‹ Traité de la conformation extérieure du cheval ... Par Cl. BourgelatChapitre 15 sur 22 · IX · texte numérisé non relu

IX

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Quels étaient les chevaux anglais avant cette introduction? Dans (juelle situation étaient , à cet égard , la population et le commerce ? Y avait-il des

successivement nombre d’autres, dans l’espérance que les réponses qu’on voudra bien y faire pourront servir à accroître nos connaissances sur la partie économique et sur la partie physique des haras. »

Bourgelat , étant mort peu de temps après (le 3 janvier 1 779 )> n’a pu continuer ce travail important. (£.)

haras en forme , et une régie quelconque soumise à des réglemens et à des lois ?

REMARQUES

Si l’on s’en rapporte à l’opinion publique, on doit croire que la race était vile, que la population et le .commerce présentaient peu d’intérêt, que les chevaux du pays ne consistaient que dans des chevaux de trait et dans quelques forts chevaux propres cependant à la selle et £ la guerre. Du reste, on paraît ignorer assez généralement s’il y avait des té glemens et s’il y en a jamais eu; en tout cas, ou pense qu’ils auraient été insuffisans , comme ils le sont et le seront toujours presque partout.

Y a-t-il eu des jumens arabes introduites en Angleterre? Quand y ont- elles été intivduites? Est-ce avant , ou après, ou en même temps que les chevaux ?

REMARQUES

On sait qu’il est assez difficile de porter les^Lrabes, quelque appât qu’on leur offre, à vendre à l’étranger des chevaux de race véritablement noble et jamais souillée, et qu’il est comme impossible d’obtenir d’eux des jumens de cette extraction, car ils en font encore plus de cas que des mâles. Un seigneur anglais très instruit (lord Pembroke) est persuadé que c’est en faisant couvrir des jumens choisies du pays par des étalons arabes , qu’on a formé la race des chevaux de course, qui se perfectionne

tous les jours. Il ajoute que les étalons ayant plus influé, attendu leurs qualités , dans l’oeuvre de la génération , que les femelles, les productions* tant femelles que mâles, ont participé principalement des pères, et que les défauts des mères se sont en quelque façon effacés dans leur progéniture. Il observe encore que l’attention exacte que l’on a à suivre la race des pouliches nées des arabes et de ces jumens anglaises, et à les appareiller avec des arabes, ou avec des premières productions arabes, est ce qui particulièrement assure et perpétue l’existence de tous les chevaux de prix, d’abord employés aux courses et ensuite à produire. D’autres personnes soutiennent que les chevaux anglais dits de race ne sont que ceux qui proviennent en ligne directe des chevaux et des jumens arabes; mais ces jumens sont-elles d’un sang véritablement pur? Il serait d’autant plus intéressant de vérifier ce point, que l’on croit assez communément à l’indispensable nécessité de croiser les races, surtout lorsqu’on les transplante, et que l’on est assez généralement persuadé de la promptitude et de la rapidité des dégénérations dans les productions nées de mâle» et de femelles d’un même pays, accouplées dans un climat nouveau; serait-ce aussi par un privilège singulier de la nature, que, dans la race des clie-1 vaux que l’Arabie a vus naître, elles seraient moins sensibles et plus tardives?

Quelle est l'époque, quelle est la véritable origine des courses de chevaux dans ce royaume ?

REMARQUES

François Bacon, mort en 1626, parle, dans un de ses ouvrages, de quelques réglemens qui sont relatifs aux courses. Leur origine est, dit-on, encore bien plus ancienne.

Il en est qui la font remonter au temps des croisades , et qui croient que beaucoup de chevaux arabes et persans ayant alors passé en Angleterre, comme ailleurs, la comparaison de ces chevaux et des chevaux du pays dut faire désirer d'y naturaliser cette race. Cette assertion se rapporterait à Fui» des sentimens que nous avons exposés dans les remarques sur la VIIIe. question , mais ne conclurait rien de positif en ce qui regarde celle-ci.

D’autres regardent comme impossible la fixation précise de l’époque de cette institution , et répondent qu’il y a eu en Angleterre des courses de temps immémorial, ce qui contrarierait l’idéo qu’on s’est formée de la qualité des races anglaises avant l’arrivée et le mélange des arabes. (Voyez les remarques sur la IXe. question.)

La fondation de quelques prix réguliers pour cet objet semble moins obscure; on pense que l’établissement en est dû à JacquesI (1), dans quelques pro-

(1) Né en «566, il monta sur le trône en i6o3, et mourut en i6a5.

