , et quoi-

(i) Cette suite a été imprimée dans le Journal de l’ Agriculture , de septembre 1778, sous le titre de Questions intéressantes , avec la note qui suit :

« L’auteur des remarques qui accompagnent ces questions n’a eu garde de croire qu’il est capable d’en donner une solution réservée à des personnes plus instruites et plus éclailévs que lui eu pareille matière. 11 se propose d’y en ajouter

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que, par cette tradition, à la vérité un peu sus*pecte, on fût obligé de hausser et de porter, en quelque sorte, cet animal sur les cavales , on en obtint des productions dont le nerf, la force et la célérité déterminèrent ensuite quelques Anglais, négocians ou autres, à en acheter ou à en faire acheter dans le pays même. Il suivrait de là que l’épreuve des faibles restes d’un cheval que nous possédions aurait été, le principe et le premier fondement de la richesse actuelle de l’Angleterre à cet égard , richesse que nous nous efforçons d’accroître sans cesse à nos dépens.

Ce qui rendrait ce fait très douteux, c’est que les Anglais croisés pouvaient aussi aisément que les Français se procurer des chevaux arabes, et peut-être qu’en effet l’époque de l’introduction de ces chevaux chez eux est la même que celle de ces guerres coatrc les infidèles j il faudrait convenir, en ce cas, qu’ils en ont su beaucoup mieux profiter que nous.

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