tome II , page
influx herbivores * percée dans ie milieu de la cloison qui résulte de la portion flottante de la ckoroide, c’est à dire de Y uoée et de Y iris. Le grand diamètre de cette ouverture et sa position facilitent à ces animaux, obligés parleur structure naturelle de porter la tête en bas pour chercher leur nourriture , les moyens d’apercevoir les objets placés de côté et d’autre, et d’éviter dés lors ce qui pourrait leur nnire et les incommoder. • i ' > ■ ■
Entré ces deux lames sont deux plans de fibres très minces qui paraissent charnues j les fibres de l’un étant autour de la prunelle et l’environnant , les fibres de l’autre étant rayonnées , s’étendant depuis le ligament ou l’ orbicule- ciliaire jusqu’ au bord de la prunelle, et coupant les autres à angles droits ; celles dü premier plan resserrant par leur contraction cette ouverture , , et les rayonnées, par leur traction du côté de leur point fixe , ne pouvant que la dilater. - '
3°. La rétine, ou la troisième tunique du globe, d’üne substance molle, baveuse et blanchâtre , s’étendant depuis l’insertion du ntrf optique , se terminant par un cercle à l’orbicule ciliaire, et lui étant, dans tout ce trajet , également adhérente ; elle paraît être une continuation de ce nerf; aussi l’envisage-t-on comme l’organe immédiat de la vue.
Dans l’examen des humeurs du globe, il faut considérer :
t°. ïjhu>(ieur vitrée , ,ainsi nommée attendu sa ressemblance au verre en fusion , occupant et remplissant la plus grande partie de la capacité du
globe , puisqu'elle s’étend depuis la rétiue jusqu’au commencement de la chambre postérieure; cette liqueur gélatineuse étant très transparente , très flexible, plus dense que l’humeur aqueuse , moins dense que le cristallin, partout convexe, ayant dans sa partie antérieure une cavité ou une fossette, qu’on en appelle le chaton', dans laquelle est logée l’humeur cristalline, et étant enveloppée dans une capsule qui lui est particulière et propre , et qui en porte le nom (1). Cette capsule est composée de deux lames ; elle est de toutes parts attachée par de petits filets de la dernière ténuité à la concavité de la choroïde. L’existence de ces lames ne peut d’ailleurs être niée ; <ar si l’on fait geler le corps vitre dont il s’agit , on aperçoit distinctement alors une quantité d’allongemens cellulaires et des cloisons entrecoupées d’une finesse extrême, que jette dans toute l’épaisseur de cette masse la lame interne de sa capsule, et qui pénètrent dans son fond le plus intime.
2°. Le cristallin (a), ou l’espèce de lentille solide, située dans le chaton de l’humeur vitrée, vis à vis la prunelle, à quelque distance de l’iris, et semblable au cristal par sa transparence; il est composé d’un nombre infini de couches membraneuses parallèles, qui sont formées d’une multitude de vaisseaux que parcourt une liqueur dia-
(1) On lu nomme aujourd’hui membrane hyaloïde, comme , les anciens appelaient Y humeur vitrée humeur hyaloïde: [É . )
(2) Que les anatomistes appellent aussi humeur cristalline, corps cristallin , lentille cristalline. (É.)
phane et des plus déliées ; ces couches ou ces pellicules infiniment ténues et concentriques, pouvant être aperçues à l’aide du microscope, et sépa*ïées , dans un cristallin desséché , jusqu’à la réduction de ce corps , plus convexe d’ailleurs dans sa lace postérieure que dans l’anlérieure , en un petit noyau imperceptible. Il est renfermé dans une capsule particulière , très apparente , membraneuse formée par la duplicature 'de la tunique vitréèfi); la lame externe revêt la face antérieure , la lame interne qui garnit le chaton dans lequel il est fixé en recouvre la face postérieure. La première de ces lames a paru au célèbre M. Wmslow, dans Vxéil de l’animal dont il s’agit, composée de deux pellicules unies par un tissu spongieux très fin et très serré. Cette humeur est alburhineuse de sa nature, elle se durcit au feu; tandis que l’humeur vitrée , qui est de nature gélatineuse, s’y réduit en une eau un peu salée , à l’exception d’urie petite partie élastique, qui paraît être le tissu folliculeux qui la
contient.
3°. L’ humeur aqueuse , ou la sérosité très limpide et très fluide , qui n’a point de capsule particulière , et qui , occupant les deux chambres de Vieil, procure non seulement des réfractions , mais empêche qu’il ne s’éteigne , que la cornée lucide ne se ride , qu’elle ne s’affaisse,- et que, de ^phérique qu’elle est , elle ne devienne plane , ainsi qu’on l’observe dans les chevaux morts ou mourans, lorsque, cessant
(i) On la nomme membrane cristalloïde. ( E .)
d’être poussée par l’action du cœur dans l’extrémité ou dans les porosités des artérioles qui la déchargent, elle ne chasse et ne soutient plus en dessous cette tunique, et ne la détermine plus en avant. Hovius a pensé qu’elle est produite par une espèce de transsudation au travers des humeurs vitrée et cristalline, et que cette portion la plus limpide et la plus fine du suc nourricier de ces corps transparens s’échappe au travers des pores de la cornée, pour faire place à l’humeur qui se produit de nouveau. Quoi qu’il en soit, elle maintient l’uvée suspendue, de manière que cette tunique ne peut tomber ni sur la cornée ni sur le cristaHin; elle lubrifie, elle humecte, elle entretient la transparence des parties délicates qu’elle baigne et qu’elle arrose. Il est certain qu’elle est repompéè dans la masse et reprise par de petites veines absorbantes; elle suinte aussi parles porosités de la cornée lucide : s’il en était autrement, elle s’accumulerait de façon à causer Y hydropisie du. globe , et dès qu’elle croupirait, elle serait bientôt viciée, colorée, épaissie. La preuve de sa régénération ou de son renouvellement est évidente dans l’opération de Ja cataracte par extraction, ou par abattement , ou par abaissement..
Ce n’est qu’après. s’être muni de toutes ces connaissances qu’on peut décider sûrement de l’intégrité de cet organe , de la réalité, comme des raisons de sa dépravation et des causes des dérangemens multipliés dont sont susceptibles les iustrumeos nombreux qui concourent à ses fonctions^ car on ne
doit attendre -et espérer aucun secours certain d’une expérience informe et dénuée de toute théorie.
Je veux examiner les yeux d’un cheval. Je le place à l’abri du grand jour pour diminuer jusqu’à un certain point la quantité des rayons lumineux, et je le fais ranger de manière à m’opposer à la chute de ceux qui , tombant perpendiculairement t causeraient une confusion qui ne me permettrait plus de distinguer clairement les parties. Je fais attention encore à ce qu’aucun objet capable de changer la couleur naturelle de l 'œil, en s’y peignant, ne soit voisin de l’abri que j’ai choisi j et il est ban de savoir que plusieurs maquignons, dans le dessein de déguiser, les déiàuts des yeux des chevaux qu’ils vendent, ont le soin trompeur de faire blanchir le mur qui se trouve vis à vis la porte des écuries où ils les font arrêter, pour eu soumettre les yeux à la critique des acheteurs.
Quoi qu’il en soit , je me place ensuite moi-même de manière, à chercher les différens points d’où je pourrai distinguer le plus clairement toutes les portions de l’organe dont je me propose de juger, et j’en considère :
•• i°. La grandeur i Elle est une beauté dans le cheval comme dans l’homme. De petits yeux sont nommés yeùx de cochon.
î»°. La position. Ils doivent être à fleur de tête- Des yeux enfoncés donnent à l’animal un air triste et souvent vicieux $ de gros yeux, des yeux hors de la tête le font paraître hagard et stupide.
3*. U égalité. Un œil grand et l’autre petit doivent
inspirer île la défiance. Il est vrai que cette disproportion peut être un vice de conformation , et alors les yeux, quoiqu’iuégaux, n’en sont pas moins bons. Ou distingue le vice de conformation de celui qui est contre nature , eu ce que , dans le dernier cas, les parties qui défendent 1 e globe , ou celles qui l’entourent, ou celles qui le composent, ne se montrent jamais dans un état sain.
4°. Les paupières. Leur agglutination , la rétraction , l’abaissement involontaire de la supérieure , le relâchement ou le renversement de Y inferieure, qui, comme nous l’avons remarqué , si elle est douée de mouvemens, ne peut en avoir que de très obscurs j les tumeurs qui surviennent quelquefois à l’une et à l’autre, le doublement des cils qu’on remarque au bord de la supérieure , Y inferieure en étant dépourvue, ainsi que nous l’avons dit; un hérissement de ces mêmes cils produit par différentes causes, qui en détermine et en dirige la pointe contre la cornée, etc., sont autant de circonstances maladives. On doit, surtout , faire attention à la paupière inférieure , fendue, dans quelques chevaux , à l’endroit du point lacrymal. Cette fente est occasionée par l’âcreté des larmes qui découlent dans le cas de la fluxion périodique , qui a fait appeler très improprement l’animal qui en est atteint cheval lunatique. Au surplus, cette maladie est annoncée encore par > d’autres signes constans , hors le moment du période , et dans l’instant où il existe : tels sont, hors le moment, la disproportion des yeux , celui qui est attaqué étant plus petit que l’autre, le trouble de
Di
ce même œil ; et dans l’iustant de la fluxion , l’enflure des deux paupières , principalement de l’ inférieure , l’inflammation de la conjonctive , un écoulement continuel de larmes, la couleur de Y œil, dont l’obscurcissement présente celle d’une feuille morte, la folie et les actions effrénées de L’animal , etc. (i).