•vïucr s, nt à Charles II, dans un grand nombre d’au* très, où l’on voit ces prix augmentés annuellement, conséquemment à des souscriptions particulières. On ajoute que ce dernier prince fit lui-même une course, et établit , à cet égard , les lois auxquelles on se conforme encore à présent (i).

Quelles sont les gradations suivant lesquelles les courses se sont aussi considérablement multipliées quelles le sont aujourd’hui?

REMARQUES

Une réponse précise à cette question ne semble pas aisée, et elle supposerait peut-être, dans celui qui la ferait, une connaissance plus parfaite que toutes celles que les Anglais eux-mêmes ont sur cet objet. On présume simplement que les récompenses accordées par le Gouvernement ont d’abord mu les esprits et lait sur eux une impression forte et vive, et il est vraisemblable que l’augmentation de ces récompenses, qui insensiblement ont été suivies de plusieurs gageures, de nombre de souscriptions , et d’une infinité d’autres avantages qui intéressent en même temps le bien général et le bien personnel et particulier, a porté ces exercices au point de vigueur où on les voit.

En 1772, il y eut dix-neuf courses royales, de

(1) Il naquit le 29 mai i63o, monta sur le trône en 1660 et mourut en 168 5.

ioo guinées chacune, distribuées en Angleterre, et neuf en Irlande. Dans cette même année, on compta que le nombre des chevaux vainqueurs était de trois cents, et parmi ces chevaux Y Amphion , appartenant au lord Bolingbroke, gagna huit prix, dont le montant fut de 2,44« guinées; le ap-

partenant à M. Foley, en gagna six, dont le montant fut de 3,4oo guinées; le Treu.th.am, appartenant à M . Solley, en gagna neuf, dont le montant fut de 3,$6o guinées ; le Pantalon , appartenant a M. Vernon, en gagna treize, et M. Vernon 5,84° guinées, etc. Le total des prix gagnés, cette même année, forme une somme énorme.

En 1775, un seul particulierparia,àNew-Market, avec differentes personnes, 23, 000 guinées; lepro-> priétaire du cheval qui gagna, après avoir défié tout le royaume, en refusa 12,000 guinées.

xm.

Quels ont été le but et les effets de ces courses ?

REMARQUES

On sait que des courses de cette sorte, ainsi que celles des chars, n’étaient pas la partie la moins célèbre des jeux solennels des Grecs; que par elles les Thessaliens, voisins de la Grèce et de la Macé-’ doine, se formèrent insensiblement à l’exercice du cheval , et que les Lapithes , autre peuple de la Thessalie, se distinguèrent par leur habileté à manier ces animaux, et s’éclairèrent au point de reconnaître les premiers l’avantage de les emboucher;

qu’enfin les haras d’Épire , de Mycène et d’Argos ne durent pas moins à ces sortes de combats qu'aux victoires de Bellérûphon la perfection singulière à laquelle ils parvinrent. Il faut remarquer aussi qüe 1 on ne confiait pas a de simples palefreniers ou valets l’honneur de la dispute; que la gloire en était réservée non seulement à des écuyers, mais encore aux personnes les plus recommandables, et même a des princes et à des rois; qu’il ne s’agissait pas seulement de piquer, de pousser, d’échapper et d’a- Jonger des chevaux au point d’en travestir toutes les formes, mais qu’il fallait savoir s’en rendre maître, d’autant plus qu’avant d’arriver au but, les cavaliers étaient obligés de tourner autour d’une borne, placée dans la carrière ou dans l’hippodrome. Telles étaient encore 1 importance et la pompe de ces spectacles y qu à 1 avènement de chaque roi ils attiraient de toutes parts une foulé immense de peuple; ils souffrirent, on en ignoré la raison, une interruption fort longue ; cependant on les rènouvelait toujours dans la circonstance des funérailles des princes et des héros; et l’époque de leur rétablissement, quifut celle de la supputation des années par Olympiades, fut marquée par des lois relatives h ces jeux, par l’institution de plusieurs maîtres d’exercices, par la création des hellanodices ou juges qui y présidaient, y maintenaient l’ordre, y décernaient les prix, etc. (i).

(i) Voyez les Eliaques de Pausanias, liv. I, cha;>. IX; et les Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles - Lettres, (ornes VIII et IX, in-4®.

