‹ Traité de la connaissance intellectuelle d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 8 sur 62 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

que saint Thomas trouva déjà constituée et en bonne voie de progrès, n'était autre chose qu'un dével«)ppement plus scientifique et mieux ordonné de la philosophie des Pères. « Pour définir exactement la philosophie du moyen âge, dit fort à propos le docteur Clemens, il faut la considérer comme une continuation ou plutôt comme une ordonnance mieux raisonnée, un développement et un perfectionnement de la philosophie des saints Pères. » (1) Saint Thomas, en y mélangeant la doctrine aristotélicienne, puisée aux sources grecques et purifiée à la lumière de la foi chrétienne, sut lui donner, par la force et la lucidité de son génie, une parfaite forme scientifique. Grâce à lui, la science catholique entra en possession de tout ce que l'esprit humain avait produit de meilleur en fait de spéculations idéales, avant l'apparition de l'Évangile. Réunissant ensemble Aristote et saint Augustin, c'est-à-dire les plus hautes personnifications de la sagesse païenne et de la tradition patristique, il est arrivé à former un corps de doctrine admirable par son unité, sa solidité, la précision de ses formules et l'universalité de ses applications. Rien de plus vaste que le concept philosophique de saint Thomas, parce qu'il est à la fois rationnel et traditionnel, humain et divin.

Est-il besoin maintenant de montrer comment sa doctrine philosophique est en parfaite harmonie avec la doctrine révélée? Qui sut mieux que lui pénétrer les secrètes relations qui unissent la terre au ciel, la nature à la grâce, la vérité rationnelle à

(i) Opusc.cit. p. 76.

PRÉFACE. xiu

la vérité d'ordre supra-rationnel? Nul autre ne mérita jamais, d'un consentement plus général, le titre de prince de la théologie chrétienne ; souveraine a toujours été son autorité dans l'Eglise; et ses formules mêmes ont passé dans le langage sacré de l'enseignement et dans les solennelles définitions des conciles. Enfin, l'étude de ses écrits a été prescrite comme une règle absolument sûre aux Universités et aux Congrégations les plus célèbres. (1) Si cet homme proposé à la fois comme modèle aux savants et aux saints, et qui a compté parmi ses disciples les plus illustres génies du catholicisme, si cet homme, dis-je, revenait parmi nous en ces jours d'anarchie philosophique, n'aurait-il pas le droit de relever l'étendard du salut et de rallier autour de lui tous ceux qui aspirent encore à la possession de la sainteté et de la vérité?

Ce maître de la pensée vit toujours pour nous dans ses écrits et dans son école. Pourquoi nous refuserions-nous à constater le pur éclat de sa gloire et à nous rallier franchement à sa doctrine ?

Cette doctrine est trop vieille, dira-t-on. Qu'importe son âge, si elle est vraie ? La vérité vieillit-elle avec le temps? iNon, sans doute. Elle est immuable et toujours fraîche de la même éternelle jeunesse, exempte qu'elle est des vicissitudes matérielles et de la caducité des siècles. Il y aurait véritablement

1 « Oinnes prope conditores et légifères ordinum religiosorum jjississe constat sodales suos doctrinis S Thomœ studere et religiosius hœrere, cauto, ne cui eorum impune liceat a vesligiis tanti viri vel minimum discedrre. Ut dominicanam familiam prœtereamus, qiiœ summo hoc magistro jwe quodam suc gloriatur, ea iege teneri Bénédictines, Carmel.tas, Augustinianos, Societatem Jesu aliosque sacros ordines complures statuta singulorum testunlur. » Ep. enc. ,E terni Patris Leoms xiii p. m. {^ Aug. 1879). (iVofe du traducteur.)

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