5°. La netteté ou la dia pJuinéité , sans laquelle ou ne peut discerner clairement ni l’iris, ni la prunelle , ni les fongus , et porter ses regards au delà. Elle dépend de celle de la cornée lucide , et de celle de Vhumeur aqueuse renfermée dans les chambres antérieure et postérieure. Une tache , une taie , ou un véritable albugo, qui s’étendent plus ou moins sur la première de ces parties , en occasionent, suivant leur épaisseur, le plus ou moins d’opacité ; et si le point d’obscurcissement est borné , mais se trouve placé vis à vis de la prunelle, il intercepte l’entrée des rayons lumineux , et l’animal ne peut recevoir l’impression des objets. Il en est de même dans la circonstance de l’épaississement de Y humeur aqueuse , dans celle d’une collection de matière purulente derrière la cornée lucide, en conséquence de quelques coups, (z) ; enfin, dans l’obscurcissement plus ou moins considérable de cette même- humeur, à raison d’uBe cause quelcon-
( i ) La fente ou l 'tiraillement de lu paupière inférieure et le larmoiement continuel peuvent être dus aussi à la fistule lacrymale, comme je l’ai dit ci-devant , page 39. (2?.)
(2) C’est Ce que l’on nomme kypapyon. (É.)
que; suivant le degré de ce même obscurcissement, les objets sont entièrement dérobés , ou ne frappent l’as il vicié que d’une manière très indistincte. Il faut savoir aussi que dans les poulains , dans ceux qui jettent, ou qui sont prêts à jeter, dans ceux qui mettent les dents, et surtout les coins et les crochets, comme dans les chevaux qui sont atteints de quelques maladies graves, la cornée lucide et même l'humeur aqueuse sont plus ou moins chargées de nuages ; elles s’éclaircissent peu à peu et par degrés insensibles à mesure que l’auge se vide ou se dégage, que le sang se dépure, que la dentition s’achève, et que les maux cèdent à l'efficacité des remèdes. Du reste, pour bien juger de l’étendue de l’opacité ou du trouble de la cornée , il faut nécessairement que l’observateur en parcoure tous les points , en se plaçant de manière à les suivre, et en variant sa position pour en diversifier les jours. Il faut encore, lorsqu’il est question de s’assurer si l’opacité ou l’obscurcissement ne réside que dans l’ humeur aqueuse , la cornée étant parfaitement intacte , qu’il se place de côté, et qu’il laisse la cornée lucide entre le jour et lui ; si les rayons lumineux pénètrent cette membrane également dans toute sa surface et dans toute sa superficie , le défaut sera incontestablement dans V humeur aqueuse.
6°. La cornée opaque, dont la portion apparente occupe, dans certains chevaux, plus d’espace que dans d’autres. Cette circonstance a fait appeler les yeux, dans lesquels cette tunique propagée diminue l’étendue de la cornée lucide , des yeux cerclés.
On n intime pensé qu’ils étaient totalement défectueux; mais cette idée est destituée de tout fondement, car on ne voit pas comment cette anticipation pourrait intéresser l’organe. Nous avons dit que la conjonctive, qui tapisse la surface interne ou postérieure de la paupière, se repliait pour s’étendre .sur la cornée opaque : ainsi la rougeur qui caractérise ce qu’on nomme ophthalmie est véritablement l'inflammation de cette membrane lâche, mobile et transparente , et non celle de la cornée.
7°. Le cristallin, situé plus près de la cornée lucide que de la rétine, et dans un lieu où son centre passe par l’axe de la vision et le forme. Ce corps, étant transparent et n’ayant aucune couleur par lui-même , ne peut pas être distinctement aperçu. On n’entrevoit aussi dans un œil sain, au delà de la prunelle, qu’une couleur noire, qui n’est autre chose que la réflexion naturelle de l’uvée au travers des humeurs du globe. Dans de vieux chevaux, il devient terne comme dans l’âge de caducité des hommes; dans d’autres, on le trouve quelquefois opaque , et cette opacité règne dans tout le contour ovale de la prunelle : alors ce corps lenticulaire est plus terne , il présente une couleur blanche , verdâtre et comme transparente, et Y œil est dit ml de verre. Cette opacité gagnant peu à peu toute l’étendue du cristallin, il en résulte ce que dans Yceil humain on appelle cataracte , et ce que dans Y œil des chevaux on a nommé dragon. Assez ■communément cette maladie commence aussi par quelques points blancs très petits, et en quelque *
sorte imperceptibles, principalement aux yeux de ceux qui n’ont aucune idée de la conformation de cet organe; niais, dans tous les cas, la cataracte , une fois formée et parvenue à sa maturité, abolit totalement le sens, en s’opposant au passage des rayons de lumière. Le cristallin n’est point, eu effet , l’organe essentiel et principal de la vision; sa présence est nécessaire seulement à la perfection de la vue , car la faculté de voir n’est pas anéantie'par son absence; aussi, dès que ce corps opaque a été abattu, ou , pour mieux dire, extirpé, ce qui est une opération bien plus sûre, l’animal discerne, à la vérité , plus confusément les objets , mais il recouvre la puissance qu’il avait perdue (i).
8°. Les rnouvemens de l'iris. Ou a vu entre l’uvée et Y iris deux plans de fibres charnues , les fibres de l’un d’eux environnant la prunelle, et resserrant, par leur contraction, cette ouverture, sa dilatation étant opérée par les fibres du second plan. Le premier de ces rnouvemens a lieu dans Y œil exposé au grand jour, le second dans Y œil exposé à une lumière plus faible, ou réduit à l’obscurité : or, il est des chevaux doojL les yeux paraissent parfaitement beaux et sains, et qui sont néanmoins privés de la
(i) It résulte des nombreuses opérations de cataracte qui ont été faites jusqu’à présent sur les chevaux, qu’ils recouvrent effectivement la vue, mais que ce sens n’étant plus aussi parfait que dans l’état naturel , les chevaux voient mal et deviennent ombrageux, craintifs, peureux; ce qui les rend d’un servirc souvent plus difficile que lorsqu’ils étaient aveugles. (£•)
faculté de voir, et il n’est d’autre moyen déjuger en eux de l’abolition de la vue , que celui de s’attacher à l’examen de ces mêmes mouvemens. Abaissez la paupière supérieure , tenez-la dans cct état pendant un instant 3 laissez ensuite ouvrir Y œil, remarquez si la prunelle se resserre , et à quel point est portée cette action; dès qu’elle est totalement dénuée de mouvement, le sens est irrévocablement aboli. On peut encore procéder à cet examen d’une manière plus sûre. L’animal placé , comme nous avons dit qu’il devait l’être, faites-le reculer insensiblement dans un lieu plus obscur, la prunelle doit se dilater alors visiblement. Hamenez-le en avant et pas à pas; à .mesure qu’il revient au grand jour, la prunelle doit se resserrer. Cette méthode est d’autant plus certaine, qu’en s’y conformant exactement, tous les mouvemens de la pupille sont extrêmement sensibles, et qu’on peut observer en même temps ses divers états dans les deux yeux, conclure du plus ou moins de constriction le plus ou moins de sensibilité de l’un et de l’autre, et décider parfaitement delà force, de la faiblesse, de l’égalité et de l’absence de la faculté de la vue dans l’animal.
Des Naseaux et du Nez.
La faculté de la respiration de l’animal dépend principalement du passage que livre à l’air l’ouverture des naseaux. En effet, la plus grande quantité de celui qui est inspiré et expiré passe par les fosses ou cavités nasales ; car dans les temps froids.
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où les vapeurs des poumons se condensent et forment une espèce de nuage, on les voit sortir en abondance à chaque expiration, tandis que des vapeurs semblables ne s’échappent de la bouche que très insensiblement.
On doit considérer dans les naseaux .*
1°. Leurs orifices externes, dont le diamètre considérable est un présage de l’étendue de celui des fosses nasales , et peut, par conséquent , garantir la •liberté de l’entrée et de la sortie de l’air dans les poumons. Ces orifices étant trop resserrés, cette liberté ne saurait subsister , et l’étroitesse des fasses est souvent une des causes du bruit qui suit dans l’animal l’action de la respiration , attendu qu’en pareil cas elle demande des efforts de sa part pour chasser et attirer l'air (i). Quelques peuples, pour donner de l’haleine à leurs chevaux, et surtout pour lefc empêcher de hennir, leur fendent les naseaux à leurs orifices. Cette pratique est très bonne, spécialement lorsqu’il s’agit de chevaux destinés pour des partisans , ou d’autres militaires chargés d'aller à la découverte. Dans les orifices ou dans les naseaux artificiellement dilatés ou fendus, l’air expiré avec -force au moment où l’animal veut hennir, rencontrant moins d’obstacle, et souffrant une moindre collision , en est expulsé sans bruit.