Il n’était pas moins naturel à un peuple aussi belliqueux que le peuple romain de ne rien négliger de ee qui pouvait donner de l’activité à la jeunesse ,. fortifier le corps , l’assouplir et l’accoutumer à la plus grande fatigue. Les combats athlétiques, les courses à pied, les courses tle chars, les courses de chevaux étaient les spectacles ordinaires du cirque et des jeux funèbres. Les coursiers , élevés pour celles-ci avec autant de soin et de dépenses que chez les Grecs , étaient excellens et superbes ; d’habiles écuyers les dressaient et formaient des jeunes gens dans l’art de les monter et de les conduire. Ces fêtes, très simples dans leur principe, devinrent ensuite un des plus beaux monumens de la grandeur de la nation, soit par l’étendue, la magnificence et la décoration des lieux où on les donnait, soit parla qualité des personnes qui y avaient des places marquées , soit par l’affluence énorme de ceux qui y accouraient, par le nombre d’hommes dont ces exercices firent des guerriers formidables, et que toute autre éducation aurait peutêtre efféminés. L’appareil seul de ces jeux excitait l’émulation et inspirait le respect. On consignait dans des registres publics les noms des comhattans et celui de leurs chevaux j leurs places, avant qu’ils entrassent dans l’arène, étaient tirées au sort; le juge décernait le prix aux vainqueurs. Chez les Grecs, il consistait en une simple couronne d’ohvier ; un héraut les proclamait tels, et il ajoutait à leurs noms celui de leurs pères et de la ville où ils étaient nés. Chez les Romains, ils recevaient aussi

des couronnes; mais il paraît que l’honneur seul d’avoir vaincu ne fut pas toujours, comme dans la Grèce , conservé dans toute sa pureté , puisque l’or* l’argent, des habits et des chevaux devinrent quelquefois la récompense de la victoire. Le même juge attachait en même temps une palme, au son bruyant des trompettes, sur la tête des coursiers; leurs signalemcns par noms , pays et poils étaient gravés sur des tables de marbre; on leur érigeait, d’une part, des monumens, tandis que, de l’autre, leurs exploits étaient chantés par les poètes (i).

Il s’en faut de beaucoup que les courses de chevaux aujourd’hui en usage à Rome, dans la Toscane et à Naples présentent la plus légère idée de celles dont nous venons de parler. Selon le rapport que nous tenons d’un prince romain même, elles sont aussi dégénérées que cette nation , en raison de ce qu’elle fut autrefois. Elles s’exécutent ordinairement dans les villes mêmes. A Rome, elles ont fieu dans une rue très belle et très droite, et qui serait assez large , si elle ne se trouvait rétrécie par deux rangs de carrosses qui bordent les maisons, et par un peuple immense qui ne se range en haie, près des voitures, qu’au moment où la course commence. Trois chevaux pourraient à peine courir de front dans la carrière ; rarement ont-ils quelques distinctions; ils n’appartiennent ni à des seigneurs, ni à

( i ) Voyez le Recueil historique d' Antiquités grecques et romaines , par Fnrgault. Paris , 1768, in-b°, article Course des chars t page 147.

(les hommes riches, mais à de simples particuliers,, qui, se contentant du prix fixé pour le cheval vain*, queur, sont à peine dédommagés de leur dépense par la récompense qu’ils reçoivent de la main des* Juifs, obligés de la leur payer. D’ailleurs, nulle sorte d’intérêt t nulle dextérité nulle adresse; les chevaux courent seuls, sans être ni conduits, ni montés. On met à plusieurs d’entr’eux, le long de l’épine , de côté et d’autre , des plaques de cuir rondes, attachées quelquefois, ou collées avec de la poix; sur ces plaques rondes sont fixées des boules de bois, garnies et parsemées de pointes de clous plus ou moins aiguës , ces boules étant soutenues par une ficelle plus longue ou plus courte, selon la circonstance ; elles sont, de plus, lices avec du fil, et posées sur les plaques de façon que l’animal n’en est piqué que lorsque , conséquemment à la force et à la véhémence de ses mouyemens , les fils se rompent, et alors chaque, boule suspendue à la ficelle,, çn ballottant , aiguillonne l’animal. Cjn se. sert, pour d’autre/s» de feuilles de faux clinquant, de vessies soufflées et ballonjfées.jfet de.dpyt ce qui peut les effrayer : ainsi l’op voit qi,ie;ces courftep û’ont aucun but, et que tout leur ef£ej se borne à un amusement puéril, que l’on pourrait comparer à celui de nos polissons quand ils attachent à la queue do queliques chiens des bouteilles garnies d'osier. ;

