CHAPITRE XVII
On vient à la Nécessité à laquelle le Destin est attaché par le Destvn lui-même. Sorte d'assentiment îcniverse! du Vulgaire et des-Sages sur le Destin; dissentiment sur différents imints.
Langius avait fini de parler, et son discours faisait presque tomber les larmes de mes yeux, tant je croyais voir en pleine lumière la vanité des choses humaines. Je m'écriai : hélas! qui sommes-nous? que sont toutes ces choses pour lesquelles nous prenons tant de peines ? Il avait trop raison le vieux poëte lyrique quand il disait : Qui est quelqu'un? Qui n'est personne? Vhoimne est l'ombre cVun songe!
Langius alors : Jeune homme, dit-il, il ne suffit pas de voir ces choses ; il faut les considérer de haut. Que cette mobilité inconstante et volage de tout ce qui existe imprime la Constance dans ton âme. Mais quand je parle ici d'inconstance, prends bien garde que j'entends à notre jugement et à notre sens : car si tu regardes vers Dieu et la Providence, tu reconnaîtras que tout est réglé dans un ordre calculé et immuable. Maintenant, quittant le glaive, j'en viens aux machines de guerre; car ce n'est plus seulement à coups de javelot, mais avec l'artillerie que je vais livrer bataille à ta douleur. Je lancerai contre elle le bélier solide et irrésistible du Destin qu'aucune force ne brise, qu'aucun angle n'élude. Quoique ce terrain soit glissant et périlleux, j'y entrerai, mais avec précaution, lentement, et, comme disent les Grecs, d\m pied modeste. Et d'abord, qu'il }' ait un
in rébus esse, non tu Lipsi, ut opinor, non gens aut setas ulla dubitavit.
Ego interpellans, Ignosce, inquam. si rem eligo tibi objicior in hoc cursu. Fata mihi opponis? Futilis hîc aries, Langi, et qui Stoïcorum nervis dirigitur parum firmis. Libère dico, et illaego sperno, et Parcas : et cudq Plautino milite, totum hoc anile agmen uno spiritu difflaverim , ut folia ventus.
Langius severo atque adeo minace oculo, Temerarie et inconspecte, inquit, fata tu eludis aut tollis? non potes : nisi unà vim omnem tollis numenque divinum. Si enim deus est, Providentia est : si h^ec, Decretum et ordo rerum : si istud, firma et rata Nécessitas eventorum. Quomodo exis hune ictum? aut quâ securi scindis hanc cathenam ? Deum enim et œternam illam mentem. non aliter cogitare nobis fas, quam ut scientia et praevisio in eo sint aeterna?. Eumdemque fixum, firmum, immutabilem, semper unum et sui similem sentimus : in iis quae semel voluit aut vidit, nihil fiectentem, nihil fluctuantem.
Qufp si vcra fateris (et fatearis necessum est, nisi rationem omnem exuis et sensum :) illud quoque adla-
Destin dans les choses, je présume, Lipse, que tu n'en doutes pas plus que n'en ont douté toutes les nations et tous les âges.
Je l'interrompis à ces mots : Excusez-moi de vous arrêter par une objection. Vous m'opposez le Destin? Si c'est là votre artillerie, Langius, vous pouvez la laisser à l'arsenal. C'est un bélier impuissant mis en mouvement par les efforts peu efficaces des Stoïciens. Je le dis avec franchise, je fais peu de cas du Destin et des Parques. Avec le soldat de Plante, je n'aurai qu'à souffler sur ce bataillon de vieilles femmes pour le balayer, comme le vent balaie les feuilles sèches.
Mais Langius, me regardant d'un œil sévère et presque menaçant, me répondit : Téméraire et inconsidéré? tu veux échapper au Destin et le supprimer? Tu ne le peux, à moins que tu ne supprimes en même temps la puissance et la volonté divines. S'il y a un Dieu, il y a une Providence : s'il y a une Providence, il y a une loi et un ordre de choses ; et si cet ordre existe, il y a une nécessité absolue et calculée de tous les événements. Comment pareras-tu ce coup-là? Avec quelle hache briseras-tu cette chaîne? En effet, nous ne pouvons concevoir Dieu et cette intelligence éternelle qu'en lui supposant une science et une précision éternelles. Nous sentons qu'il est fixe, ferme, immuable, toujours un, toujours semblable à lui-même, ne faiblissant en rien, n'hésitant en rien dans ce qu'une fois il a voulu ou vu. Car la 'pensée des Dieux étemels ne change pas. Si tu avoues que cela est vrai, et tu ne peux te refuser à cet aveu, si tu n'as perdu tout sens et toute '
tere, décréta omnia divina firma et immota esse, ab îçterno in seternum. At ex eo nécessitas emergit, et hoc quod illudis fatum. Cujus rei tara liquida et tam obvia Veritas, ut non alia veterior aut receptior sententia inter gentes. omnibusque fere, quibus dei aut providentiae lux aliqua adfulsit, his et Fati. Ut iidem illi primi purique igniculi, qui homini illum aperuere : prseluxisse pariter videantur ad istud. Homerum ecce adi et audi, primum et sapientissimum poëtarum. mentior, si aliam magis orbitam divina illa Musa calcavit et inculcavit, quam hanc Fatalem Nec abiit reliqua poëtarum stirps à suc pâtre. Euripidem, Sophoclem, Pindarura : et è uostris, Virgilium vide. Ad historicos me vocas? omnium illœ voces, Fato hoc taie accidisse, et, Régna eversa aut stabilita Fatis. Ad philosophos? quibus cura major eruendae et tuendce contra vulgum veritatis. At illi cum in plerisque aliis diversi ierint, studio et malo ambitu certandi ; mirum quam omnes convenerint in unius hujus viae capite, quae ducit ad Fatum.
Capite via? dixi, quia non eo negatum. quin ea in plures mox semitas secta. quas tamen omnes ad hoc
raison, il te faut avouer aussi que tous les décrets divins sont fermes et immuables de toute éternité et pour l'éternité. De là ressort la Nécessité, et de la Nécessité ce Destin dont tu ris. La vérité de cette déduction est tellement claire et évidente qu'il n'en est pas d'autre plus ancienne et plus générale parmi les peuples. Presque tous ceux chez qui a brillé quelque lumière de Dieu et de la Providence ont aussi reconnu le Destin. Pour te prouver que ces premières et pures étincelles qui ont révélé Dieu à l'homme, lui ont en même temps fait connaître le Destin, je te renvoie au premier et plus sage des poètes, Homère. Dis que je mens, si cette muse divine a battu et signalé aucune autre route avec autant de persistance que celle de la Fatalité; en cela, toute la race des poètes a suivi l'exemple du père, et Euripide, et Sophocle, et Pindare ; parmi les nôtres, vois Virgile. En appelleras-tu aux historiens? Tous, d'une commune voix, nous racontent que tel accident est arrivé par le Destin, que les Empires ont été renversés ou établis par le Destin. Veux-tu consulter les Philosophes dont le soin principal est de rechercher la vérité et de la défendre contre le vulgaire? Entraînés par le désir fâcheux ou plutôt par la rage de disputer, ils sont en désaccord sur presque toutes les questions : mais admire comme ils s'entendent tous sur un seul point, le commencement de la voie qui conduit au Destin,
Je dis le commencement, car ils se séparent bientôt pour suivre des sentiers différents. Ces sentiers peuvent être réduits à quatre, et ils mènent au Destin mathé-
Quadrifinium videor posse reducere.Fati Mathematici, Naturalis, Violenti, Veri. Quse explicabo breviter, et tamquam pedem in singulis ponens : quia vulgo confusio hic et error.