2°. La membrane pituitaire ou muqueuse , qui
(») Ce bruit est ce que l’on nomme sijfiage, cornage ou hallei , et les chevaux qui le font entendre sont appelés s'fj le tir s , corneurs ou cornards. (E. )
tapisse exactement les fosses: elle est d’une couleur vivo et vermeille dans les chevaux sains, d’une couleur éteinte , pâle , blanchâtre, et quelquefois jaunâtre dans quelques uns de ceux qui sont malades, et d’une rougeur considérable quand elle est enflammée. Elle est très visible dans le cheval qui est animé et en action, parce que la respiration étant en lui plus fréquente, ses naseaux s’ouvrent de plus en plus et la laissent paraître} on doit prendre garde qu’elle ne soit atteinte d’ulcères chancreux , ce qui arrive dans la morve , et ce qui est un des signes univoques de cplte maladie (1).
3°. L humeur muqueuse, séparée du sang dans les glandes, et par l’extrémité dos vaisseaux de celte même membrane , humeur destinée à former l’enduit qui doit maintenir les mamelons nerveux dans la souplesse requise et nécessaire, à parer au dessèchement, à la corrugation, qui seraient l’effet des impressions et du contact continuel de l’air sur la membrane , et à modifier et régler en quelque façon la sensation. ,
Dans l’état sain, la sécrétion n’en est pas moins abondante; elle est aquçuse, subtile, elle tombe
(t) Mais il ne faut pas confondre avec des cfaancxec, comme la multitude des maréchaux et des dçu)i'Connaisseui;s le fait journellement, urf petit trou rond, quelquefois oblong, de deux lignes environ de diamètre, qui paraît pratiqué comme avec un emporte-pièce , et qui est placé à la partie inférieure près de l’orifice; c’est l’issue du canal nasal dont il est parlé pages 32 , 33; on le nomme le trou nasal. Il est quelquefois double. (2?.) * «
goutte à goutte, encore fâut-il que l’animal ait été quelque temps en action; mais clans nombre de cas et dans l’état contre nature , ce flux , en quelque manière imperceptible, devient extrêmement ample , copieux et même continuel, sans doute à raison de la disposition lâche et spongieuse delà tunique, dont le tissu peut, à en juger par les effets et par l’expérience, être plus aisément forcé dans le cheval que celui des autres couloirs, puisqu’elle est en lui la voie la plus ordinaire par où la nature fait sensiblement effort, et l’issue que le sang se choisit le plus communément pour sa dépuration. Alors {'humeur dont il s’agit est plus ou moins épaisse, ou blanchâtre , ou verdâtre, ou noirâtre , ou sanguinolente, ou inodore, ou plus ou moins fétide, suivant les circonstances , et nous disons que le cheval jette', ce qui arrive clans la gourme, dans la morfondure, dans la fausse gourme , dans la morve , dans des fièvres pestilentielles et putrides, dans la circonstance d’une métastase ou du reflux de la circonférence au centre d’un virus psorique quelconque , etc.; et nous observerons que, dans le principe de la morve, l’écoulement n’a lieu que par un des naseaux, et sur la fin de la maladie par les deux ensemble.
4°. Les fausses narines totalement distinctes et indépendantes des fosses nasales ou grandes fosses . Elles sont formées parla peau, qui sert latéralement de paroi à la cavité échancrée que laissent les os maxillaires entr’eux et l’épine des os du nez. Elle sc réfléchit, s’enfonce et se prolonge en montant jusqu’au principe de celle épine, où, d’une part,
elle est une sorte de cloison qui divise les uns et les autres de ces os, et où, de l’autre, elle forme les finisses narines , c’est à dire une poche ou une cavité do cinq à six pouces environ de longueur, en manière de sac borgne ou. de cul-de-sac. Cette poche retient une portion de l’air, qui aborde avec impétuosité dans les fusses y elle recèle en même temps une portion des corps odorifères et actifs, dont la trop vive impulsion et la trop grande quantité auraient incontestablement causé un ébranlement et une irritation capables de blesser , d’éteindre, d’amortir le sentiment, ou de rendre la perception très confuse. Plusieurs confondent celte cavité avec les grandes fosses , dont l’entrée est directement derrière le cartilage transversal du côté du cartilage moyen, et les maréchaux qui y ont poussé des injections assez inutilement et sans effet , croyant les adresser dans la vraie route, ne sont pas en petit nombre.
5°. L 'égalité de l’émission de l’air par les deux naseaux ; car l’une des deux fosses est embarrassée, si toutes les deux n’en fournissent pas un même volume lors de l’expiration. Tel est aussi un des signes de l’excroissance que l’on nomme polype, et que les auteurs en maréchalerie ont appelée la souris. J’aperçois dans le cheval une respiration difficile , je porte ma main à l’orifice de6 cavités nasales , et selon l’amplitude du polype, je sens que l’une d’elles ne laisse échapper qu’une très petite portion d’air, ou n’eu fournit point du tout.
En ce qui regarde le nez, du cheval , il est certain que la tête doit se terminer toujours en diminuant
insensiblement d’épaisseur , ce qui suppose une dégradation proportionnée} car, dire que cette partie serait belle , en ce que le cheval boitait d(ms un verre , c’est se servir d’une expression de marchand et de maquignon , qui n’offre rien de positif!
De la Bouche.
f , vr \ .»
La bouche n’est pas la partie du cheval qui exige le moins d’attention. Il est d’autant plus es- - ' sentiel d’examiner avec soin toutes celles qu’elle comprend, que tels sont le rapport et la relation intimes qu’elles ont ensemble, l’art d’emboucher •« l’animal et de l’assujettir par le mars demande des , combinaisons infinies pour réparer les défectuosités des unes sans porter la moindre atteinte aux autres. Ces points divers ne sont pas cependant ceux qui attachent et qui arrêtent les connaisseurs ou les amateurs. Le plus grand nombre n’envisage dans cette partie que les dents, potir s’assurer de l’âge, et ils laissent en arrière toutes les autres , comme si elles n’offraient rien d’important.
Il s’agit néanmoins d’envisager dans la bouche en général : . • < •• • î
i°. Ses proportions. Elfe Ue doit être ni trop ni trop peu fendue. Dana le premier cas,, le mors en force les coins , et les extrémités de l’ embouchure s’y trouvant , pour ainsi dire , noyées, les font htm* ceir et rider, c’est ce qu’on appelle boire La bride , et alors l’emhouchure. et la gourmette sont si fort déplacées, que l’appui est entièrement falsifié. Dans des bouches trop peu, fendues , l’embouchure ne trouve
presque point de place, et ne pouvant se loger, elle porte sur les crochets, et fait froncer la lèvre. On doit observer encore que communément les lèvres sont, dans ces sortes de bouches , dures et épaisses, et l’appui des barres dur et faux.
2°. Son tempérament. On entend et l’on doit entendre par belle bouche celle dans laquelle on trouve un appui ferme et léger, c’est à dire celle d’un cheval dont la tête n’est point ébranlée par les différons inouvemens d’une main ferme et bonne, et qui ne s’abandonne point lors de la liberté que cette même main lui accorde dans l’action de rendre. De telles bouches sont rarement sèches, elles sont au contraires fraîches; le cheval, en goûtant le mors et en le mâchant sans cesse, bat et agite continuel-' lement sa salive, qui se montre alors sous la forme d'écume. On peut dire que la bonté dé cette partie et sa grande facilité naissent principalement de la légèreté de l’animal, de sa bonne inclination , de sa franchise, de son haleine, de la capacité naturelle de ses membres, etc.; comme son incertitude, qui caractérise ce qu’on appelle des bouches égarées, procède souvent d’une sensibilité et d’une faiblesse naturelles, de la conformation irrégulière de quelques unes des portions de son corps, de quelques maux dont les jarrets, les pieds, les jambes et les reins peuvent être atteints, de la dureté des premières embouchures , de la forte application des gourmettes mal ordonnées, des efforts excessifs d’une main, dont les mouveinens ont été aussi cruels qu’importuns et irrésolus, de la lenteur et
île la faiblesse de celle qui, n’ayant aucune fermeté, a permis au cheval de se livrer à mille actions vagues , dans lesquelles il s’est offensé et blessé luimême en s’appuyant inconsidérément, des leçons données sans ordre et sans jugement, des arrêts subits et trop précipités, etc.; et l’on doit ajouter à toutes ces causes , qui conduisent l’animal à dérober les barres , à bégayer, à se déplacer, à tourner la tête de côté et d’autre , à se retenir, à s’arrêter, à battre , à tirer à la main, à la forcer, celle d’un défaut de proportions dans les différentes parties qui entrent dans la composition de sa bouche.
Ces différentes parties sont :
i°. Les lèvres, l’une antérieure , l'autre postérieure. Il faut qu’elles n’aient ni trop d’épaisseur, ni trop de largeur, ni trop de mollesse. Une lèvre postérieure trop épaisse, ce qui, comme nous venons de le dire , est le partage des bouches trop peu fendues, supportant totalement l’embouchure , s’oppose à son appui sur les barres. Celle qui n’a pas trop d’épaisseur, mais qui est trop large et molle, couvre facilement la gencive ; elle se trouve infailliblement alors pressée par le canon, et la bouche du cheval en demeure ouverte , ou du moins amortie; elle appesantit par conséquent l’appui de la main , parce qu’elle empêche le fer qui doit porter sur les barres de prendre nettement et librement sa vraie place ; c’est ce que l’on exprime ordinairement, en disant que le cheval s'arme des lèvres. La belle lèvre est donc celle qui, justement proportionnée, et ne péchant par aucun des défauts dont je
Die
viens dé parler, est si proprement logée, qu’elle ne permet pas d’apercevoir l’embouchw'e. Au surplus, on doit prendre garde à ce qu’elles n’aient point été entamées par des pièces mal polies et mal jointes : en ce cas, on ne doit point mettre de mors à l’animal , jusqu?à ce que la blessure soit guérie. On doit la ire attention encore à ce qu'elles ne soient point intérieurement semées d’une multitude de boutons, d’un très petit volume, et qui empêchent l’animal de manger (1).