Prétendre, à l’imitation de quelques personnes, que le goût des Anglais pour les courses et pour les chevaux ne tient qu’au besoin de ce peuple, qui, naturellement triste , sombre et mélancolique, cher-

•uhe à se donner un mouvement et des secousses salutaires, c’est, selon nous, méconnaître l’esprit de cette nation. Ne lui rendrait-on pas plus de justice en la considérant comme un ensemble d’hommes politiques, penseurs et profonds, spécialement occupés à mettre à profit toutes les occasions d’étendre les différentes branches de commerce qui en font la richesse et la force, et sans cesse attentifs à s’en procurer de nouvelles? En général, on ne doit pas juger des motifs par les effets j mais lorsqu’un gouvernement est habile à étudier, à saisir et à manier, pour ainsi dire, les circonstances, et que les plus indifférentes en apparence deviennent pour lui une source féconde d’avantages, il semble qu’il n’est pas absolument déraisonnable de présumer que ce même gouvernement les a prévues de loin , et que son objet, dans les encouragemens qu’il accorde, est de les perpétuer et de les accroître.

Les prix donnés par le roi sont de xoo guinées; ceux qui sont accordés par les villes, ou conséquemment à des souscriptions particulières (i), sont de 5o et ne peuvent être moindres par acte du parlement. Nous ne parlons point ici des paris, qui sont libres et à l’entière volonté de ceux qui les font, quoique souvent une partie des sommes gagnées tourne à l’avantage des possesseurs des chevaux : or, nous

(1) Eu 1776, les souscripteurs étaient au nombre de neuf cent soixante-quatorze, à la tête desquels étaient douze lordsducs et cinquante-quatre autres lords. Le surplus était formé d’un nombre de particuliers intéressés à la gloire et aux succès de la nation.

avons vu, clans les remarques sur laXIF. question, qu’un même cheval peut gagner dans une année , étant conduit dans différens lieux, treize prix consécutifs, montant à la somme de 5,84o guinécs : quel appât, quel bénéfice pour le maître , lors même que l’on supposerait que le cheval lui en aurait coûté l,ooo!

Les autres sommes que peut rendre un cheval vainqueur, et dout on publie l’origine et les victoL res, en l’annonçant comme étalon dans les papiers publics, sont un nouvel attrait. Quoiqu’il paraisse que le prix des sauts soit arbitraire , il ne l’est point j il est toujours en raison des qualités connues de l'animal et de sa progéniture. Les sauts de VEclips , fameux cheval qui avait gagné partout où il avait couru, furent d’abord portés à 25 guipées pour chaque jument. Ils restèrent à ce prix jusqu’à ce que scs productions furent en état de paraître ; plusieurs de ces poulains coururent et gagnèrent , le prix de ses sauts monta à 52 guinées ; il en a été de même de Snap , de Clirysolite , d eATask . Les sauts de Mask et de Chillaby furent mis, en 1776, à 100 guinécs; ils servirent chacun trente-deux jumens, et valurent à chacun de leurs maîtres 3, 2qo guinées. Nous voyons encore, par la liste de la monte projetée pour {'année 1 777, que VEclips est à 22 guinées de moins, sans doute par la raison que ce cheval ne peut pas toujours être le même, et que ses productions n’ont pas soutenu leur première réputation. On conçoit , au surplus, que, quel que soit le produit des courses , il serait imprudent aux possesseurs des chevaux

victorieux de les exposer et de les soumettre trop long-temps au hasard de nouvelles épreuves; ils les réservent donc pour ea tirer des productions, et dès lors il existe toujours pour eux un bénéfice réel, moindre à la vérité que le premier, mais toujours fort considérable, et d’ailleurs certain.

Voici en peu de mots ce que nous présumerions de l'effet des courses en Angleterre.

Par elles, la race des chevaux a été totalement changée, et la race vile et méprisable qui avait précédé celle-ci s’est entièrement évanouie.

2°. Des chevaux précieux que des soins et un esprit d’ordre et de suite , naturels à cette nation, ont perfectionnés et perfectionnent encore chaque jour, au moyen d’une attention exacte k renouveler fet à rafraîchir les races , à en consigner publiquement et authentiquement la généalogie et la filiation dans des registres, et à s’opposer constamment à toutes les souillures qui pourraient résulter des mésalliances et des mélanges , sont et ont été pour elle la base .et le fondement d’un nouvel objet de commerce, qui , jusqu’alors, lui avait été absolument inconnu , .et que le double attrait du bénéfice des courses et du bénéfice des sauts, joint à une entière liberté et aux lumières que donne l’expérience, soutiendra toujours,...

