CHAPITRE VI
Troisième argument pour la Constance: V Utilité. Que les fléaux sont hons, à les considérer dans leur origine ou dans leur but. Qu'ils ont leur origine en Dieu, éternellement et immuablement bon, et qui ne peut conséquemment être la cause d'aucun mal.
Langius, après s'être un moment recueilli, débuta ainsi : En continuant le discours qu'hier j'ai commencé sur la Constance, je ne faillirai pas à la Constance. Je
abibo : ordinem eumdem exsequar, et limites tenebo quos semel finivi. Quatuor, ut scis, velut agmina mihi facta, quse pro ea in Dolorem Abjectionemque pugnarent : è quibus priera duo, quœ de Providentia et Necessitate, jam produxi : docuique satis, superne et a deo mala Publica immitti : itemque necessaria ea esse, nec vitari ulla fuga.
Instruam nunc igitur agmen tertium, quod Utilitas ducit : et in quo legio, quam recte dixerim Adjutricem. Agmen, si inspicis, validum et callidum : quod nescio quo modo illabitur et insinuât se in animos, et blanda quadam vi vincit non invitos. Irrepit enim potius, quam irrumpit : suadet, non cogit : et tam facile duci nos ab Utilitate patimur, quam à Necessitate trahi .
Hanc,tibi, Lipsi, etmollibustuis copiis nuncoppono. Utilia enim sunt, hsec quse patimur Publica mala : et cum interne nostro fructu commodisque conjuncta. Mala autem? imo Bona verius, si remoto hoc Opinionum vélo, ocuîos ad Ortum eorum réfères et ad Finem. Quorum ille, à bono : hic, in bonum. Origo enim certe harum cladium (herè satis mihi dictum et doctum) à deo : id est, non ab ipso SummoBono solum,
suivrai le même ordre, je me renfermerai dans les mêmes limites que j'avais d'abord établies. Tu le sais, je t'ai annoncé quatre arguments qui , comme quatre corps d'armée, devaient combattre pour elle contre la douleur et l'abattement. Les deux premiers, ceux de la Providence et de la Nécessité, je les ai déjà produits. Je t'ai suffisamment appris que les maux publics nous sont envoyés d'en haut par Dieu même, conséquemnient qu'ils sont nécessaires et ne peuvent être évités par aucune fuite.
Je disposerai maintenant mon troisième corps d'armée, que l'Utilité commande, et dans lequel est une légion que je puis appeler Supplémentaire. Si tu passes en revue le front de bataille, tu le trouveras plein de vigueur et d'habileté à la fois, car il se glisse je ne sais comment, il pénètre dans les âmes avec une sorte de force caressante qui rend les vaincus dociles à leur défaite ; il s'insinue plutôt qu'il n'entre de force; il persuade et ne contraint pas : car nous nous laissons aussi facilement conduire par l'Utilité que traîner par la Nécessité.
C'est elle, Lipse, que maintenant j'oppose à tes troupes amollies. Ces maux publics que nous subissons, ils tournent à notre profit intérieur et à notre avantage. Pourquoi les appeler des maux? Il serait plus exact de les appeler des biens, et tu le reconnaîtras si, écartant le voile des opinions, tu examines leur origine et leur but. Ils viennent du bien, ils tendent au bien. Il est certain, je te l'ai assez dit et démontré hier, que l'origine de tous ces fléaux est dans Dieu, c'est à dire dans
sed bonorum omnium auctore, capite, fonte. A quo non magis est ut malum aliquod emanet, quam ut malus sit ipse. Beuefica tantum et salutaris illa vis : quce leedere a^que speniit, ac kedi : et cui una sumraaque potentia est, prodesse. Itaque etiam prisci illi tenebriones, cuin superum illud numen mente conciperent , recte à juvando dixere Jovem. An tu exasperari eum censés et irasci, et lisec velut noxia qua3dam tela spargere in humanum genus? Erras. Ira, vindicta, ultio humani adfectus nomina sunt : et nata ex imbecillitate, cadunt tantum in imbecillos. Persévérât autem aeternum in beniguitate sua illa mens : et ista ipsa aspera quae suggerit aut ingerit, velut medicamenta sunt : sensu tristia, re salubria et eventu. Homerus ille Philosophorum recte : b oï heb^ ixtj^sv xaxôv -oier, ojo àv -'.vw e'/ri xaxo'j a'.T'-ov : Deus nihil rnalum facit, acleo non ipse mali alicujus causa . Et meliusimpressiusquenoster Sapiens : Quœ causa est dits henefaciendi ? natura : Errât, si quis putat illos nocere velle, velposse, nec accipere injuriam queunt, nec facere. Primus est deorum cidtus, deos credere : deinde, reddere illis majestateni suam, reddere bonitatem, sine qua nulla majestas est. Scire illos esse qui prœsident mundo, qui universa ut sua tempérant, qui hwnani generis iutelarn gerunt, curiosi etiam singidorum. Hi nec dant malum, nec hahent.
Celui qui, non seulement est lui-même le souverain Bien, mais qui est aussi l'auteur, le chef et la source de tous les biens. Il n'est pas plus possible que quelque chose de mal émane de lui, qu'il n'est possible qu'il soit mauvais lui-même. Cette force n'est que bienfaisante et salutaire : elle ne veut ni blesser ni être blessée ; sa puissance suprême et unique, c'est d'être utile. C'est pourquoi ces anciens eux-mêmes, malgré les ténèbres épaisses qui les enveloppaient encore, dès qu'ils ont conçu dans leur esprit l'idée de cet Etre suprême, lui ont donné à bon droit le nom de Jupiter, Jovis , qui vient de juvare, aider. Penses-tu que Dieu puisse s'exaspérer, se mettre en colère, et, par colère, lancer sur le genre humain tous ces maux, uniquement pour faire du mal? Tu te trompes alors. La colère, l'envie de châtier, la vengeance, tous ces termes désignent des passions humaines, qui, nées de la faiblesse, n'appartiennent qu'aux faibles. Mais la divine Intelligence persévère éternellement dans sa bonté. Tous ces fléaux auxquels elle nous expose, ou qu'elle nous impose, sorit comme des remèdes, amers au goût, salutaires en fait et par l'événement. Platon, l'Homère des Philosophes, a dit justement : Dieu ne fait rien de mal; donc il ne peut être la cause d'aucun mal. Et notre sage Sénèque a dit mieux encore et avec plus d'énergie : Par quelle cause les Dieux font ils le bien? par leur natw^e. C'est une erreur de supposer qu'ils veulent ou quils peuvent 7iuire, recevoir des injures ou en faire. Le premier hommage à rendre aux Dieux, c'est de croire aux Dieux; le second c'est de ^reconnaître leur Majesté, de