‹ Traité de la conformation extérieure du cheval ... Par Cl. BourgelatChapitre 4 sur 22 · DES PARTIES DEPENDANTES DE LA TÈTE EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

DES PARTIES DEPENDANTES DE LA TÈTE EN PARTICULIER

Des Oreilles .

Ou considérera dans les oreilles :

i°. La longueur. Il est des peuples qui préfèrent celles qui sont longues, d’autres qui ne font cas que de celles qui sont extrêmement courtes. La saine raison n’approuva jamais les excès j et, d’ailleurs, une partie qui est une portion de la tête doit être de toute nécessité en proportion avec elle.

20. La situation. Elle doit être telle que leur origine , ni trop en avant , ni trop en arrière , soit près du sommet de la tête, dont elles sont une dépendance. Sont-elles sur ce même sommet? elles sont trop élevées. Cette difformité fait paraître le

cheval oreillard, comme' lorsqu’elles sont trop basses. Il est regardé aussi comme tel quaud elles sont trop larges, trop épaisses, trop longues et pendantes. '

3°. La distance. Placées près du sommet , leur dislance n’a rien qui blesse les yeux. Placées trop haut, elles sont trop rapprochées. Placées trop bas, elles sont incontestablement trop éloignées et visiblement difïormes.

4° . L 'épaisseur. Elles doivent être minces e t déli ées .

5°. La largeur. Elle doit être proportionnée à Ja longueur.

6°. La hardiesse et les mouvemens. On appelle oreilles hardies celles dont les pointes , se présentant termes et en avant lorsque l’animal est en action , semblent s’unir l’une à l’autre et se rapprocher beaucoup plus toutes les deux à cette extrémité qu’à leur .naissance et à leur origine.

Ces parties battent-elles , pour ainsi dire , sans cesse , et ont- elles un mouvement continuel de haut en bas, et de bas en haut dans l’animal qui marche? elles sont appelées oreilles de cochon (i).

Accompagne-t-il chaque pas qu’il fait d’une action par laquelle il baisse et relève sa tête continuellement.,. on dit très improprement qu’il boite de Coreille, puisque cette même action n’a aucune, sorte de rapport avec ces parties. . . ,

Couche- t-il ses oreilles en arrière? ce mouvement

(i) Lorsque Y oreille est large , plate , et qu’elle tombe Je côté, à ta manière de celle des chiens, soit par accident, soit naturellement , le cheval est dit clabuud. ,

annonce la volonté dans laquelle il serait de mordre ou de frapper avec le pied.

Porte- t-il en cheminant tantôt une oreille et tantôt l’autre en avant? il projette quelque défense. Il arrive très souvent aussi que cette action est un indice de la faiblesse et de l’incertitude de sa vue.

Du reste, il èst appel è moineau quand il a été hretaudé , c’est à dire quand ou lui a coupé les deux oreilles ; courtaud, quand, outre les deux oreilles coupées, la queue l’a été aussi (l).

Nous ajouterons que, quelquefois, on rapproche les oreilles, et que, quelquefois, on les diminue , soit de longueur, soit de largeur. CeS opérations, imaginées par les maquignons* sont aisément décelées et reconnues par les pointa de suture faits lors de la première* et que l’on remarque entre la nuque et ces parties, et par le défaut de poil à l’endroit où , lors de la seconde, le cartilage a été coupé, ainsi que par le cartilage lui-méme, qui demeure souvent à découvert lorsque celte section a été mal faite. - srlfr

i Du Front . i ' "

Il faut considérer daifs le front": ■

ï®. La largeur, cette partie ne devant être ni

(l) Depuis long-temps l’anglomanie a fait introduire en France deux mots nouveaux pour exprimer les mêmes choses.

On appelle cheval craps ou crapcé celui qui a les oreilles coupées , et cheval niqué ou niqueté celui qui a la queue côopssé. Voyez ce, que j’ai dit à ce sujet dans le Dictionnaire de médecine de V Encyclopédie méthodique , 1790 , tome 11 , article Amputation delà queue , page 190 et suivantes. [E.)

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trop large ni trop étroite, proportionnément au volume delà tête.

2°. La conformation. Si la portion inférieure en est enfoncée, et pour ainsi dire creuse, elle constitue ce que nous appelons cheval camus; si cette partie est avancée , relevée, et pour ainsi dire tranchante, la tête est dite busquée ou moutonnée , par sa ressemblance avec la tête ordinaire des moutons. Les chevaux anglais, les napolitains, les barbes, et ceux qui en sont échappés, ontcommunément 1 & front fuit ainsi (i).