3°. Non seulement elle est parvenue à créer et à fermer des productions d’un ordre supérieur, mais elle a multiplié l’espèce , au point que , quelque considérable que soit le nombre des chevaux exportés tous les aus daus diverses contrées, on peut as-

surer que le* chevaux de cinq ans, âge où il* sont communément vendus à Londres, sont d’un prix moindre ue moitié que les chevaux de trois et de quatre ans que l’on trouve chez les marchands do Paris. Ces sortes de chevaux, propres à la guerre, à la chasse, et même au trait et au carrosse, sont les résultats des races dégénérées , à raison de l’influence du climat et de leur éloignement de la première souche ; neanmoins les uns et les autres peuvent encore être considérés comme beaux, bons et très distingués dans leur genre. Nous ne connaissons, par exemple, que très légèrement en France les chevaux anglais de trait; nous serions étonnés de leur taille, de la beaute de leurs proportions et de celles de leurs membres, de la noblesse de leur encolure, etc., et l’on peut dire encore, en parlant de chevaux plus communs, qu’il n’est aucun pays où les postes soient aussi bien servies, quoique les postillons ne soient armés que d’une faible houssine. Lu reste, le saut des chevaux propres à donner ces différentes races est d’une guinée jusqu’à six.

4 • Les courses ont offert le plus sûr moyen de s assurer de la vigueur et de la bonne organisation des chevaux, de distinguer ceux qui pourraient démentir leur origine, et de choisir, sans crainte de se tromper, parmi ceux qu’on peut regarder comme bons, les animaux qui méritent d’être préférés poulie service des cavales; car il faut avouer que l’inspection seule ne sauvera jamais l’homme Je plus profond et le plus exercé dans cette partie, du malheur de souvent errer en ce qui concerne le fond du

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caractère et du tempérament de l’animal, et les * différentes qualités intérieures qui en constituent la force et le courage.

Cette manière de voir est bien différente de celle des pays où il semble que toute la science des haras consiste à unir la femelle et le mâle sans aucun autre soin et sans aucuneautre réflexion; où l’on ne s’occupe en aucune manière du croisement des races; où l’on ne s’applique pas davantage à les suivre; et où enfin, dès 1 âge de quatre, de trois, et même quelquefois de deux ans , on croit pouvoir employer des animaux qu’on ne connaît point, et qui ne sont point formés à la saillie des jumens, sauf à les consacrer ensuite à des services ordinaires, après les avoir fait épuiser . dès leur enfance.

5°. Enfin, les exercices auxquels on soumet les chevaux de race pour les disposer et les préparer à la course, le temps que nécessairement on y emploie et en même temps l’intérêt des possesseurs garantissant, d’une part, qu’ils ne peuvent approcher des jumens avant l’âge compétent et requis , et , d’un autre cêté , le prix considérable des sauts ,

| ainsi que les avantages infinis qui résultent des pro-

ductions pour les propriétaires des jumens devant rendre ceux-ci très difficiles sur le choix des étalons, quelle était la voie qui aurait pu conduire plus sûrement à la perfection et à la conservation des races (r) ?

(i) Voyez Notice sur les chevaux anglais et sur les courses en Angleterre , par Huzardfi Is. Paris, 1817, in-b°. (£.)

IJe quelle utilité pourrait être à la France, soit pour la perfection des haras , soit pour des usages or-* dinaires, T importation des chevaux anglais ?

REMARQUES

Quiconque aurait parcouru d’un œil instruit et curieux les différens départemens du royaume , et examiné attentivement, dans la plus grande partie des cantons , la situation variée des lieux et du sol , la qualité et la quantité des prairies, des herbages et des pâturages qu'on y remarque, et tous les avantages physiques , en un mot , dont nous sommes à portée de jouir, serait tenté d’abord de prendre celte question pour une sorte de critique de l’aveugle fureur avec laquelle nous copions et nous imitons les Anglais, non en ce que le peuple peut avoir de bon , mais en ce qui regarde les vêtemens , la manière de mutiler les chevaux, de les emboucher, de les monter, de boiter en trottant , de les galoper, de les courir sur les épaules, etc., et cela au mépris de la science du manège, à laquelle il semble que nous préférions celle de leurs jockeisj tandis qu’ils venaient eux-mêmes en foule autrelois puiser des principes dans nos Écoles (1).