9.°. X-es barres , qu’il ne faut pas confondre avec ce que Ton nomme gencive, c’est à dire avec ce tissu compacte et serré, ou cette chair d’une espèce singulière , qui couvre les deux faces du bord alvéolaire des deux mâchoires , s’insinue entre les dents, environne le collet de chacune d’elles , y adhère étroitement, et les affermit dans leur situation. Elle garnit exactement aussi l’espace uni ou dépourvu *de dents et d’alvéoles , qui sépare les mâchelière* et les crochets : or, c’est cet intervalle qu’on nomme proprement les baires, dans la mâchoire postérieure. Ici il estboh d’examiner la conformation naturelle de l’osj il est tranchant dans son bord antérieur j mais il s’arrondit du côté de la face externe , èt en descendant vers le crochet :
(i) Ou de petits ulcères plus ou moins multipliés , connus tous le nom à'lç.plithcsrc\. qui sont une véritable maladie assez commune dans les jeunes chevaux. Voyez ce que j’en ai dit dans les. Instructions et Observations sur les maladies des animaux domestiques , tome IV, a8, partie. (A.)
or , c’est précisément sur cet arrondissement , ou sur celte partie mi-ronde, que doit être fixé l’appui de l’embouchure, en prenant garde néanmoins de ne pas l’asseoir si lort à l’extrémité du dehors de la barre, que l’embouchure puisse trébucher sur le bas de la gencive; car, alors, sa situation étant fausse , l’appui serait désordonné. Il faut aussi faire attention à ne pas le faire porter sur la partie la plus haute , parce que la chair qui s’y trouve , étant pressée entre le tranchant de l’os et le fer, serait tellement offensée, que la douleur contraindrait l’animal à tenir la bouche ouverte , à grimacer, à remuer la mâchoire sans cesse de côté et d’autre, pour dérober les barres : c’est ce que nous appelons faire les forces.
3°. La conformation de ces mêmes barres , qui ne doivent être ni trop hautes ni trop basses. Trop de sensibilité et trop de délicatesse accompagnent ordinairement le premier de ces défauts. Elles sont d’ailleurs , et alors, beaucoup plus exposées à l’action de l’embouchure, parce que la langue de l’animal n’en partage point ou en partage très peu l’impression, et ces sortes de barres sont aisément endommagées. Nous voyons même que cette hauteur excessive et superflue les rend incapables de l’habitude du plus léger appui. Que si quelquefois des chevaux , en qui ces parties pèchent par le trop d’élévation , ont néanmoins la bouche dure, cette dureté ne peut être que l’effet des cicatrices et des sortes de calus qui ont suivi les meurtrissures et les plaies occasionnes par des embouchures mal ordon-
liées , et assez souvent par la dureté dé mains ignorantes et cruelles j plaies qui, renouvelées sans
cesse par la même impression qui les a produites, ne se consolident que difficilement : aussi est-il très essentiel de ne pas négliger de voir si les barres sont calleuses ou entamées , ou même rompues. Que pourrait-on espérer, en effet, d’une bouche dont ces parties auraient été grièvement blessées? Elles le sont quelquefois si fortement, que l’os en souffre, qu’on y aperçoit un gonflement considérable, une carie, des fistules, etc.
Les barres basses sont communément insensibles, rondes et trop charnues. Au moyen de cette imperfection, la langue est, pour ainsi dire, sur le même niveau ; elle soutient, en conséquence , l’embouchure; elle essuie la plus grande partie de ses effets et des actions de la màin du cavalier: de là un nouveau point de dnreté , bien plus difficile à corriger et à vaincre, que si l’insensibilité ne naissait que du seul défaut dehauteur.il n’est pas impossible aussi que des chevaux dont les barres sont basses et l’appui très dur fassent sentir à la main une véritable irrésolution, qui proviendra alors des blessures que la langue ou les lèvres auront éprouvées de la part du mors, soit qu’il ait porté trop vivement sur la première de ces parties , soit que des pièces mal polies et mal jointes aient endommagél es autres.
4°. La langue , logée dans l’espaceq ue laissent intérieurement entr’elles les deux branches de J’os !
que l’un nomme le canal. Le trop d’épaisseur de la langue doit nécessairement rendre la bouche dure, les barres étant , en efïêt , alors à l’abri de l’elïét de l’emboucliure ; et si le canal qui la reçoit n’a ni assez de largeur ni assez de profondeur, l’élévation et la saillie de cette partie reçue produiront le même inconvénient. Il est , au surplus , des langues pendantes , il est des langues serpentines. Une langue pendante est fort désagréable à la vue ; les langues serpentines remuent sans cesse, elles rentrent et sortent à tout moment, elles s’arrêtent fort peu dedans et dehors, et elles sont fort incommodes (i). On voit encore des chevaux qui, étant embouchés, replient leur langue et la doublerft ; d’autres la passent par dessus le mors; ces sortes de chevaux tiennent toujours la bouche ouverte; il est possible de remédier à ces imperfections par la tournure et le choix des embouchures. Nous ajouterons que la langue peut avoir été ébréchée par une trop forte compression du fer, et coupée par celle des filets, ou le plus communément par des cordes, ou par les longes du licou, que de très mauvais palefreniers auront passées très indiscrètement dans la bouche. Elle peut aussi être attaquée d’une tumeur chan-
(i) Quelques écuyers remédiaient à ce défaut par l’amputation de l’extrémité excédante de la langue; cette opération, qui n’cst ni difficile à pratiquer, ni dangereuse pour l’animal, était fréquemment en usage autrefois, surtout en Italie; mais aujourd’hui que l’art de l’embouchure a été simplifié et réduit à de vrais principes, on y a généralement. moins recours. (É.)
creuse , qui, la rongeant en très peu de temps sans qu’oh s’en aperçoive , en cause quelquefois la chute. C’est cette même tumeur qui arrive dans des maladies épizootiques, non seulement aux chevaux mais aux bêtes à cornes. Nous croirons assez volontiers que ce mal est le même que celui que les anciens appelaient pinsanesse. 1
Quant an canal, il est évident que le tissu qui a formé les gencives diminue notablement de volume à l’extrémité postérieure du bord alvéolaire interne de la mâchoire dont il s’agit ici; il se confond avec la membrane interne de la bouche , et finit de chaque côté par un repli ou une couture , en manière de raphé , que l’on remarque dans ce même canal et sous la langue. De ces replis partent les excroissances ou les allongemens , en forme de nageoires de poissons que nous connaissons sbus le nom de barbes ou de barbillons , et qui font que les chevaux qui en sont atteints boivent difficilement (1).
(i) Ces excroissances naturelles, et plus ou moins prolongées dans certains chevaux, ne les. empêchent aucunement de boire; c’est. un préjugé auquel il est étonnant que Bourgelat ait donné quelque crédit ; ce sont les extrémités des canaux sécrétoires des glandes maxillaires, qui versent la salive dans la bouche. Voyez, dans le P récis anatomique déjà cité , le Précis splanchnologique , tome II , troisième partie , art. 4 02, page 382. On sent que l’opération de couper les barbes , recommandée par plusieurs hippiatres , est aussi absurde que celle d’extirper la caroncule lacrymale et la membrane clignotante , opération contre laquelle Bourgelat s’est élevé avec tant de raison. (E.)
5°. L c palais , qui ne doit point être trop charria* Ou sait que le tissu dont sont formées les gencives , dans la mâchoire antérieure, accroît considérablement en consistance , à mesure qu’il parvient à la voûte palatine. Il la tapisse entièrement, et là il est muni d’éminences et rempli de sillons, évidemment transverses dans le cheval, et fort obscurs dans l’homme, qui s’étendent d’un bord de la mâchoire à l’autre, et qui, dans l’animal, sont au nombre de dix-huit ou vingt. Ces rugosités sont comme autant de segmens de cercles, dont le milieu représente un petit angle aigu. Elles guident le maréchal , qui oïdinairement ouvre la veine palatine avec la corne de chamois, entre la quatrième et la cinquième.