3°. L 'étoile , ou la pelote , qui n’est autre chose qu’un épi ou ' rebroussement de poils blancs. Les chevaux en qui cette marque existe sont dits marqués en tête. Ceux en qui elle n’existe pas sont appelés zains, pourvu néanmois qu’ils n’aient aucun poil blanc sur aucune des'autres parties du corps : ils ne" seraient pas moins appelés ainsi, si les poils blancs qu’on apercevait en eux étaient la suite de quelque blessure, de quelques frottemens, et n’étaient point naturels' (2). '•

(1) Les Anglais ont à peu près fait disparatire èntièrement 'cette race de 'chevaux à tête busquée , qui a été long-temps à la mode. (Ë.) -

(a) 11 est souvent difficile ou impossible d’assurer si 1# poils blancs qu’on aperçoit sur quelques parties du corps de l’animal sont naturels ou accidentels; et quelquefois les marqués blanches accidentelles sont trop multipliées, ou trop considérables pour que le cheval puisse être appelé sain ; ou ne doit donc conserver cette épithète qu’à celui qui n’a aucun poil blanc. (É.)

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11 est des nations qui font le plus grand cas des chevaux zairis, et d’nutres chez lesquelles ils sont dans le mépris. Anciennement on pensait qu’ils devaient être vicieux ou malheureux, et c’est sans doute dès cette époque, qui n'est pas l’époque des lumières, que les maquignons imaginèrent d’imiter la nature, en pratiquant artificiellement une étoile , au moyeu d’une plaie faite par une voie quelconque en cet endroit : on distingue fort aisément cette marque factice de celle qui est naturelle , en ce qu’au milieu de la première , il est un espace sans poils, et en ce que les poils blancs qui la forment ne sont jamais égaux aux autres. • • • ■ ;

Des Salières.

On considérera dans l’examen des salières :

Leur conformation. Elles doivent être pleines et non creuses. Une trop grande cavité est une difformité , qui n’est pas, comme on l’a pensé, un signe certain de la vieillesse du cheval, ou de celle du père dont il est une production , puisque ce défaut se rencontre souvent dans de jeunes chevaux qui doivent le jour à de jeunes étalons.

On a , au surplus, tenté de sauver la difformité m ces parties quand elles sont trop caves , par la voie des topiques astringens, par celle de l’introduction de l’air à la faveur d’un chalumeau dans lequel on souffle avec force ; entreprise d’ailleurs inutile et superflue , puisqu’elle ne produit qu’un effet momentané , et cet effet n’en démontre que

mieux, bientôt après, l’insigne mauvaise foi du marcbaud sur un point qui , d’ailleurs, n’est pas même de la plus légère importance.

Des Sourcils.

Il faut considérer dans les sourcils :

i°. Leur longueur. Elle ne diffère en aucune manière de celle des poils qui constituent la robe de l’animal.

a°. Leur couleur. Elle est la même que celle de ces mêmes poils (1), si ce n’est dans les chevaux qui ont cillé, c’est à dire dont les cils sont devenus blancs avant l’âge, ce qui les rend alors plus sensibles. ,

3°. Leurs usages, qui sont ignorés. Ils ne peuvent être comparés aux fonctions qu’on leur a supposées dans l'homme , et c’est ici principalement une des circonstances où l’analogie ne nous conduit à rien. On les a crus chargés, dans ce dernier, de retenir tous les corpuscules qui nagent dans l’air, et qui, tombant supérieurement, pourraient nuire à l’organe : on a pensé encore' qu’ils s’opposaient à la chute des gouttes de sueurs qui , découlant du front, pourraient s’introduire dans l’œil; mais à l’é-

(i) Si la longueur et la couleur dea poils qui occupent' dans le cheval, la place que les sourcils occupent dans les animaux qui en soqt pourvus, ne diiferentpoint.de celles des poils des autres parties du corps, il faut nécessairement en conclure que le cheval n’a point de sourcils, c’est à dire qu’il n’a point cette touffe particulière de poils, qui , dans l’homme , par exemple , porte ce nom. [É.)