JNe parlons point ici de ces exercices, de ces défis

(i) Yoyoz, dans le Dictionnaire de Médecine de l Encyclopédie méthodique , déjà cité , tome III , le mot Anglor manie. (/?.)

et de ces ballets jadis en vigueur dans nos manèges. Rappelons-nous la splendeur de ces fêtes, où le Monarque, supérieur par un air majestueux et imposant et par son adresse, se livrait aux plaisirs de son âge sans leur immoler le plus léger de ses devoirs, et se montrait lui-même dans un carrousel à la tête d'un quadrille. Rcprésentons-nous-le , d’une part , remportant quatre fois le prix des jeux , et les abandonnant aux autres chevaliers, qui se les disputaient de nouveau; et, de l’autre, le vainqueur recevant des mains de la reine la récompense de sa victoire. Croira-t-on que de tels spectacles, dans lesquels Louis XIV déployait toute sa grandeur et toute sa magnificence, n’étaient pas capables d’élever l’esprit de la nation (i); et que les foules,

(t) Nous invitons nos lecteurs à se rappeler les fêtes données en 1662 , à Paris, dans l’emplacement qui en a conservé le nom de Place du Carrousel, et à Versailles en i665; (êtes dont C. Perrault a donné une si belle description dans l’ouvrage intitulé : Courses de testes et de bague faittes par le roi et par les princes et seigneurs de sa cour, en l'année 1 662. Paris, Imprimerie royale , 1670 , grand in-folio , avec ligures; et que Fléchier, évêque de Nîmes, n’a pas dédaigné de traduire et de chanter en beaux vers latins, sous le titre suivant s Festiva at capita annulumque decursio , à rege LudovicoXIV. Principibus, summisque aulcr. proceribus édita anno 1662. Scripsit gallicè C. Perrault : latinè reddidit, et versibus heroïcis expressit S. Fléchier. Parisiis , è Typographiâregid, 1670, également grand in-folio , avec figures. Nous pensons, au surplus, que les réflexions qui terminent cet article pourraient encore être appliquées avantageusement à l’organisation de nos fêtes publiques. ( E .)

Jvs courses de têtes et les courses de bague , images toujours nobles et instructives de la guerre , n'étaient pas plus propres à faire juger de la vigueur, de la force , de la souplesse des chevaux et du nié* rite des cavaliers, que des courses à toutes brides, destituées de tout ensemble, et exécutées sous de simples piqueurs, dont l’infidélité peut encore être nuisible à ceux-mêmes qui les gagent et qui les emploient?

Quoi qu’il en soit, comment la perfection de nos haras dépendrait-elle des çhevaux que nous tiendrions d’eux?

Est-il vraisemblable qu’ils nous en livreront d’une race et d’un sang véritablement purs, lorsqu’ils sont certains que des arabes , qui leur coûtent a4 à 25,ooo livres de France et plus, leur rendront quelquefois 24 ou 25, 000 guinées, comme coursiers, et 10 ou 12,000 comme étalons, surtout si leurs productions remportent quelques victoires?

Se flattera-t-on encore que ces productions victorieuses nous seront vendues et cédées, et qu’il est des Anglais assez dupes pour préférer, 12, 24 et même 4^>000 livres de notre monnaie, à 5 ou û,ooo guinées que ces mêmes productions leur procureront quand elles seront destinées au service des jumens? C’est assurément ce qu’il n’est pas possible d’attendre d’une nation née pour tous les genres de spéculations possibles, et qui n’envisage rien qui ne devienne en quelque façon, pour elle, un objet de lucre et de commerce. D’ailleurs, plus elle est capable de réfléchir, plus son intérêt à se ménager

cïes acheteurs et des consommateurs doit la retenir et lui interdire de la manière la plus absolue l’exportation de ses chevaux de race : autrement elle aurait à craindre de se priver elle-même de ses avantages sur des voisins, à la vérité bien moins solidement actifs qu’elle , mais qui , malgré leur légèreté naturelle, pourraient, enfin, ouvrir les yeux , et profiter d’une facilité qui les mettrait à portée de ne plus recourir à elle pour subvenir à leurs besoins.