Quoi qu il en soit , si la consistance de ce même tissu est telle que le montant de l’embouchure doive nécessairement 1 atteindre , ou il en sera touché avec force et blesse , et algrs le cheval bégaiera , battra à la main; ou il sera touché faiblement, et en ce cas le cheval portera bas, et s’appuiera sans cesse sur le mors, pour fuir une titillation importune. Ce tissu , du côté de la bouche et des gencives, est lisse et poli, môme dans les rugosités ; dans la face qui regarde la voûte osseuse, il est moins serré et presque spongieux, ce qui facilite son union avec les os, union qui, néanmoins dans de certains cas ou le dessèchement et la corrugation sont extrêmes, n est point telle , qu’il ne puisse en être séparé. Dans de jeunes chevaux , il se prolonge contre nature, et de manière à anticiper sur les pinces, alors on dit que l’animal a la fève ou 1 elampas, maladie
qui u'arrivc qu’en conséquence du relâchement du tissu, continuellement abreuvé, par la mucosité filtrée et séparée dans la membrane pituitaire , et qui se répand sur celle du palais par les ouvertures que lui présentent les lentes incisives (i). Dans les chevaux d’uh certain âge , son épaisseur devient moindre ; aussi regarde-t-on le décharnement du palais comme nn signe de vieillesse. On y trouve quelquefois des élevures , .des fentes, des boutons provenant de la saleté des alimens, d’un fourrage piquant et chargé
(i) Cette excroissance , fréquente dans les jeunes chevaux, et surtout beaucoup plus dans ceux des parties septentrionales de la France, à l'époque de la protrusion des dents, ou immédiatement après, se dissipe peu à peu à mesure que l’animal prend des forces. Le préjugé que cette excroissance empêche les chevaux.de manger ne peut avoir aucun fondement pour ceux qui étudient le jeu des mâchoires dans l’action de la mastication ; et ^ l’on trouve cette excroissance dans quelques chevaux dégoûtés, il n’est pas moins certain qu’elle existe aussi dans beaucoup de chevaux qui ont conservé leur appétit. On doit sentir, d’après ce qui précède, combien l’opération d’emporter avec l’instrument tranchant, ou de brûler avec le cautère actuel, la fève ou le lampas, est inutile et cruelle; et combien une pareille opération est propre à empêcher les animaux de manger, plutût qu’à faire disparaître le dégoût , dont il faut chercher la cause dans la douleur que les dents occasionent lors de leur sortie , et dans celle produite par la mastication d’alimens trop durs dans cette circonstance.
Ce mot lampas, que l’on trouve aussi écrit lampast, l’ampas, empas, nous vient du lampasco , lampasio des écuyers italiens , et sans doute d 'impastojare, gêner, ou A'impastare, empâter, parce que le palais est gêné, engorgé, empâté. (E .)
d’épines , de quelqu’inflammation produite par une cause quelconque , etc.
D’après toutes ces observations , il est aisé de décider si l’examen de toutes ces portions de la bouche est tellement indifférent, que la plupart de ceux qui se vantent d’être connaisseurs aient raison de le négliger. Dès que c’est par l’entremise de cette partie , et en y sollicitant telle ou telle sensation plus ou moins vive , que nous déterminons le cheval à l’obéissance , que nous l’invitons à telle action , que nous en réglons les mouvemens, et que nous en fixons la précision et la justesse, il faut du moins que nous nous assurions de la possibilité des conditions auxquelles nous pouvons le soumettre. Les principes d’après lesquels l’éperonnier devrait agir portent sur la connaissance parfaite de la conformation de la bouche, de la conformation de quelques parties de l’animal , des situations respeçtives que la nature leur a assignées dans chaque individu , des rapports de force , de sensibilité et de mouvemens qu’elle a mis entr’elles et les autres portions du corps , et , enfin , des efTets mécaniques de cette machine simple, destinée à entretenir , comme milieu , l’intime réciprocité du sentiment de la bouche.Ae l’animal et de la main du cavalier : or , nous sommes bien certain que l’ouvrier, par lui-même , quelqu’élégance, quelque solidité, quelque propreté qu’il mette d’ailleurs dans les formes, dans la construction et dans l’exécution , n’est nullement guidé par de telles lumières. Ce serait donc à l’homme de cheval, à l’homme véritablement instruit et connaisseur, à
le diriger dans les différentes tournures, comme dans les différentes dimensions à donner aux parties du mors , et à lui en apprendre les résultats , dont cependant il faut convenir que la théorie générale des léviers ne donne pas toutes les solutions , parce qu’il entre dans les calculs auxquels on pourrait s’abandonner en la consultant une multitude d’élémens purement physiques, qu’il est de toute impossibilité d’apprécier.
De la Barbe,
Les branches d’un mors de bride doivent être considérées comme un lévier engagé entre deux points opposés de résistance. Ces deux points de résistance sont les barres et la barbe. Le lévièr agit sur les barres par l’embouchure, qui doit être regardée comme une partie de ce lévier , puisque , dans l’action et le repos , ses parties sont , à l’égard de celle de la branche <jui la porte , dans la même situation , dans le même arrangement , et qu’elles n’agissent directement que par le mouvement de cette branche. Il agit sur la barbe par la gourmette , qui en fait aussi portion, parce qu’elle n’agit que par sa tension , qui la rend contiguë au lévier, et ne peut souffrir aucun dérangement dans ses parties de la part de la puissance appliquée, et qu’enfin sa tension est toujours relative à l’action du lévier , comme lféfïét du lévier est dépendant de sa tension et de son appui.
Il s’agit donc de considérer dans la barbe : i°. Le point sensibte. On sait qu’à la partie infé-
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rieure du bord postérieur de l’os de la mâchoire postérieure , il est une arête résultant de la réunion des deux branches; que ce bord devient toujours plus tranchant à mesure qu’il approche de la symphyse, et que cette arête se noie et s’évanouit dans la convexité que l’on appelle le menton or, c’est cette arête qui forme le point sensible de la barbe’, c’est sur elle que la gourmette exerce son impression et doit faire effet; aussi disons-nous qu’elle doit porter dans le milieu, et non sur les côtés de l’os de la mâchoire. On exige avec raison que cette même gourmette appuie et repose sur celle de ses faces qui se trouve plate ; mais on n’a indiqué jusqu’ici aucun moyen sûr de distinguer cette face des autres ; aussi voyons-nous des régimens entiers, et nombre de cavaliers et de cochers , dont les chevaux sont très mal gourmés (j). Il eût été assez simple cependant de prescrire une règle certaine , en apprenant à ceux que l’on voudrait instruire que cette partie du mors est toujours inévitablement sur la face désirée , lorsqu’après qu’elle a été mise en place on ne peut apercevoir aucune des extrémités des mailles dont ellç est formée.
2°. La conformation. Elle doit tenir un juste milieu entre la figure plate et concave , et celle qui serait d’une hauteur excessive ; dans l’un et dans l’au-
(i) Puisque l’instrument s’appelle gourmette , il faut nécessairement dire : des chevaux bien ou mal gourmettes. Cette dernière expression, d’ailleurs, ne laisse après elle aucune des équivoques que peut entraîner la première , relativement à la maladie appelée gourme. ( E .) • ,
tre de ces cas , la gourmette ne peut y être fixément assurée. Si elle est, au surplus, charnue , cicatrisée, calleuse, garnie de beaucoup de poils, le sentiment qu’elle doit avoir ne peut qu’être plus ou moins fortement émoussé (î)*
3°. Ses proportions avec les parties de la bouche. Sa grande sensibilité est un véritable défaut , surtout lorsque l’intérieur de la bouche n’est pas assez solide j comme , par exemple , lorsque les barres sobt trop élevées et trop tranchantes , et que le canal se trouve en même temps trop profond, et la langue trop enfoncée dans ce même canal j car , dès lors on ne peut concilier , combiner et proportionner les appuis , c’est à dire , adoucir celui de la gourmette, et augmenter le point de celui que l’embouchure doit faire sur les barres.
De V Auge ou de la Ganache.
De même que l’espace qui est entre les deux branches de la mâchoire postérieure forme ce qu’on appelle intérieurement le canal , il en résulte extérieurement ce que nous nommons l 'auge ou la ganache. On considérera : ,
(i) Quelquefois on y remarque une plaie, une fistule, qu'accompagne souvent la carie de l’os de la mâchoire } celle-ci se décèle par la mauvaise odeur que répand la fistule. Dans ces cas, l’animal ne peut souffrir la gourmette, il se défend ; les maquignons remédient en partie à ce défaut et le cachent , en garnissant la gourmette d’un cuir plat qui en amortit l’action , ou en ne mettant que ce cuir seulement eu place de gourmette. ( E .)
i°. La conformation de ce môme os, qui , trop gros, trop rond , couvert de trop de chair, et resserré dès lors à l’angle de la mâchoire , rend la ganache carrée , s’oppose à l’entrée ou à l’introduction d’une portion de l’encolure dans Y auge, et par conséquent à ce que le cheval se place comme il le doit, et ■ fait enfin de la tête une masse difforme , trop volumineuse, et toujours lourde et pesante.
a°. La netteté de F auge, ce canal extérieur devant être uni dans toute son étendue , et dégagé de tous corps ou glandes tuméfiées , qui le remplissent dans des circonstances maladives , celles qui se montrent le plus ordinairement alors, soit dans les poulains qui n’ont pas jeté , soit dans les chevaux atteints de la fausse gourme, de la morfondure , de la morve, etc., étant du nombre des glandes qui forment un paquet au dessous de la peau, à la partie supérieure de Y auge , les vaisseaux qui en partent déchargent dans les veines voisines la lymphe qu’ils charrient. Nous devons avertir ici que souvent il est des personnes qui se trompent, en cherchant à s’assurer , par le tact, de l’existence ou de la non-existence de la tuméfaction des corps glanduleux dans la partie dont il s’agit. On doit, en effet, faire attention que , fréquemment, l’extrémité de la base de la langue se présente comme un de ces corps au moyen de la saillie qu’elle fait. Pour ne pas se tromper sur cette élévation qui en impose , on passera le doigt sur la barre du cheval, on excitera alors le mouvement de la langue ; à mesure qu’elle se meut, cette extrémité, qu’on
prenait pour une glande , participant à ses mouvemens , diminue; elle disparaît totalement si la
langue s’étend hors de la bouche (i).