«gy» ^

gard du cheval , nous dirons que les poils du reste de la peau, et avec lesquels les sourcils sont confondus, suffisent pour arrêter les petits corps qui voltigent sans cesse sur la cornée, et que les vapeurs en gouttes , vrai produit de la transpiration sensible, qui tomberaient des parties supérieures du front de l’animal, pouvant être reçues dans des salières creuses et profondes, ou détournées par l’éminence et la rondeur résultantes de la force du muscle crotaphite, et de la quantité de graisse qui garnit, dans certains chevaux, la fosse zygomatique, et encore par la position oblique des paupières , elles arc sauraient couler directement- dans l’oeil et l’offenser.

•'Des Yeux.

Les yeux sont, de toutes -les parties à examiner dans un cheval dont on fait choix, celle qui est encore aujourd’hui la moins connue. L’inspection répétée, mais malheureusement toujours superficielle de cet organe, n’a pu mener à aucune connaissance solide de Ses vices ou de ses beautés intérieures, {j’est avec raison .qu’on pourrait dire à ceux qui , d’après Solleysel, ont soutenu et soutiendraient qu’uae pratique longue et assidue fera découvrir la vingtième fois ce qu’on n’avait pas aperçu la première (1), qu’une pareille opinion n’est pas moins étrange que celle qui tendrait à persuader

(I) Le Parfait Maréchal , édition citée, tonie II, page 4 1 , cliap. Vil. ' ~*

que, pourvu qu’un homme ait tics yeux fixes dix ans sur une page d’un livre, il parviendra , n’eùt-il poiulla faculté de distinguer la forme différente dos lettres, à comprendre leur figure , et la signification des mots imprimés , écrits ou gravés-

fl faut donc nécessairement en venir à des principes tirés de la composition et du mécanisme de l’organe dont il s’agit. Nous eu abrégerons néanmoins ici l’exposition autant qu’il nous sera possible. Nous considérerons d’aborcl les parties qui servent à sa défense ; nous descendrons ensuite dans le détail de celles qui environnent le globe ,* nous passerons de là à l’élude de celles dont il est formé, et les unes et les autres nous étant clairement connues , nous assignerons les moyens de faire l’application de ces lumières acquises aux circonstances clans lesquelles nous aurons à juger de la bouté ou du défaut de la vision dans l’animal.

En envisageant les parties qui servent de défense à l 'œil, on examinera :

i°. Les paupières , au nombre de deux pour chaque cçi». l’uue supérieure, l’autre inférieure.

ii°. Leur union , ou leur commissure , d’où résultent deux angles, l’un interne du cèté du chanfrein, qu’on appelle aussi le grand angle j l’autre externe , du côté apposé , qu’on nomme encore le

petit angle* r , . v. - . . '

5°v i^eur position f plutèt oblique qtte tnmsvera .sale , au dessous et au dessus de la convexité antérieure de Y œil, dont elles suivent la direction , qui n’est point horizontale comme dans', l'homme; le

petit angle étant supérieur au grand, et l'un et l’autre se répondant sur un plan incliné.

4». Leur structure, qui, quant aux parties communes, est la même que celle de la peau recouverte de l'épiderme et des poils, et qui, eu égard aux parties qui leur sont propres , est musculeuse , membraneuse et cartilagineuse ( les cartilages et les ligamens qui les soutiennent étant, au surplus, comme ta. base de ces espèces de toiles ou de rideaux.

5®. Les tarses, n’étant autre chose que ces cartilages, qui sont assez minces, et qui, situés au bord de chacune des pai^pières , empêchent que, lors de leur action , ou même de leur repos , leurs fonctions ne soient altérées ou troublées par des rides, des replis, ou des froissemens irréguliers ; ces segmens cartilagineux^, plus grêles à leur extrémité du côté du petit angle que du grand, étant d'ailleurs attachés l’un et l’autre par des ligamens ou des allongemens larges ou membraneux , formés par la rencontre du périoste orbitaire et du péricrâne, et qui , depuis le bord inférieur ou supérieur do4*orbite, se prolongent et se propagent jusqu’à eux, en se glissant entre la conjonctive et le muscle orbiculaire.