Nous pensons néanmoins qne cette crainte serait mal fondée. On peut croire que la nature, dans un cheval arabe transplanté, doit souffrir d’abord de la nouveauté et de la différence du sol, du climat et de la nourriture, une atteinte qui, tout insensible ^ qu’elle puisse être , influera nécessairement sur sa îace, en raison du changement opéré. Dès les premières productions, en effet, on apercevra une légère altération dans la forme de quelques parties, et cette altération s’accroîtra dans la succession des individus, au poiut qu’on n’entreverra, à la quatrième, à la troisième, et quelquefois dès la seconde génération, aucune teinte, aucun vestige de l’empreinte originaire : de là la nécessité de recourir, ainsi que les Anglais le pratiquent, à de nouveaux chevaux arabes, à l’effet de parer aux dégéuérations toujours inévitables , et d’effectuer le renouvellement des races. Supposons à présent que le même arabe qui a donné des chevaux en Angleterre soit conduit en France, et destiné à y servir des cavales, il n’est pas douteux que cette nou-

telle transplantation lui sera encore plus sensiblement nuisible que la première, et que ses premiers résultats pourront se ressentir fortement de la double épreuve par laquelle on l’aura fait passer. Supposons encore que les premières productions anglaises qu’il a données nous soient transmises, qu’en arrivera-t-il? Certainement elles seront soumises aux mêmes effets à leur arrivée en France que le père lors de son arrivée en Angleterre; et si l’on ajoute aux altérations visibles et marquées, aperçues en elles dès leur naissance , celles qu’elles éprouveront incontestablement de leur transport sous un ciel nouveau , comment se persuadera-t-on que la dégénération des animaux qu’elles produiront ne sera pas d’une promptitude extrême? Ainsi, quand après en avoir tiré quelques fruits, les Anglais nous céderaient un cheval arabe déjà frappé d’un changement chez euxÿ quand même ils nous en remettraient les premières productions, ce qu’ils n’ont fait, ne font et ne feront jamais, leur en offrissions-nous des sommes énormes , à moins que ces productions ne soient évidemment indignes de leur origine , nous n’en recevrions qu’un très faible secours (i). C’est donc une folie ^

(i) J’ajouterai que non seulement nous avons peu de' secours à espérer des chevaux anglais pour l’amélioration des nôtres, mais qu’eux-mêmes aujourd’hui paraissent rétrograder et être dans un état de dégénération avoué par ceux qui jugent leur pays avec impartialité. Il est certain que les chevaux de courses ne valent pas ce qu’ils valaient il y a vingt ans, et que ces courses elles-mêmes, loin de concourir actuellement à l’amélioration, ne peuvent que s’y op-

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ou, peut- être, un aveuglement volontaire, dicté par l’intérêt, qui peut porter à se vanter d’en avoir une race pure. Nul ne peut s’en flatter ; mais il faudrait aller nous-mêmes à la source dans laquelle ils ont puisé et puisent directement chaque jour; l’arabe transporté chez nous participerait inévitablement aussi d’une impression quelconque, mais cette impression serait celle de notre climat; et si les productions qu’un cheval de cette sorte donne dans les différentes provinces de l’Angleterre sont si précieuses , que ne devrions-nous pas en espérer dans un pays encore plus favorisé du côté de l’éducation des chevaux, qu’un pays où la nature s’est vue, pour ainsi dire, forcée de plier sous le joug d’une activité toujours réfléchie? Alors nous pourrions atteindre au véritable but, et nous cesserions de répandre inutilement chez l’étranger de l’or à pleines mains, surtout dès que le Gouvernement daignerait donner une attention continuelle à cet objet; dès que, bien loin d’abandonner à l’igno-

poser : en effet, que peut-on attendre, pour la reproduction, d’étalons et de jumens épuisés par les courses à l’àge de deux , trois et quatre ans ?

J’ai vu, aux courses de Lewes, dans le comté de Sussex, les 5 et 6 août 1802, Figet, cheval au prince de Galles, Trombonè , à M. Pan ton , Teddy, à M. Durand, courir à quatre ans ; French-Horn , à M. Panton , Morgan- Rattler, à M. Durand, Amazon, au lord Egremont, Informer, à M. Whaley, courir à trois ans; Rosetta, jument à M. Ladbroke, courir à deux ans, etc.; et on m’a assuré que la môme chose avait lieu à toutes les courses en Angleterre. (£.)

rance dos uns et à l’avidité des autres des tiges d’urr prix inestimable , il ne les perdrait jamais de vue ; qu’on en suivrait exactement les races , même dans les dégénérations ; qu’en elles on étudierait la nature et jusqu’à la moindre des nuanceaqm peuvent en déceler la marche; dès que les appareillemens , devenus plus coûteux, seraient Ikits d’apres de véritables lumières, et qu’on serait plus circonspect sur le choix; dès qu’on ne verrait plus de ces mélangés informes et bizarres , source inépuisable d’une fécondité monstrueuse , d’où naît et ne peu naître qu’une excessive disette ; dès que de bonnes instructions seraient substituées a des reglemensy dès que les encouragemens , la protection et une iberté toujours éclairée , principes fondamentaux d’une administration sage, qui combine et réunit à la fois l’utilité particulière et l’utilité générale , prendraient la place de la contrainte , toujours destructive de toute industrie et de tout bien.