Il faut encore prendre garde à l’état de celles qui sont situées , une de chaque côté, au dessous de l’oreille , entre la tubérosité de la mâchoire postérieure et le cou. L’inflammation de ces mêmes glandes , l’augmentation de leur volume , leur dureté , sont les signes de la maladie que les maréchaux appellent avives. Elles ont obtenu d’eux le même nom , et nous les connaissons ici , comme dans l’homme , sous celui de parotides.
Des Dents et de la connaissance de l’Age.}
Le moyen de s’assurer de l’époque de la naissance des animaux et d’en connaître l 'âge consiste à observer la marche de la nature dans celui des points où elle est le plus invariable, et où elle s’éloigne . le moins des lois et de la route qu’elle s’est prescrite : ainsi, la dentition, c’est à dire le temps marqué • /
pour l’éruption des dents et le terme assigné pour la chute de celles qui doivent tomber et faire place à d’autres qui leur succèdent, étant uniforme etcons-
(i) Ce n’est pas, au surplus, dans le milieu et à la partie supérieure de l 'auge , où se trouve la base de la langue, qu’il faut chercher les glandes dont il est ici question , mais bien sur les côtés , dans la partie moyenne , le long de la face interne, près l’os; l’engorgement ou la tuméfaction de ces glandes constitue le chevçtl glandé , et si elles sont en même temps adhérentes et indolentes , le cheval est plus ou moins suspect de morve, (it.)
taule dans tous les chevaux , elle a été regardée comme la règle la plus certaine et la plus propre à faire juger du nombre des années acquises par les uns et par les autres. Nous simplifierons, autant qu’il sera possible, cette matière, obscurcie par la manière dont elle a été traitée par presque tous les auteurs. .Rejetant donc avec soin tout ce que d’autres recherches sur les dents pourraient nous présenter de découvertes curieuses, mais inutiles, et qui dès lors n’enrichiraient pas l’art et l’appauvriraient peut-être, en nous détournant de l’étude des objets nécessaires, nous nous contenterons d’en considérer:
i°. Le nombre : le cheval en a quarante ; les jumens communément n’en ont que trente-six. Il en est néanmoins qui en ont autant que le cheval , et qui , comme lui , sont pourvues de crochets ; cellesci sont appelées bréhaignes. Les uns les déclarent admirables pour le service, et les excluent des haras j les autres les préfèrent dans les haras , et les rejettent pour le service. Des opinions aussi distantes et aussi opposées ne prouvent ni uu grand fonds de principes , ni même une sorte d’adresse à mettre à profit les leçons de l’expérience : leçons qui devraient tout au moins concilier les esprits sur des points de fait (i).
(1) Bourgelat laisse lui-même la question indécise; mais il est constant, au surplus, et l’observation l’a prouvé, que
les juraens bréhaignes sont , comme toutes les autres , également bonnes au service et pour le haras. Le mot bréhan signifiait anciennement et siguifie encore, dans quelques endroits, stérile , infécond : ce n’est- donc point parce que les jurnens
a0. La situation : il en est dans les parties latérales postéi ieures , en delà des barres ; dans les
parties latérales , eu deçà des barres ; et dans les parties antérieures ou inférieures de la bouche. Les premières sont au nombre de vingt-quatre , six à chaque côté de chaque mâchoire : on les nomme mâchelières ou molaires ; elles ne servent en aucune façon à la connaissance et à la distinction de Y âge. Les secondes sont au nombre de quatre , une à chaque côté de chaque mâchoire : les anciens les appelaient écaillons, nous les appelons crochets. Ces dents sont celles dont les cavales sont ordinairement privées; elles sont très petites en elles, lorsqu’elles en ont : on a vu des chevaux qui n’en avaient point, mais le cas est rare. Enfin, les troisièmes sont au nombre de douze, six à chaque mâchoire (1); et ces douze dents, ainsi que les quatre qui constituent les crochets , sont les seules à envisager ici.
3°. La structure : elles sont molles dans leur origine; elles ne présentent alors qu’une vessie membraneuse encore tendre , et garnie à l’extérieur d’une humeur muqueuse. Cette vessie, partagée par diverses cloisons enduites de cette même humeur dans les mâchelières, abonde en vaisseaux sanguins et
ont des crochets qu'elles sont appelées bréhaignes , mais parce que .l’on croyait que celles qui avaient ces sortes de dents étaient stériles. (2£.)
(i) Celles-ci s’appellent incisives, parce qu’elles servent à couper ou inciser les herbes que l’animal •pâture, comme les mâchelières ou molaires servent à les mâcher ou à les moudre. (E.)
nerveux ; elle se durcit insensiblement, et la substance muqueuse , devenant toujours plus compacte, forme ce que nous appelons le blanc ou Y émail. Quoi qu’il en soit , les dents humaines et les dents de l’animal dont il s’agit diffèrent en ce que cette petite vessie, fermée en dessus dans le premier, est ouverte dans le second: ainsi la cavité de la dent paraît et se montre au dehors dans celui-ci, tandis qu’elle est intérieure dans l’autre , et qu” on n’en aperçoit pas le moindre vestige. C’est cette même cavité qui s’efface avec Y âge, et lorsqu’elle est remplie, nous disons que le cheval a rasé. Il est encore , dans son milieu, une espèce de tache noire, qui souvent disparaît dans la dent rasée ou remplie ; et c’est cette même tache qu’on a désignée par le nom de germe de fève.
4°. U éruption : quelques jours après que le poulain est né , on voit quatre dents qui percent sur le devant de la mâchoire , deux dessus et deux dessous. Peu de temps après , on en voit encore percer quatre autres à chaque côté des premières venues , et toujours deux dessus et deux dessous; enfin, il en pousse, après un certain espace de temps écoulé, quatre autres, situées à chaque côté des huit premières, en sorte qu’on aperçoit alors douze dents de lait à la partie antérieure de la bouche de l’animal , six dessus et six dessous. Ces dents de lait sont plus petites , plus courtes , plus blanches que celles qui leur succéderont , et que nous appelons dents de cheval ; car celles-ci sont , au contraire , larges , plates, jaunes, et rayées depuis leur collet
ou leur sortie des alvéoles, jusqu’à la table. On a prétendu que les premières sont encore destituées de cavité : le fait est évidemment faux ; elles en ont une comme les secondes, c’est à dire comme les dents de cheval ; et il serait à souhaiter qu’on eût remarqué l’époque précise où cette cavité s’efface successivement en elles , et où ces dents rasent et se remplissent. Les avantages de cette observation seraient la certitude avec laquelle on pourrait distinguer l’âge du jeune animal , jusqu’au moment de la chute de ces mêmes dents ; certitude qui nous garantirait du piège qu’on peut nous tendre, en nous vendant un poulain d’une année , d’une constitution forte, et qui aurait bien profité , pour un poulain ayant deux ans. Elle nous sauverait encore de l’erreur à laquelle peut nous conduire la friponnerie et la mauvaise foi de certains maquignons, qui arrachent huit dents de lait à des poulains, pour hâter Y éruption des dents de cheval , et qui nous mettent , par ce moyen , dans le cas de penser qu’un poulain d’un an et demi ou deux ans en a quatre, surtout si ces mêmes maquignons ont le soin de frapper adroitement la gencive à l’endroit où le crochet doit percer, et d’y faire naître une dureté qu’ils présentent comme une preuve que le crochet est prêt à sortir. v
5°. Le changement ou la chute. La même règle qui a été suivie dans l’éruption des dents dont nous venons de parler subsiste dans leur mutation. Ces dents ne varient point jusqu’à Y âge de deux ans et demi , trois ansj et la raison de l’incertitude de l’é-
poqne où d’autres leur succéderont naît de celle dans laquelle tout acheteur doit se trouver relativement à la différence de la nourriture qu’on aura donnée au poulain : s’il a été mis au sec de bonne heure, le changement s’exécutera à deux ans et demi; s’il a été nourri plus long-temps à l’herbe, il s’effectuera plus tard.
Quoi qu’il en soit, les premières dents sont, ainsi que nous l’avons dit, au devant de la bouche, deux dessus et deux dessous. Lorsqu’elles feront place à quatre autres, rangées dans le même ordre, l’animal aura deux ans et demi, trois ans; et ces nouvelles dents , qui seront des dents de cheval, seront appelées les pinces.
Les secondes dents de lait sont à côté de celles-là , deux dessus et deux dessous; lorsqu’elles tomberont, Hanimal aura trois ans et demi , quatre ans ; et ces nouvelles dents seront appelées les mitoyennes.
Enfin, lorsqu’il aura acquis quatre ans et demi, cinq ans, les troisièmes dents de lait, situées. à côté de celles-ci, deux dessus et deux dessous, feront place à quatre autres , que nous nommerons les coins. Dans cet état, on dit que l’animal a tout mis ; il perd dès lors le nom de poulain, pour prendre celui de cheval.