6°. Les muscles , dont l’un , dit l %orbiculaire , qui est celui dont nous venons de parler, est commun aux deux paupières, et l’autre, propre et particulier à, la paupière supérieure. Le premier présente une couche mince de fibres qui s’étendent autour de la circonférence de l’orbite , où elles s’attachent, ainsi qu’à la face interne de la peau, et qui, de là.

couvrent sans interruption les deux paupières jusqu’aux cils, etc. Lors de sa contraction, il ferme l’ouverture de l’orbite, et cache tout le globe, cet effet étant opéré principalement par l’abaissement de la paupière supérieure ; car l’action et le jeu de l’ inférieure , dont l’étendue est, au surplus, très bornée, sont d’une obscurité qui les rend insensibles.

Le second muscle , particulier, comme nous venons de l’observer, à la paupière supérieure , et qui est l’antagoniste de celui-ci , en est appelé le releveur .

70. La conjonctive , ou cette membrane fine, lâche, mobile, transparente, et parsemée d’une multitude de vaisseaux capillaires sanguins dans la portion qui couvre la surfàçe interne' des tarses et de leurs ligamens, cette membrane se repliant vers' le bord de l’orbite , et se propageant par une autre portion sur la partie antérieuré jlu globe, où elle adhère faiblement à la tunique tendineuse ou albuginée , formée par l’expansion des tendons des quatre muscles droits- Là , elle est blanchâtre et parait même blanche, attendu sa diaphanéité, qui permet de voir la couleur de l’albuginéej et c’est ainsi que l’une et l’autre de ces membranes forment ce que l’on nomme le blanc de L’œil. Les vaisseaux dont celte partie de la conjonctive est garnie Semblent, dans l’état naturel, n’être que des vaisseaux séreux. Du reste, -cette membrane affermit et assujettit le globe sans porter atteinte à la liberté singulière avec laquelle il se meut. ' ,

Les cils, /On cette rangée de poils qui se

trouvent à lu marge aplatie île la paupière supérieure, et qui se portent du petit angle jusqu’à environ un doigt de l’angle interne, la direction de celte paupière cessant à cette distance d’étre horizontale et commençant à décrire une ligne oblique} ce qui persuade que ces poils, plus longs dans le milieu de leur marche qu’aux extrémités ou à l’endroit où leurs rangées triples et doubles commencent et se terminent, ont été ainsi disposés pour mettre Voeil à couvert de l’impression trop vive des rayons de lumière qui tombent perpendiculairement, d’autant plus que leur éloignement du grand angle est précisément fixé , de ce même coté, au dessus du lieu où finit l’ouverture transversalement elliptique, d’où résulte la prunelle, et que la paupière inférieure en est absolument dégarnie.

90. Les points ciliaires , étant de petits trous, ou d’étroiies lacunes, que l’on observe à la face interne des paupières et à leur bord, et qui sont les orifices des émissaires qui partent de quelques follicules légers logés dans les sillons de la face interne des tarses, et découverts dans l’homme pari! Jeibomius, qui les a envisagés comme des glandes ; l’humeur que ces points laissent échapper étant en quelque sorte sébacée , et prévenant l’excoriation et l’inflammation qui pourrait résulter de la mobilité et des fioissemens de ce voile , destiné par sou expansion à conserver extérieure ment l'humidité des parties qu’il recouvre, à en empêcher le dessèchement et l’opacité , à les défendre de tout ce qui pourrait y donner atteinte , et par son action, à les laver, à

les nettoyer, et à les débarrasser, en un mot, de tous les corpuscules qui peuvent leur être nuisibles.

io°. Les points lacrymaux , ou les orifices ouverts à quelques lignes du grand angle , au milieu d’une sorte de mamelon que l’on aperçoit en cet endroit au bord des paupières , ces points étant au nombre île deux , un pour chacune d’elles, et tellement disposés qu’ils se rencontrent exactement lorsque l’œil est clos; un cercle blanchâtre très léger, et qui parait être une appendice cartilagineuse du tarse , maintenant ces orifices de manière à les empêcher de se fermer j un canal répondant* chacun d’eux , et ce canal se rendant dans un réservoir, appelé le sac lacrymal, qui, pénétrant dans les fesses nasales par un trou assez considérable, percé dans la partie supérieure des os angulaires , et dans l’orbite même, près du grand angle , y vide la liqueur surabondante et inutile, que lts points lacrymaux sont chargés d’absorber (1).

ii°. La membrane clignotante de Briggs et de J faillis, que Verheyen a regardée comme un huitième muscle. Elle est située dans le grand angle, entre la caroncule lacrymale et le globe; cette prétendue membrane fermant un croissant qui, de cet angle, se porte

(i) L'obstruction du canal lacrymal dorme- lieu à la maladie qu’on appel \& fistule lacrymale, qu’on reconnaît au larmoiement continuel, à l’éraillement de la paupière inférieure et à une petite tumeur qui occupe le grand angle j cette petite tumeur, qui n’est due qu’à la dilatation du sac lacrymal , disparait par la pression ralors les larmes sortent par regorgement et coulent le long du chanfrein, i/?.)

