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peuvent atteindre leur apogée que dans le cours des âges postérieurs. Rien de plus vrai, répondonsnous, quand les nouveaux venus ne font que continuer, en la perfectionnant, l'œuvre de leurs ancêtres et transmettre fidèlement à d'autres le patrimoine qu'ils ont reçu de leurs prédécesseurs.
Mais il n'en va plus de même s'il y a brusque rupture de la chaîne qui reliait ensemble les deux époques. Lorsque la tradition est interrompue, et qu'on a, au lieu de le conserver précieusement, profané et dissipé à tous les vents de l'erreur le précieux dépôt de la science des âges précédents, il ne reste plus désormais qu'un remède radical à employer, c'est de revenir au point qu'on avait sottement abandonné et de ramener la science par une restauration substantielle à la pureté de ses premiers principes.
A quoi bon m'attacher plus longtemps à démontrer ce que tous les bons esprits accordent aujourd'hui volontiers? On désire universellement le retour aux doctrines philosophiques de saint Thomas. On s'applique à étudier et à commenter ses enseignements : les éditions de ses œuvres se multiplient, et ceux-là même qui semblent le moins disposés à l'aimer, prouvent assez l'estime qu'ils en font, par le soin qu'ils prennent de travestir sa pensée afin de confirmer autant que possible leurs opinions par la haute autorité de son nom.
S'il en est ainsi, on ne saurait me blâmer d'entreprendre une œuvre qui répond si bien aux besoins et aux vœux de notre temps. J'ose espérer que mon travail sera un auxiliaire utile de véritable progrès, puisqu'il a pour but de remetire en
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honneur cet élément vivant et impérissable de la science; qui doit, comme le sang dans le corps animé; vivifier toutes les branches de l'érudition humaine, pour y répandre partout la force et la fécondité.
Or, cette restauration de la philosophie, par la doctrine de saint Thomas d'Aquin, exige un double travail, analytique d'abord et synthétique ensuite. Le premier consiste à puiser dans les œuvres du saint Docteur, pour les exposer fidèlement dans toute leur pureté, les diverses théories qu'il a enseignées. L'autre consiste plutôt dans l'application qu'on peut faire de ces théories aux divers éléments des autres sciences, afin de les élever au rang de sciences philosophiques et d'en former un tout harmonique, qui puisse mériter vraiment le nom d'encyclopédie. Cette synthèse, qui ne peut être que le résultat de nombreux et persévérants efforls, suppose nécessairement le travail préalable de l'analyse ; car il serait impossible de développer et d'appliquer une doctrine qui n'aurait pas été auparavant parfaitement éclaircie et démontrée.
C'est ce dernier travail que je me propose d'entreprendre, en publiant cette étude de la Connaissance intellectuelle où je me suis efforcé d'exposer et de résoudre, à la lumière des principes du Docteur angélique, l'une des plus importantes questions de toute la philosophie. J'espère que d'autres, encouragés par mon exemple, sauront continuer et achever l'œuvre à laquelle je n'aurai fait que mettre la première main.
Rome 1837.