6°. U effacement de la cavité, qui se montre extérieurement dans la table de chacune des secondes dents antérieures. Tant que cette cavité existe dans les unes ou dans les autres de ces dents, on dit , ainsi que nous l’avons observé, que le cheval marque, comme on dit qu’il a rasé lorsqu’elles sont toutes
remplies. A l’égard du germe de fève, il n’importe aucunement à la connaissance de l’âge, parce que c’est par la cavité subsistante ou évanouie qu’on en peut juger, et non par la présence de cette tache noire, qui n’est d’aucun indice à cet égard.
La marche de la nature est ici la même que dans l’éruption; toutes c es dents raseront à mesure que l’animal avancera en âge , et néanmoins jusqu’à un certain période de sa vie ; mais les premières sorties seront celles en qui l 'effacement aura plus tôt lieu : ainsi , dans un cheval qui a tout mis , c’est à dire dans lequel on trouve les pinces, les mitoyennes ut les coins, avec la cavité qu’on remarque dans la table de chacune de ces dents, et qui a, comme nous l’avons dit, quatre ans et demi, cinq ans, les pinces raseront les premières , et leur cavité remplie, l’animal aura six ans. Les mitoyennes seront ensuite, l’animal aura sept ans. Enfin, les coins étant rasés à leur tour, l’animal aura huit ans.
La mâchoire antérieure n’ayant point de mouvement, les dents logées dans les alvéoles sont moins exposées à l’effet du frottement, aussi ne rasentelles point aussitôt et en même temps que celles de la mâchoire postérieure. Des observations répétées mille fois nous ont appris qu’en suivant le temps où elles cessent de marquer, on a un renseignement très sûr sur Y âge de l’animal , au delà des huit premières années. En effet, à huit ans et demi , neuf ans, les pinces supérieures rasent; à neuf ans et demi , dix ans , les mitoyennes; à dix ans et demi ,
onze ans et quelquefois douze ans , les coins j au delà de ce terme de douze ans , il ne nous reste plus de signes décisifs, et nous pouvons seulement juger de la vieillesse du cheval par la situation de ses dents antérieures , qui semblent porter moins à-plomb les unes sur les autres, et s’avancer sur le devant de la bouche (1), et par les crochets , tant de la mâchoire
(i) Les dents incisives présentent quelquefois, dans de vieux chevaux, deux caractères tout à fait opposés , qu’il est bon de faire connaître.
Ou ces dents s’allongent, jaunissent, deviennent plus profondément cannelées, ne portent plus les unes sur les autres, se déchaussent, s’écartent à leur collet, et s’avancent, comme le dit Bourgelat, sur le devant de la* bouche, ou elles restent blanches, serrées, se raccourcissent et s’usent jusqu’au bord de la gencive, qui quelquefois fait bourlet autour d’elles j le palais les déborde comme dans les jeunes chevaux qui ont la fève ou le lampas , les bords en sont très tranchans ; elles sont fortement enchâssées dans les alvéoles, et elles ressemblent à ce qu’on appelle des chicots.
Ces différences tiennent à la nature des alimens dont les chevaux sont nourris ; ceux qui restent constamment à l’écurie, qui trouvent leur fourrage dans l’auge, ou qui n’ont que la peine de le tirer du râtelier, n’usent point les incisives, qui n’ont, pour ainsi dire, aucun travail à faire ; tandis que dans ceux qui pâturent, au contraire, ces dents ont à faire tout le travail pour lequel la nature les a destinées : l’usure a lieu d’autant plus vite que les pâturages sont plus secs et les herbes plus dures ; aussi voit-on les chevaux nourris dans les landes, sur les bruyères et dans les bois, avoir les dents incisives usées plus promptement que les autres.
Il n’en faut pas moins conclure, malgré ces différences.
( So )
postérieure que de l’antérieure , qui sont alors arrondis, émoussés, et qui ont perdu toute leur cannelure (1).
Nous croyons devoir ajouter que l’éruption des dents que nous nommons ainsi ne peut jamais être une preuve certaine des termes différens et apercevables de la vie de l’animal. Tous ceux qui s’en feront un principe de décision tomberont dans l’erreur par une infinité de raisons ; la première est que les jumens n’en ont pas ordinairement : or, comment en arbitreraient-ils l’âge? La seconde est que l’on a vu des chevaux qui en étaient privés ; la troisième , que leur protrusion n’a pas toujours lieu dans un ordre fixent constant, les crochets de la mâchoire postérieure perçant communément à trois ans et demi , quatre ans, ceux de la mâchoire antérieure à quatre ans , quatre ans et demi , mais quelquefois les premiers étant prévenus par les seconds : d’où il suit que les personnes qui s’attachent à la considé-
que les chevaux qui ont les dents incisives longues et décharnées, et ceux qui les ont très courtes et très usées sont également vieux. Ces derniers sont plus facilement contremarqués par les maquignons, qui les font passer pour beaucoup plus jeunes qu’ils ne le sont réellement , aux yeux des personnes peu attentives. ( É .)
(i) Les crochets sont encore, dans de vieux chevaux ; non < seulement arrondis et émoussés, mais usés et aplatis comme les dents dont nous venons de parler, soit par l’effet du mors qui a porté dessus, soit par l’effet des alimens. On remarque aussi quelquefois que ces dents, ainsi que les incisives et les molaires, sont encroûtées, enchâssées à leur base par une espèce de tuf assez dur. (É.)
ration de ces dents , partant d’un point non solide et non stable, asseoient leur' jugement sur le fondement le plus faible et le plus fragile. ' • A ; i .
Au surplus, tous les indices -d’une vieillesse certaine) autres que ceux dont nous avons parlé, et auxquels beaucoup de gens se rapportent encore) sont absolument faux : tel est celui d’un nouveau noeud ou d’une nouvelle vertèbre de la queue qu'on croft survenir à l 'âge de quatorze ans ; tel est celui des salières creuses, des cils blancs, des plis comptés delà lèvre antérieure,' plis qu’on a dit être-en même nombre qüe les années du cheval) tel est, enfin, le pli conservé dans la peau de l’épaule lorsqu’on l’a pincée^etio. - tiia&à et
•7*. La permanence de la cavité, permanence qui constitue lés chevaux que nous appelons bégus. Il en est de trois espèces. La première comprend ceux qui marquent toujours et & toutes les dents; » la seconde , ceux qui marquent toujours aux mitoyennes et aux coins seul»1; la troisième est formée de ceux en quides coins seuls ne rasent jamais. Il est aisé de reconnaître les chevaux bégus de la première espèce, en considérant la profondeur de la cavité des dents. A l’âge de cinq ans faits , il est certain que celle des pinces doit être moins considérable que celle des mitoyennes et des coins, et celle des mitoyennes moins profonde que celle de ces dernières dents : or, dans la supposition d’un cheval bégu de toutes les dents, l’égalité de la cavité des unes et des autres est une preuve qu’il est bégu de la première espèçe. Celui qui ne marque qu’aux mitoyennes et aux coins
est facilement aperça bégu, si l’oj* compare la cavité de ces dernières dents -, quant au cheval bégu de la dent du coin seulement, il faut recourir aux dents de la mâchoire antérieure, dont peut-être il ne sera pas bégu , et examiner l’arrondissement, }a cannelure des crochets, etc. Les jumeus et les phevaux hongres sont plus communément bégus que les chevaux entiers.
8°. La permanence du germe de fève, permanéüce qui constitue les chevaux que l’on pourrait appeler faux bégus -, elle n’annopce rien, la seule marque que l’on doive consulter étant la cavité de la dent.
90. La marque ou la cavité artificielle , d’où résultent les chevaux dits contre-marqués . Cette cavité , pratiquée dans les dents , quand la cavité naturelle est évanouie , avec un burin d’acier semblable à celui que l’ou emploie pour travailler l’ivoire , est une fraude de la part des maquignons. Cette fraude n’en impose qu’à ceux qui ne considèrent pas attentivement la dent. L’pbjet du maquignon est de persuader que le cheval qu’il a contre-marqué marque encore ; niais les traits du burin , la facilité d enlever le germe de fève , imité avec l’encre grasse qui a été vidée dàns la cavité factice , ou l’impression du feu , remarquable par le cercle jaunâtre qu’on aperçoit aux environs du trou fait dans la dent quand elle a été brûlée, garantissent aisément du piège, surtout si l’on a soin de nettoyer ces parties de l’écume excitée pâr la mie de pain séchée et pilée avec du sel , que ces mêmes maquignons ont attention de
mettre dans la bouche de l'animal, à l’effet de mieux déguiser la fourberie (i).
io°. Les autres marques qui peuvent indiquer le cheval qui a le tic. Nous appelons de ce nom toute habitude contractée , de quelque nature qu’elle puisse être. Ainsi le cheval qui se berce continuellement de droite à gauche et de gauche à droite a le ticf et ce tic est le tic de l’ours, parce que ces sortes d’animaux sont sans cesse en mouvement. Celui qui se campe mal, qui mord, qui rue , en qui l’on remarque, enfin, une action fréquente et réitérée , consistant à ronger la mangeoire ou le râtelier avec les dents de la mâchoire antérieure et postérieure, ou de l’une de ces mâchoires seulement, cette action étant suivie et accompagnée d’un bruit ou d’nne flatuosité désagréable, soit qu’elle soit encore exécutée en l’air, ou sur la bride, ou sur le timon, est un cheval tiqueur. Il est aisé de reconnaître aux dents ceux qui tiquent sur la mangeoire, sur le râtelier et sur le timon. Dans le cas où ils appuient toutes les dents, les mitoyennes et * les pinces de dessus et dessous paraissent usées;
\i) Les maquignons raccourcissent encore les dents, en tes limant lorsqu’elles sont trop longues, et ils les cçntremarquent ensuite. Cette fraude est d’autant plus facile à reconnaître, que les dents raccourcies ne sont plus à plomb les unes sur les autres dans les deux mâchoires, et qu’il reste entr’elles, lorsque la bouche est fermée, un espace vide.