à la circonférence de la cornée lucide , et qui consiste en uncartilagerecelédans un second repli que la conjonctive fait en cet endroit, et enveloppé de toutes parts dans sa base d’un corps glanduleux assez solide, dont les canaux excréteurs s’ouvrent par trois, par quatre, et quelquefois par cinq orifices à sa partie supérieure, où la conjonctive présente une sorte tin valvule sigmoïde; l’humeur filtrée par cette glande paraissant séreuse, limpide, et destinée à lubrifier cette partie , qui peut être tirée de façon à couvrir toute la cornée lucide , et à garantir par son expansion l’oeil des injures et des atteintes qu’il pourrait essuyer, son mouvement dépendant d’une part de ceux du globe, sur lequel elle glisse quand il est légèrement tiré en dedans et déterminé du côté du grand angle, et de l’autre de celui de la paupière à laquelle elle adhère , puisqu’elle est renfermée dans la tunique qui tapisse intérieurement ce voile. Au surplus, cette espèce de second rideau a été accordée aux oiseaux, ainsi qu’au plus grand nombre des quadrupèdes.

Après s’être ainsi assuré de la composition des parties qui mettent l’organe à l’abri de toute insulte , et de celles qui , par leur position , leur sont vraiment inhérentes, il faut examiner les diflérentes portions dont le globe est entouré , et considérer :

i°. La caroncule lacrymale , ou la masse grenue, oblongue, noire et très dure, qui, située précisément au grand angle, est garnie d’une multitude de petits poils enduits d’une humeur épaisse et blanchâtre, et capables de retenir les ordures de

V œil. Cette masse taisant l'office d'une «ligne s’oppose à ce que la lymphe lacrymale superflue , qui va d’abord la frapper, ne franchisse l’obstacle qu’elle lui présente, et ne coule le long du chanfrein ; elle la repousse ou la renvoie dans les points lacrymaux qu’elle enfile, et qui doivent la reprendre. La caroncule lacrymale , au surplus, étant, dans certains chevaux . plus considérable et naturellement plus saillante hors du grand angle que dans d’autres, a été quelquefois prise par des maréchaux très peu instruits, pour une maladie connue sous le nom A' onglée ou de ptérigion , et enlevée très mal à propos par eux (i). La même chose leur est arrivée en ce qui concerne la membrane clignotante ; et l’animal n’aurait pas été la victime de pareilles erreurs* si , avant de se livrer témérairement «à de semblables opérations , ils avaient eu les moyens et les secours nécessaires à quiconque veut être instruit à fond des principes de l’art,

29. La glande lacrymale , située dans la partie supérieure du petit angle , et formée' de plusieurs lobules dont la réunion fait un corps de l’espèce des glandes conglomérées. Des canaux excréteurs, bien plus apparens dans le cheval et dans le bœuf que dans l’hommê, et connus sous le nom de canaux

(i) L’augmentation du volume de la caroncule lacrymale peut être aussi oeçasionée par l’inflammation et l'engorgenient de cette partie , comme cela a lieu dans Vophthalmie ; c’est là véritablement ce qui constitue la maladie appelée aussi ongle, onglée ou onglet, pour laquelle l’amputation ne convient pas mieux que dans l’excès naturel du volume. (É.)

hygrophthalmic/ues , partent de ces lobules , descendent presque parallèlement dans l’épaisseur de la portion de la conjonctive, qui est à la paupière supérieure, percent cette tunique en dedans vers le bord supérieur du tarse, et versent , dans l’état naturel, sans cesse et lentement , entre le globe et la surface interne de cette paupière, l’eau limpide et lacrymale , à qui la cornée ne doit pas moins sa transparence qu’à l’humeur aqueuse, et qui entretient la netteté, la flexibilité, la mollesse et la mobilité Aesyeux. -

3°. Les muscles du glohe , au nombre de six dans l’homme , et qui sont au nombre de sept dans l’animal, quatre droits, deux obliques , et un orbiculaire ; des quatre droits, l’un étant dit le reieoeur, l’autre l’ abaisseur , l’autre V adducteur ou V interne , et le quatrième Y abducteur ou Y externe. Des deux obliques, l’un étant appelé grand oblique, trochléateur, muscle très long de l’œil , muscle oblique supérieurj l’autre, nommé petit oblique ,. oblique inférieur, muscle très court de l’œil ; leurs attaches, leur trajet et leurs usages ayant été assez exactement décrits dans le Précis myologique , nous nous croyons dispensés d’en parler ici (i).

