‹ Traité de la constanceChapitre 54 sur 118 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Conclusion de la discussion sur le Destin: que c est une matière scabreuse et pleine de périls^ et qu'il ne faut pas la scruter avec troi) de curiosité. Exhortation sérieuse à ^puiser dans la Nécessité des forces nouzellcs pour l'âme.

Mais pourquoi vais-je traiter de ces choses ? Je tourne la proue et je m'éloigne au plus vite de ce Charybde funeste à un grand nombre de puissants génies. Là, je vois le naufrage de Cicéron qui a mieux aimé supprimer la Providence que d'ôter quelque chose à la liberté humaine : Ainsi, comme le remarque élégamment l'évô-

Hipponensis) fecit sacrilegos. Quam multi etiam hodie nataut in hoc freto, et disputationum hic fiuctibus abripiuntur? Quorum periculis moniti, terram malimus légère, Lipsi, nec alte penetremus nos in hoc mare. Euclides olim interroganti multa de diis, percommode respondit : Cœtera quidem nescio, illud scio, quod odere curiosos. Idem de Fato censé : quod aspici vult, non inspici : credi, non cognosci. Biantis opinor illud est, -sol Ocwv )iys (b; zi-ji. raelius ad Fatum transferam : de quo hoc satis esse moneo, ut esse scias, caetera, nihil peccas, si ignoras.

Illud proprie ad nostram Spartam (jam enim ab implicito hoc llexu redeo in veterem et apertam viam) ut Necessitatem agnatam malis Publiciscredas, et in illa solatium aliqiiod quaeras tiii luctus. Quid ad te curiose de libertate arbitrii quserere, aut servitute ? de coacta voluntate, aut ducta? Miser! Sjracusae tua3 capiuntur, et in pulvere pingis. Bellum tibi supra caput, tyrannis, caedes, mors : quae superne certe immissa, nec quidquamadtuum arbitratum. Timere capotes, non cavere : fugere, et non vitare. Arraaadversum haec indue, et arripe hoc Fatale telum . quod dolores istos oranes non pungit, sed jugulât : non minuit, sed tollit. Ut urticam si contanter attingas adurit ; si fortiter, hebescit : sicluctus

que d'Hippone, à force de faire les hommes libt-es, il les fait sacjHléges. Combien, même de nos jours, n'en voit-on pas nager éperdus sur cette mer, en butte aux flots orageux de la controverse? Que leurs dangers nous servent de leçon, mon cher Lipse; gagnons le rivage, et ne nous hasardons pas plus avant en pleine mer. Euclide, à quelqu'un qui le pressait de questions multipliées sur les Dieux, répondit à propos : f ignore lotit le reste; mais ce que je sais bien, c'est qu'ils détestent les indiscrets : Applique cette même pensée au Destin. On peut le regarder, non le sonder; y croire, non le connaître. Bias, je crois, a dit : en ce qui concerne les Dieux, borne-toi à assurer qu'ils existent. Ce serait encore avec plus de raison que je dirais cela du Destin. Il te suffit de savoir qu'il existe. Pour le reste, tu peux l'ignorer sans reproche.

Revenant au grand chemin que nous avons quitté pour cette diversion embrouillée, crois que la Nécessité est attachée aux maux publics, et cherche dans cette pensée quelque consolation à ta douleur. A quoi bon rechercher "curieusement si tu as la liberté morale, ou si tu en es privé ? si ta volonté est contrainte, ou si elle est dirigée? Infortuné ! ta Syracuse est prise et tu dessines sur la poussière. Voilà que tombent sur ta tête la Guerre, la Tyrannie, la Ruine, la Mort : doncces maux te viennent d'en haut et ta volonté n'y est pour rien. Tu peux les craindre, non t'en garantir; les fuir, non les éviter. Revêts une armure pour t'en défendre, et prends ce trait fatal qui n'enlève pas ces douleurs, mais qui les calme; qui ne les diminue pas, mais qui les

— nos —

ista asperitas increscit, silenioribusremediis attractes ; si duris et fortibus, cedit. Necessitate autem nihil fortius-est, quae solo impetu mollia haec agmina obruit et avertit. Quid enimtibi vis dolor? non inventis lociim in 80, quod fieri non solum potest, sed débet. Quid tu querela? quatere hoc cœleste jagum potes, non potes excutere.

Desine fata deura flecti sperare quœrendo.

Necessitatis non aliud etFugium est, quam velle quod ipsa cogat. Eximie eximius ille Sapientum : A'vîxriTw

c^va', o'jvaTa'.. sàv jJiT,oiva âvwva xaTaêa'lvr, . ov O'jx £;'.v £-'- to'. vu-7.7a'.. Invictus esse jioteris, si innullum certamen te dimittes, quod in te non est vincere ('). At talis agon ' iste cum Necessitate est : quem quisquis suscipit, succumbit : et quod magis mirere, succubuit, priusquam suscepit.

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