En ce qui concerne l’utilité des chevaux anglais, pour nos usages ordinaires, cette partie de la dermere question suppose ou des besomsde notre part, ou un Lit dominant et particulier, non pour des choses de nécessité première, mais pour des choses qui ne sont pas à notre portée.

*1 ne nous arrêterons point à la recherche peu pénible des raisons de ce dernier point; mais relativement à nos besoins, j’observe que ce n est, peutêtre, que depuis quinze ou seize ans que la foreur effrénée de tirer des chevaux de l’Angleterre nous a saisis au point de nous foire dédaigner les nolies^

or , avant cette époque , bien moins ancienne que celle de l’introduction d’un luxe énorme, qui a gagne tous les états et toutes les professions quelconques,étions-nous réellement à cetégard dans une uigente nécessite ? Depuis douze ou treize années que l’administration s’est sérieusement occupée de la ré formation des haras et de la multiplication , ainsi que de la perfection de l’espèce, comment serait-il possible que nos besoins fussent accrus (i )? Parlons donc le langage de la vérité ; quelques princes, quelques seigneurs, sans prévoir le tort qu’ils pourraient faire à cette branche de commerce parmi nous , ont consacré des chevaux anglais à leur service , soit pour la chasse , soit pour des attelages ; bientôt des hommes de toutes les conditions ont pensé qu’il y aurait un mérite à s’en procurer et s en sont pourvus; car la capitale fut toujours l’imitatrice servile de la cour, la province celle de la capitale , et l’homme élevé par la naissance ou par les dignités , le modèle de l’inférieur que'la raison n’éclaire point. Cependant , le défâut dé consommation , eu ce qui regarde nos chevaux français , jette inévitablement le possesseur qui fait des élèves dans un découragement total ; et c’est ainsi que nous hâtons nous-mêmes la décadence et la ruine entière des établissemens formés (2).

(1) J’ai déjà dit que cet Ouvrage avait commencé à être répandu manuscrit parmi les élèves vétérinaires, vers 1770, et imprimé en 1778; il est bon de ne pas perdre cette daté de vue, pour celle dont parle ici l’auteur. (Ê.)

(2) Ce que Bourgdat imprimait en 1778 est absolument X

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Nous terminerons cos remarques par une réflexion très simple. On 11e peut que louer l’activité île la nation , eu égard à une infinité de parties très intéressantes. On la voit sans cesse occupée à multiplier ses manufactures : par elles , elle fournit à la consommation du pays ; elle établit une portion d’industrie proportionnée aux charges imposées par le Souverain ; elle se ménage les moyens de communiquer avec l’étranger, soit par des échanges qui , attirant à elle les productions qui lui manquent, lui assurent le double avantage de se débarrasser de ses productions superflues, et le prix du travail des ouvriers employés à en changer la nature , soit par des ventes qui ne tendent qu’à augmenter la masse d’un argent que l’échange de ses marchandises lui a conservé. Mais si , d’un autre côté , elle néglige de mettre à profit ce qu’elle possède et ce qu’elle peut trouver dans son sein ; si elle dédaigne une branche qui importe essentiellement à la culture de ses terres , à ses forces , à son commerce , pour porter sans cesse au dehors des richesses réelles en pure perte , sans espérance d’aucun retour, et de manière à se condamner perpétuellement elle-même à des sacrifices nouveaux, ne doit-on pas crier à l’inconséquence ? Je dis , sans espérance de retour : et , en effet , quand nous

de même aujourd’hui ;’nous allons chercher des chevaux toujours métis en Angleterre, comme s’il n’y en avait pas de purs ailleurs; et je ne cesserai de répéter, quoique sans doute bien inutilement: Faisons comme les Anglais, et n’allons pas chercher des chevaux chez eux. (E.)

tirons tics soies des Toscans et des Piémontais, cette matière prise en nature chez l’étranger triple et quadruple de valeur lorsqu elle sort de nos mains pour repasser dans les siennes ; mais que nous reste-t-il des chevaux que nos voisins nous fournissent ?

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