Cet espace vient de ce que les dents mâchelières étant poussées dans la même proportion que les incisives , et n’ayant point été raccourcies comme celles-ci, empêchent, lorsqu’elles se touchent, les incisives d’en faire autant. (£.)
dans celui où ils n’emploient que les dents de l’une ou de l’autre mâchoire, ces mêmes dents, c’est à dire les mitoyennes et les pinces de la mâchoire dont il s tiquent, sont très différentes de celles dont ils ne tiquent pas. ' .
Il est bon de savoir encore que l’éruption des dents antériéures, et plus communément encore celle des crochets, estextrêmement douloureuse . La protrusion violente de ceux-ci cause des flux de ventre ou diarrhées considérables, et souvent l’obscurcissement de la vue. La sortie des dents molaires ne produit pas les mêmes inconvéniens. Celles-ci ont des aspérités dans les chevaux avancés en âge , elles les incommodent beaucoup, en ce que la langue et les joues en sont piquées et offensées. Dans cet état, ils ne peuvent broyer les alimens, ils n’en tirent que le suc. Des pelotons de foin mâché , et en réserve entre' les joues et les dents , tombent à terre ou dans la mangeoire : c’est ce que l’on exprime en disant que le cheval fait grenier ou fait magasin.
Nous ajouterons que les dents de cheval sont encore sujettes à la carie, mais beaucoup moins que celles de l’homme ; qu’il est des chevaux qui ont des surdents, c’est â dire des dents surnuméraires poussées à l’une et à l’autre mâchoire, soit en dehors, soit en dedans (1); enfin, qu’il est des dents que
(1) Ces surdents ne sont le plus souvent que des dents de lait retenues, au moment de leur chute, entre les dents de cheval , de manièrç à ne pouvoir tomber; on en voit quelquefois entre les incisives : elles sont bien plus. fréquemment placées en dehors qu’en dedans. ( É .)
nous appelons denUnte loup, et telles souk celles qui ' s’avancent en dedans ou en dehors, et qui , n’étant pas dans leur situation naturelle, fatiguent considérablement l’animal. Les premières au dessus des crochets, et quelquefois les,. crochets eux-mêmes,, sont dans cette position (x).
De l* 'Encolure.
U encolure donne â l’animal, dans son avantmain, des grâces, de la beauté, de la noblesse et de l’agrément. Sa bonne ou sa mauvaise conforma* tion décide aussi, en partie, des qualités qu’on recherche en lui. On en considérera :
1°. La longueur, qui doit être proportionnée au corps , et elle sera telle si elle égale celle de la tête.
(i) Avant de quitter la tête, on doit observer ‘qu’il est encore sur cette partie,- principalement autour des yeux, du nez, des lèvres, du menton et de. la barbe, des poils isolés, beaucoup plus longs que ceux qui couvrent le- reste du corps de l’animal, plus forts et de la nature des crins. Ces poils , qu’on ne rencontre qii’en petite quantité dans les chevaux fins, sont plus abondans dans les chevaux communs, et surtout dans les chevaux entiers, que dans les jumelis è't dans les chevaux hongres. On les coupe ou on les arrache ordinairemen t j et il est certain que, d ans l’état de dom estici té, ils deviennent inutiles au but pour lequel la nature les av?it placés sur cette partie. . . ,
Il est aussi des chevaux qui ont au bout du nez,, sur la lèvre antérieure, de chaque côté, une petite touffe de poils plus forts que ceux du reste de la robe et qu’on ne les trouve ordinairement dans cette partie : ces poils forment dé Véritables moustaches qu’on ne doit pas omettre dans, les signalement (2?.), ' . , t r i J . • -
Des encolures courtes sont ordinairement épaisses et chargées ; elles rendent le cheval pesant à la main : d’une autre part, les encolures molles et effilées sont faibles ; les chevaux en qui elles sont ainsi conformées battent sans cesse à la main ; ils ne peuvent soutenir un appui ferme, comme ceux en qui elles ont trop d’épaisseur ont ordinairement un appui sourd. Cette partie étant un corps intermédiaire entre la maiii du cavalier et la bouche du cheval, on doit comprendre que trop de flexibilité ou d’inflexibilité influe nécessairement sur la bonté et la sensibilité de là bouche.
3°. Là sortie du garrot. Une encolure bien sortie monte et s’élève sur-le-champ, en diminuant imperceptiblement et peu à peu d’épaisseur jusqu’à la tête , et en se contournant, à mesure qu’elle en approche. La perfection de ce contour forme ce que nous appelons des encolures bien rouées. Si le contour,-l’arc ou la rondeur se trouvent en dessous , au lieu d’être en dessus, Ÿ encolure est dite renversée ou encolure de cerf: alors elle ne sort point directement du garrot, elle naît d’une espèce d’enfoncement qu’on appelle coup de hache , elle donne au cheval la facilité de s’armer. Il -faut aussi que la partie inferieure d’üne encolure bien sortie descende jusqu’au poitrail en forme de talus ; si, au contraire, elle tombe à plomb, elle est dite fausse ; et lorsque la partie supérieure tombe , incline et penche plus d’un côté que d’un autre , elle est dite penchante ; celles-eir bien loin d’être tranchantes , comme elles doivent l’être, près de la crinière, sont, en cet
endroit, très charriües, et c’est sous le poids de cette chair, que cette même partie succombe. Ce défaut existe dans la plupart des chevaux entiers d’un certain âge (i).
3°. Les crins ou la crinière. Ils doivent être longs et en petite quantité} V encolure ne doit point en être surchargée, elle en doit être médiocrement garnie; une crinière large et trop fournie gâte cette partie, et elle exige des soins extrêmes de la part des palefreniers. Elle est assez ordinairement trop épaissé dans les chevaux entiers ; on y remédie en arrachant une certaine portion des crins qui la forment (n). Les chevaux de trait et de labour, en qui ce défaut existe , surtout dan^ la partie qui avoisine le garrot, et à Y encolure desquels on observe quantité de plis, sont sujets à une espèce de gale qui corrode le poil et fait tomber les crins. Cette gale ou cette maladie a été appelée le roux vieux.
On doit prendre garde aussi qu’il n’ÿ ait, dans le
( i ) La forme de Y encolure varie dans les différentes races de chevaux, elle est même un caractère distinctif de quelques unes ; il en est dans lesquelles une encolure bien rouée serait un défaut. Voyez ce qui a été dit à ce sujet, en parlant des chevaux arabes, dans l’ Instruction sur l’ Amélioration des chevaux en France. (E.)
(2) La crinière est ordinairement couchée ou tombante sur un des côtés de Veri colufe ; lorsque les crins sont trop abohdans , on les dirige également des deux côtés , on dit alors que la crinière est double; quelquefois on la coupe d.ins toute sa longueur à un ou deux pouces de là base des crins; elle est dite alors en-brosse, en vtrgette où à la housarde. (JÈ.) •'
cheval , aucune tumeur sur le sommet de Veneolur*, près de la tête, gu sur le sommet de la tête même , entre les deux orçi lies ; ces tumeurs, de l’espèce de celles qu’on appelle dans l’homme le talpa et le tes tudo, ayant souvent des suites très dangereuses (i).
Du Garrot.
On doit considérer dans le garrot :
i°. La. hauteur. Plus il est élevé, plus l’encolyre; paraît belle. S’il est bas, au contraire, l’encolure semble toujours mal sortie; et la selle, ne pouvant être fixée et se tenir à sa place, avauce et porte continuellement sur les épaules.
2°. La conformation. Il doit être tranchant et décharné. Trop de chair opère son arrondissement. Il n’en est que plus aisément foulé, meurtri et blessé, soit dans le cas où une selle dont les arçons., trop larges ou entr 'ouverts, en laisseraient descendre l’arcade sur cette partie, soit dans celui de la morsure d’un autre cheval, de quelques coups, d’un frottement violent contre un corps dur quelconque , etc.; et toute blessure en cet endroit peut devenir une maladie grave (2). D’ailleurs, il arrive rarement que le garrot soit charnu, et que les épaules soient déchargées.
(1) Vovez la description et le traitement de cette maladie par Chabert , dans les Instructions et Observations sur les maladies des animaux domestiques, déjà citées, tome II , 2e. partie. ( È .)
(2) 'Cet accident s’appelle mal de garrot , et le cheval qui en est aflecté est dit gariollé ou dégarrotté. (Ê.)
Du Poitrail.
Il faut examiner dans le poitrail :
La largeur. L’étroitesse de cette partie est un indice de la faiblesse de l’animal. Elle doit être proportionnée au volume et à la masse du corps, car il peut se faire que dans tels clievaux elle pèche pour être trop large, comme dans d’autres pour être trop rétrécie.
Une tumeur accompagnée de la fièvre, et qui se montre sur cette partie, peut être urie maladie dangereuse, que nous nommons! ancœur, ou anticœur, ou avantcœur (1).