4°. Les graisses, qui remplissent, une partie de la fosse Zygomatique et le fond de la cavité orbitaire. Elles assujettissent le globe, infiniment plus petit que cette cavité; elles lui servent de coussin; elles

(i) Voyez le Précis anatomique du corps du Ches-al , déjà cité, tome I , page 178 eîsuiv.; art. 123, 1 a/j et 125.

le lubrifie»!; elles le défendent contre la dureté des parois, qui l’auraient blessé; elles entretiennent, en

un mot, les muscles dans une itiollesse qui seule peut assurer et faciliter la continuation et la possibilité de leurs mouvemens ; d’où il est aisé déjuger jusqu’où s’étendaient les lumières des auteurs qui ont conseillé de tirer et d’arracber avec une sorte d’érigne ces graisses , dans la circonstance d'une fluxion périodique sur les yeux, ce qu’ils appelaient dégraisser les yeux par le haut , tandis qu’ils prétendaient les dégraisser par le bas, en extirpant la membrane eliguotanle et la caroncule lacrymale.

Les parties qui constituent essentiellement le globe sont, en premier lieu , des tuniques qui présentent une espèce de coque, et qui le forment principalement; et, en second lieu, des humeurs plus ou moinsfluides, renfermées dansdes capsules membraneuses qui leur sont propres , ou dans les espaces que laissent entr’elles les tuniques; l’albuginée et la conjonctive n’étant véritablement que des tuniques accessoires. Il est encore des vaisseaux de toute espèce, dont nous ne ferons pas mention ici (1). •

Dans la recherche des tuniques du globe, il faut considérer :

l°. La sclérotique ou la cornée. Elle s’offre ta première , elle se montre comme un corps sphérique

(i) Voyez', tlans le Précis anatomique déjà cité, le Précis splanchnologique , tonie II , page 3a3 et suiv., art. 3ço.

imparfait, extrêmement compacte, dur, opaque, diminuant insensiblement d’épaisseur, mince, dia- • phane dans sa portion antérieure, où, par cette raison, çette même tunique est nommée cornée lucide : c’est ce que les maréchaux et les connaisseurs appellent encore aujourd’hui la vitre. Cette membrane , percée vers le milieu de la portion postérieure de sa.cqnvexité, où elle reçoit le nerf optique, peut être divisée en plusieurs couches ou lames , qui, quoiqu 'infiniment unies, sont néanmoins très distinctes à l’endroit de sa diaphanéité, lieux où sa conve;xjté saille au delà de la cornée opaque , en sorte que la cornée lucide paraît véritablement comme le segment d’une petite sphère, ajouté au segment d’une sphère plus grande, cette tunique, quelle que soit sa consistance , étant obliquement traversée par de petits vaisseaux sanguins et par des filamens nerveux, et étatit, dans sa portion transparente, criblée d’un grand nombre de pores par où suinte continuellement une liqueur très fine et- très subtile qui s’évapore à mesure qu’elle en sort. On y a* vu aussi des vaisseaux séreux, qui, parleur oblitération» donnent quelquefois lieu à de petits filets, ou à des raies blanchâtres, barrant et coupant cette portion* dans certains chevaux.

3°. La choroïde , ou la seconde tuniqUe du globe , infiniment plus déliée que la sclérotique , dont elle tapisse la surface concave , ayant deux lames, l’externe sensiblement plus forte que l’interne , qui est enduite d’une matière noirâtre , dont la source est peut-être la même que celle de la liqueur noire ou

brune qui se trouve dans l’intérieur de la plupart des glandes ; cette couleur noire pouvant d’ailleurs modifier, éteindre et absorber les rayons lumineux, comme le fluide cérumineux qui enduit l’oreille peut de même modifier, éteindre et absorber les rayons sonores et arrêter la vivacité de leurs impressions ; car la nature a dû placer, dans les organes des sens , des agens qui les défendent et qui en assurent l’énergie et* l’intégrité. Quoi qu’il en soit, la lame externe , qui est du côté de l’humeur vitrée , à la capsule de laquelle elle est visiblement unie dans le cheval , est d’une couleur azurée, mêlée, dans de certains endroits, d’un rouge vif; celte même tunique , ainsi composée de deux lames , se porte jusqu’à l’endroit où commence la cornée lucide, et où se termine la cornée opaque, à laquelle sa lame externe adhère dans tout ce trajet par un tissu cellulaire et quelques vaisseaux tant sanguins que nerveux.

