‹ Traité de la constanceChapitre 26 sur 118 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Qu il faut combattre les maux pulUcs , mais avant tout réprimer trois affections qui produisent chez VJiomme une certaine simulation ambitieuse dans la manière de pleurer les malheurs publics 021 prives.

Eh bien ! Lipse, ai-je assez trahi les intérêts de ma Constance et plaidé la cause de ta douleur ? Mais j'ai fait comme les généraux valeureux et confiants ; j'ai fait avancer et j'ai disposé en ligne toutes les troupes, contre lesquelles maintenant je vais combattre avec intrépidité, d'abord dans de simples escarmouches, ensuite en bataille rangée et enseignes déployées. Dans les escarmouches, je dois, dès le premier choc,

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cum antiqiiis loquar) proterendi sunt, Constantise nostrse valde adversi : Simulatio, Pietas, Miseratio. Atque ille quidem prius. Negas te ferre mala publica, ea dolori tibi esse, imo morti. Satin' serio adfirmas ? an fraus hic aliqua et fucus ?

Ego commotior, imo serio tu hoc rogas? inquam ; an rides et irritas?

Ego serio, inquit. non enim pauci ex hoc valetudinario vestro imponunt medicis, et dolorem publicum simulant, qui rêvera est privatus. Quœro igitur, satisne acceptum habeas, curam istam

Quœ te nunc coquit et versât suh pectore fixa,

patriœ ipsius caussa susceptam esse, an tua?

Etiamne ambigis? inquam ego. patriœ unius caussa mihi hic luctus, Langi, patrise.

Ille abnuens, Adolescens vide etiam atque etiam, inquit. Nam in te si eximia hsec et sincera pietas, mirabor : certe in paucis : Querimur homines saspe de malis publias, fateor : nec alius tam communis dolor, et ut sic dixerim, magis in frontem incurrens, sed si propius examinas, reperies plerumque discidium aliquod linguae et cordis esse. Ambitiosa illa verba sunt, Movet me clades patriœ , non vera : in labris nata, non

culbuter trois affections qui sont fortement ennemies de notre Constance : la Simulation, la Piété et la Compassion. Attaquons d'abord la première. Tu m'assures que tu ne peux supporter le spectacle des malheurs publics ; qu'ils sont pour toi une cause de vive douleur et même de mort. M'affirmes-tu cela sérieusement? N'y a-t-il là aucune feinte, aucune fausse apparence?

Emu d'une telle question, je répondis avec impétuosité : Est-ce sérieusement que vous me le demandez ? ou voulez-vous rire et me provoquer?

Rien de plus sérieux, me dit-il, car, dans votre infirmerie, beaucoup de malades en imposent à leur médecin, et feignent de souffrir d'une douleur publique, quand, par le fait, ils ne souffrent que d'un mal privé. Je te demande donc de nouveau si tu as suffisamment examiné ce souci qui 77îamtenant te ronge et bouillonne fixé dans ta poitrine ? A-t-il pour objet la cause de la patrie ou la tienne propre?

Est-ce que vous pouvez en douter ? repris-je. Ma douleur n'a aucun autre objet, Langius, que la cause de ma patrie, le deuil de ma patrie.

Mais lui, faisant de la tête un signe négatif, répliqua : En es-tu bien sûr, jeune homme? Regardes-y encore, et encore. Si- cette piété est sincère en toi, j'en serai surpris. Certainement, elle n'existe que dans un très petit nombre. Que nous autres hommes nous nous plaignions souvent des malheurs publics, j'en conviens. Il n'y a pas de plainte plus commune , ni qui s'affiche davantage sur le front. Mais si tu examines de plus près, tu trouveras le plus souvent qu'il y a désaccord

in fibris. Quod de Polo histrione nobili traditum est, cura Athenis fabulam actitaret in qua dolor repraesentaadus, eu m filii sui defuncti ossa et urnam clam intulisse, et theatrum totum vero gemitu luctuque complesse : idem hic dixerim de plerisque vestrum. Comœdiam,ô boni, luditis, et velati persona patrise, privata vestra damna veris et spirantibus lacrjmis lugetis. Mundus universus exercet histrioniam, ait Arbiter : certe hic, Bellum hoc civile nos cruciat, inquiunt, et fusus innocentum cruor, et interitio libertatis etlegum. Itane? dolorem sane vestrum video : quaero et cuuctor de caussa. Quian', publica maie habent? histrio, pone personam; imo quia tua. Vidimus agrestes ssepe trepidare et concurrere, et vota facere, cumcalamitas subita ingruit aut tempestas : sed tu, cura desaeviit, eosdem sevoca et examina, reperies unumquemque timuisse duntaxat segeti et agellulo suo. Ad incendium in hac urbe clametur : claudi pœne dicam et cœci concurrent ad restinguendum. quid censés : utrum amore patriœ ? imo pete ab ipsis : quia damnum illud ad singulos pertinet, aut certe ejus metus. Simile hic est : et movent vulgo turbantque homines mala publica, non quia plurium id damnum, sed quia inter plures eos ipsi.

entre la langue et le cœur. Je suis tourrnenlé par les malheurs de ma patrie : ce sont là des paroles ambitieuses, mais non des paroles vraies; elles partent des lèvres, non du coeur. Rappelle-toi ce qu'on nous raconte du célèbre comédien Polus. Comme il devait représenter en scène le rôle d'une personne désolée, il fit secrètement apporter et prit dans ses bras l'urne même contenant les restes d'un fils qu'il venait de perdre, et remplit le théâtre de pleurs et de gémissements véritables. Je dis que, pour la plupart, vous en faites autant. 0 bons acteurs, vous jouez la comédie et, sous le prétexte de la patrie, vous pleurez avec des larmes véritables sur vos infortunes particulières. Le inonde entier joue la comédie, s écrie F éirone. Assurément c'est ici le cas. Nous sommes déchirés, disent-ils, par le spectacle de cette guerre civile , de tant de sang innocent répandu, de la ruine de la liberté et des lois. Est-ce bien vrai? Certes je vois votre douleur; j'en cherche la cause, mais là j'hésite. Pourquoi souffrez-vous? parce que les affaires de l'État vont mal? Comédien, laisse là ton masque ; ce sont les tiennes qui t'occupent. Nous voyons souvent les paysans trembler, accourir enfouie et faire des vœux parce qu'une calamité, une tempête s'est subitement déchaînée. Mais toi, quand l'orage est fini, appelle-les, interroge-les, et tu trouveras que chacun d'eux a craint pour sa moisson ou pour son champ. On crie au feu dans cette ville : tous, jusqu'aux boiteux et aux aveugles se précipitent pour l'éteindre. Qu'en penses-tu? Est-ce par amour de la patrie? Demandeleur à eux-mêmes : c'est parce que le fléau les menace

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