‹ Traité de la constanceChapitre 30 sur 118 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Ma plainte sur la grande liberté des reproches de Langius. Mais il ajoute que c'est le devoir d'un PMlosophe. Essai de réfutation de ce 'qui précède. De nos oiiigations et de notre amour envers la patrie.

Cette première escarmouche me parut vive, et je l'interrompis par ces paroles : quelle liberté ou plutôt quelle amertume de langage! C'est ainsi que vous piquez dans vos escarmouches ! J'aurais le droit de dire avec Euripide : najoutez pas à mes tnaiix une maladie nouvelle : jai déjà bien assez et même trop de mes chagrins.

Alors Langius me répondit en riant : attends-tu donc de moi des bonbons et du vin sucré? Tout à l'heure tu me demandais d'employer le fer et le feu, et tu avais raison. Tu écoutes un Philosophe, Lipse, et non un joueur: ma mission est de t'instruire, et non de te conduire en mesure ; de te servir, non de te plaire. Au reste j'aime mieux te voir honteux et rougissant que de te voir rire. Il vaut mieux te repentir que de te gonfler d'orgueil. 0 citoyens, s'écriait autrefois Musonius Rufus ; V école d'un Philosophe est le cabinet d'un médecin : on y vient chercher la guérison, non l'agrément. Ce médecin ne caresse pas, ne flatte pas; mais il pénètre, il pique, il déchire, et, par l'acre sel de ses discours, il nettoie les souillures de l'âme. Ainsi donc à l'avenir, ô Lipse, ne compte pas sur des roses, du sésame ou de l'opium ; mais sur des épines, des bistouris, de l'absinthe et du vinaigre.

Ego iterum, Sed enim Langi, si fas dicere, agis mecum maie et maligne : nec, ut bonus pugil, legitimo nexu dejicis me*, sed per argutias supplantas. Simulate. ais, lugemus patriam, nec propter ipsam. Egone? falsum. Nam ut hoc tibi dem (agam enim ingénue) respectiim in eo aliquem mei esse; at non solius. Lugeo enim, Langi, patriam imprimis, lugeo, lugeboque, etiam si nullum mihi in ejus discrimine discrimen. lure bono. illa siquidem est,qu8eme excepit, fovit, aluit : communi gentium sensu, sanctissima et antiquissima parens. At enim orbem universum patriam mihi das. Quis renuit ? sed tu quoqiie fatere, prœter hanc grandem et communem, aliam mihi esse magis definitam et peculiarem patriam : cui arcano quodam naturfe vinclo propius obstringor. Nisi censés vim nullam esse laciendi et attrahendi in natali illo solo, quod primum corpore isto pressimus, pedibus institimus : cujusaërem hausimus : in quo infantia nostra vagiit, pueritia lusit, juventus exercita et educata est. Ubi familiare oculis cœlum, flumina, agri : ubi longa série cognati, amici, sodales : et tôt gaudii illecebrœ, quas frustra terrarum alibi quaeram. Nec Opinionis hic, ut videri vis, filum tenue, sed firmi compedes Xaturas. Ad animalia abi. ferae ecce cubilia sua amant et agnoscunt; aves, nidos. Pisces ipsi in magno illo et interminato Ôceano, frui gaudent i^rta ejus parte. Nam homines quid dicam ? qui culli sive Barbarj, jta adfixi genitali huic glebse; ut quisquis vir

Je repris encore : mais enfin, Langius, si vous me permettez de vous le dire, vous en agissez mal avec moi; vous y mettez de la malice. Vous ne faites pas comme un bon lutteur qui terrasse son adversaire dans une étreinte légitime, mais vous me faites perdre pied par des crocs-en-jambe. Suivant vous , quand nous pleurons sur la patrie, c'est par simulation, et non à cause d'elle. Dites-vous cela pour moi? Eh bien? c'est faux. Je vous accorde, car je veux être d'une entière franchise, que dans ma douleur je fais quelque retour sur ce qui m'est personnel ; oui, mais il y a autre chose encore. Avant tout, Langius, je pleure ma patrie ; je la pleure et je la pleurerai, même s'il n'existe pour moi aucun danger dans son danger à elle. Et c'est à bon droit, car c'est elle qui m'a recueilli, qui m'a bercé, qui m'a nourri . D'un assentiment commun , tous les peuples la tiennent pour la mère la plus sainte et la plus ancienne. Vous me donnez la terre entière pour patrie : qui prétend le contraire? Mais, à votre tour, convenez qu'outre cette grande commune patrie du genre humain, j'en ai une autre plus circonscrite et particulière, à laquelle je suis plus étroitement uni par un lien secret de la nature : à moins que vous ne pensiez qu'il n'y a aucun charmeni aucun attrait dans ce sol, que le premier nous avons pressé de notre corps, que nous avons foulé de nos pieds, dont nous avons respiré l'air; qui a entendu nos vagissements au berceau; dans ce sol, dont le ciel, les fleurs et les campagnes sont familiers à nos yeux ; qui renferme toute une longue série de nos parents, de nos amis, de nos camarades, et qui nous réjouit par

est, nihil ambigat mori pro ea, et in ea. Itaque, Langi, novam hanc et rigidam tuam sapientiam nec sequor adhuc, nec adsequor : Euripidem magis, vere adfirmantem :

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