Là elle s’attache exactement à toute la circonférence de la première membrane , et cette attache , ce cintre blanchâtre et bien diffèrent, par sa couleur, de la tunique dont il est formé, est ce que quelques anatomistes du corps humain ont appelé ligament , et les autres orbicule ciliaire . Ce ligament est de la largeur d’une ligne environ , au delà la laine interne ou postérieure de la chorqide prend particulièrement le nom d’uvée, et sa lame externe ou antérieure celui d’iris , attendu la variété et la di-, verské des couleurs qu’elle présente. Ces couleurs,, naturellement plus foncées dans le cheval, et le pins

souvent approchant de celle de son poil, sont distribuées différemment que dans l’homme. Dans celui-ci, les rayons que forme l 'iris s’étendent de la circonférence au centre j dans l’animal, elle est comme marbrée, parce que ces rayons sont circulaires et transversaux. Il est, au surplus, des chevaux dans lesquels cette partie est presque toute blanche, et n’est colorée que dans l’espace de deux ou trois lignes autour de *ia prunelle ; c’est ce que vulgairement on appelle yeux vairons.

Toute conliguité , toute adhérence cesse alors entr’elle et la cornée. Elle est flottante dans l’espace qui sépare la cornée lucide et le cristallin , c’est à dire qu’elle est comme une espèce de cloison dans cet espace qu’elle divise eu deux portions, dont l’antérieure , qui répond à la cornée lucide et à l’iris, a été nommée chambre anterieure , et la postérieure, qui répond à l it.....' **t au cristallin , a été nommée chambre postérieure.

De Yorbicule ciliaire partent encore plusieurs petits filets noirâtres qui semblent naître uniquement de la lame interne de la choroïde. Ces petits filets ont été appelés procès ciliaires; ils avancent jusque sur le bord du cristallin , par dessus sa capsule, où ils se terminent , et laissent, lorsqu’on les a enlevés, des vestiges et des traces noires sur la surface antérieure du corps vitré.

Dans le cheval , il est, outre ces procès -ciliaires, d’autres prolongemens de cette même uoe'e , qui se montrent tantôt en haut et tantôt en bas fle la prunelle; quelquefois en haut seulement, et toujours

Digftizfc

» au

dans la chambre anterieure , comme des espèces de fongus très distincts et très visibles lorsque la cornée lucide n’est point obscurcie , et lorsque l’buineur aqueuse a sa limpidité naturelle. En examinant attentivement ces fongus, désignés par Solleysel et par ses copistes sous le nom de grains de suie (i), on voit qu’ils ne consistent qu’en quelques petites vésicules remplies de l’humeur qui colore cette tunique, quelques fibres rayonnées s’étendant sur leur surface , et tirant, lorsqu’elles opèrent la dilatation de la prunelle , ces vésicules en dedans. Quelques personnes, et particulièrement M. Neuffer, dans une thèse soutenue à Tubingen , le 29 mars 1745, sur la mydriase , ont regardé ces fongus comme des excroissances capables d’empêcher la dilatation de la prunelle , et M. Lower, comme une maladie très fréquente dans les chevaux (2). Ce dernier ignorait sans doute ce point de la conformation de cet organe dans l’animal, et les vues que la nature a peut-être euesdauscette singularité, au moyen de laquelle il paraît que Vœil du cheval , lorsqu’il est exposé au grand jour, reçoit moins de rayons lumineux , et ressent une impression .moins vive de ces mêmes rayons.

En ce qui concerne la prunelle ou la pupille , elle n’est autre chose que l’ouverture transversalement elliptique dans fe cheval , comme dans tous les ani-

(1) Le Parfait maréchal , volume cité , pagevj4-

(2) Collection académique t partie étrangère ) , 1 jSH ,

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